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    Michael Hudson-Est-ce que les prophètes de la Bible étaient antisémites ?

    Est-ce que les prophètes de la Bible étaient antisémites ? par Michael Hudson

    Si les prophètes de l’ancien Israël tels qu’Isaïe, Jérémie, Ezéchiel, Malachie et Amos vivaient aujourd’hui, Benjamin Netanyahou les accuserait d’antisémitisme pour avoir osé décrire son gouvernement comme étant un simulacre de l’alliance mosaïque. L’un des thèmes récurrents qui traverse toute la Bible juive – l’Ancien Testament du christianisme – est la critique des rois, des riches et des tribunaux corrompus qui violaient les Dix Commandements de Moïse qui visaient à créer une société juste et équitable en protégeant les pauvres de l’oppression économique de la servitude pour dettes et de la perte de leurs terres. Si les prophètes étaient appelés à rendre un jugement aujourd’hui, c’est le parti de droite, le Likoud de Netanyahou, et l’économie fortement inégalitaire d’Israël qui seraient condamnés pour avoir violé les lois les plus fondamentales du judaïsme biblique.



    Tous les prophètes les uns après les autres ont décrit à de si nombreuses reprises que le Seigneur était extrêmement mécontent parce qu’Israël s’écartait de ses commandements au point de lui retirer sa protection et de condamner le pays vers lequel Moïse avait conduit ses disciples à être conquis en guise de punition. Les prophètes bibliques ont attribué la défaite d’Israël face à Sargon en 722 avant J.-C. à la punition du Seigneur pour avoir rompu l’alliance offerte par le Seigneur. Le châtiment d’Israël était à la hauteur du crime : Tout comme son élite de riches créanciers avait dépossédé leurs frères de leur terre, les dix tribus d’Israël ont été déportées en Mésopotamie et en Médie, et la taille de Judée a été réduite à la seule région entourant Jérusalem.

    Ezéchiel, le grand prophète de l’Exil, a été emmené en Babylonie en 597 avant J.-C. en tant qu’otage militaire. Il est devenu l’influence principale d’Esdras et de l’école sacerdotale qui a édité les premières sources de la Torah en une version qui a été finalisée lorsque les juifs sont revenus de Babylone et ont inscrit les concepts babyloniens de justice économique dans la sainte loi mosaïque. Sur un ton apocalyptique, Ezéchiel 7 annonce : « La parole du Seigneur est venue à moi : … La fin est maintenant sur vous et je vais déchaîner ma colère contre vous. Je vous jugerai selon votre conduite et je vous rendrai la monnaie de votre pièce pour toutes vos pratiques détestables », citant la polarisation des richesses par les juifs les plus riches, la corruption des tribunaux et la violation de l’alliance originelle avec le Seigneur.

    Les prophètes étaient-ils des juifs qui se détestaient eux-mêmes ? Ceux qui critiquent les politiciens de droite qui aujourd’hui abolissent les cours de justice du pays, encouragent le meurtre de masse de civils et détruisent l’infrastructure d’une société entière sont-ils antisémites ? Le fait de dire que le 7 octobre ne s’est pas produit « dans le vide », comme l’a fait le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres – même après l’avoir qualifié d’atrocité – fait-il de vous un antisémite ?

    Ce que je trouve le plus incroyable, c’est qu’aucun érudit religieux ne souligne que la prétention de Netanyahou d’agir au nom d’un engagement biblique comme excuse pour commettre un génocide en s’emparant de la terre palestinienne et en détruisant sa population existante est un simulacre de ce qui est réellement écrit dans la Bible.

    Par un tour de passe-passe semblable à celui d’un magicien essayant de détourner l’attention du public de ce qui se passe réellement, Netanyahou a évoqué ce qu’il prétend être une excuse biblique pour le génocide israélien. Mais ce qu’il prétend être un pacte issu de la tradition de Moïse est une demande vicieuse du juge et éminence grise Samuel disant à Saül, le général qu’il voulait faire roi : « Maintenant va frapper Amalek [un ennemi d’Israël] et détruis totalement tout ce qui leur appartient. Ne les épargne pas, tue les hommes et les femmes, les enfants et les nourrissons, le bétail et les moutons, les chameaux et les ânes » (1 Samuel 15, 3).

    Ces mots n’étaient pas les paroles du Seigneur, et Samuel n’était pas Moïse. Et il n’y avait pas de promesse générale de soutenir les juifs quelle que soit la manière dont ils se comportent. Et en effet, en suivant la demande de conquête de Samuel – comme moyen de rendre Saül suffisamment populaire pour être fait roi – Saül avait enfreint les commandements du Seigneur concernant les cérémonies religieuses et les coutumes alimentaires appropriés. Rien ne permet de comprendre cela dans la célébration par Netanyahou de l’accord conclu entre Samuel et Saül en vue de devenir populaire par la conquête militaire. L’inconduite de Saül a conduit Samuel lui-même à le réprimander, lui disant que le Seigneur avait décidé qu’un autre homme devait être trouvé pour être roi d’Israël.

    Ce n’était pas le Seigneur qui avait donné l’ordre de détruire Amalek, mais un prophète désireux de placer un roi sur le trône. L’invocation d’un tel commandement est une preuve prima facie de l’intention de commettre un génocide. Mais cela semble moins important aux yeux de Netanyahou que de satisfaire le désir de vengeance des Israéliens. Netanyahou ne mentionne pas le fait que Saül a désobéi aux commandements du Seigneur et que le Seigneur l’a rejeté en tant que roi. Le Likoud ne reconnaît pas non plus le contexte, quelques chapitres plus tôt, dans I Samuel 12:15, qui décrit la corruption des juges et l’avertissement de Samuel que : « Si vous n’obéissez pas à l’Éternel, si vous vous rebellez contre ses ordres, sa main sera contre vous ». L’avertissement du Seigneur selon lequel « si vous persistez à faire le mal, vous serez balayés, vous et votre roi » aurait dû fortement résonner pour Netanyahou.

    La Bible juive est remarquable par sa critique des rois qui ont gouverné les royaumes de Judée et d’Israël. Il s’agit en fait d’un long récit de révolution sociale dans lequel les chefs religieux ont cherché – souvent avec succès – à mettre en échec le pouvoir d’une oligarchie égoïste et agressive, dénoncée à maintes reprises pour son avidité à appauvrir les peuples, à s’emparer de leurs terres et à les réduire à l’esclavage pour dettes. (Mon livre « … and forgive them their debts » « … et pardonne-leur leurs dettes » [Dresde 2018] décrit cette histoire). Les rois juifs, les familles riches et les tribunaux corrompus ont conduit le Seigneur à les abandonner à plusieurs reprises face à l’Assyrie, à Babylone et à des adversaires de moindre importance lorsqu’ils adoptaient un comportement égoïste et oppressif.

    En quoi consistait l’alliance conclue à Horeb, près du mont Sinaï ? Pour le dire simplement, le Seigneur a donné à Moïse les Dix Commandements qui avaient un objectif moral de justice économique, et il a conclu un marché engageant tous les futurs juifs à obéir à ces commandements (Exode 19-23 et Deutéronome 5:2 et 28:43). Dès le début, le Seigneur a menacé de punir les juifs s’ils rompaient cette alliance. Les paroles des prophètes citent les nombreuses façons dont les générations suivantes l’ont rompue.

    La référence à ce contexte de règles équitables était le rôle des prophètes (à la fois anciens et modernes) : réveiller le peuple – et être méprisé par les détenteurs du pouvoir, en particulier par les oligarchies oppressives. La Judée, conformément aux commandements, était censée fournir une aide mutuelle, protéger les pauvres et empêcher les créanciers de s’approprier la terre.

    La Judée a donc perdu des batailles contre des étrangers, que les prophètes ont décrits comme étant des instruments du Seigneur utilisés pour punir les juifs pour avoir transgressé les lois économiques et autres lois morales que le Seigneur avait établies. Peut-on douter que le grand Israël d’aujourd’hui [le territoire sur lequel il exerce un contrôle total, y compris Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est] soit économiquement polarisé et inégal, tant sur le plan financier qu’en termes de droits de l’homme ?

    Le Deutéronome 28:21-25 met en garde les juifs que s’ils n’obéissent pas aux commandements du Seigneur, « le Seigneur vous frappera de maladies jusqu’à ce qu’il vous ait détruits du pays dont vous entrez en possession », et que « vous serez vaincus devant vos ennemis ». Le Deutéronome (29, 24-25) rappelle ensuite aux juifs que si le Seigneur leur fait subir ce qu’il a fait à Sodome et Gomorrhe, Admath et Zéboiim, « c’est parce que ce peuple a abandonné l’alliance du Seigneur, le Dieu de ses pères, l’alliance qu’il a conclue avec eux lorsqu’il les a fait sortir d’Égypte ».

    Les prophètes ont décrit ce que signifiait l’obéissance à l’alliance. Isaïe 5:3 et 8 a cité l’inégalité économique comme le plus grand malheur, blâmant les anciens et les dirigeants pour avoir pris « le fruit du pillage des pauvres dans vos maisons ». Il s’est exclamé : « Malheur à vous qui ajoutez une maison à une autre, qui joignez un champ à un autre, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace libre dans le pays ». C’est exactement le sort qui est réservé aux Palestiniens chassés de leurs terres par l’Israël d’aujourd’hui agissant en tant qu’État colonisateur.

    Isaïe 10:1-3 s’exclame : « Malheur à ceux qui font des lois injustes, à ceux qui promulguent des décrets oppressifs destinés à priver les pauvres de leurs droits et à dérober la justice à mon peuple opprimé en faisant des veuves leurs proies et en dépouillant les orphelins. Que ferez-vous au jour du jugement dernier, quand le malheur viendra de loin ? » Et en 29:13-15 : « Le Seigneur dit : « Ces gens viennent à moi avec leurs bouches et m’honorent de leurs lèvres, mais leurs cœurs sont loin de moi. Le culte qu’ils me rendent n’est fait que de règles enseignées par les hommes. … Malheur à ceux qui se donnent beaucoup de mal pour cacher leurs desseins au Seigneur » ».

    Cela vous rappelle quelque chose ? Isaïe 48:1 et 8 dit : « Écoute, ô maison de Jacob, toi qui portes le nom d’Israël … et qui invoques le Dieu d’Israël – mais sans vérité ni droiture. … Je sais combien tu es perfide ; tu as été appelé rebelle depuis ta naissance ».

    Le prophète suivant, Jérémie 2, accuse Israël d’abandonner le Seigneur et de rompre ainsi l’alliance, appelant sur lui le désastre par sa « méchanceté et son égarement » et devenant « une vigne sauvage et corrompue ». Qualifiant Israël d’infidèle (3:8 et 20-21), le Seigneur « donna à l’infidèle Israël son acte de divorce et la renvoya », et la Judée était tout aussi mauvaise. Le Seigneur menace à nouveau (17:3-4) : « Par votre faute, vous perdrez l’héritage que je vous ai donné… car vous avez allumé ma colère et elle s’enflammera pour toujours ».

    Par une évolution qui n’a pas choqué ni consterné les conservateurs chrétiens, les États-Unis sont devenus le protecteur et le seigneur de l’Israël moderne, alors que l’économie israélienne (comme celle des États-Unis) se polarise sur les mêmes lignes que celles dénoncées par les prophètes bibliques, comme lorsque Ezéchiel (7 et 16) répète la colère du Seigneur contre la Jérusalem infidèle, disant métaphoriquement (16:13) que « tu as fait confiance à ta beauté et tu as utilisé ta renommée pour te prostituer », sans tenir compte des pauvres et des nécessiteux. Et dans 34:2 : « Malheur aux bergers d’Israël qui ne s’occupent que d’eux-mêmes » tout en pillant leur troupeau.

    Amos 2 accuse Israël de nombreux péchés : « Ils vendent le juste à prix d’argent, … et ils marchent sur la tête des pauvres… et ils refusent la justice aux opprimés ». Et Michée 7:3 déclame : « Malheur à ceux qui organisent l’injustice, à ceux qui complotent le mal dans leur lit … parce qu’il est en leur pouvoir de le faire. … C’est pourquoi le Seigneur a dit : « Je prépare contre ce peuple un désastre dont vous ne pourrez pas vous sauver » », lorsque les riches s’associent pour que « le dirigeant exige des cadeaux, le juge accepte des pots-de-vin, les puissants dictent ce qu’ils désirent – ils conspirent tous ensemble ».

    Le sionisme d’aujourd’hui est en contradiction avec la Bible juive. C’est compréhensible étant donné que son idéologie provient d’un groupe très séculier en dépit de sa récente prise de contrôle par des juifs se définissant comme orthodoxes. La rhétorique utilisée par Netanyahou est un simulacre, surtout quand on sait combien la Bible juive proclame que la richesse et la propriété doivent être distribuées équitablement et non concentrées entre les mains d’une oligarchie. Les versets 1 et 9 de l’Exode 23 donnent un aperçu de la manière dont les étrangers – les Palestiniens de l’époque – devaient être traités : « Ne suivez pas la foule en faisant le mal », mais « établissez la loi de la justice et de la miséricorde : N’opprimez pas l’étranger ; vous savez vous-mêmes ce que c’est que d’être étranger car vous avez été étrangers en Égypte ».

    Est-ce faire preuve de justice et de miséricorde que de couper l’eau, la nourriture, les médicaments et le carburant à toute une population et de raser ou d’endommager la moitié de ses bâtiments et la plupart de ses infrastructures essentielles, y compris des quartiers entiers de maisons ? Est-ce faire preuve de justice et de miséricorde que de forcer les hôpitaux à fermer, de bombarder les ambulances et de larguer six bombes d’une tonne sur un camp de réfugiés ?

    Alors que des milliards de personnes dans le monde assistent aux massacres de la nuit de Cristal à Gaza et aux pogroms flagrants en Cisjordanie, des journalistes occidentaux « sérieux » mettent en garde contre la menace existentielle que représentent les réfugiés qui pratiquent le deltaplane mais n’ont ni avion, ni char, ni pièce d’artillerie. Ces mêmes journalistes ignorent le truisme éprouvé selon lequel « le sang des martyrs est la semence de la foi » et que le fait de tuer des milliers d’innocents immédiatement et plusieurs milliers dans le chaos qui s’ensuit n’affaiblira pas un mouvement de résistance mais le renforcera. C’est cette même réaction, dans le sillage du nazisme, qui a transformé les dirigeants sionistes d’aujourd’hui en hommes remplis de haine.

    Dans les dernières lignes de la Bible juive, Malachie 4 parle de l’insistance du Seigneur sur le fait que l’alliance d’Israël avec Dieu comportait une forte contrepartie contractuelle comme condition de son soutien : « Tous les arrogants et tous les méchants seront de la paille, et le jour qui vient les embrasera, dit le Seigneur tout-puissant. « Souvenez-vous de la loi de mon serviteur Moïse, des décrets et des lois que je lui ai donnés à l’Horeb pour tout Israël ». Si l’on ne cesse de désobéir encore à ces lois, le Seigneur menaçait : « Je viendrai frapper le pays de malédiction » ».

    Il semble que cette malédiction soit maintenant arrivée, sous la forme d’une majorité de la population mondiale tellement consternée par le génocide bien-pensant commis par deux gouvernements laïques se réclamant (au discrédit des religions occidentales) de la sanctification divine, Israël et les États-Unis, au moment où l’économie occidentale non soviétique créée en 1945 dans le sillage de la Seconde Guerre mondiale est en train de se briser en deux parties.

    Nous vivons dans une époque laïque. Les États-Unis sont devenus le protecteur et le seigneur de l’Israël moderne, et ils se sont eux-mêmes corrompus en suivant les mêmes tendances dénoncées par les grands prophètes. Les évangélistes américains, comme le gouvernement israélien, ont exclu le message des prophètes bibliques et le message social de Jésus, ne retenant que l’Alliance comme acte de conquête et comme promesse d’un ticket pour le paradis sans aucune contrepartie comportementale.

    Le large spectre de la religion judéo-chrétienne a été sécularisé, car le monde d’aujourd’hui diffère si fondamentalement de celui de l’antiquité classique. Les évangélistes de la télévision américaine travestissent la tentative de Jésus de rétablir l’année jubilaire mosaïque destinée à annuler les dettes qui menaçaient les populations anciennes d’esclavage et les privaient de leurs moyens de subsistance sur la terre. L’« Évangile de la prospérité » a remplacé Jésus par Ayn Rand, Milton Friedman et Frederick Hayek.

    Dès les IVe et Ve siècles, presque dès que Constantin a fait du christianisme la religion d’État romaine, Augustin a modifié la traduction de la Prière au Seigneur et du Sermon sur la montagne de Jésus en remplaçant l’annulation de la dette par l’idée non économique du péché originel hérité d’Adam. Pour couronner le tout, la nouvelle interprétation a remplacé l’appel de Jésus à l’annulation des dettes par des demandes de contributions monétaires de la part de l’Église pour obtenir des indulgences et le pardon. Par la suite, le christianisme est devenu si favorable aux créanciers qu’il a défendu le caractère sacré de la dette et non son annulation. Pour financer les croisades au XIIIe siècle, les papes ont excommunié le clergé chrétien et les réformateurs laïques qui s’opposaient au paiement de l’usure – qui a été redéfinie comme « intérêt » et autorisée tant que c’était des banquiers chrétiens qui accordaient les prêts.

    Israël peut avoir un droit légal alambiqué de tirer sur les Palestiniens qui franchissent son mur pour tenter de défendre les terres que les colons leur ont illégalement confisquées. Mais en tant que puissance occupante, il n’a pas le droit moralisateur d’ignorer pratiquement toutes les lois internationales concernant la guerre et les punitions collectives simplement pour se venger et pour montrer au Liban, à la Syrie, à la Turquie et à l’Iran ce qu’il leur fera avec le soutien des États-Unis s’ils se joignent à la mêlée. Les actions de Netanyahou et ses revendications de sanctification religieuse sont l’antithèse du judaïsme originel. Son gouvernement mené par le Likoud rejette l’éthique de la Bible juive autant que les évangélistes chrétiens américains rejettent le message de Jésus.

    Michael Hudson


    Michael Hudson, ancien économiste de Wall Street, est professeur à l’Université de Missouri, Kansas City (UMKC). Il a écrit de nombreux livres dont Super Imperialism : The Economic Strategy of American Empire (new ed., Pluto Press, 2002) et Trade, Development and Foreign Debt : A History of Theories of Polarization v. Convergence in the World Economy. Conseiller des gouvernements islandais, letton et chinois en matière de législation financière et fiscale, il fait partie du groupe d’experts économiques et financiers du mouvement Occupy.

  • La décision du président Richard Nixon de mettre fin en 1971 aux accords de Bretton Woods3 janvier 2023 par Michael Hudson

    La décision du président Richard Nixon de mettre fin en 1971 aux accords de Bretton Woods3 janvier 2023 par Michael Hudson

    L’État s’endette pour la politique, les guerres et d’autres causes supérieures et le ’progrès’ … L’hypothèse est que l’avenir honorera cette relation à perpétuité. L’État a appris des marchands et des industriels comment exploiter le crédit ; il défie la nation de le laisser faire faillite.Aux côtés de tous les escrocs, l’État est désormais l’escroc en chef.

    – Jacob Burckhardt, Judgments on History and Historians (tr. Boston : 1958), p. 171.



    En mai 1970, le secrétaire au Trésor David Kennedy a averti que si les pays étrangers ne permettaient pas aux États-Unis d’augmenter leurs exportations, le Congrès pourrait restreindre leurs importations aux États-Unis. ’N’est-ce pas aux pays excédentaires, demandait-il, qu’il incombe tout particulièrement de prendre des mesures positives en vue de leur élimination ?’

    Ce que M. Kennedy demandait était quelque chose de tout à fait nouveau dans les relations internationales. En substance, il déclarait qu’au fur et à mesure que le capital privé américain continuait à s’emparer des industries et des entreprises d’Europe et d’Asie, établissant un déficit dans sa balance des paiements, les nations qui recevaient ces afflux de dollars devaient augmenter leurs importations en provenance des États-Unis pour un montant équivalent au coût de la prise de contrôle de leurs entreprises. Si, en outre, les États-Unis continuent à connaitre un déficit de leur balance des paiements par des actions militaires dans n’importe quelle partie du globe, les nations contraintes à une position excédentaire doivent exposer leurs industries nationales à une concurrence artificiellement parrainée par le secteur des exportations de l’économie américaine.

    En bref, les politiques monétaires, d’investissement et commerciales du reste du monde devaient être déterminées par ce qui se passait dans les affaires intérieures et internationales des États-Unis. Déplaçant la responsabilité du déficit de la balance des paiements des États-Unis des politiques intérieures et extérieures américaines vers l’Europe et le Japon, M. Kennedy a affirmé qu’il était ’incohérent pour les pays étrangers de demander instamment aux États-Unis d’avoir une balance des paiements excédentaire et d’adopter ensuite des politiques qui tendent à contrecarrer la réalisation de cet objectif même’. [1]

    La déclaration de M. Kennedy n’était pas tant un plaidoyer pour la coopération internationale qu’une menace que l’Amérique prendrait toutes les mesures qu’elle jugerait nécessaires pour contraindre l’Europe et l’Asie à accepter les instructions que M. Kennedy leur donnait impérieusement. Les États-Unis étaient très sérieux.

    Les quotas textiles illégaux proposés par l’Amérique suscitent des menaces de représailles de la part des pays étrangers

    Pourtant, à l’époque, cela ne se ressentait guère à l’étranger, et encore moins aux États-Unis. En fait, les choses semblaient aller dans la direction opposée. Les nations avaient commencé à résister à l’agression économique des États-Unis, du moins en apparence. Le Japon en est un bon exemple. Au cours de l’hiver 1970, le Département d’État lui avait demandé d’imposer des quotas volontaires sur ses exportations de textiles vers les États-Unis. Le Japon a rejeté cette demande aussi catégoriquement que les États-Unis auraient rejeté la suggestion d’imposer des quotas d’exportation sur leurs produits agricoles. Wilbur Mills, de l’Arkansas, président de la commission des voies et moyens de la Chambre des représentants, a alors préparé un projet de loi prévoyant des quotas obligatoires sur les importations de textiles et de chaussures, ainsi que d’autres mesures protectionnistes.

    Les responsables japonais ont menacé de promulguer une législation commerciale pour riposter en nature à toute entrave américaine à leurs ventes de textiles aux États-Unis. En juin, une tentative timide d’accord est abandonnée. Le 8 juin, le président Nixon a rencontré les dirigeants de l’industrie textile et a indiqué qu’il ne s’opposerait pas aux propositions du Congrès relatives aux quotas visant à réduire les importations de quelque 40 %, pour les ramener à leur niveau de 1967-1968.

    Cette politique marquait le début d’une agression commerciale majeure des États-Unis contre d’autres pays

    Rappelant la promesse électorale de M. Nixon à l’industrie textile en 1968, cette politique marquait le début d’une agression commerciale majeure des États-Unis contre d’autres pays. Le 25 juin 1970, le secrétaire au commerce Maurice Stans annonça le soutien ’réticent’ de l’administration aux quotas obligatoires sur les textiles, comme le demandait le projet de loi Mills, qui avait été soumis à la commission des voies et moyens de la Chambre. M. Stans a conclu qu’en dépit des clauses d’exemption spéciales dont bénéficient les États-Unis en vertu de l’accord du GATT, ’à bien des égards, nous avons été la vache à lait du reste du monde’. Cela a préparé le terrain pour la propagande des États-Unis sur le thème des abus dont ils étaient victimes que les porte-parole du gouvernement devaient dorénavant adopter. Le Wall Street Journal a trouvé ironique que le jour même où M. Stans soutenait le projet de loi Mills, ’le président de la Réserve fédérale, Arthur F. Burns, était à Séoul pour féliciter la Corée pour son ’incroyable record’ d’augmentation des exportations totales. … Dans un texte préparé avant que l’administration ne prenne position, M. Burns a déclaré qu’il est ’gratifiant de voir que les hommes d’État pratiques du monde’ redécouvrent des concepts économiques classiques tels que la liberté du commerce, ajoutant que ’nous devons beaucoup à des pays comme la République de Corée, la Chine nationaliste, Hong Kong et la Thaïlande qui ont récemment démontré comment les hommes opérant sur des marchés libres peuvent surpasser le totalitarisme’. [2]

    Le Marché commun européen est scandalisé par les menaces de quotas américaines. Les négociateurs américains ont refusé sa proposition de négociations multilatérales sur le commerce mondial du textile. Dans une stratégie de division et de conquête, ils invitèrent les porte-parole de la CEE à Washington pour discuter du problème de manière bilatérale. Le 1er juillet 1970, Edmund Wallenstein, directeur du commerce extérieur du Marché commun, et Fernand Braun, directeur adjoint des affaires industrielles, arrivent à Washington. Ils reçoivent l’assurance que les États-Unis n’ont pas l’intention de protéger leurs marchés textiles contre les producteurs européens, mais seulement contre ceux de l’Extrême-Orient. Aucun quota ne serait imposé sur les articles en laine et les textiles synthétiques ou les fibres de filaments synthétiques, produits plutôt des industries européennes que japonaises. En outre, l’administration promet qu’elle fera à nouveau pression pour la suppression du système tarifaire des prix de vente américains, auquel l’Europe s’oppose vigoureusement.

    Cette offre n’a pas réussi à calmer les négociateurs du Marché commun. Si des quotas sur les textiles étaient adoptés, ils faisaient valoir que d’autres quotas seraient probablement imposés sur les chaussures, l’acier, les produits électroniques et d’autres produits, les lobbys textiles au Congrès cherchant à obtenir le soutien législatif d’autres industries à tendance protectionniste. En outre, les textiles asiatiques détournés du marché américain seraient probablement acheminés vers l’Europe. Les quotas d’importation américains feraient donc de la CEE une zone commerciale préférentielle pour les exportations de l’Extrême-Orient et des pays en développement, à moins que le Marché commun n’impose ses propres quotas d’importation.

    Les économistes du Marché commun ont estimé que les quotas sur les textiles et les chaussures proposés par les États-Unis coûteraient à la CEE quelque 500 millions de dollars en réduction des ventes annuelles aux États-Unis. Les économistes britanniques ont calculé que la législation commerciale américaine réduirait les ventes de leur pays d’un montant équivalent. Ils ont parlé de représailles contre les exportations américaines de soja et d’huile de soja, ce qui ferait des agriculteurs américains des victimes secondaires des quotas textiles américains. Le décor était ainsi planté pour les premières scènes d’un drame de confrontation entre les États-Unis et le reste du monde.

    Une réunion des ’quatre grands’ du GATT, composée des États-Unis, du Marché commun, du Japon et de la Grande-Bretagne, est convoquée à Genève les 31 juillet et 1er août 1970. Le Marché commun menace à nouveau de prendre des mesures de rétorsion contre la loi Mills si elle est adoptée, et proteste contre tout candidat à la présidence des États-Unis, ou tout autre candidat à une fonction publique, qui promettrait à nouveau de violer les règles du GATT pour gagner une élection. Les protectionnistes américains, cependant, supposent que les représailles européennes sur le front commercial seraient futiles. D’où l’Europe obtiendrait-elle ses graines de soja, demandaient-ils, si ce n’est des États-Unis ?

    Les porte-parole du Marché commun ont expliqué que les représailles de la CEE pourraient ne pas se produire du tout dans le domaine du commerce extérieur, mais dans celui des finances et des investissements internationaux. Par exemple, le dernier jour de 1969, l’Allemagne avait fait la faveur de vendre au Trésor américain de l’or pour une valeur de 500 millions de dollars. Elle avait maintenant accumulé plus qu’assez de dollars pour racheter cet or. Et la France a discrètement informé les banquiers américains qu’elle était prête à commencer à échanger ses excédents en dollars contre de l’or sur une base mensuelle, comme elle le faisait régulièrement avant mai 1968.

    La France a informé les banquiers américains qu’elle voulait recommencer à échanger ses excédents en dollars contre de l’or

    L’Allemagne et la France se sont abstenues de telles actions tant que le projet de loi Mills n’a pas été adopté, en partie pour maintenir leurs soldes officiels liquides en dollars comme pouvoir de négociation, en partie en reconnaissance de la croissance rapide du sentiment nationaliste protectionniste au sein du Congrès américain.

    Ce qui avait été dit, cependant, était la seule menace impardonnable. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, l’Europe menaçait d’utiliser sa puissance financière contre les États-Unis. Cela ne pouvait être toléré. Aux yeux officiels de l’Amérique, l’Europe était toujours une dépendance des États-Unis. Elle ne pouvait pas plus être autorisée à agir de manière autonome que les colonies américaines ne l’étaient par George III. Les États-Unis ne reculeront pas. L’affirmation de leur puissance impériale ne leur permet pas de le faire. La question s’est élargie, passant d’une question pragmatique de commerce à la question de principe du pouvoir et de son exercice.

    Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, l’Europe menaçait d’utiliser sa puissance financière contre les États-Unis. Cela ne pouvait être toléré
    Le 13 août 1970, après cinq semaines d’audiences, la Commission des voies et moyens de la Chambre des représentants a approuvé le projet de loi Mills par un vote de 17 contre 7. C’était le premier pas vers son adoption par la Chambre entière, et pas un mot de protestation n’a été entendu de la part du président Nixon ou de son cabinet. Outre l’imposition de quotas sur les importations de textiles et de chaussures, le projet de loi proposait une modification de la clause d’exemption afin de faciliter l’imposition de quotas d’importation supplémentaires, ainsi qu’un report d’impôt spécial pour les exportateurs sous la forme de DISCS (Domestic International Sales Corporations). Les industries cherchant à obtenir une protection tarifaire spéciale n’auraient plus à établir que les importations étaient un facteur majeur de leurs difficultés économiques, mais devraient seulement montrer que certaines conditions étaient remplies : les importations devaient augmenter rapidement, les coûts unitaires de main-d’œuvre des produits importés devaient être inférieurs à ceux des États-Unis, et les importations devaient représenter 15 % ou plus de la consommation américaine ou bien l’industrie nationale devait souffrir d’une baisse de l’emploi, des heures travaillées et des revenus. Dans ces conditions, le président serait obligé d’imposer des quotas d’importation, à moins qu’il ne remette au Congrès un rapport détaillé expliquant pourquoi il n’est pas dans l’intérêt national de le faire. La nouvelle législation mettait la politique tarifaire américaine entre les mains de la Commission tarifaire protectionniste de la nation, et permettait d’imposer des quotas sur les automobiles, les radios et les produits électroniques, les bicyclettes et autres articles de sport, ainsi que sur de nombreuses autres marchandises. Il s’agissait donc de l’équivalent d’une déclaration de guerre commerciale.

    En 1970, Washington déclare une guerre commerciale. La CEE menace de répondre par des représailles

    Les États-Unis ont jeté le gant à l’Europe et à l’Asie : soit se soumettre, soit riposter dans des conditions où la maxime tactique appropriée est ’Ne frappez pas le roi si vous ne pouvez pas le tuer’. En fait, l’Amérique demandait au reste du monde ce qu’elle allait faire en réponse.

    Le 6 novembre, un dirigeant politique français, Michel Poniatowski, secrétaire général du Parti républicain indépendant et proche collaborateur du ministre des Finances Valéry Giscard d’Estaing, a suggéré que les représailles du Marché commun se concentrent sur les filiales européennes des multinationales américaines. Il estime que : « une guerre monétaire et tarifaire est prévisible, voire probable, d’ici 1973. … D’abord, les États-Unis imposeraient des quotas sur les textiles. Puis la Communauté économique européenne riposterait en limitant les ventes américaines de soja en Europe. Ensuite, le Congrès serait ’indigné par une telle insolence’ de l’Europe et riposterait à son tour en limitant les ventes européennes aux États-Unis de chaussures et de tapis. La CEE répondrait en frappant les exportations américaines d’avions et d’électronique vers l’Europe. Ensuite, les États-Unis attaqueraient le verre et l’acier européens. Enfin, les Européens seraient provoqués pour imposer des restrictions aux activités industrielles américaines en Europe, ce qu’il a suggéré comme l’arme ultime de l’arsenal économique. ’Cette guerre est prévisible’, a déclaré M. Poniatowski. ’Nous devons donc tout faire pour l’éviter. Mais, si elle éclate, ce ne sera franchement pas la faute de l’Europe.’ [3]

    ’Ne frappez pas le roi si vous ne pouvez pas le tuer’

    Le 19 novembre 1970, la Chambre des représentants adopte la loi Mills par 215 voix contre 165. Le président Nixon ne dit toujours rien, et son attaché de presse déclare qu’il garde l’esprit ouvert sur les questions. Même les diplomates commerciaux britanniques, habituellement dociles, protestent. Peter Tennant, directeur général du British National Export Council, a annoncé : ’Nous avons été trop polis pendant trop longtemps’ [4]. L’Espagne a parlé de ’réduire les achats des entreprises contrôlées par l’État’. Une grande partie des exportations américaines vers l’Espagne est constituée de machines lourdes et la majeure partie de celles-ci – centrales électriques, avions et autres – est achetée par des entreprises d’État.’ [5] Le projet de loi aurait menacé environ 100 millions de dollars d’exportations de chaussures de l’Espagne vers les États-Unis, malgré le fait que ’l’accord sur les bases militaires signé plus tôt cette année contenait des assurances que les États-Unis feraient tout leur possible pour améliorer la balance commerciale [de l’Espagne].’ L’Espagne a menacé de réduire ses achats de pétrole auprès des filiales américaines à l’étranger, à moins que le président Nixon ne lui accorde une exemption spéciale des quotas prévus par le projet de loi.

    Le projet de loi Mills est passé devant la commission des finances du Sénat dirigée par le sénateur Russell Long de Louisiane, qui a promis de le joindre au projet de loi sur la sécurité sociale alors en cours. Soutenu par le sénateur Talmadge de Géorgie, le projet de loi sur le commerce n’a fait l’objet que d’une journée d’audiences, convoquées avec un préavis de vingt-quatre heures seulement. En fin de compte, cependant, le projet de loi sur le commerce n’a pas été joint à la mesure sur la sécurité sociale, mais a été remplacé par une législation commerciale et financière américaine ultérieure.

    En termes les plus simples, la position officielle des États-Unis était qu’ils étaient les seuls à être exemptés et immunisés contre les accords multilatéraux. (…) Même la loi Mills n’était pas une réponse suffisante, car en termes économiques, l’enjeu était bien plus important que les importations et les exportations. Ce qui est à la base des problèmes, c’est la persistance des déficits de la balance des paiements américaine qui, selon les États-Unis, doivent être financés par d’autres pays. L’enjeu est le pouvoir dans le monde. Si les autres pays pouvaient être perpétuellement liés par les décisions américaines, de quelque nature et à quelque fin que ce soit, leur autonomie serait négligeable et leurs menaces dénuées de sens. Ce qu’il fallait donc, c’était une épreuve de force entre les États-Unis et l’Europe et l’Asie non communiste, une confrontation qui clarifierait une fois pour toutes l’emplacement du pouvoir.

    Le monde est loin de savoir où se situe réellement le pouvoir. En termes de capacités militaires vis-à-vis des États-Unis, l’Europe compte pour peu et le Japon pour rien. Le pouvoir ultime appartient donc aux États-Unis. Ce n’est toutefois pas la puissance ultime qui est en cause, mais les forces relatives plus subtiles et moins définissables des économies nationales et régionales.

    Ce n’est que récemment que la disparité croissante entre la puissance économique européenne et américaine a commencé à attirer l’attention générale. L’Europe avait gardé le silence sur ce sujet pour des raisons compréhensibles. Les États-Unis s’étaient aveuglés en partant du principe que la santé économique nationale et la taille du produit national brut étaient des identités, et non des mesures de dimensions distinctes et séparées. Même les déficits extérieurs des États-Unis avaient alarmé peu d’observateurs.

    Spéculation privée concertée des citoyens et des entreprises américaines contre le dollar

    Cet aveuglement était toutefois en train de disparaître, tout comme l’angle mort de la théorie économique qui l’avait produit. Aux États-Unis, lentement d’abord, mais avec une accélération croissante, l’inquiétude la plus sérieuse a commencé à se faire sentir. Elle s’est exprimée par ce qui allait devenir une spéculation privée concertée des citoyens et des entreprises américaines contre le dollar. Les fonds ont fui le pays, menés par les entreprises spéculatives des trésoriers des sociétés américaines contre le maintien de la parité de facto du dollar.

    La crise du dollar de l’été 1971 fait grimper les taux de change de l’Europe

    Cette spéculation sur les devises et l’or reflète les doutes croissants quant à la capacité des États-Unis à continuer à dicter les décisions économiques fondamentales au reste du monde. S’ils ne le pouvaient pas, leurs dettes extérieures risquaient de les submerger. Ces dettes sont euphémisées en Europe et en Asie par l’expression ’surplus de dollars’.

    En mars 1971, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié une étude avertissant que les excédents de dollars continueraient à peser sur le système monétaire européen au moins tout au long de l’année. Un déficit des paiements américains de 6 milliards de dollars était prévu pour 1971. Publiée avec la bénédiction des États-Unis, cette projection faussement optimiste venait compléter l’annonce du président Nixon selon laquelle une réduction des impôts pourrait être nécessaire pour

    Notes
    [1] “Trade Bars Abroad Make U.S. Restive : Congress May Well Curtail Imports, Kennedy Says,” The New York Times, May 21, 1970.

    [2] “Textile Import Quotas Backed by Administration,” Wall Street Journal, June 26, 1970.

    [3] “Europe Maps Retaliation if U.S. Trade Bill Passes,” The New York Times, November 7, 1970. (Mr. Poniatowski’s article appeared in the Paris weekly, L’Economie.)

    [4] “Briton Foresees a Rift on Trade : Says Retaliation Is Possible If U.S. Passes Trade Bill,” The New York Times, November 20, 1970.

    [5] “Europeans Vexed by U.S. Trade Bill. Warning by Spain,” The New York Times, November 21, 1970.

    [6] “Connally Says U.S. Plans No Shift in Money Policy,” The New York Times, May 8, 1971.

    [7] “Inside Common Market : Monetary Friction,” The New York Times, May 11, 1971.

    [8] “Common Market Drafting a Plan in Money Crisis,” The New York Times, May 9, 1971. On Mr. Schiller’s plan, see also “Bonn Revives Idea of 6-Nation Float,” The New York Times, June 16, 1971. For the Werner report see https://ec.europa.eu/economy_finance/publications/pages/publication6142_en.pdf.

    [9] “Monetary Challenge. Currency Crisis Highlights Problems of Rate Flexibility and Trade Policy,” The New York Times, June 9, 1971.

    [10] “No U.S. Currency Move Set Now,” The New York Times, May 11, 1971.

    [11] Ibid.

    [12] “European Foreign-Exchange Traders Await Trend – U.S. Denies Responsibility,” The New York Times, May 12, 1971.

    [13] “Europeans Step up Dollar Pressure. Monetary Inquiry Urged,” The New York Times, May 13, 1971.

    [14] “Connally Is Firm on Dollar Policy,” The New York Times, May 18, 1971.

    [15] “Monetary Challenge,” The New York Times, June 9, 1971.

    [16] “A Special Tariff on Japan Weighed. U.S. Considers a New Duty on All Goods Unless Yen Is Revalued Upward,” The New York Times, May 24, 1971.

    [17] “Japanese Ponder Trade Imbalance,” The New York Times, June 19, 1971. See also “Japan Firm on Yen,” ibid., May 28, 1971, and “Japan Vows Not to Revalue Yen,” ibid., May 18, 1971.

    [18] Ilse Mintz, U.S. Import Quotas : Costs and Consequences (Washington, D.C. : 1973), pp. 1f.

    [19] John Lynch, Toward an Orderly Market : An Intensive Study of Japan’s Voluntary Quota in Cotton Textile Exports (Tokyo : 1968), pp. 77-94, quoted in Mintz, U.S. Import Quotas, p. 20. See also Mintz, ibid., pp. 51f.

    [20] “U.S. Threat Reported,” The New York Times, May 12, 1971.

    [21] “Mansfield Asks 50% Cut in U.S. Forces in Europe,” The New York Times, May 15, 1971.

    [22] “Nixon Firm in Fight to Bar U.S. Troop Cut in Europe,” The New York Times, May 14, 1971.

    [23] “Economic Analysis : Big Stakes at Issue as Group of 10 Meets,” The New York Times, September 15, 1971.

    [24] “Europe Welcomes Move  ; Dollar Trading Is Mixed,” The New York Times, August 28, 1971.

    [25] “13 Billion Gain Sought to Spur Payments to US : Connally Issues Challenge on Improving Balance as Group of Ten Meets. Europeans Skeptical,” The New York Times, September 16, 1971.

    [26] “Report on IMF Plan Lifts Currencies,” The New York Times, September 24, 1971.

    [27] “Dollar Devaluation : Most Pressing Issue at IMF Talks Is Not Whether but How Large It Will Be,” The New York Times, September 29, 1971.

    [28] “Group of 10 Fails to Find Accord on Dollar Crisis,” The New York Times, September 17, 1971.

    [29] “Summary of the Recommendations of the Commission on Trade,” The New York Times, September 19, 1971.

    [30] “Common Market Agrees to Resist U.S. on Dollar. 6 Finance Ministers Ask America to Devalue,” The New York Times, September 14, 1971.

    [31] “France Rejects Concession to U.S.,” The New York Times, September 24, 1971.

    [32] “Japan Urged to Buy Arms, Help Pay for U.S. Troops,” The New York Times, September 10, 1971.

    [33] “U.S. Gives Seoul a Textile Ultimatum,” The New York Times, September 23, 1971.

    [34] “South Korea Plans U.S. Pact,” The New York Times, October 1, 1971.

    [35] “U.S. Gives Japan Plan on Textiles. Tokyo Told to Accept Curbs or Face Quotas on Oct. 15,” The New York Times, October 1, 1971.

    [36] “Textile Makers Defy Tokyo Government,” The New York Times, October 9, 1971.

    [37] “Japan Agrees to Restrict Flow of Textiles into U.S.  ; Surcharge on Them Ends,” The New York Times, October 16, 1971.

    [38] “Denmark Plans Surcharge as Protectionist Measure. European Trading Partners Critical – Common Market Retaliation Against U.S. Is Said to Be a French Goal,” The New York Times, October 20, 1971.

    [39] “Import Authority for Nixon Backed,” The New York Times, November 5, 1971.

    [40] “Dollar Devaluation : It Could Be Tricky,” The Wall Street Journal, December 15, 1971.

    Auteur.e
    Michael Hudson Michael Hudson, ancien économiste de Wall Street, est professeur à l’Université de Missouri, Kansas City (UMKC). Il a écrit de nombreux livres dont Super Imperialism : The Economic Strategy of American Empire (new ed., Pluto Press, 2002) et Trade, Development and Foreign Debt : A History of Theories of Polarization v. Convergence in the World Economy. Conseiller des gouvernements islandais, letton et chinois en matière de législation financière et fiscale, il fait partie du groupe d’experts économiques et financiers du mouvement Occupy.

  • Vidéo : Crises des dettes en Grèce et dans l’UE

    Vidéo : Crises des dettes en Grèce et dans l’UE

    13 juillet 2015 par Eric Toussaint , Michael Hudson , Dimitris Papadimoulis

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    Conférence d’Eric Toussaint (CADTM) et de Michael Hudson (Levy Economics Institute, USA) coordonnée par Dimitri Papadimoulis (eurodéputé Syriza, vice président du parlement européen) le 2 juillet 2015 à Bruxelles au Parlement européen.

    Eric Toussaint Docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
    Il est l’auteur des livres, Banque mondiale – Une histoire critique, Syllepse, 2022, Capitulation entre adultes : Grèce 2015, une alternative était possible, Syllepse, 2020, Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation, Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
    Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015.

  • Mohamed Bouhamidi-L’article 102 au 26 mars 2019

    Mohamed Bouhamidi-L’article 102 au 26 mars 2019

    Cette fin du mois de mars 2019 enregistre une décantation accélérée au sein des marées humaines qui déferlaient sur les places publiques tous les vendredis et étouffaient les mots d'ordre colorées, à tel point que les "ténors" du "Hirak" et les ONG ont commencé à proposer des formes d'actions sectorielles avec les étudiants ou des actions spectaculaires comme les grèves des commerçants pour échapper au poids considérable des masses présentes les vendredis et prendre la direction de ce mouvement. Cette tactique a échoué. Les appels aux grèves générales des commerçants visaient à instaurer un climat de désobéissance civile, favorable à un effondrement de l'Etat en tant que tel. Les ONG présentes dans les universités et d'autres officines  ont pu organiser et encadrer des marches d'étudiants notamment, celle aventurière et extrêmement dangereuse pour notre pays vers le Palais du Gouvernement. Elles n'ont jamais été suivies dans leurs mots d'ordre de grève générale ou de grève des commerçants, ce qui explique leurs échecs suivants et les remarques et conseils que leur prodigueront un peu plus tard le Financial Times et Crisis Group que je republierai dans l'ordre de cette chronologie.   
    Cette accélération explique pourquoi à partir de fin mars 2019 mes analyses écrites, plus adaptées à la réactivité et aux rythmes de la lutte se font plus nombreuses et plus tournées vers les questions tactiques immédiates. Cette analyse est la première analyse tactique proprement dit.

    Cette publication, les précédentes et les suivantes ont été des moments de cette lutte au corps à corps avec les ONG, les révolutionnaires colorés tapis au sein et au sommet du pouvoir ou dans l’opposition, contre les illusions de toujours plus de capitalisme et de néolibéralisme, toujours plus de conformité aux conseils de l’Union Européenne, car le « modèle, le vrai, de la prospérité mondialiste » a été mal appliqué.

    26 Mars 2019 

    Il est difficile de ne pas lier la demande de l’application de l’article 102 aux dernières informations et derniers événements. Le 23 mars Algérie-part publie l’information confidentielle que le général Tewfik allait rencontrer des diplomates occidentaux. Bien sûr l’information est totalement invérifiable. Mais elle vient couronner des rumeurs sur « une réactivation des réseaux du DRS », évidemment tout aussi invérifiables. Mais il plane comme un soupçon de récupération (au profit de qui ? )car on laisse entendre que ces supposés réseaux dormants allaient secourir le président dans une sorte de réconciliation générale de la caste des oligarques. Le 24 mars Saadani parle. Il mène une charge d’une violence extrême contre l’Etat profond dont le démon penseur, planificateur et exécutant est Ouyahia. Mais dans la bouche de Saadani l’Etat profond est bien sûr le DRS de Tewfik. Aucun doute là-dessus puisque le même Saadani a mené, en octobre 2016, les mêmes attaques avec la même violence contre Tewfik pour préparer sa mise à l’écart, Il est donc logique de penser que Saadani a attaqué Tewfik après que les rumeurs aient parlé du réveil des « réseaux dormants » et de la rencontre du général avec des diplomates.

    Peu de gens ont relevé que le fond du discours de Saadani nous disait que le peuple a tort de regarder vers le président Bouteflika qui allait partir à la fin de son mandat et que le peuple devrait plutôt regarder vers Ouyahia et cet État profond qu’il représente. Il attaquait donc ouvertement, un courant qu’on dit créé par et appuyé sur le DRS. Le sous entendu est patent, l’Etat profond allait s’allier avec des puissances étrangères pour rétablir sa vitrine politique Ouyahia.

    Deux jours plus tard, le 26, le jour même de la rencontre présumée du général Tewfik avec des diplomates le général Gaïd Salah demande l’application de l’article 102.

    Cette demande met fin officiellement à toutes les situations de non-droit et de transgressions de la constitution commises par le 5ème mandat puis les lettres attribuées au président et « rédigées par Ouyahia » selon Saadani.

    Le motif de la rencontre de Tewfik disparaissait avec le motif des situations de transgressions du droit et de la constitution. Cette information sur la rencontre du général Tewfik avec des diplomates étrangers était-elle vraie ? Aucune importance. On dit que les services secrets se demandent d’abord si une information sert un intérêt ou un groupe avant de se préoccuper de savoir si elle est vraie. Cette méthode des services est utile quand on parle d’une affaire de services.

    Donc à ce jour du 26 mars, nous avons un fait : la demande de l’ANP d’appliquer l’article 102. La première pensée est qu’elle semble faucher l’herbe sous les pieds du clan Ouyahia, tel que Saadani nous a présenté ses intérêts, ses manœuvres et ses manigances.

    L’article 102 au 26 mars 2019.

    Le problème est que le retour à la légalité constitutionnelle intervient trop tard. Le peuple contestait la légitimité du pouvoir. Le 5ème mandat a sapé la légitimité du pouvoir car ce 5ème mandat retirait toute légitimité aux sentiments et à l’opinion du peuple. Puis ce refus s’est développé en refus de la politique de l’oligarchie et en condamnation des actes des groupes non légaux et non constitutionnels qui gérait le pays, ses finances, la sélection des ministres et hauts responsables. Le peuple a surtout dénoncé les connivences avec l’étranger.

    Dès que ce point a été franchi, le peuple a contesté non seulement la légitimité entachée du pouvoir mais également sa légalité. C’est toute la base constitutionnelle et légale qu’il tient à renverser.

    Le retour au fondement légal de l’action politique n’est plus la base possible d’une solution d’entente.

    Notre peuple a d’ailleurs formulé que les bases d’entente doivent se construire sur la légitimité de la proclamation du 1er novembre. Les photos de nos dirigeants du 1er novembre, les slogans anti colonialistes, le retour aux sources de notre révolution montrent bien que notre peuple veut l’État souverain, indépendant, démocratique et social dans le cadre des principes de l’Islam qui, nous le savons, étaient perçus comme les principes de la solidarité, de la fraternité, de la bienveillance morale et sociale. Il n’était nullement question d’Etat théocratique ou d’un État de classe.

    Il est fort probable que le peuple algérien refuse ce retour tardif et sans aucune garantie pour sa revendication d’un État juste, moral, protecteur de la Nation, de la Société et du pays.

    Bien sûr, dans son expérience notre peuple a bien vu que notre Etat a pu être dévié des buts de novembre. Il sent qu’il a besoin de temps pour penser ces déviations et s’en prémunir dans les conditions infiniment plus complexes où nous ont mis les politiques de l’Incitation capitaliste sauvage. Il prend son temps pour bien mesurer la tâche et la penser.

    Il est plutôt certain que notre peuple refusera d’aller vers des formes de représentations verticales de la base communale à la wilaya comme le préconisent certains, et comme l’ont les 3’rouchs. C’est cette forme construire en dehors du l’armature économique et des centres et réseaux nerveux du pays qui a ruiné les 3’arouchs. Seule l’organisation sur cette armature économique et nerveuse du pays permettra de proposer les programmes nationaux par grandes questions, de contrôler l’activité représentative des délégués et d’agir en cas de nécessité. Si les travailleurs des finances s’étaient organisé et concertés dans la branche des banques et des finances, ils auraient pu alerter le peuple sur les fuites de devises ou leurs sorties illégales et ainsi les empêcher.

    L’élection par système de commune, daïra et wilaya est le même que le vote pour les députés: une fois élu le délégué est coupé de ses électeurs et incontrôlable.

    En attendant que le pouvoir trouve les solutions para-constitutionnelles avec un présidium, un conseil, ou toute autre solution, le peuple, lui demande non le changement des hommes et des méthodes mais le changement même de la base légale de l’État et le retour aux principes de la déclaration du 1 er novembre.

    La demande de l’application de l’article 102 est une défaite partielle de la caste des oligarques. Elle n’est pas encore une victoire pour notre peuple

    Mohamed Bouhamidi. Le 26 03 2019.

    Source : https://bouhamidimohamed.over-blog.com/2019/03/l-article-102-au-26-mars-2019.html

  • Bekhti ould Abdellah-Zabor ou les soliloques d’un bavard

    Bekhti ould Abdellah-Zabor ou les soliloques d’un bavard

    In TSA du 18 mars 2018. 

    J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour Kamel Daoud. On me demandera une seule preuve, je brandirai, comme un trophée, la persévérance que j’ai mise pour terminer son interminable conte.

    Shéhérazade qui a mené en bateau, comme chacun sait, Chahrayar, aurait applaudi. C’est clair : il y a du Shéhérazad en Daoud ! Que de fois ai-je arrêté, fatigué par le monologue narcissique d’un égaré, mais à chaque fois la pensée des mérites de l’écrivain et de Macron s’extasiant à la lecture du livre, m’a poussé à aller à la découverte des pépites cachées quelque part que je m’échinais à découvrir et que je ne trouvais pas.

    Le miracle de Zabor est là : j’ai pu terminer un livre qu’une lecture à l’aveugle m’aurait fait tomber des mains à la trentième page ! Non pas qu’il soit un repoussoir, mais c’est un genre qui ne me sied pas. Question de goût. J’aime les histoires claires, simples, classique quoi, démontrant ainsi mon appartenance à la famille des « vieux jeu ». Un ringard.

    Le complexe et le compliqué me font détaler, restant ainsi fidèle à la règle d’art du grand Tolstoï : « Mon Dieu, donnez-moi avant tout la simplicité du style ». Et quand je n’accroche pas dès les premières pages, je lâche même si l’auteur est un grand écrivain comme Joyce dont j’ai quitté Ulysse après une quarantaine de pages.

    Zabor fait du Daoud

    De l’air… de l’air… Peut-être n’ai-je pas la hauteur nécessaire pour me hisser au niveau d’un génie. Ou peut-être ai-je été trop marqué par la Bruyère : « Tout le but de l’art est de plaire. » Victime je suis de La Bruyère. Victime heureuse, s’entend. Tenez, quand naguère j’ai commencé à lire « Cent ans de solitude » du grand Gabriel Garcia Marques, mon goût ne me portait guère vers ce genre de lecture où l’imagination la plus débridée se permettait les plus hautes altitudes. Et pourtant, dès les premières pages j’ai été entraîné par le courant d’une histoire merveilleuse, magique même où tout ce qui se racontait était imaginaire et pourtant si réel. Le réalisme magique, comme l’ont appelé certains critiques.

    Avec Zabor, je me suis dit, passé les premières lignes prometteuses, que j’ai affaire à un membre de la même famille que le chef d’œuvre du colombien. J’étais heureux. Sur le point de crier au chef d’œuvre. Las, la chute fut terrible. Au fil des pages s’amoncelaient des phrases qui allaient dans tous les sens. Le paysage était terrible : des clichés à perte de vue, des scories, des lapalissades, mais aussi, parfois, heureusement, de très belles trouvailles qui sont autant de bouées de sauvetage pour le lecteur. Elles lui permettent de respirer sous le déluge zaborien. Dépité par la lecture, j’ai écarté la filiation à « Cent ans de solitude ». Adieu Marques ! Repose en paix, Zabor n’est qu’un étranger, si étrange d’ailleurs.

    Pourtant, l’idée créative est généreuse : un homme qui fait reculer la mort par l’écriture. L’écriture qui sauve, beau sujet, on en convient, ça nous change de l’écriture qui assure la postérité, la soupe préférée des écrivains frustrés par leur présent. Tout dépend ensuite du traitement qu’on en fait. Si on possède la grâce, le souffle puissant d’un Voltaire écrivant Candide, on en fait un chef d’œuvre. Sinon une œuvre d’art, sinon une œuvre, sinon…

    En écrivant Zabor ou les psaumes, Daoud fait du fantasque avec un sujet fantastique. Ce n’est pas mauvais en soi pour peu qu’on retrouve, comme dans tous les contes, une morale qui devient une règle pour la postérité. Que de promesses dans cette entame : « Écrire est la seule ruse efficace contre la mort. Les gens ont essayé la prière, les médicaments, la magie, les versets en boucle ou l’immobilité, mais je pense être le seul à avoir trouvé la solution : écrire. »

    Plus loin, l’écrivain, par la bouche de Zabor, décline ses thèmes récurrents, l’islam, Dieu, la révolte contre l’ordre établi, la supériorité de la langue française sur l’arabe académique : « Ma découverte de la langue française fut un événement majeur car elle signifiait un pouvoir sur les objets et les sujets autour de moi. » Zabor fait du Daoud. D’ailleurs Zabor a la même lucidité que Daoud : « Un homme qui dit qu’il écrit pour sauver des vies est toujours un peu malade, mégalomane ou affolé par sa propre futilité qu’il tente de contrer par le bavardage. ».

    Un véritable feu qui brûle

    Un lecteur sévère penserait que cela s’applique à cette fable où le soliloque se perd dans les sables mouvants de deux homonymes bedonnants : la longueur et la langueur. Il s’étire tant et si bien que même la beauté de quelques trouvailles « secourantes », comme on l’a vu plus haut, se noie comme perle au fond d’un océan sans fond.

    Zabor sait-il au moins que le style n’emprunte jamais les chemins de la prolixité ?  Quoi, me voilà écrivant presque comme le maître du soliloque parle. On ne fréquente pas impunément ce jeune homme rejeté par son père, mais guérisseur des malades les plus désespérés, par l’écriture ;  ce jeune homme qui parle comme un journaliste, avec des humeurs de journaliste, avec des expressions de journaliste tant et si bien qu’on pourrait penser que c’est le Daoud journaliste qui a pris le pas sur le romancier de Meursault contre-enquête.

    Mais pour peu qu’on soit fan de l’auteur, on peut penser le contraire. On peut crier au chef d’œuvre comme on qualifie beaucoup de romans incompréhensibles et rebutant au plus grand nombre, mais salué par la critique. En vérité, ce conte dérangeant et tourbillonnant  aurait pu être un véritable diamant s’il avait trouvé en Daoud l’orfèvre qui l’aurait poli avec son style incisif en une trentaine de pages faisant ainsi l’économie d’un grand gaspillage de sa verve et de son talent.

    Car Daoud a du talent, un grand talent soutenu par une colère permanente, un véritable feu qui brûle. Il faut juste qu’il fasse attention à ce qu’il ne le brûle pas lui-même. Ce même feu qui le pousse à se lancer – pour faire plaisir à qui Don Quichotte ?- dans de vaines polémiques  qui grossissent les rangs de ses admirateurs occidentaux et inversement ses contempteurs du monde musulman. Pfttt ! Futilité tout ça ! Daoud doit prendre de la hauteur, c’est-à-dire se détacher du factuel, de tout ce qui n’est pas son art. Un écrivain, s’il est doué et inspiré produit de l’art, un journaliste, le plus grand fut-il, ne produit que des articles éphémères. Le père de Zabor doit choisir.

    Je suis de ceux qui pensent en Algérie, et on n’est pas très nombreux hélas tant l’écrivain est exécré par une certaine critique, que le jour où Daoud laissera de côté les joutes journalistiques stériles qui n’ajoutent rien à sa gloire, ce jour-là, il pourra produire une grand œuvre et pourra dire comme Goethe répondant sereinement aux critiques sur Werther : «  Quand je fais une chose qui me convient, les conséquences ne me regardent pas. S’il y a des fous à qui sa lecture fait du mal, ma foi, tant pis. »

    Ce n’est pas encore le cas de l’auteur de Zabor que le moindre post-it sur la toile fait bondir. Cela dénote une sensibilité à fleur de peau, une sensibilité d’écorché vif à la Lucien de Rubempré arrivant de sa province natale pour affronter Paris. Affronter, j’ai bien dit affronter, car Daoud est dans l’affrontement pour laver quel affront ? Lui seul le dira ou ne le dira pas, ce qui revient au même pour un écrivain. Seul compte ce qu’il écrit.

    Un homme public a beaucoup d’admirateurs, peu d’amis et de solides inimités à cause de sa notoriété. Même mère Thérésa, une sainte femme, n’a pas échappé aux attaques et aux calomnies. Elle s’est blindée. À Daoud de marcher sur ses traces. Pas pour la sainteté, non rien que pour la paix de son âme. En tuant Zabor et en créant une œuvre qui pourrait faire reculer la mort. Comme Zabor sans son arme fatale pour le lecteur : le bavardage !

    B.OA

    In TSA : https://www.tsa-algerie.com/zabor-ou-les-soliloques-dun-bavard/?fbclid=IwAR0JNR8f7Q8et4ac2ReuUjpPYjYjib_i5Tvodh-hYQG-qo8sVggA4_Pcw-0

  • الطّاهر المعز- باسم الدّيمقراطية أوروبا مَهْد الرّأسمالية والإستعمار والعُنصرية

    الطّاهر المعز- باسم الدّيمقراطية أوروبا مَهْد الرّأسمالية والإستعمار والعُنصرية

    لم يكن ظهور النّازية في أوروبا، وفي ألمانيا بشكل خاص، من باب الصُّدْفَة، لأن ل »ثقافة » الإقصاء جذور عميقة، فقد ارتكب الإستعمار الألماني مجازر وعمليات إبادة جماعية في العديد من مناطق العالم، وخصوصًا في إفريقيا، وارتكب المُسْتعمِرُون المُستوطنون الأوروبيون عمليات إبادة مَنْهَجِيّة للسكّان الأصليين في أمريكا (جنوبها وشمالها) وفي العديد من مناطق بحر الكاريبي والمحيط الهادئ، كما إن زُعماء المذهب المسيحي البروتستَنْتِي الذي وُلِدَ مع عملية التّراكم الرأسمالي،   ومن أهمهم الألماني مارتن لوثر ( 1483 – 1546 ) دَعَوا – لأسباب عقائدية دينية – إلى تهجير اليهود الأوروبيين وتجميعهم في فلسطين للتعجيل بعودة المسيح، فكان لوثر ( ثم الفرنسي/السويسري جان كالفين 1509 – 1564 ) من رُوّاد ما أصبح يُسمّى اليوم تيار « المسيحية الصّهيونية »…

    انهزمت النّارية عسكريا، بنهاية الحرب العالمية الثانية، بفضل التضحيات السوفييتية وتضحيات المُقاومين الشيوعيين في أوروبا الغربية ( اليونان وإيطاليا وفرنسا…) ولم تنهزم سياسيا وعقائديّا وعادت بقوّة منذ بداية القرن الواحد والعشرين في معظم البلدان الأوروبية، ولها مواقع في مؤسسات الحكم وفي هيئات وبرلمانات هولندا وسويسرا وفرنسا وألمانيا وإيطاليا والنمسا وفي شمال أوروبا وغيرها، لذلك أصبح التّهجّم على العاملين والفُقراء والمُهاجرين والشعوب الواقعة تحت الهيمنة يتم بصورة عَلَنِيّة وفي وسائل الإعلام الحكومية ومن قِبَل أعضاء الحكومات…

    انطلق العدوان الصهيوني المُكثّف، منذ تشرين الأول/اكتوبر 2023، في هذا المناخ المُعادي لحركات التّحرّر الوطني والإجتماعي، داخل الدّول الرأسمالية المتقدمة وخارجها، فكان الدّعم المُطلق – بالسلاح والدبلوماسية والإعلام – لعمليات الإبادة الجماعية التي استهدفت الشعب الفلسطيني، بعد تصفية أنظمة « الجُمْهُوريّات » العربية بمشاركة الملَكِيّات والإمارات والمَشْيَخات النّفطِيّة في الخليج وبمساهمة مَمْلكات الأردن والمغرب…  

    شكّل القمع الذي استهدَفَ المُندّدين بالهمجية الصّهيونية مُنعرجًا في تاريخ تدجين مؤسسات البحث الأكاديمي والجامعات وتضييق الخناق على الحُرّيات الأساسية، الفردية والجَمْعِيّة، مثل حرية الرّأي والتعبير وحُرّية التّجمّع والتظاهر، وحاولت السلطات الأوروبية والأمريكية القضاء على أي صوت مُخالف للإيديولوجيا السائدة ولما يمكن أن نُسمِيه « العقيدة الرّسمية » وهو أمر لا يختلف عن ممارسات النّازيّة والفاشية، مع مراعاة الفارق في الزمن وتَكيُّف الفاشية مع التطورات التي طرأت خلال ثمانية عُقُود…

    تستعرض هذه الورقة ثلاثة نماذج من القمع الذي تعرّضَ ويَتَعَرّضُ له كل من عَبّرَ عن رأي مختلف عن رأي السلطة بشأن القضية الفلسطينية وبشأن الدّعم غير المشروط للإبادة والمجازر الصهيونية في فلسطين، وذلك في بريطانيا وفي فرنسا وخصوصًا في ألمانيا، مهد النّازية، وثاني أكبر داعم عسكري ومالي للكيان الصهيوني بعد الولايات المتحدة، ومهد أحد أكبر أحزاب اليمين المتطرف في أوروبا حاليا…

    اظْهَرَ العدوان الصهيوني المُسْتَمِرّ منذ تشرين الأول/اكتوبر 2023، حجم الدّعم الإمبريالي للكيان الصهيوني، وأظْهَرَ كذلك حُدُودَ الدّيمقراطية وحُرّية التّعبير التي تتبجّح بها سُلطات الدّول الإمبريالية، حيث أصبح اختطاف واعتقال وتهديد وترحيل الطلاب العرب والمتضامنين مع الشّعب الفلسطيني أمرًا مُعتادًا في الولايات المتحدة كما في أوروبا وجميع الدول الإمبريالية، وفي بريطانيا تم توجيه الإتهام إلى طالب بجامعة الدّراسات الشرقية  (SOAS  – School of Oriental and African Studies  )  وتم اعتقال آخر بموجب قانون مكافحة الإرهاب، بسبب المُشاركة  في مظاهرات تضامن مع الشعب الفلسطيني، فضلا عن التحقيق مع أكثر من مائة شخص وإيقافهم عن العمل وطردهم لنفس السبب، ونجحت سلطات الدّول الإمبريالية في أمريكا الشمالية وأوروبا في نَشْر مناخ الرّعب في أوساط الباحثين والصحافيين وفي الجامعات، حيث يُشكّل رؤساء الجامعات وشركات الأمن الخاصة والشرطة والمجموعات الصهيونية حِلْفًا لإسكات الأصوات المعارضة للدّعم الذي تُقدّمه الإمبريالية للكيان الصهيوني ولخَنْق الإحتجاجات ضد الإبادة الجماعية للشعب الفلسطيني، وفي بريطانيا – بقيادة حكومة حزب العمال – تستهدف الشّرطة السياسية – التي تتمتع بصلاحيات استثنائية واسعة بموجب قانون « مكافحة الإرهاب » – مناضلي اليسار بشكل عام، وتم اعتقال مناضلين من مجموعة العمل الفلسطيني بسبب احتجاجهم ضد شركة إلبيت سيستمز الصهيوية لصناعة الأسلحة، وتم اقتحام مبنى أحد مراكز الإجتماعات في لندن، من قِبَل ثلاثين ضابط شرطة، بعضهم مسلحون، واعتقلوا ستة من المشاركين بتهمة « التآمر لإثارة الاضطرابات وتعكير صفو النظام العام »، كما نفّذت الشرطة سلسلة من العمليات العنيفة في لندن، خلال ساعات الصّباح الأولى بذريعة البحث ضد 12 شخصًا آخرين من المتضامنين مع الشعب الفلسطيني الذين شاركوا في احتجاجات ضد الإبادة الجماعية في غزة، وسبق أن اعتقلت الشرطة البريطانية يوم 18 كانون الثاني/يناير 2025 سبعة وسبعين متظاهرا، من بينهم أعضاء معروفون في ائتلاف أوقفوا الحرب وحملة التضامن مع فلسطين، وتم استجواب أعضاء البرلمان المشاركين، بما في ذلك زعيم حزب العمال السابق جيريمي كوربين، في مركز الشرطة، مما يُؤكّد « تجريم » أي احتجاج ضد الإبادة الجماعية في غزة، وتمهيد الطريق لقمع أي معارضة سياسية لعسكرة الحياة اليومية البريطانية والإمبريالية، لأن الهجمات على الحقوق الديمقراطية وحق التعبير للطلاب تشكل خطوة أولى في تنفيذ هذه السياسة القَمْعِيّة الأوسع نطاقا، بعد سلسلة من عمليات تفتيش المنازل واعتقال الصحفيين في المطارات، بتهم مختلفة، ومن أهمها « معاداة السامية  » كوسيلة لحظر التضامن مع شعب فلسطين ومنع أي إدانة لجرائم الكيان الصهيوني المدعوم عسكريا وإعلاميا وسياسيا وعقائديًّا من قِبَل الإمبريالية بتواطؤ من السلطات الحاكمة في البلدان العربية…

    حافظ حزب العُمّال البريطاني – بعد عودته إلى السلطة خلال شهر تموز/يوليو 2024 – على كافة التّشريعات القَمْعِيّة السّابقة، ووسَّعَ نطاق استخدام القوانين الإستثنائية التي أصبحت « عادية » بذريعة « مقاومة الإرهاب » أو مكافحة « مُعاداة السّامية » وستخدم حزب العمال تشريعات مكافحة الإرهاب ونظام الوقاية الذي أقرته حكومات حزب العمال السابقة برئاسة توني بلير وغوردون براون لقمع المتظاهرين والمُضْرِبين واعتقالهم، كما أقرّت الحكومة البريطانية، سنة 2023، قانونًا جديدًا لفرض الرقابة على الإنترنت، وكانت منصّة –  BitChute – الضحية الأولى، وهي منصة ظهرت خصيصًا للالتفاف على رقابة منصة « يوتوب »، حيث أصبح نَشْر أي محتوى سَمْعِي- بَصَرِي يخضع لرقابة مُزْدَوَجَة قبل النّشْر، بعدما مَنَحَت الرقابة البريطانية سلطات استثنائية لهيئة تنظيم الاتصالات « أوفكوم » التي هددت، خلال شهر آذار/مارس 2025،  بفرض غرامة قدرها 18 مليون جنيه إسترليني على موقع « غاب »، وهو منصة أميركية معروفة بدفاعها عن حرية التعبير، مطالبة إياها بالامتثال لقوانين الرقابة البريطانية، واتهمتها زُورًا بنشر محتوى « يميني متطرف » وخطاب الكراهية والمعلومات المضللة ذات المصدر الروسي، قبل إغلاق موقع هذه المنصّة، وتمثل الغرامة 10% من الإيرادات السنوية لشركة غاب، التي ليس لها وجود قانوني في بريطانيا، وردت المنصة برفض مطالب أوفكوم، لكنها أصبحت تمارس الرقابة الذّاتية لأنها – على عكس غوغل أو فيسبوك – لا تستطيع تحمل الغرامات الضخمة التي تفرضها سلطات الدّول « الدّيمقراطية » لوضع حدّ لحرية التعبير…

    لم أشَأ التّطرّق إلى المسؤولية المُباشرة للإستعمار البريطاني في دعم الحركة الصهيونية، من وعد بلفور إلى 1948 مرورًا بتركيز المليشيات والمُؤسسات والمُستوطنات الصّهيونية، خلال فترة « الإنتداب » ( من 1918 إلى 1948) والقمع السافر لمقاومة الشعب الفلسطيني، مثل قمع إضراب بداية الثلاثينيات من القرن العشرين وثورة 1936 والإعدامات التي لا تزال محفوظة في ذاكرة الشعب الفلسطيني والشعوب العربية، لأن مسؤولية الإستعمار البريطاني ثابتة ونادرًا ما تعرّضت إلى الإنكار أو التّشكيك، ولا يزال الدّعم البريطاني الرّسمي مُستمرًّا، من قِبَل حزْبَيْ العمّال والمُحافظين، على حدّ السّواء.

     تُمثل فرنسا حالة استعمارية مختلفة عن بريطاينا، وبالتالي فإن تعاملها مع « المجتمع المدني » مختلف، فقد جعلت الدولة الفرنسية من مكافحة « التطرف الإسلامي » محورا أساسيا لتدخلها الأيديولوجي والقسري، باسم « الحرب ضد الإرهاب » التي شكّلت ذريعة لتكثيف قمع الحركات الاجتماعية، وممارسة الحصار الأمني على الأحياء الشعبية وأحياء المهاجرين وأبنائهم، إب استمرار الإعتداءات العسكرية الفرنسية ضد الشعوب، من أفغانستان إلى مالي، مروراً بليبيا وسوريا والصّومال، وتجري هذه الحروب في الخارج بالتزامن مع التطرف الاستبدادي داخل البلاد، فقد أَقَرّ قانون المالية لسنة 2023 خلق 4500 وظيفة جديدة في الجيش والشرطة و2500 منصب جديد فقط في مجال التدريس، ولذا فإن الحديث عن التطرف الاستبدادي للدولة الفرنسية (والدول الأوروبية) نابع من حقيقة ملموسة من خلال الاختيارات المتعلقة بالميزانية التي تسمح بتوظيف المزيد من الجنود والشرطة، وعدد أقل من المعلمين والعاملين في مجال الصحة، ويعني التطرف الاستبدادي أيضًا تدخل الجيش في الشوارع والساحات ومحطات القطار والحافلات، كجزء من « مكافحة الإرهاب » وبالتالي فإن الدولة الفرنسية وشرطتها ونظامها القضائي هي التي تُمارس « التّطرف الإستبدادي » ضد شعبها وشعوب البلدان الفقيرة، وتُعتبر فرنسا « نموذجًا » لهذا التمازج بين الأعداء الخارجيين والداخليين، وذلك بفضل قوانينها الأمنية الثلاثة عشر التي سُنّت بين سنتَيْ 1995 و 2022، فضلا عن العدد الكبير من القوانين التي تُضيّق الخناق على المُقيمين الأجانب، بمعدّل قانون واحد (أو تحوير قانون سابق) كل 18 شهرًا منذ سنة 1993…   

    لقد أدى نظام التراكم الذي يهيمن عليه المال ( رأس المال المالي ) إلى هجوم واسع النطاق على حقوق الموظفين والشباب في إطار سياسات التقشف (الليبرالية الجديدة)، وكانت الطبقات الحاكمة وسُلطتها (حكوماتها ) تعلم أن هذه العملية سوف تثير المقاومة، ومن ثم فإن السلطة تعتبر إن الأمن القومي مهدد من الداخل، لأسباب اقتصادية أو اجتماعية.

    في هذا الإطار العام – سواء في فرنسا أو العديد من الدّول الأخرى بالإتحاد الأوروبي – الذي جرت وتجري ضمنه عمليات القمع ضد أي نشاط موالي للشعب الفلسطيني أو مُندّد ببعض ممارسات الكيان الصّهيوني.

    طلب المدعي العام ( الخاضع لسلطة وزير القضاء ) في محكمة الجنايات في آكس أون بروفانس ( Aix – en – Provence ) الحكم بالسجن لمدة ثمانية أشهر على أستاذ الجامعة الفرنسي فرانسوا بورغات ( François Burgat )، البالغ من العمر سبعًا وسبعين سنة، بسبب منشوراته حول الوضع في غزة، وما ورَدَ في واحد من كُتُبِه، بعد تسْع سنوات من نَشْرِهِ، وطلب الادعاء العام أيضًا حظر النشر على شبكة التواصل الاجتماعي –  X/Twitter – لمدة ستة أشهر وغرامة قدرها أربعة آلاف يورو، ومن المقرر أن يتم التصريح بالحُكم يوم الثامن والعشرين من أيار/مايو 2025.  

    شغل فرانسوا بورغات منصب مدير المجلس الوطني للبحوث العلمية، ونَشَر العديد من المؤلّفات المرجعية حول القضايا المتعلقة بالعالم الإسلامي وكذلك المتعلقة بالإستعمار ومخلفاته، وقد تمت محاكمته بتهمة الدفاع عن الإرهاب، وتم اعتقاله خلال شهر تموز/يوليو 2024، على إثر شكوى تقدمت بها المنظمة اليهودية الأوروبية، بتهمة « ترويج موقف ورواية حماس بشأن ما حدث يوم السابع من تشرين الأول/اكتوبر 2023  » وصرّح الأكاديمي الفرنسي في دفاعه خلال المحاكمة: « لم أُهنئ حماس قط يوم السابع من تشرين الأول/اكتوبر 2023، لكني أميل إلى تصديق الرواية التي قدمتها حماس للأحداث، في ظل الوضع الحالي »…

    إن محاكمة فرانسوا بورغات ليست حدثًا معزولا، بل تتنزل ضمن حملة قمع شديدة في فرنسا ومجمل الدّول الأوروبية، ضدّ النّقابيين والمناضلين « الإجتماعيين » والمناهضين للعولمة والدّاعمين لنضالات الشعوب، ومن بينهم الشعب الفلسطيني، وتمت في فرنسا محاكمة العديد من المناضلين غير المعروفين وكذلك من الشخصيات المعروفة بتهمة الترويج للإرهاب بسبب انتقادهم علناً لعمليات الإبادة الجماعية التي يرتكبها الكيان الصهيوني ضدّ الشعب الفلسطيني، ومن بينهم بطلة كرة السلة السابقة إيميلي غوميس، التي تم التّشهير بها خلال شهر شباط/فبراير 2024، بعد نشرها صُورة تُعبّر عن مدى التّدمير والقتل، وتعليقًا يُندّد بالإستعمار الإستيطاني الصهيوني لفلسطين،  ولم يسلَم نواب البرلمان الفرنسي من التّشهير ومن المُضايقات حيث تم تجميد عضوية نائب برلماني لمدة أسبوعَيْن بسبب شعار مناصر للشعب الفلسطيني، كما تواجه النائبة الفرنسية ( من أصل فلسطيني) في البرلمان الأوروبي « ريما حسن » أيضًا عدة دعاوى قضائية في أعقاب شكوى من وزير الداخلية، لأنها وصفت حماس بأنها حركة مقاومة، في بيان لوسائل الإعلام، ويواجه العديد من المُشاركين في حملة المُقاطعة الشاملة للكيان الصهيوني، ملاحقات بوليسية وقضائية وحملات تشويه…

    عُمومًا طبّقت السّلطات الفرنسية وَصْفَةَ السّلطات الأمريكية بخصوص قمع الطّلبة والشباب وكل من يُندِّدُ بالإبادة الجماعية في فلسطين ومقاطعة الشراكات المجامعات المتعاونة مع دولة الإحتلال في فلسطين بالتوازي مع الحملة المُعادية للعرب ومن تم تصنيفهم « مُسلمين »، حيث لا يختلف خطاب وممارسات السُّلطة مع خطاب اليمين المتطرّف، وطاوَلَ القمعُ المُؤيِّدين لدولة الإحتلال لكنهم يختلفون مع بَعَ ممارساتها وتم تأجيل أو إلغاء العديد من النّدوات العلمية والتاريخية، فضلا عن حَظْر التّجمّع والتّظاهر دَعْمًا للشعب الفلسطيني، أو لمجرّد التنديد ببعض ممارسات الكيان الصهيوني، وتمت إحالة بعض الباحثين إلى النيابة العامة من قبل نواب أو منظمات يهودية ويواجه العديد من الباحثين والنّقابيين ومناضلي « المجتمع المدني » ملاحقات قضائية بتهمة « مُعاداة السّامية » أو « تبرير الإرهاب »، لمجرد التّذكير بالسياق التاريخي لعملية المقاومة يوم السابع من تشرين الأول/اكتوبر 2023، وتعرّض كل من تجرأ على التذكير بأن « حماس جزء من المقاومة الوطنية الفلسطينية، أو من ذَكَّرَ بمساهمة الصناعات العسكرية الفرنسية في عمليات الإبادة، إلى المُلاحقة القضائية والتشويه الإعلامي، وتَتَعَمّدُ معظم وسائل الإعلام ( الحكومية والخاصّة) الخَلْط بين اليهودية والصّهيونية وبين دعم القضية الفلسطينية ومُعاداة السّامية ( وهي ظاهرة أوروبية بحتة) فيما رفضت وزارة التعليم العالي والبحث العلمي إمكانية مراجعة الشراكات مع الجامعات الصّهيونية أو شركات السلاح، ووظّفت الدّولة الفرنسية الجهاز السياسي والأمني والإداري والقضائي والإعلامي لتهميش صوت الدّاعمين للشعب الفلسطيني، وفرضت الحكومة إخضاع أي فعالية تتعلق بفلسطين أو بالوطن العربي أو بالإسلام أو قضايا الإرهاب، لعملية « تدقيق » ( أو رقابة ) وفي المقابل تُروّج الدّولة ومؤسسات الإعلام والبرلمان الرواية الصّهيونية التي تصور الصراع على أنه « مواجهة بين الحضارة التي تمثلها إسرائيل والهمجية التي يمثلها الفلسطينيون » وتطلب السلطات السياسية من الباحثين الأكاديميين إضفاء الشرعية على توجّهاتها، بدل تقديم منظور نقدي مُستقل، وأدّى قمع الطلبة وطاقم التّدريس الجامعي والبحث العلمي إلى عملية « تَبْسِيط فكْرِي » يتعمّد اختزال القضايا السياسية والاجتماعية في بُعد أمني، مما يُمثل عودة قوية إلى الفِكر الإستعماري، ومما يؤدي إلى تزايد نفوذ الأجهزة الأمنية والاستخباراتية في عمليات صنع القرار، باسم « المحافظة على النّظام العام »، وفق مرصد الانتهاكات ضد الحريات الأكاديمية، وهو منظمة غير حكومية فرنسية، ويُمثّل التفكير النّقدي والحُرّيات الأكاديمية مُؤشّرًا على حالة الدّيمقراطية والعدالة الاجتماعية، ويرتبط مفهوم العدالة والحرية للشعب الفلسطيني بالعدالة والحرية وتقرير المصير لشعوب العالم، وبما إن الفكر الإستعماري لا يزال سائدًا في فرنسا وفي الدّول الأوروبية الأخرى، فإن مبادئ المُساواة والعدالة أصبحت منبوذة، وأصبح خطاب اليمين المتطرف سائدًا على المستويات السياسية والإعلامية…  

    لا يعرف العديد منا سوى القليل عن الماضي الإستعماري لألمانيا قبل الحرب العالمية الأولى، والإبادة الجماعية والتّهجير القسري لسكان مستعمراتها الإستيطانية في ناميبيا وتنزانيا وتوغو والكامرون وسيراليوني وبوروندي ورواندا وبعض جزر المحيط الهادئ وغينيا الجديدة وسامُوَا وغيرها، ورافق هذا الإستعمار إيديولوجية « التَّفَوُّق العرقي » – التي استعادتها، ولم تخلُقْها، النّازية – والخطاب العُنصري ضدّ السّكّان الأصليين، كما لا يعرف الكثير منّا إن الطّوائف المسيحية البروتستَنْتِية الألمانية – التي ولدت المسيحية الصهيونية – أنشأت مستعمرات استيطانية في فلسطين، منذ عقد الستينيات من القرن التّاسع عشر، وأنشأ « فُرسان الهيكل » أهم مستوطناتهم في حيفا سنة 1868، قبل حوالي عشر سنوات من تأسيس أول مستعمرة استيطانية صهيونية مَوّلتها أُسْرة روتشيلد الثّرية، وتُظْهِر الوثائق المكتوبة درجة العنصرية التي اتّسم بها المُستوطنون الألمان الذين كانوا ضمن شبكة فكرية عابرة للحدود القومية، ألْهَمت مؤسّسي المنظمة الصهيونية العالمية ومشروعها وبرنامجها ووسائل عملها، وسعى المُستوطنون الألمان في فلسطين –بعد تأسيس المنظمة الصهيونية العالمية – إلى إلى تحقيق التقارب بين أهداف المنظمة الصهيونية العالمية والمصالح الجيوسياسية للإمبراطورية الألمانية في الشرق، ودعموا المشروع الاستيطاني اليهودي في فلسطين، وكان لنموذج الاستعمار الألماني التأثير الأقوى على مفهوم الاستعمار الإستيطاني الصهيوني في فلسطين، فكانت ألمانيا، المثال الذي يُحتذى به وفق المنظمات الإستيطانية الصهيونية، منذ سنة 1900 وكان البرنامج الإستيطاني الألماني في فلسطين يحظى بدعم سياسي ومالي من الإمبراطور فيلهلم الثاني (1859-1941)، الذي زار فلسطين سنة 1898، ومن سفير ألمانيا لدى الدّولة العثمانية، أدولف مارشال فون بيبرشتاين (1842-1912)، وبدعم من المصارف والشركات الألمانية ( شركات الصّلب والسكك الحديدية وشركات الزراعة…) ودويتشه بنك واللجنة الإقتصادية الإستعمارية الألمانية وغيرها، إلى أن غيّرت الحرب العالمية الأولى التوازنات الدّولية… غير إن العلاقات بقيت متينة بين زعماء الحركة الصهيونية والسلطات الألمانية، بما فيها السلطات النازية التي عقدت وفاقًا مع الحركة الصهيونية لإرسال اليهود إلى فلسطين حَصْرًا واستخدام الأموال والممتلكات المُصادَرَة لشراء آلات وتجهيزات وسلع من ألمانيا، ولا تزال ألمانيا، سنة 2025، ثاني أكبر داعم سياسي واقتصادي وإيديولوجي للكان الصهيوني…

    هذه جُذور العلاقات المتينة والدّعم المُطلق من قِبَل سُلطات ألمانيا الحالية للكيان الصهيوني، وازدهار إيديولوجية اليمين المتطرف وقمع أي شكل من أشكال التّضامن مع الشعب الفلسطيني…

    شاركت 25 مدينة في العالم، في تظاهرة تضامن مع الشعب الفلسطيني، يوم الجمعة 25 نيسان/ابريل 2025، وفي مدينة رام الله بالضّفة الغربية اختار المُتظاهرون مقر الممثلية الألمانية في المدينة للتعبير عن التّضامن مع أشقائهم في غزة، واحتجاجًا على الدّعم الألماني المُطلق للإحتلال الصهيوني ولعمليات الإبادة الجماعية.

    في ألمانيا، حذّر اتحاد الصّحافيين، منذ يوم الإثنين الثالث من شهر أيار/مايو 2021، بمناسبة اليوم العالمي لحرية الصحافة، من تدهور وضع الحريات العامة وبالخصوص حرية النّشر والإعلام وحذرت منظمات وسياسيون محلّيُّون من التهديدات التي يتعرض لها الصحافيون، والتي تُقوّض استقلالية الإعلام وأُسُسَ الديمقراطية، وأشار فرانك أوبرال رئيس اتحاد الصحفيين الألمان إلى تضاعف عدد أعمال العنف ضد صحفيين خمس مرات خلال عام واحد، ولم يدعم السياسيون وجهاز الشرطة والقضاء و »المجتمع المدني » الصحافيين الذين تم الإعتداء عليهم…

    في هذا المناخ السياسي الذي طَغَت عليه إيديولوجيات اليمين المتطرف، زادت انتهاكات حرية التعبير والإعتداء الجسدي على الصحافيين وزاد انتشار المعلومات المُظلِّلَة حول المهاجرين واللاّجئين والشعوب الفقيرة والواقعة تحت الإحتلال ومن بينها الشعب الفلسطيني الذي يتعرّض للإبادة، وفي هذا الإطار وخلال نفس السنة ( 2021) نشر الموقع الحكومي للإذاعة والتلفزيون  » دويتشه فيللّه »، منتصف شهر حزيران/يونيو 2021، نتائج استطلاع واسع بشأن حرية التعبير في ألمانيا « ويعتقد نصف الذين شملهم الإستطلاع « إن حرية التعبير تدهورت في ألمانيا بشكل غير مسبوق… ( لأنه) لم يعد بوسعهم التعبير عن رأيهم بحرية كاملة »، وهو ما ينطبق تمامًا على أصحاب الرأي المخالف للإيديولوجية السائدة بشأن الإستعمار الإستيطاني الصهيوني وبشأن معاناة الشعب الفلسطيني، بشهادة غير العرب، ففي بداية سنة 2024، أطلق أكثر من 500 فنّان وسينمائيّ وكاتب وعامل في المجال الثقافي من مختلف أنحاء العالم حملة ضدّ موقف ألمانيا من العدوان الصهيوني على فلسطينيي غزّة، وطالبو المبدعين والمثقفين الألمان (وغيرهم ) بالتوقّف عن التعاون مع المؤسّسات الثقافية الألمانية التي تموّلها الدولة، والتي تدعم الكيان الصهيوني وتفرض رقابة على حرية التعبير، ووَرَدَ في بيان هذه الحملة: « إن ألمانيا تبنّت سياسات كارثية تقمع حرّية التعبير، وتحديداً التعبير عن مختلف مظاهر التضامن مع الشعب الفلسطيني، سواء من خلال قمع المظاهرات الشعبية، أو رقابة البرامج الثقافية أو إلغاء بعض المحاضرات والندوات… ولم يتوقّف الأمر عند ذلك، بل قامت السلطات المختصّة أيضاً بمنع المساعدات اللازمة لتلك الجمعيات والهيئات الثقافية التي نظّمت تظاهرات وفعاليات تُندّد بالعدوان وتدعم الشعب الفلسطيني الذي يتعرض للقتل على يد قوّاتٍ مدعومةٍ من ألمانيا بمعدّل غير مسبوق (لذا ) أصبح من المهمّ الآن أكثر من أي وقت مضى أن يرفض المثقّفون في ألمانيا وخارجها هذه العنصرية المناهضة للفلسطينيّين بطريقة حازمة وعلنيّة ومقاطعة المنظّمات التي تنشر أو تغطّي مثل هذه العنصرية ».

    بعد ذلك بفترة قصيرة، اشتكى بعض المناصرين للقضية الفلسطينية  (يوم 29 نيسان/ابريل 2024 ) من الضغوط المفرطة والقُيُود والقمع الذي تمارسه بحقهم السلطات الألمانية التي يعتبرونها مسؤولة عن الحدّ من حريتهم في التعبير الذي أصبح مكشوفًا منذ انطلاق الموجة الحالية من الإبادة الجماعية للشعب الفلسطيني، ومن الأمثلة التي أوردها هؤلاء، عدم السماح في العاصمة برلين، لأطفال الفلسطينيين بالذهاب إلى المدرسة مع ملصقات تضم صورًا للوشاح الفلسطيني أو الأعلام الفلسطينية، ومارست قوات الشرطة عُنفًا وقسوة غير عاديَّيْن ضد المتظاهرين المندّدين بالعدوان الصهيوني، فضلا عن تفتيش منازل العرب والفلسطينيين واعتقال العديد منهم، وألغت السلطات الألمانية العديد من الدّعوات التي وجّهتها منظمات محلية ألمانية إلى مُثقفين وأكاديميين وأطباء وفنانين من مناطق مختلفة من العالم للإدلاء بشهادتهم حول ما يجري في فلسطين المحتلة، من ذلك منع طبيب فلسطيني ووزير سابق للمالية في اليونان من دخول ألمانيا للمشاركة في تظاهرة تحت عنوان « مؤتمر فلسطين » في برلين بداية من 12 نيسان/ابريل 2024، ومزقت الشرطة لافتات تُندّد بحرب الإبادة و بتزويد ألمانيا الجيش الصهيوني بالسلاح الألماني، ومنعت أفراد مجموعة إيرلندية من الغناء بلغتهم الخاصة التي يعترف بها الإتحاد الأوروبي ( 19 نيسان/ابريل 2024)، وحظرت الشرطة رفْع العلم الفلسطيني والتحدث باللغة العربية ( أي منع الهتاف والشعارات باللغة العربية) في الاعتصامات والاحتجاجات ( وهو ما يحصل كذلك في فرنسا)، وأصبحت « معاداة السامية  » ( التي نشأت وتمت ممارستها في أوروبا حصريًّا) تُهمَةً يتمّ توظيفها لأغراض سياسية بهدف تشويه ومحاكمة المُعارضين للإبادة الجماعية…

    أقَرّ مجلس النواب الألماني »البوندستاغ » ( كانون الأول/ديسمبر 2024) قانونًا جديدًا « لمكافحة معاداة السامية والعداء لإسرائيل في المدارس والجامعات وحماية اليهود في ألمانيا (…) وقَطْع التمويل الحكومي للجماعات والمنظمات والأفراد الذين ينتقدون الحكومة الإسرائيلية » وتعمّد القرار الخَلْط بين اليهود والصهيونية وحكومة الكيان الصهيوني، وفق ما ورد في نص وقّعه مثقفون من يهود ألمانيا…  

    من جهة أخرى رفضت حكومة ألمانيا وأغلبية النواب في برلمانها تطبيق مذكرة الإعتقال التي أصدرتها المحكمة الجنائية الدّولية يوم 21 تشرين الثاني/نوفمبر 2024، ضد رئيس حكومة العدو الصهيوني ووزير الحرب بتهمة  » ارتكاب جرائم حرب وجرائم ضد الإنسانية، وخلق وضع معيشي يهدف القضاء على جزء من السكان المدنيين في غزة »، وبذلك يجري تمكين المجرمين الصهاينة من الإفلات من العقاب من قِبَل حكومات ألمانيا وفرنسا وبريطانيا والولايات المتحدة والمَجَر وغيرها.

    تجدر الإشارة إلى اقتصار الحظر على المظاهرات المندّدة بالكيان الصهيوني والدّاعمة للشعب الفلسطيني ( مع حالات قليلة أخرى) سواء في ألمانيا أو غيرها من الدّول الأوروبية، فيما تظاهرت الحركات السياسية اليمينية المتطرفة، التي تُرَوِّجُ « خطاب الكراهية » بل تمارس العنف والقَتْل ضد المهاجرين في إيطاليا وألمانيا وفرنسا وبريطانيا وغيرها، غير إن ألمانيا بالغت في القمع ( المَوْروث من النّازية؟) فقد أصدرت حكومتها تحذيرا لكل من المواطنين الألمان والمهاجرين الذين يعرضون أي شكل من أشكال الدعم المعنوي للشعب الفلسطيني في غزة، مهددة بعواقب وخيمة، بما في ذلك السجن، وأثار هذا القرار جدلا واسعًا لأنه قمع سافر يعكس نهجًا انتقائيًّا لحقوق الإنسان وحرية التعبير، مما يقوض أسس المجتمع الديمقراطي المزعوم…

    لو اتخذنا القضية الفلسطينية كمعيار، يمكننا التّأكيد على « اختفاء » حرية التعبير في أوروبا ( وفي النّظام الرأسمالي النيوليبرالي عموما)، ويستخدم القضاة قوانين « مكافحة الإرهاب » كوسيلة شاملة لفرض عقوبات تعسفية، بينما تتمتع المنظمات الصهيونية ومجموعات اليمين المتطرف الدّاعمة للكيان الصهيوني، بحرية التعبير والحركة والتصرف، وتتمتع بالحصانة وبحماية الشرطة والقضاء والإفلات من المحاسبة ومن العقاب، مما شجعها على زيادة تنفيذ أعمال العنف والتهديد الذي يستهدف العرب والمهاجرين ومناضلي المنظمات الدّيمقراطية التي تُندّد بالعدوان الصهيوني، وذلك بالتواطؤ مع سلطات الدول الأوروبية والمُفوضية الأوروبية ( وهي سلطة غير منتخبة وتُمثل الحكومات) وأغلبية نواب البرلمان الأوروبي، حيث تواطأت هذه المؤسسات والقوى علنًا مع الكيان الصهيوني في عمليات الإبادة الجماعية التي تُرتكب ضد الشعب الفلسطيني في غزة وفي الضفة الغربية…

    الطّاهر المعز

  • Bruno Drweski-Marx, Lénine, les bolcheviks et l’Islam

    Bruno Drweski-Marx, Lénine, les  bolcheviks et l’Islam

    Bruno Drweskilapenseelibre.org, mai 2012
    3 décembre 2013, Investig’Action

    La question du rapport des bolcheviks et plus largement du marxisme à l’islam n’est pas qu’une question historique. D’abord parce qu’aucune révolution ne sort jamais définitivement de la scène de l’histoire sans laisser un héritage qui prolonge son existence dans les réalités nouvelles et sous des formes inédites. Mais aussi parce que comme le bolchevisme a historiquement constitué, au moins jusqu’à aujourd’hui, le sommet du processus intellectuel de radicalisation inauguré à l’époque des Lumières, l’attitude que les bolcheviks ont pu avoir à l’égard de la religion et en particulier de l’islam et des musulmans reprend en plus radical et en plus contrasté celle que l’on retrouve dans tous les courants issus de la pensée des Lumières, populaires comme bourgeois. Et ce qu’on nomme de nos jours l’islamophobie a toujours existé dans la mesure où l’islam, en plus d’apparaître aux yeux des athées radicaux, comme une religion identique aux autres, a été et constitue toujours aussi une religion liée à une expérience coloniale, post-coloniale et néocoloniale.

    Les marxistes et tous les progressistes quelque soient leurs appartenances idéologiques ou religieuses devraient se rappeler les leçons contradictoires de la politique menée par les bolcheviks vis-à-vis des citoyens musulmans de ce qui allait devenir l’Union soviétique.
    Etat socialiste marqué dès le départ par des contradictions entre tenants d’un « fidéisme marxiste » rigoureusement athéiste, occidentaliste, moderniste, et partisans d’une compréhension plus « marxienne dialectique » et plus internationaliste, qui sut imaginer des passerelles entre l’iconoclasme marxiste et la foi islamique.
    Il ne s’agira donc pas ici d’analyser le rapport du marxisme à l’égard du phénomène de la foi, thème qui doit être traité en soi, de façon distincte, dans une perspective historique liée au mûrissement dans les sociétés occidentales d’une attitude nouvelle réagissant concrètement à des siècles d’hégémonie chrétienne.
    Il s’agira de faire ici une analyse concrète d’une expérience historique concrète, les relations évolutives du système soviétique à l’égard d’une structure religieuse en particulier, l’islam, religion clef dans les rapports entre le monde occidental, la modernité occidentale et le monde colonial de l’époque.
    Deux mondes entre lesquels allait se placer l’Union soviétique, située à la charnière entre l’Europe et ce qui allait devenir le tiers monde. Tiers monde que certains allaient commencer à considérer, surtout à partir du bolchevisme, comme le nouveau tiers-état révolutionnaire. Un tiers-état désormais mondial, dans le cadre d’un processus révolutionnaire international arrivé à l’époque de l’impérialisme.
    Question du rapport à l’islam qui, dans les pays occidentaux a pu être et peut toujours être aussi perçue non pas dans son aspect colonial et post-colonial, mais comme une répétition contemporaine de la lutte pour imposer une liberté de conscience « à l’occidentale », « désenchantée », « privée », dans des sociétés marquées encore par le poids de l’héritage d’une domination des Eglises tombées en crise. Mais en quelque sorte remplacées aujourd’hui dans la vision de certains par une nouvelle religion plus vigoureuse, l’islam.

    La révolution russe de 1917 a éclaté dans un empire qui abritait alors environ seize millions de musulmans de différentes nationalités, surtout d’origine turque ou iranienne — soit 10% de la population totale de l’Etat.
    La lutte contre le colonialisme tsariste puis la Révolution russe radicalisèrent les musulmans qui exigeaient le progrès social, l’accès à l’éducation de masse, la liberté religieuse et les droits nationaux que leur avaient en grande partie refusé les tsars qui, tout en reconnaissant le fait islamique de leurs sujets, cherchaient à maintenir un islam périphérique, tribal, statique, soumis, à leur service. Un islam toutefois reconnu légalement dans l’Etat russe depuis sa naissance (le bouddhisme aussi), à la différence des processus d’éradication de toutes les religions concurrentes qui s’étaient développés en Europe occidentale depuis le Moyen-âge et au moins jusqu’au siècle des Lumières, soit très tardivement.

    Le 1er mai 1917, après ladite Révolution « de février », se tint à Moscou le premier Congrès panrusse des musulmans. Après des débats très vifs, ses délégués votèrent entre autre en faveur de la reconnaissance de droits égalitaires pour les femmes, faisant des musulmanes de Russie les premières au monde à être libérées des restrictions qui caractérisaient à l’époque la très grande majorité des sociétés musulmanes (et non musulmanes), depuis que les souverains héréditaires avaient remplacé le gouvernement par consultation, et que les femmes avaient vu leur statut se dégrader par rapport à celui en cours à l’époque du khalifat muhammadien de Médine.
    Mais ce fut aussi la Révolution russe qui, plus globalement, accorda parmi les premiers, le droit de vote aux femmes et leur pleine égalité juridique en Europe. Toutefois, alors que les « musulmans progressistes » de Russie imposaient ces changements au nom de l’islam, les dignitaires et les notables traditionalistes musulmans au même moment, s’opposèrent d’emblée à tout changement révolutionnaire, eux aussi au nom de l’islam. Ils dénonçaient tout changement qui visait à analyser de façon dynamique les textes, Coran, Sunna, Fiqh, en rejetant leur interprétation fixiste et littéraliste.
    Dans le contexte d’un monde encore largement dominé par les puissances ouest-européennes, et donc par l’eurocentrisme colonial, les marxistes russes, et parmi eux les bolcheviks, réagirent, eux aussi, de façon contradictoire à ces questions.

    Le marxisme est une conception matérialiste et donc immanentiste du monde, donc en principe totalement agnostique (athée ?). Mais si nous relisons bien Karl Marx, nous découvrons que derrière cette affirmation qui a dominé la scène marxiste depuis 150 ans, les choses sont beaucoup plus nuancées, et que Marx s’est plutôt attaqué aux déformations des religions « concrètes » en utilisant une démarche matérialiste, sans jamais vraiment poser la question de la spiritualité, et tout en s’opposant à la méthode idéaliste d’analyse de la réalité [1]. Parce que Marx, et dans sa foulée, les premiers marxistes savaient que la religion plonge ses racines dans une situation dominée par l’oppression, l’inégalité et donc l’aliénation.
    Il leur fallait donc faire le tri entre cette situation donnée et les questions sur l’origine de l’univers et la spiritualité qui ne pouvaient pas être débattues dans le contexte d’alors, positiviste, scientiste et de toute façon décapant par rapport à une religiosité européenne en perte de ses fondements.
    L’athéisme fut d’abord un iconoclasme visant les fioritures religieuses accumulées pour justifier des pouvoirs désormais jugés injustes.
    Pour les premiers marxistes, l’islam n’était au départ qu’un épiphénomène parmi d’autres phénomènes « extérieurs » à leur monde, celui centré sur le christianisme, et éventuellement ses rapports conflictuels avec le judaïsme européen.

    Mais le socialisme s’était à l’origine, avant Marx, développé comme un mouvement tirant son radicalisme du Christ, et c’est par rapport à un christianisme qu’il estimait nécessaire de déconstruire plus radicalement encore, que Marx plaça sa réflexion sur la religion. D’où l’iconoclasme radical, « athée ».
    Ayant pris en compte la situation d’oppression qui donnait à la religion sa force au sein des milieux populaires (sans poser la question qu’est-ce que la foi ?), les partis politiques marxistes n’ont en conséquence pas exigé que leurs membres ou leurs sympathisants soient athées, mais uniquement qu’ils combattent pour la justice et l’égalité sociale, qu’ils prennent acte de l’existence de la lutte des classes, du combat contre les tendances « individualistes bourgeoises » pouvant exister au sein de chaque être humain et qu’ils analysent, scientifiquement, c’est-à-dire sans a priori, la réalité environnante.
    Sans préjuger des questions spirituelles en soi, mais en prenant en revanche le maximum de distances envers les Eglises et les hiérarchies basées sur la religion.

    C’est pourquoi les bolcheviks eux-aussi ne firent pas de l’athéisme un point de leur programme. La réalité de l’évolution concrète du processus révolutionnaire en Russie et dans les pays du bloc soviétique allait plus tard forcer en revanche le destin dans ce sens.
    Le parti bolchevik avait accueilli au départ en son sein des croyants, en particulier des musulmans, puisqu’il s’agissait d’une population marginalisée au sein de la société russe. Ce que d’autres partis communistes allaient faire également.
    Doit-on rappeler que le Parti communiste indonésien, qui allait jouer un rôle essentiel dans la libération nationale du pays, fut formé à partir de la transformation d’une organisation politique islamique, “Sarekat islam”, en organisation membre de l’Internationale communiste ?
    Léon Trotsky notait d’ailleurs en 1923 que dans plusieurs régions à dominante musulmane de l’ex-empire russe, près de 15 % des militants du Parti communiste étaient des musulmans [2]. À la fois beaucoup et peu donc. Il considérait ces recrues avec intérêt mais aussi avec une certaine condescendance typiquement eurocentrique : « Des nouvelles recrues révolutionnaires inexpérimentées qui tapent en ce moment à notre porte ».
    Dans certaines régions d’Asie centrale soviétique, les musulmans représentaient toutefois jusqu’à 70 % des effectifs [3].

    Sous la pression de Lénine, les bolcheviks adoptèrent finalement une approche différenciée vis-à-vis des chrétiens orthodoxes, religion soumise à une Eglise liée au tsarisme, au capitalisme et au service de l’accaparement des terres par des colons russes, et vis à vis de l’islam, religion de colonisés [4].
    La politique du Parti communiste pour l’Asie centrale proclamait que, à la différence de l’attitude de méfiance qu’il fallait observer envers l’Eglise orthodoxe : « l’absence totale de préjugés religieux » [5] n’était pas une condition indispensable pour adhérer au Parti communiste.
    Il faut rappeler aussi que c’est de la même manière que les bolcheviks traitaient les rapports avec les autres minorités religieuses de l’empire (juifs, catholiques, protestants, bouddhistes), considérées comme ayant été réprimées, et bénéficiant donc d’un certain a priori favorable. [6]
    Et, mettant les actes en conformité avec les paroles, en 1922, près de 1500 « communistes » russes furent expulsés du Parti communiste du Turkestan à cause de leurs comportements que l’on peut qualifier de « néo-colonial », « ultra-laïciste », antimusulman ou simplement de leurs convictions religieuses chrétiennes affirmées. Mais aucun musulman ne fut exclu alors du Parti.

    Malgré l’opposition de nombreux communistes, Lénine et ses partisans au sein du Parti avaient conscience que la prise en compte des crimes commis par le tsarisme au nom de la nation russe, de la civilisation européenne ou du christianisme dans ses territoires périphériques coloniaux, exigeait de rétablir un équilibre devant prendre en compte la nécessité de réhabiliter les musulmans opprimés.
    Lénine et plusieurs autres dirigeants soviétiques, Zinoviev en particulier, comprenaient qu’il s’agissait à la fois d’une question de justice fondamentale mais aussi d’une prise en compte des divisions de classes existant entre colonisés et colonisateurs.
    En même temps qu’il s’agissait de laisser émerger à la vue de tous les divisions de classe qui existaient au sein même des sociétés musulmanes et qui ne pouvaient pas être perçues tant qu’une forme ou une autre de domination russe resterait patente.
    Divisions dont le tsarisme s’était d’ailleurs servi pour s’imposer au sein même des populations musulmanes conquises. Mais là où les tsars s’étaient appuyés sur les notables traditionnels, princes, chefs tribaux, cadis, savants religieux enrichis, les bolcheviks allaient retourner les choses en s’appuyant sur les masses populaires et les intellectuels musulmans progressistes désireux d’imposer une vision de l’islam socialement égalitaire et intellectuellement novatrice [7].

    Dès le 20 novembre 1917, le nouveau gouvernement révolutionnaire avait proclamé une “Déclaration aux travailleurs musulmans de Russie et d’Orient”.
    Mais après la Révolution d’Octobre, alors que les armées contre-révolutionnaires étaient peu à peu défaites, des groupes de colons russes en Asie centrale avaient adhéré au parti bolchevik en passe d’être victorieux, plus par soucis de maintenir leurs positions dominantes et, de fait, coloniales que de promouvoir une réelle égalité sociale.
    Ils reprirent le slogan « Tout le pouvoir aux soviets ! » en cherchant à l’opposer aux revendications des populations coloniales, paysannes dans leur immense majorité, au nom d’une vision du progrès, de la laïcité et d’une phraséologie ouvriériste sans racine locale, ce qui était en fait une stratégie contre-révolutionnaire et réactionnaire. Pendant presque deux ans, la région avait été de fait coupée de la Russie centrale par les armées blanches, et ce sont donc ces colons russes, « bolcheviks » autoproclamés, qui purent avoir dans les faits les mains libres pour maintenir leur hégémonie, garder le contrôle des biens et persécuter les peuples « indigènes ».
    C’est là qu’il faut trouver la raison des révoltes armées que l’on qualifierait aujourd’hui d’islamistes qui éclatèrent dans ces régions, en particulier la révolte connue sous le nom des Basmatchis. Ils combinaient en fait le plus souvent propagande nationaliste, pantouranienne (pan-turkiste) et argumentaire « islamique », tout en s’appuyant sur les puissances coloniales anticommunistes (Grande-Bretagne, France, Etats-Unis), sur des anciens dignitaires « jeunes Turcs » ayant fui la défaite ottomane de 1918 et des anciens propriétaires terriens ou notables « musulmans » locaux de l’époque tsariste qui rêvaient désormais de créer des Etats indépendants, voire une grande fédération de tous les Turcs.

    Lénine envoya alors une mission d’enquête en Asie centrale qui lui décrivit les injustices et les crimes commis par beaucoup de cadres bolcheviks locaux russes [8]. Il réagit en exigeant un changement radical de politique en faveur des anciens colonisés et en soulignant l’importance « gigantesque, historique » de renverser l’ordre existant, eu égard à l’avenir de la Révolution bolchevique, mais aussi de la nécessaire convergence de tous les mouvements anticoloniaux et anti-impérialistes dans le monde.
    En 1920, après avoir réussi à faire voter ses propositions au sein du Comité central du Parti communiste, il donna l’ordre « d’envoyer dans des camps de concentration en Russie tous les anciens membres de la police, de l’armée, des forces de sécurité, de l’administration, etc. qui étaient des produits de l’ère tsariste et qui rôdaient autour du pouvoir soviétique parce qu’ils y voyaient le moyen de perpétuer ainsi la domination russe ». [9]

    Dans la foulée de cette décision, les monuments, les livres et les objets de cultes islamiques volés par les tsars et placés dans des musées ou des collections privées, furent rendus aux mosquées, et le vendredi — jour férié pour les musulmans — fut proclamé libre dans toutes les républiques soviétiques à majorité musulmane.
    Le droit de porter le parandjah (l’équivalent centre-asiatique du niqab, ou voile, à ne pas confondre avec le simple foulard, ou hijab), qui avait été interdit sous le pouvoir des « Rouges russes », fut rétabli et un double système juridique fut créé en 1921. Aux côtés des tribunaux soviétiques, des tribunaux islamiques administraient la justice selon les lois de la charia.
    L’objectif était de donner à tout musulman soviétique le droit de choisir dans ses litiges entre la justice révolutionnaire et la justice religieuse. Une telle approche partait souvent du principe implicite que ce choix allait amener progressivement les musulmans à opter pour la justice la plus progressiste, dans la vision de la plupart des communistes, c’est-à-dire la nouvelle justice soviétique. Mais beaucoup de communistes musulmans pensaient, eux au contraire, qu’une nouvelle interprétation du droit musulman, plus fidèle aux sources de l’islam, allait provoquer la naissance d’un islam de progrès apte à attirer vers lui les populations libérées du servage et de la colonisation. Avec l’aval du Kremlin, on créa donc une “Commission spéciale de la Charia” au sein du “Commissariat du peuple (ministère) à la justice.”

    Cette commission, en accord avec l’accent mis sur les versets et les textes islamiques centrés plus sur le pardon et l’éducation que sur la répression, interdit les châtiments corporels habituellement prônés par la vision conservatrice de la charia, comme la lapidation pour adultère (des femmes comme des hommes faut-il souligner) ou la main coupée pour les voleurs.
    Le contexte social des crimes devait être à nouveau pris en compte (comme ce fut d’ailleurs le cas lors des premières décennies de l’islam) et, comme dans toute la Russie soviétique à l’époque, l’objectif ultime proclamé était d’en arriver à supprimer la peine de mort au nom du pardon dès que les conditions de guerre et l’élévation du niveau d’éducation des masses allaient le permettre. Les décisions des tribunaux islamiques concernant les questions de vie et de mort devaient de toute façon être confirmées par une juridiction soviétique supérieure. [10]

    Dans les faits cependant, malgré le renversement des basmatchis et la fuite de nombreux notables traditionnels, certains tribunaux islamiques s’opposaient à l’esprit de la nouvelle époque soviétique, et refusaient d’accorder des droits identiques aux femmes. Le divorce était souvent refusé aux femmes qui en faisaient la demande, et le témoignage d’une femme valait toujours la moitié de celui d’un homme, même si beaucoup de communistes musulmans estimaient qu’on pouvait avoir une autre lecture des textes du Coran et de la Sunna.
    Pour trancher ces dilemmes, en décembre 1922, un décret adopté à Moscou donna la possibilité qu’une affaire soit rejugée devant les tribunaux soviétiques si l’une des parties le réclamait.
    Mais pendant les années 1920, entre 30% et 50 % de toutes les affaires pénales jugées dans les républiques fédérées ou autonomes musulmanes furent résolues par les tribunaux islamiques, la proportion atteignant même 80% en Tchétchénie (Il faut rappeler qu’en Asie centrale, une partie de la population locale était alors russe, et donc chrétienne d’origine, une population juive était également présente donc soumise à la seule juridiction soviétique ; il en allait de même pour tout litige entre un musulman et un non-musulman) [11].

    Les autorités établirent également un système d’éducation parallèle pour ceux qui souhaitaient que leurs enfants aillent dans une école islamique et non pas dans les écoles soviétiques communes pour tous les enfants.
    En 1922, certains biens ayant appartenu avant l’époque tsariste aux « waqfs » furent rendus aux administrations religieuses musulmanes, sous la seule condition qu’ils soient réellement utilisés pour des buts éducatifs, islamiques. De nouvelles madrasas (écoles religieuses) purent ainsi être créées.
    En 1925, 1 500 écoles musulmanes d’État existaient par exemple au Daghestan où elles accueillaient 45 000 élèves, alors que cette république ne comptait que 183 écoles publiques soviétiques. Et, en novembre 1921, il n’y avait qu’un millier à peine d’écoles soviétiques dans toute l’Asie centrale, fréquentées par 85 000 élèves — chiffre très modeste si l’on tient compte du nombre de jeunes scolarisables dans cette région. [12]
    On voit là à quel point le système soviétique naissant s’implanta avec difficulté, ce qui faisait suite à la politique lamentable des tsars dans le domaine de l’éducation des masses. L’Asie centrale en effet, à la différence du Caucase, ne représentait pas seulement un territoire d’importance stratégique mais également un territoire au potentiel économique attrayant, d’où une attitude coloniale envers les populations locales [13].

    A Moscou, le Commissariat du peuple aux affaires musulmanes supervisait toute la politique de l’Etat soviétique envers l’islam. Des musulmans assez marqués par les traditions d’une part et possédant des connaissances marxistes superficielles occupaient des positions clefs dans ce ministère. Ce qui aboutit progressivement à des conflits internes puis à des scissions au sein de la mouvance islamique.
    Les chercheurs ont pu constater que, à l’époque, la majorité des dirigeants musulmans soutenait le pouvoir soviétique qui leur avait accordé des droits inexistant auparavant, tant sur le plan religieux que économique et culturel, car le pouvoir soviétique appuyait la promotion sociale des jeunes musulmans, tout en garantissant, à l’époque, une réelle liberté religieuse.
    C’est à cette époque que des études, des articles, des débats examinant beaucoup de questions théologiques, culturelles, cultuelles, économiques, sociales agitèrent les milieux musulmans de ce qui allait devenir en 1922 l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), et portant sur les convergences ou même les similitudes existant entre les conceptions islamiques et les principes du socialisme. Ecrits qui dorment aujourd’hui dans les archives et les bibliothèques, n’intéressant qu’un nombre très restreint de chercheurs, musulmans ou non musulmans.
    Ces pensées s’appuyaient sur les revendications communes à l’islam et au marxisme : soutien à la justice sociale, refus de l’usure et de tout échange inéquitable n’étant pas basé sur la valeur travail, droits des peuples, opposition aux croyances magiques et aux superstitions, promotion d’une pensée rationnelle en tout.
    À l’époque, il n ’était pas exceptionnel d’entendre lors des manifestations de masse organisées par les communistes des slogans du type : « Vive le pouvoir des soviets ! Vive la charia ! » « Vive la liberté, la religion et l’indépendance nationale ! ». Car, à l’époque, l’URSS était présentée comme une union d’Etats libres, de républiques jouissant de leur droit à l’autodétermination, et non pas comme un Etat « unifié » imposé. [14]
    Les partisans du socialisme soviétique et ceux d’un « socialisme islamique » appelaient ensemble les musulmans à créer des soviets, c’est à dire des conseils (shoura) de délégués populaires, dans les lieux de travail, les villages, les rues des villes, les quartiers.
    Quant à la charia, il faut savoir qu’elle constituait à l’origine le résultat d’un long travail juridique de plusieurs écoles concurrentes s’appuyant sur l’éthique islamique et le droit romain et ayant donné lieu à des débats et des divergences approfondies. Rien à voir avec la caricature qui en est faite aujourd’hui par des Etats réactionnaires comme l’Arabie saoudite.

    Les communistes soviétiques se rapprochèrent de plusieurs groupes politiques locaux avec qui ils signèrent des accords, comme, par exemple, avec le mouvement panislamique kazakh des “Ouch-Jouz” qui rejoint en 1920 le Parti communiste ou le groupe spirituel soufi basé chez les Tatars de la Volga des “Vaïsites”. Les Soviétiques accordèrent aussi leur appui à des organisations panislamistes ayant des influences des deux côtés de la frontière soviéto-iranienne comme celle des “Djengelis” [15] . Au Daghestan, le pouvoir soviétique n’aurait jamais pu s’implanter sans les partisans du dirigeant musulman local, Ali Hadj Akutchinsky [16]. Et bien sûr, l’islam soviétique bolchevik aurait été inimaginable sans la pensée et l’action du musulman tatar, Sultan Galiev [17], que certains décrivent comme un authentique musulman devenu pro-communiste, d’autres comme un marxiste camouflé en musulman, d’autres encore comme un nationaliste tatar rallié au pouvoir soviétique. [18].
    Tout cela démontre néanmoins que, au début de la révolution et parfois encore plus tard, les jeux étaient ouverts et des convergences envisageables.

    En Tchétchénie, les bolcheviks reçurent le concours d’Ali Mataev, le dirigeant d’une confrérie soufie bien implantée, qui prit la direction du Comité révolutionnaire tchétchène. Dans l’Armée Rouge, des dizaines de milliers de combattant luttèrent pour la Révolution au sein des « bataillons islamiques » du mollah Katkakhanov. C’était l’époque où l’armée rouge n’était pas que « russe » et unitaire, mais formait un regroupement de formations militaires nationales ou religieuses d’origine diverses regroupées autour de l’idéal d’une révolution internationaliste contre l’ordre ancien.

    Lors du premier Congrès des peuples d’Orient qui se tint à Bakou en septembre 1920, Zinoviev, alors président de l’Internationale communiste, et plusieurs autres dirigeants bolcheviks rassemblèrent des représentants des « peuples coloniaux » et lancèrent un appel à la lutte des classes internationale anti-impérialiste et au « djihad » contre l’impérialisme des puissances occidentales qui avaient attaqué la Russie et exploitaient les peuples coloniaux.
    Deux ans plus tard, le quatrième congrès de l’Internationale communiste approuvait la politique d’alliance anti-impérialiste avec les panislamistes.

    Les dirigeants du Kremlin envoyaient systématiquement des armées non russes pour combattre en Asie centrale et dans les régions musulmanes de l’ex-empire des tsars — Des formations militaires composées de Tchétchènes, d’Azéris, de Tatars, de Bachkirs, de Kazakhs, d’Ouzbeks, de Tadjiks et de Turkmènes se battaient à la fois contre les interventionnistes antibolcheviks étrangers, les troupes des pays coloniaux, les « volontaires » fuyant la Turquie défaite qui rencontraient d’ailleurs l’appui d’un certain nombre de colons russes ou de notables conservateurs musulmans locaux. Sur les fronts de l’Orient soviétique, les soldats musulmans tatars constituaient plus de la moitié des troupes [19].

    Les bolcheviks de cette seconde phase de la Révolution (celle qui succéda aux premiers mois de la guerre civile) souhaitaient voir les peuples non russes de l’empire contrôler eux-mêmes les nouvelles républiques autonomes et républiques fédérées. Ce que l’on constatait à l’époque partout et qui était connu sous le nom de « korenizacja » ou « enracinement ».
    Cela impliquait dans beaucoup de cas le départ des colons russes (ou « cosaques ») implantés à l’époque tsariste dans le Caucase et en Asie centrale. Ils furent parfois encouragés à revenir en Russie et, dans certains cas, ils furent chassés de force.
    Les langues locales furent réhabilitées, voire créées sur des bases de standardisation moderne, à partir des dialectes existant, en même temps que les langues de communication intercommunautaires traditionnelles dans la région (persan ou turc sur le plan littéraire et politique, arabe sur le plan religieux) reprenaient une certaine vigueur. La langue russe cessa de dominer dans les écoles, les administrations, la presse, la radio, le film et l’édition.

    Les autorités favorisèrent la lancement d’un programme légal visant à assurer la promotion sociale des cadres issus des anciennes nationalités ou religions marginalisées sous le tsarisme. De même les élus étaient proposés en fonction d’un système de quotas tenant compte de leurs appartenances de classe et de nationalité. Une sorte de « discrimination positive » à base ethnique, religieuse et de classe donc.
    Des représentants de ces nationalités furent nommés à des positions dirigeantes dans les organes administratifs de l’État et des partis communistes.
    Le Kremlin imposa la préférence en matière d’emploi pour les musulmans sur les Russes habitant ces régions et se refusa, à quelques exceptions près, à nommer des Russes venus d’ailleurs.
    De nouvelles universités locales virent le jour, soutenant la promotion des langues « nationales ». Elles commencèrent à former une nouvelle génération de dirigeants, de cadres, d’intellectuels et d’ingénieurs. Petit à petit cependant, cette politique allait tendre à limiter la position des langues « panislamiques », arabe, persan, turc, frayant indirectement la voie au retour du russe comme langue d’intercompréhension entre nationalités.

    Cela se produisait dans une situation de graves pénuries liées au retard traditionnel de l’économie russe, à l’archaïsme des régions périphériques, aux ravages de la Première guerre mondiale et de la guerre civile et au blocus organisé par les puissances coloniales contre le jeune Etat soviétique. La pauvreté et la misère, et souvent la famine, étaient omniprésentes.
    Dès 1922, les subventions de l’Etat aux régions d’Asie centrale durent être diminuées et de nombreuses écoles publiques, soviétiques, furent fermées. Des professeurs abandonnaient leurs postes faute de pouvoir toucher leur salaire. Les écoles musulmanes locales qui s’appuyaient sur le bénévolat et les subsides privilégiés des populations locales représentaient dès lors souvent la seule voie d’éducation pour la population. « Quand vous ne pouvez fournir du pain, vous n’osez enlever aux gens son substitut », déclarait Lounatcharsky, le Commissaire du peuple à l’Éducation, pour contrer les pressions des « athées purs et durs » qui voyaient d’un mauvais œil la concurrence montante du réseau scolaire islamique et qui, faute de pouvoir aider le système scolaire soviétique, envisageaient la répression du système concurrent [20].
    Les efforts de l’Etat soviétique en faveur de l’éducation furent malgré tout constant dans la durée et finalement efficaces, mais la tolérance de ce pouvoir envers le réseau islamique d’éducation, parfois marqué par une vision sociale conservatrice soulignée par ses dénonciateurs, éveillait les frustrations de nombreux cadres communistes. La « libre concurrence » entre islam et communisme s’annonçait plus forte que prévue et les communistes n’en sortaient pas systématiquement victorieux.

    Dans le même temps, et pour toutes ces raisons cumulées, les autorités supprimèrent en 1924 les subventions publiques aux tribunaux islamiques. À tous les niveaux, il existait dans le système soviétique une « révolution dans la révolution ». La nouvelle légalité était dans les faits de toute façon souvent impossible à mettre en pratique car beaucoup de jeunes femmes qui refusaient d’accepter un mariage arrangé par leur famille ou de se marier à un mari polygame, n’avaient aucun moyen d’imposer leur vue puisqu’elles n’avaient aucun moyen de trouver un travail rémunéré à la fois en raison de leur manque d’éducation et de la lenteur de la reconstruction économique.
    C’était la période dite de « Nouvelle politique économique » (NEP) qui voyait les bolcheviks tolérer la renaissance d’un secteur privé « envahissant » qui contribuait à une relance de l’activité économique mais qui drainait aussi vers lui les maigres surplus de la société, incapables dès lors de se lancer dans un ambitieux programme d’investissements, de reconstruction et de développement.

    C’est dans ce contexte de lutte contre le sous-développement, de manque d’éducation et de renaissance des « régionalismes » dans toute l’URSS, que Staline et ses partisans prirent graduellement le pouvoir et imposèrent une centralisation et une étatisation de l’économie qui leur permit de lancer les gigantesques plans de développement qui allaient faire basculer le pays tout entier dans une industrialisation et une modernisation effrénées, à un coût humain qui allait se révéler souvent dramatique.
    Cette nouvelle politique permit le passage effectif de la vieille Russie retardataire au stade de pays développé, la promotion sociale d’une masse de gens issus des classes populaires, en particulier en provenance des régions traditionnellement marginalisées, et donc des régions musulmanes.
    Mais elle dut s’effectuer, selon les choix des dirigeants, dans le cadre d’une discipline de fer qui exigeait cohésion économique, centralisation des priorités d’investissements, militarisation des comportements, unification de la politique linguistique et idéologique.
    Le retour d’une politique privilégiant le russe comme « langue d’intercompréhension » alla de pair avec la relance d’une politique d’uniformisation idéologique en principe apte « àdépasser » les « localismes », nationaux et religieux.
    Le marxisme-léninisme, conception idéologique inventée sous Staline, à partir d’une interprétation rigide du marxisme et des pensées de Lénine s’imposa progressivement comme inéluctable à cette étape, à partir de la fin des années 1920.

    Cette politique s’attaqua, malgré de nombreuses résistances au sein du Parti dirigeant, à ce qu’on commença à appeler des « déviations nationalistes bourgeoises » dans les Républiques non russes, ce que beaucoup d’autres considéraient comme une façon détournée de permettre le retour implicite de partisans du chauvinisme grand-russien.
    C’est dans ce contexte généralisé à tout l’URSS que, au nom des droits de la femme en particulier, Moscou lança une série d’attaques contre l’islam, connues sous le nom de « khoudjoum », mot que l’on peut traduire par attaque, offensive, voire agression.
    À l’occasion de la journée internationale de la femme, le 8 mars 1927, des manifestations de masse furent organisées à Tachkent, Samarkand et d’autres villes à majorité musulmane, avec des militantes des organisations de femmes soviétiques ayant souvent subi différentes formes d’oppression dans leurs familles. De petits groupes de femmes musulmanes montèrent sur des podiums et se dévoilèrent en public, après quoi on brûla leurs voiles. Cette opération visait à créer une « femme nouvelle », ayant « une conscience d’acier », apte à réaliser en tant que travailleuse et à un rythme époustouflant les objectifs modernisateurs mis de l’avant par Moscou. Les militantes communistes durent retirer les voiles qu’elles pouvaient porter jusque là, en particulier afin de mener un travail éducatif ou politique dans les mosquées.
    Si cette politique put rencontrer quelques appuis dans les milieux féminins des oasis d’Asie centrale marquée par un très fort patriarcat, elle tomba dans le vide parmi les nomades des steppes kazakhes chez qui les femmes jouissaient d’une grande autorité et participaient activement à la vie économique locale [21].

    Simultanément toutefois, la société stalinienne redevint une société qui, après les grands débats et législations féministes des années 1920 décrétant une liberté radicale en matière de sexe et de relations sexuelles, revenait à un certain traditionalisme.
    Des compromis purent ainsi être trouvés au quotidien entre islamité et communisme. La mère était de nouveau encensée dans les années 1930 en lieu et place de la femme individualisée et autonome des années 1920, et le foulard traditionnel des paysannes russes fut de nouveau considéré comme un vêtement plus décent que les cheveux à l’air des « bourgeoises décadentes ». L’avortement fut de nouveau interdit et une politique nataliste prônée. Ce qui dans les faits permettait aux musulmanes traditionnelles de maintenir leur mode de vie, sans plus vraiment chercher en revanche à occuper les premières places dans la vie politique et sociale, plus souvent laissées aux hommes.

    C’est à cette époque que, comme ailleurs, deux types de femmes concurrentes virent de fait le jour, le pouvoir arbitrant la situation au gré des rapports de force internes : la femme urbaine, éduquée, prolétarisée et habillée selon l’interprétation la plus discrète possible des normes modernes occidentales (jupes assez longues, absence de décolletés, etc.). Et la paysanne, la kolkhozienne, travailleuse, mère de famille nombreuse, en robe large et portant sur sa tête un « petit » foulard camouflant ses cheveux.
    On avait en revanche largement oublié les instructions de Lénine proclamant : « Nous sommes absolument opposés à toute offense contre les convictions religieuses ! ».

    Ce « khoudjoum » eut plusieurs conséquences. Des enfants musulmans, tout particulièrement des filles, furent retirées des écoles soviétiques ou démissionnèrent des jeunesses communistes. Leurs familles subirent dès lors pressions et répressions. Les femmes sans foulards se croyaient permises de dénoncer dans la rue celles qui portaient encore les voiles traditionnels et, en retour, des femmes non voilées furent agressées par des hommes, comme s’il s’agissait de prostituées. De part et d’autres, on assista à des violences, mais aussi à des viols et à des crimes. La nouvelle propagande officielle utilisant ces cas d’une façon toujours unilatérale, celle du « combat pour la modernité contre l’obscurantisme », et ne décrivant les violences que lorsque c’étaient des femmes « progressistes » qui étaient agressées, jamais dans l’autre sens.
    La culpabilisation systématique des croyances religieuses se prolongea jusqu’en juin 1941. Cette politique aboutit à l’arrestation, la répression et la condamnation à mort de beaucoup de dignitaires religieux.
    Mais les régions musulmanes de l’URSS ne furent dans l’ensemble pas touchées par les déportations de masse qui visaient alors la partie européenne de l’URSS. Tous les dignitaires religieux furent réprimés ou mis sous surveillance constante jusqu’à l’invasion nazie.
    À cette occasion en revanche, les dirigeants soviétiques se rappelèrent de la nécessité de composer avec tous les sentiments profondément répandus au sein du peuple, d’autant plus que plusieurs chefs religieux musulmans d’URSS appelaient au même moment leurs coreligionnaires à faire de la « Grande guerre patriotique » pour la défense de la patrie socialiste une « djihad » contre l’envahisseur nazi néo-païen.

    Le comportement patriotique au sein de l’armée rouge ou dans les « offensives de production » pour le front de la plupart des soldats ou travailleurs musulmans soviétiques au cours de cette guerre fut souvent exemplaire mais les frustrations et les douleurs accumulées depuis plus d’une dizaine d’années expliquent aussi pourquoi des musulmans fait prisonniers par les nazis rejoignirent les formations nationales mises sur pied par eux pour combattre à leurs côtés sur le front soviétique ou sur le mur de l’Atlantique.
    C’est néanmoins à partir de 1941 que la religion islamique retrouva une place reconnue dans la société, que des mosquées furent ré-ouvertes et que des lieux de formation religieuse furent reconstitués. Ils allaient donner naissance à toute une série d’études reprenant l’idée de faire converger tout ce qui était compatible entre les valeurs islamiques et les principes marxistes, laissant la plupart du temps sous silence les éléments des deux visions du monde qui pouvaient paraître plus incompatibles, ou tout simplement nécessitaient le lancement d’un débat ouvert. [22]
    Quoiqu’il en soit, cela permit aux musulmans soviétiques de mieux cerner les éléments de la foi islamique prônant l’égalité sociale, la justice sociale et l’égalité entre les sexes.
    Avec le temps, les structures sociales traditionnelles comme les “mahalla” qui regroupaient, sans tenir compte des origines sociales, les populations habitant un même environnement se reconstituèrent dans les villes et cités HLM nouvelles. Il n’était pas rare qu’un secrétaire d’un comité du Parti communiste, y compris du plus haut niveau, anime dans le même temps l’école coranique informelle mais tolérée dans sa tour.

    On remarquera aussi que plusieurs personnes issues des familles contre-révolutionnaires, basmatchis, des années de la guerre civile, commencèrent à pouvoir accéder au Parti communiste dans les années du dégel post-stalinien et à y occuper des fonctions dirigeantes. Elles jouèrent sur l’ambiguïté de leur légitimité acquise en tant que famille contre-révolutionnaire dans les milieux traditionalistes et de celle qu’ils obtenaient auprès des cercles plus « modernistes » grâce à leurs diplômes scientifiques et à leurs capacités nouvellement acquises de « bons gestionnaires ».
    Une société « post-soviétique », mi-musulmane, mi-soviétique, mi-traditionnelle, mi-moderniste, se constitua peu à peu, en particulier à l’intérieur des hautes instances du Parti communiste.
    La formation religieuse laissait cependant beaucoup à désirer, ce qui allait favoriser lors du démantèlement de l’URSS, de groupes islamiques au savoir sommaire compensé par un radicalisme militant agressif.

    On perçoit aujourd’hui pleinement les conséquences ambiguës de la période soviétique avec l’affirmation « nationale » des nouveaux Etats indépendants « musulmans » de l’ex-URSS ou des républiques autonomes musulmanes au sein de la Fédération de Russie.
    Ambiguïté d’où ont largement disparu, en apparence tout au moins, les velléités de faire la synthèse entre les valeurs « dynamiques » et « rationnelles » de l’islam et les principes « progressistes » et « révolutionnaires » du marxisme.
    Mais si l’on sort des discours des officiels, on perçoit que l’héritage musulman, même édulcoré, fait véritablement partie du quotidien des populations de la nouvelle Asie centrale post-soviétique ou du Causase et que, simultanément, « l’identité soviétique » n’a pas pour autant disparu. Ce qui donne à ces sociétés un sentiment de supériorité mal dissimulé, voire d’arrogance, envers les populations des Etats musulmans voisins qui, comme on peut l’entendre souvent dans la bouche des habitants, « n’ont pas eu la chance de faire partie de l’Union soviétique et de connaître les progrès qu’elle a apportés ».
    Ambiguïtés donc, qui pourraient, si elles étaient revues en positif, permettre à ces sociétés d’innover, tout en restant enracinées dans ce qu’elles ont de meilleur et de plus sublime. Mais ambiguïtés qui, pour le moment, créent un mal être sur lequel peuvent se développer les courants les moins éduqués et les plus outranciers.

    Quant à l’islam de Russie, inscrit désormais dans la constitution comme un des quatre « religion nationale », il s’appuie sur un réseau de républiques autonomes, dont le Tatarstan et la Tchétchénie sont les plus emblématiques.
    Le Tatarstan joue le rôle de promoteur des intérêts économiques et diplomatiques de la Russie dans le monde musulman, en concurrence avec la Tchétchénie officielle qui, après avoir éradiqué les séparatistes et les « wahabites », est au main d’un potentat en relation avec des confréries traditionnelles, ce qui ne l’a pas empêché d’être reçu par le roi saoudien pour faire ensemble une prière à La Mecque … et tenter de négocier une coordination des politiques russe et saoudienne dans le domaine du pétrole.
    Depuis le début de la guerre en Syrie, la Tchétchénie joue un rôle très actif dans la promotion d’écoles où l’on enseigne un islam opposé aux conceptions wahabites.
    Reste-t-il en revanche dans cette Russie en reconstruction quelque chose du souffle égalitariste d’un Sultan Galiev ? Enfoui profondément dans le tout nouvel environnement oligarchique capitaliste ? Peut-être ?
    Notons que, potentiellement, la Russie est à la croisée des chemins. Elle est redevenue un centre de l’Eglise chrétienne orientale reprise en main par l’Etat soviétique. Elle est devenue un centre d’une nouvelle école islamique opposée au wahabisme. Elle abrite des populations bouddhistes lamaïstes potentiellement concurrentes du lamaïsme prôné par Dalai lama post-féodal et pro-occidental. Elle abrite de fortes communautés juives plutôt froides envers le sionisme et qui redécouvrent l’héritage des juifs khazars ou de la région autonome yiddish du Birobidjan et elle possède toujours un Parti communiste influent.
    Christianisme oriental, islam, bouddhisme, judaïsme, marxisme-léninisme font donc bel et bien partie du patrimoine culturel de la Russie d’aujourd’hui, ce qui en fait un pays pivot, à l’image de sa situation géopolitique.

    Pour finir, nous citerons deux auteurs qui ouvrent les portes d’une réflexion nécessaire sur le phénomène islamique à l’heure de l’intégrisme tafkiro-islamiste d’une part et de l’islamophobie d’autre part.
    Le premier, Karl Marx qui, lors de son séjour à Alger écrivait à sa fille : « …Nous bûmes du café, en plein air naturellement, dans un café maure… Le spectacle était impressionnant : certains de ces Maures étaient habillés avec recherche et même richement, d’autres portaient ce que j’oserais appeler des blouses, qui étaient autrefois de laine blanche, à présent en lambeaux et en loques – mais aux yeux d’un vrai Musulman, de telles contingences, la chance ou la malchance, ne sauraient établir une différence entre fils de Mahomet. Cela n’influe pas sur l’égalité absolue qu’ils manifestent dans leurs relations sociales. Ce n’est que lorsqu’ils sont démoralisés que les Musulmans prennent conscience de ces différences ; en ce qui concerne la haine envers les chrétiens et l’espoir de remporter finalement la victoire sur ces infidèles, leurs hommes politiques considèrent à juste titre ce sentiment et la pratique de l’égalité absolue (non du confort ou de la position sociale, mais de la personnalité) comme quelque chose qui les incite à maintenir vivante la haine envers les chrétiens et à ne pas renoncer à l’espoir de remporter la victoire sur ces infidèles. (Et pourtant ils sont foutus sans un mouvement révolutionnaire) » (Lettre d’Alger, 14 avril 1882, traduit de l’anglais),
    et le second est d’un intellectuel musulman contemporain : « …Ceux qui pensent aujourd’hui que Marx est dépassé feraient bien de revoir leur littérature. Quand il a dit une chose qui est vraie : c’est une question de classe ! C’est une question de classe ! Et c’est une question de pouvoir ! C’est-à-dire qu’il y en a certains qui ont du pouvoir et qui tiennent la parole, et il y en a qui tiennent le pouvoir de l’argent et qui tiennent le médiatique. Et aujourd’hui la majorité des gens qui sont dans les banlieues, ce sont des gens sans pouvoir et sans porte-voix. Et quand il y en a un, deux, trois qui apparaissent, s’ils ne sont pas dans l’air du temps, il faut les diaboliser pour qu’on n’entende pas ce qu’ils disent… Il faut prendre de tous ces intellectuels qui nous ont appris à déconstruire les instruments de pouvoir… » Tariq Ramadan, Conférence, 22 mai 2010, Université de Paris X – Nanterre [23Intervention à l’Université de Paris X sur le concept du « Nouveau nous » visant, entre autre, à « désislamiser les problèmes sociaux ».
    Ces deux citations, éloignées de plus d’un siècle l’une de l’autre, démontrent que, marxistes et/ou musulmans, devraient toujours garder un esprit d’ouverture pour analyser le monde et leurs semblables, déconstuire les dominations et ne pas s’enfermer dans des certitudes figées, donc conservatrices.

    Source :

    Documents joints


    [1http://www.lapenseelibre.org/article-le-socialisme-idealisme-ou-materialisme-au-carrefour-entre-croyance-et-raison-79683133.html

    [2http://revuesocialisme.pagesperso-orange.fr/s9crouch.html

    [3] Idem

    [4] Dès le 20 novembre 1917, le nouveau gouvernement révolutionnaire avait proclamé une “Déclaration aux travailleurs musulmans de Russie et d’Orient”.

    [5] Formulation qui témoigne par ailleurs de l’ambiguïté des marxistes envers la religion, qui est rejetée en principe à cause de son caractère de « jugement pré-scientifique » mais qui ne s’aventurent pas sur le terrain d’essayer de saisir ce qu’est la spiritualité, la foi et la mystique. Ambiguïtés tout à fait logiques avec le contexte de l’époque où ces questions n’étaient pratiquement plus posées, par les religieux eux-mêmes.

    [6] Même envers le Vatican, les bolcheviks ne se prononcèrent pas d’emblée pour une rupture.
    http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/mefr_1123-9891_1993_num_105_1_4256
    Et l’on sait à quel point l’ordre des Jésuites était considéré par Lénine comme un modèle d’organisation pour les bolcheviks.

    [7] Voir :

    • Rinat ŠigabdinovCahiers d’Asie centrale, nos 13/14, « De la question du socialisme islamique. De la question du socialisme islamique au Turkestan : le parcours d’Arif Klevleyev (1874-1918) », Traduction de Aliyé Akimova ;
    • et : http://fr.internationalism.org/french/rint/109_religion.html

    [8http://fr.internationalism.org/french/rint/109_religion.html

    [9http://revuesocialisme.pagesperso-orange.fr/s9crouch.html

    [10] Rappelons à cette occasion que, à la différence de la lecture unilatérale du passé soviétique, les bolcheviks supprimèrent la peine de mort dès leur prise du pouvoir et ne la rétablirent que lorsque la guerre civile fut lancée par les forces contre-révolutionnaires. Puis, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsqu’il pouvait sembler que la victoire sur les nazis avaient créé une situation de paix mondiale, Staline et les dirigeants soviétiques supprimèrent à nouveau la peine de mort qui ne fut rétablie qu’avec le début de la guerre froide. Evolutions qui nous montrent à quel point le système répressif soviétique n’était pas lié à une vision statique mais à une vision dynamique d’une société perçue comme devant en arriver à terme à un progrès humain compatible avec l’idéal communiste.
    On doit rappeler le caractère ambigu de l’Union soviétique du début jusqu’à sa fin, puisque cet Etat fut réellement créé au départ par des entités jouissant d’une autonomie réelle et qu’il disparut lorsque ces entités proclamèrent leur indépendance, après une période où la rivalité entre forces centrifuges et centripètes avait été arbitrée à Moscou.

    [11http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/cmr_0008-0160_1980_num_21_2_1384

    [12] Idem

    [13http://revuesocialisme.pagesperso-orange.fr/s9crouch.html

    [14] On doit rappeler le caractère ambigu de l’Union soviétique du début jusqu’à sa fin, puisque cet Etat fut réelleement créé au départ par des entités jouissant d’une autonomie réelle et qu’il disparut lorsque ces entités proclamèrent leur indépendance, après une période où la rivalité entre forces centrifuges et centripètes avait été arbitrée à Moscou.

    [15http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/cmr_0008-0160_1980_num_21_2_1384

    [16http://revuesocialisme.pagesperso-orange.fr/s9crouch.html

    [17http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/cmr_0008-0160_1980_num_21_2_1384

    [18http://www.amazon.fr/Sultan-Galiev-p%C3%A8re-r%C3%A9volution-tiers-mondiste/dp/2213015465.
    Quoiqu’il en soit, il allait être fusillé pendant la période stalinienne de répression du « nationalisme bourgeois » et « des superstitions religieuses »

    [19http://elkhadra.over-blog.com/article-13205107.html

    [20http://elkhadra.over-blog.com/article-13205107.html

    [21] Voir Catherine Poujol, Le Kazackhstan, PUF, coll. QSJ n°3520, 2000, p. 64.

    [22] À cette époque, certains religieux musulmans développèrent la thèse selon laquelle le jeûne du Ramadan, jugé comme freinant la productivité, pouvait être remplacé par des engagements publics d’accomplir des efforts supplémentaires dans le travail pour le bien de la collectivité.

    [23http://www.tariqramadan.com/Colloque-sur-L-islam-la-France-et.html
    vidéo : http://conscience-musulmane.over-blog.com/article-tariq-ramadan-vers-un-nouveau-nous-58257612.html

    Source : https://www.socialgerie.net/spip.php?article1331

  • Yousra Inès Boulassel- À toi, mon aimé, compagnon de révolte et de lumière

    Yousra Inès Boulassel- À toi, mon aimé, compagnon de révolte et de lumière

    Picasso Etreinte- Huile sur toile -1971 195cm x 130cm

    À toi, mon aimé, compagnon de révolte et de lumière.

    En ce jour où l’on prétend marquer la naissance, moi, je célèbre ta lutte, ta force et ton devenir.  Je ne fête pas ta naissance, je fête ton courage d’exister.  

    Non, tu n’es pas l’enfant docile des calendriers,  tu es l’éternel insurgé contre l’ordre imposé, l’artisan de ta propre loi, le bâtisseur de ton propre royaume.  

    Dans un monde de troupeaux, tu marches seul, vaste et terrible, forgeant ta vie à coups de marteau.  

    Tu n’es pas né, tu t’es arraché au néant. 

    Que cet anniversaire ne soit pas une chaîne de plus, mais une épée brandie tout haut, un cri lancé contre l’oubli, une fête sauvage de ta singularité.  

    Continue d’être ce feu indomptable, ce rieur tragique face à l’absurde, cet homme qui forge sa propre voie sans courber l’échine devant les idoles mortes.  

    Je t’aime pour ce que tu es !

    Non un disciple, mais un maître de lui-même.  

    Non un esclave du destin, mais un forgeron de mondes.  

    Sois fier de ton œuvre. Sois ivre de ta force. Sois fidèle à ton étoile.  

    Que ce jour ne soit pas mémoire, mais promesse.  

    Heureux soit ton chemin, toi, l’indompté

    Joyeux anniversaire, mon amour, mon camarade dans l’infini combat d’être soi. »

    Illustration : Picasso Etreinte- Huile sur toile -1971 195cm x 130cm

Note : 5 sur 5.

« Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »

– Keiko, Londres

Note : 4 sur 5.

« Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »

– Sarah, New York

Note : 5 sur 5.

« Commencer mon rôle en tant qu’administrateur WordPress a été un plaisir, grâce à son interface intuitive, sa gestion des médias, sa sécurité et son intégration des extensions, rendant la création de sites Web un jeu d’enfant. »

– Olivia, Paris