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Roland Diagne – AUX SOURCES DE L’AGRESSION RWANDO-IMPERIALISTE AU CONGO


Leçons à tirer pour les expériences souverainistes actuellement en cours en Afrique !
L’Afrique se réveille à nouveau dans l’espérance et la douleur. L’espérance à l’ouest avec l’AES et le Sénégal souverainistes, la douleur au centre avec l’agression génocidaire du Rwanda en RDC.
Un pays africain, le Rwanda, s’empare militairement d’une région d’un autre pays africain, la RDC, pour le compte des Multinationales impérialistes. C’est le contraire que font le Mali, le Burkina, le Niger qui ont créé l’AES contre l’agression de la françafrique, l’eurafrique, l’usafrique et leurs valets de la CEDEAO.
En guise de protestation, la jeunesse congolaise brûle les ambassades du Rwanda, de l’Ouganda, de la Belgique, de la France et des États-Unis parce que les chiffres s’amoncellent en millions de victimes que les footballeurs de la RDC ont dénoncé la main sur la bouche et les doigts en forme de revolver sur la tempe. Les doigts accusateurs du sud au nord, de l’est à l’ouest du continent pointent le « geno-cost » associant « génocide et coût ».
Kagame, le Front Patriotique Rwandais (FPR) et l’État rwandais sont devenus des proxy-mercenaires, des « nègres sous-traitants » de la mainmise impérialiste sur la RDC tout comme le sont en Afrique de l’ouest les djihado-terroristes protéiformes d’El Qaïda ou de Daesh et la CEDEAO néocoloniale.
Et pourtant au milieu des années 90 en Afrique centrale, la défaite des génocideurs ethnofascistes pro-impérialistes du Hutu-Power au Rwanda avait vu se mettre en place une alliance panafricaine des neuf (9) États frontaliers du grand pays, la RDC, dont Franz Fanon disait que « l’Afrique a la forme d’un revolver dont la gâchette est au Congo » et une alliance nationale congolaise, l’AFDLC, dirigée par Laurent Kabila pour débarrasser le pays et l’Afrique des génocidaires ethnicistes du Hutu-Power et du régime fasciste de Mobutu, ce grand serviteur des intérêts colonialistes contre les mouvements de libération nationale de l’Angola, de la Namibie et anti-apartheid de l’Afrique du Sud.
Cette alliance panafricaine d’alors s’est transformée en son contraire avec l’agression en 1998 du Rwanda contre le pouvoir souverainiste congolais et l’assassinat de Mzee Laurent Kabila, successeur de Patrice Emery Lumumba et de Pierre Mulélé.

Il faut le dire clairement : l’assassinat commandité par les impérialistes US/UE de Laurent Kabila a empêché le processus de liquidation du mobutisme. La principale contradiction à résoudre en RDC est le retour à Lumumba, Mulélé, Kabila pour éliminer le Mobutisme.
L’impérialisme convoite les richesses de la patrie de Lumumba, Mulélé et Kabila
« Le « malheur » du Congo, comme on l’entend de plus en plus chez les natifs mêmes de ce grand pays « cœur de l’Afrique », est d’être gorgé de matières premières minérales et de terres rares et très fertiles. Connu pour le diamant, l’or, l’argent, le cuivre, le manganèse, la bauxite, le zinc, l’énergie hydraulique, le bois, le Congo recèle d’énormes richesses: le pétrole, le charbon, le gaz, l’uranium, le thorium, le zirconium, le tantale, le niobium et le coltan qui sont des métaux et minerais rares servant dans les industries de pointe à forte valeur ajoutée que sont les semi-conducteurs (télécommunication, aéronautique et aérospatial, etc). Le coltan… est par exemple indispensable pour la production des téléphones mobiles. Les vautours que sont les Multinationales ont ainsi aiguisé la cupidité de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie rwandaise et ougandaise les poussant à l’occupation et au partage militaire de cet immense pays afin de le piller… ».
Reniement par Kagame de l’antifascisme panafricain de Fred Rygiema
Nous écrivions : « L’évolution politique de Museveni et de Kagamé n’est pas un phénomène isolé. C’est le chemin suivi par la plupart des « ex-guérilleros » petits bourgeois qui ont foisonné sur le continent africain dans la période de l’existence du camp socialiste d’Europe et de la montée des mouvements de libération nationale. Leur combat légitime pour l’indépendance n’enlève en rien à leur nature de classe petite bourgeoise. Les masses ouvrières et populaires (paysannes) ont été les forces sociales d’appoint, la base de masse des mouvements anti-coloniaux. La direction de ces luttes est restée petite bourgeoise et bourgeoise. C’est aussi une caractéristique des luttes antifascistes qui se sont déroulées au Rwanda et au Congo. De même en Éthiopie, les « ex-marxistes-léninistes » tigréens, éthiopiens et érythréens luttaient pour renverser d’abord l’empereur Haïlé Sélassié, valet de l’occident, et ensuite contre Mengistu, putschiste et militariste, allié des révisionnistes Brejneviens d’URSS. Cette lutte posait aussi la question du droit de l’Érythrée à l’indépendance. L’indépendance obtenue, les « frères d’armes », pour la majorité devenus pro-américains, délimitent aujourd’hui les frontières par une guerre fratricide. Ces alliés d’hier ont chacun et ensemble soutenu néanmoins à juste titre l’AFDLC contre Mobutu en raison du caractère antifasciste de ce combat.
Le Rwanda avait un intérêt direct et immédiat à soutenir l’AFDLC, intérêt découlant de la menace armée du Hutu-Power assassin replié dans l’est de la RDC en vertu de « l’opération Turquoise » françafricaine. Mais force est de constater que cela en est resté à des préoccupations sécuritaires, légitimes certes, mais restrictives. Kabila clarifie la question en ces termes: « L’alliance entre le Rwanda et les révolutionnaires congolais est née d’une convergence d’intérêts: d’une part, l’impératif pour le régime politique rwandais de survivre aux menaces d’extinction exercées par les forces de destruction massées au Congo et, d’autre part, pour les révolutionnaires congolais, la nécessité de trouver les moyens d’acquérir les armements et le matériel qui permettraient de combattre la dictature.

Avec le concours des forces organisées du Rwanda, l’AFDLC a pu réaliser la formation et ensuite l’encadrement des recrues congolaises sur le champ de bataille. Il n’a jamais été question d’autres accords en dehors de ceux-là ».
Ce qui a caractérisé fondamentalement l’implication des États de la sous-région auprès de l’AFDLC, c’est la mise en avant de préoccupations nationalistes étroites bourgeoises et petites bourgeoises. Une fois l’équation mobutiste levée par sa fuite, l’alliance militaire panafricaine conjoncturelle anti-mobutiste s’est peu à peu délitée au profit de la montée des préoccupations et des ambitions nationalistes étroites des uns et des autres… ».
Ajoutons à l’égoïsme national « l’ethnicisme, manipulé par les impérialistes, est devenu une véritable roue de secours pour les régimes semi-coloniaux, soumis à l’impérialisme, dont l’essence est « diviser pour mieux régner ». Ce processus d’ethnicisation de la politique rwandaise sous Kagame s’est manifesté par l’occupation et le partage prédateur du Congo par les forces d’occupation rwandaises et ougandaises à laquelle Mzee Kabila avait répondu par la « congolisation » sur la base de l’égalité entre toutes les nationalités du pays dans le but de rétablir la souveraineté nationale. Le putsch pro-rwandais fut déjoué par Kabila grâce à l’esprit patriotique du peuple.
L’expulsion des Rwandais par Kabila et la scission ethnique de l’AFDLC trouve leur source dans le non-respect par les alliés panafricains étatiques régionaux de l’AFDLC de la souveraineté nationale du Congo, l’inexistence d’un projet politique panafricain anti-impérialiste et dans la persistance de l’instrumentalisation de l’ethnicisme, du tribalisme et du régionalisme par des élites politiciennes bourgeoisies et petites bourgeoises contre l’égalité des droits entre toutes les nationalités sans laquelle pas d’unité nationale réelle.
Kagame, formé à West-Point aux USA, ex-chef des services secrets Ougandais est le prototype même de ce que dénonçait fort justement Thomas Sankara : « un militaire sans conscience politique est un criminel en puissance ». Kagame a troqué le panafricanisme de Fred Rygiema contre l’alliance avec le sionisme israëlien et les Multinationales US/UE/G7.

Que retenir de l’échec de l’expérience antifasciste des Grands lacs ?
Au milieu des années 90, les forces politiques progressistes, panafricaines de la démocratie petite bourgeoise confrontées à des régimes fascistes, ethnicistes et pro-impérialistes ont initié une nouvelle phase de la démocratisation et de la décolonisation en renversant par la lutte de libération armée ces régimes fascistes dirigés par Mengistu, Milton Obote, Habyarimana, Mobutu, etc. Cette phase succédait à celle de l’Angola et du Mozambique et la fin de l’apartheid politique en Afrique du Sud.
Tant au Rwanda, qu’au Congo, en Éthiopie et en Érythrée, les progressistes souverainistes ont su utiliser tactiquement les contradictions inter-impérialistes pour neutraliser les ingérences et interventions pour frayer la voie à la victoire par la prise du pouvoir.
Toutefois, les limites de la direction petite bourgeoise de ces luttes se révèlent dans la tendance à céder aux pressions de l’impérialisme qui a tout fait pour diviser et ruiner les acquis importants de la lutte de libération antifasciste d’alors, l’embourgeoisement de la petite-bourgeoisie intellectuelle par la gestion de l’État hérité de la colonisation, le chauvinisme national, voire l’ethnicisme, le militarisme prenant le pas sur le politique, le reniement de l’engagement panafricain initial et l’ignorance de la géopolitique mondiale à partir d’une lecture scientifique du rapport et de la corrélation des forces à l’échelle mondiale.
Le chauvinisme et le nationalisme étroit sont des conséquences de la balkanisation coloniale qui a tracé des frontières étatiques artificielles entre nationalités (« ethnies » disent les anthropologues) africaines dont le dépassement n’est possible que par l’union libre des peuples africains libérés du néocolonialisme.

C’est aussi aujourd’hui une équation posée et à résoudre dans l’actuelle expérience souverainiste impulsée par l’AES et le Sénégal en Afrique de l’ouest.
Quelles leçons pour aujourd’hui ?
Dans l’AES et au Sénégal se déroulent dans un contexte d’évolution favorable du rapport des forces à l’échelle mondiale entre poussée multipolaire et conservatisme unipolaire impérialiste de nouvelles expériences souverainistes.
L’agression Otano/US/UE de la Libye de 2011 et ses métastases djihado-terroristes doublées de la capture du président légitime et légal de la Côte d’Ivoire furent le tournant majeur qui a progressivement engendré l’affrontement actuellement en cours entre néocolonialisme et souverainisme en Afrique, notamment dans le Sahel.
Ce tournant majeur a aussi une de ses origines dans le traumatisme profond causé par des émigrations meurtrières piroguières et du Sahara et la surexploitation des rescapés sans papiers par les patrons fraudeurs du fisc de l’UE et des USA dont la fascisation se manifeste par des lois racistes pour alimenter l’économie souterraine du travail clandestin. La jeunesse africaine est ainsi condamnée à fuir la misère néocoloniale consécutive au diktat des plans libéraux d’ajustement du FMI/BM/OMC en empruntant le chemin pris par les richesses du sol et du sous-sol pillées par les Multinationales de l’UE/USA/G7 dont les miettes sont empochées par les bourgeoisies locales néocoloniales.
Ce processus oppressif ancien a été aggravé par la dévaluation du franc colonial CFA de 1994 qui a en même temps accéléré le bradage aux entreprises privées impérialistes des secteurs publics et parapublics stratégiques des pays africains que sont la terre, l’eau, l’électricité, les télécoms, le rail, les ports, les aéroports, les mines, etc, réduisant les États néocoloniaux corrompus à confectionner leurs budgets pour l’essentiel par l’impôt, les douanes et la dette.
Ces principaux facteurs ont peu à peu mis fin aux illusions semées au sein de l’intelligentsia petite- bourgeoise par la dictature de « la mondialisation libérale ». En effet, les « conférences nationales nées du vent d’est de la démocratie » ont été imposées par l’impérialisme à l’Afrique suite à la défaite du camp socialiste d’Europe pour dévoyer les luttes et insurrections populaires en Afrique noire des années 89/90/91, notamment au Bénin et au Mali. Les impérialistes ont ensuite récemment dévoyé les soulèvements populaires antifascistes en Tunisie et en Égypte en « printemps arabes » avant de les utiliser comme prétexte pour attaquer la Libye et la Syrie.

Les élites gouvernantes et les oppositions néocoloniales, y compris les principaux leaders de l’ex-gauche communiste s’étaient tous convertis au « there is no alternativ » au libéralisme laissant un vide que l’actuelle rébellion souverainiste de la jeunesse africaine est en train de combler avec leur prolongation par les coups d’états souverainistes dans l’AES et la victoire électorale souverainiste au Sénégal.
C’est donc au milieu de ces années 90 qu’a commencé à se mettre en place tous les ingrédients de la ré-émergence du souverainisme panafricain actuel contre le néocolonialisme dans notre région ouest-africaine dont les facteurs politiques déclencheurs ont été la destruction de la Libye en 2011 et le renversement violent par la capture du président Ivoirien en 2010.
Tirer les leçons des expériences souverainistes avortées est devenu indispensable pour éviter les erreurs commises qui ont fait échouer les tentatives indépendantistes de la génération 1945/1960, puis celle de Sankara en 1984/87, celles des luttes antifascistes dans les Grands lacs de 1994/97, celles des luttes qui ont conduit au multipartisme des années 90/91 et aux alternances libérales en 2000 puis en 2012 comme au Sénégal.
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Laure Lemaire- Horreur à Mayotte; Splendeur de l’ impérialisme, dans l’océan Indien


Mayotte est située à -de 70 km d’Anjouan, à 130 km de Mohéli et à 190 km de Grande Comore. Les liens entre les Comoriens sont anciens : des familles sont dispersées sur les 4 îles, les mariges à travers l’archipel sont fréquents, les échanges culturels et commerciaux, multiples. La fragmentation de l’archipel explique en grande partie les difficultés actuelles.
Le département le plus pauvre de France
Pour comprendre les tensions liées à l’immigration, il faut les inscrire dans un contexte économique et social unique en France. Mayotte est le département le plus pauvre du pays. Une immense majorité des habitants (84%) vit sous le seuil de pauvreté. Près d’1/3 des habitants vit dans un logement qui ne dispose pas d’eau courante et 4/10 logements sont des « bangas », des habitations faites de tôle, de bois ou de terre, précise Le Figaro.
Le département connaissait en 2016 le taux de chômage le plus élevé d’outre-mer (36,6%) et le PIB par hab. ne s’élevait qu’à 7 900 euros annuels contre 31 500 euros au niveau national, rappelle Le Parisien. Parmi les 16-64 ans, 33% sont illettrés (ils maîtrisent insuffisamment la lecture malgré une “scolarisation”) et seuls 63,3% des enfants de 3 ans sont inscrits à l’école, contre 97% au niveau national.
« Cette situation conduit certains à accuser les immigrés d’être responsables de tout : le chômage, la fécondité élevée, la violence, le manque de développement. On va considérer le natif de Mayotte comme légitime et celui qui vient d’Anjouan comme illégitime. »
Janvier 1995 : fin de la libre circulation entre Mayotte et les Comores
Après le référendum sur l’indépendance, les relations et flux de populations entre les îles, à commencer par Mayotte et Anjouan, se complexifient. Mayotte a toujours gagné en attractivité, tandis que l’instabilité politique abîme le reste des Comores. Entre 1975 et 1997, la population de Mayotte passe, d’après l’Insee, de 45 000 à 131 000 personnes. Dans ce contexte, en 1995, le gouvernement français met en place une procédure de visa, inexistante jusque-là, pour les Comoriens. L’obtention de ce « visa Balladur » étant ardue, les traversées clandestines commencent.
« Le durcissement des politiques migratoires engendre des conditions de traversée de plus en plus difficiles et provoque un nombre important de décès en mer. En outre, ces politiques produisent de l’immobilisation : des personnes qui ne feraient que des allers-retours, pour visiter leurs familles dispersées, se trouvent piégées du fait de leur irrégularité. »

Kwassa-kwassa est le nom comorien d’un type de canots de pêche rapides de 7 à 10 m de long pour 1 m de large, à fond plat et équipés d’1 ou 2 moteurs. À l’origine, « kwasa kwasa » est le nom d’une danse congolaise connue pour être très rythmée et saccadée. Aux Comores, il a fini par désigner des pirogues légères, car elles tanguent énormément. Dans le but de développer la pêche, l’ONU a financé au début des années 2010, la construction sur l’île d’Anjouan d’une usine de construction de pirogues motorisées légères en résine plastique à faible coût, adaptées à la pêche côtière. Rapidement, ces embarcations de quelques centaines d’euros, ont été utilisées puis privilégiées par les réseaux de passeurs comoriens, pour rallier les côtes de Mayotte de manière illégale, en dépit des dangers de l’océan pour laquelle ces frêles esquifs ne sont pas adaptés (une seule traversée, même couronnée de succès, suffit à rendre la coque inutilisable, et elles sont abandonnées sur la plage une fois délestées de leurs moteurs).
En 2014, 597 kwassa kwassas ont a été interceptés par les autorités françaises, avec à leur bord, 12 879 personnes, et 610 passeurs ont été arrêtés, selon des données de la Direction générale des Outre-Mer. On estime le flux entrant de clandestins à 30 000 personnes par an, pour 20 000 reconduites à la frontière, surtout des Anjouanais.
La traversée en kwassa-kwassa coûte 250 € ( 1 000 € pour le passage en bateau privé). Un kwassa kwassa est rentabilisé même s’il est intercepté (la France détruit chaque année des centaines de coques). Ces barques semblent de plus en plus « pilotées par des mineurs en raison de l’impunité pénale dont ils bénéficient » dans le droit français.
En 1975, à l’indépendance, le révolutionnaire Ali Soilihi avait nationalisé toutes les terres en 1975, donc dépossédé les colons. Il a été assassiné en 1978 mais la république fédérale islamique des Comores subsiste jusqu’en 1997, lorsqu’Anjouan et Mohéli font une tentative de sécession ce qui entraîne un embargo mené par la RFIC et l’OUA. Cette crise est résolue avec la signature des accords de Fomboni en 2000/2001: les 3 îles forment à nouveau une entité: l’union des Comores. En mai 2009, l’islam devient « religion d’État ». Ikililou Dhoinine est élu len 2011.
Des gisements d’hydrocarbures ayant été découverts au Mozambique en 2010, Ikililou Dhoinine autorise en 2012 la compagnie Tullow Oil à mener une campagne de prospection pour tenter de déceler la présence de ressources pétrolières au large de l’archipel. Le franc comorien est rattaché à l’euro et n’est pas une monnaie indépendante
Le pays, soumis à une poussée démographique, connaît de sérieuses difficultés économiques, la 1/2 population vit au-dessous du seuil de pauvreté et, pour partie, souffre de la faim. 156° place sur 191 pays en 2021.

La diaspora comorienne,(200 000 en France métropolitaine-Marseille, 55 000 à Mayotte et 40 000 à La Réunion– ministère des affaires étrangères français-2006) très solidaire, subvient d’une façon importante à la survie de la population en envoyant de l’argent au pays.
La plus grande partie de la population est rurale et vit de la culture vivrière ou de la pêche (activités de subsistance) et le secteur touristique reste embryonnaire faute d’investissements. Les îles exportent de la vanille, de l’ylang-ylang et du girofle. Le pays n’est pas autosuffisant pour son alimentation. Les ruptures de stock de produits pétroliers, mais aussi d’autres biens tels que les denrées alimentaires sont récurrents. Ils sont dus au manque de fonds du gouvernement pour les carburants, de carburant pour les compagnies d’eau et d’électricité, de fonds et de prévoyance pour les importateurs privés.
Les autorités comoriennes, devant le drame de l’émigration clandestine qui décime les couches les plus vulnérables de leur population, donne le change en interceptant un kwassa-kwassa par an (pour 450 à 500 départs annuels à ciel ouvert) au titre de leur coopération régionale dans la lutte contre l’immigration clandestine, et l’usine qui produit ces barques à cet usage à un rythme effréné n’a jamais été mise en cause. Cette sinistre industrie connaît une prospérité économique florissante en toute impunité à Anjouan.
Ce « marché très juteux » bénéficierait aux Comores, leur permettant d’évacuer les chômeurs, les délinquants et les malades, mais aussi de bénéficier en retour d’une importante rente en provenance des membres de la diaspora connaissant le succès économique. Le business du passage génère ainsi des dizaines de milliers d’euros de bénéfice net chaque année, sans compter les objets et équipements volés à Mayotte qui se retrouvent sur le marché comorien, à faible prix.
En retour, nombre de Mahorais en profitent pour employer illégalement la main-d’œuvre immigrée à très faible coût et dans des conditions extrêmement précaires. Les familles d’accueil pour mineurs isolés constituent une rente importante (environ 1 000 €/mois et par enfant), courant le risque de voir émerger des Thénardier mahorais.
En mars 2011 , Mayotte devient le 5e DOM. Mais ses attentes en matière de développement économique (plus fort taux de chômage des jeunes) et d’amélioration des droits sociaux (plus fort taux d’illettrisme) sont déçues.
La grève générale et des émeutes urbaines n’a quasiment pas été entendue par Paris.Les jeunes les moins défavorisés quittent l’île, en 1° lieu vers La Réunion et, dans une moindre mesure, vers la métropole.

Mais pourquoi donc, la France s’accroche à Mayotte? Voici les réponses de Lucas Dusart en février 2024 et du professeur Bertrand Badie, à Sciences Po- Paris
Considérée comme une véritable force d’appui dans les relations internationales, Mayotte est porteuse des nombreux intérêts français dans l’océan Indien. Grâce à son 101ᵉ département, la France y dispose d’une puissance militaire, politique et économique importante, parfois jalousée par ses voisins africains.
La 2° plus grande ZEE (zone économique exclusive) après les États-Unis
Avec ses plus de 10 millions de km² de mers et océans, la France détient la 2° ZEE la plus étendue du monde. À l’instar des États-Unis, la France demeure l’unique pays à être présent sur 6 des 7 continents et sur les 3 grands océans de la planète, dont l’océan Indien. Parmi ces espaces maritimes, l’océan Indien ( 27 % de la ZEE française), est un véritable atout pour l’État, à travers une présence militaire, économique, scientifique et culturelle. En 2018, Emmanuel Macron rappelle qu’une « partie de la croissance du monde » se joue dans la zone indopacifique où + d’ 1 M de citoyens français résident et où sont déployés 8 000 militaires pour des missions de surveillance et de contrôle, contre la piraterie et l’immigration clandestine.
Dans les zones autour des îles de La Réunion, de Mayotte et des îles Éparses, des richesses sont en jeu: les sous-sols de l’océan Indien renferment 55 % des réserves mondiales de pétrole, 60 % d’uranium, 80 % de diamant, 40 % de gaz et 40 % d’or, sans compter les réserves halieutiques, comme le rappelait en 2023 Ersilia Soudais, députée LFI
De plus, les îles Éparses, qualifiées de « sanctuaires océaniques de la nature primitive« , disposent d’un patrimoine biologique terrestre et marin remarquable. Leurs plages sont des lieux de ponte les plus importants au monde pour les tortues marines.
Le passé colonial de la France a laissé de nombreuses traces aux Comores qui revendiquent toujours leur souveraineté sur Mayotte. En outre, l’industrie du pétrole alimente des tensions entre les 2 pays. Ces conflits sont représentatifs des rapports diplomatiques avec les pays du sud de l’Afrique où un vent « d’hostilité » planerait vis-à-vis de la France.
“Il est très difficile, à un moment où la France essuie de très sérieux revers en Afrique, au Sahel, de considérer que ce qu’il se passe à Mayotte n’ait pas d’effet négatif sur la réputation de la France dans la région. on voit mal comment les dirigeants locaux et régionaux des pays africains, pourraient résister à cette vague de méfiance, voire d’hostilité, à l’égard de la France et de cette présence très contestable sur l’île de Mayotte”.B. Badie
De plus, bien que la France soit déjà frontalière de 22 états dans le monde, son domaine maritime est toujours en progression grâce à une extension de la Convention de Montego Bay (CNUDM) de 1982. Elle autorise chaque état côtier à revendiquer jusqu’à 650 km d’espace maritime pour des droits « illimités pour l’exploration et l’exploitation des ressources naturelles du sol et du sous-sol : hydrocarbures, minéraux, métaux ou ressources biologiques«
Une région à forte concurrence
Pour protéger ses intérêts, l’État a donc mis en place un vaste réseau de sécurité militaire et de surveillance face à de forte puissantes militaires concurrentes américaines, russes ou chinoises. C’est le cas dans le canal du Mozambique, une route stratégique indispensable au commerce mondial. Grâce à sa position privilégiée, cette zone au cœur de l’océan Indien abrite un régiment de la légion étrangère capable d’accueillir des avions et des navires de guerre. La France y a aussi installé un centre d’écoute qui lui permet de surveiller l’ensemble de l’océan Indien et une bonne partie du continent africain.
Selon le ministère des Armées, cette omniprésence militaire serait indispensable pour pouvoir lutter « contre les activités illicites et contrepoids à l’influence chinoise » ou encore contre « la piraterie, la pêche illicite ou les trafics en tout genre« . À travers tous ces espaces marins, la France se positionne en tant qu’actrice du commerce international et se place au cœur des discussions diplomatiques avec le Mozambique, la Tanzanie ou encore Madagascar, où des tensions subsistent.
Mais selon B.Badie, « la pente paraît plus que descendante pour l’influence française » dans l’océan Indien. À l’origine, la départementalisation de Mayotte en mars 2011.
“Mayotte, c’est le résultat, en tant qu’entité départementale, d’une décolonisation que l’on a mise en échec. Cette réalité multiséculaire qui relève d’une communauté de langue, de religion, du côté ethnique ou historique vient donner à la notion de « sol » une signification totalement différente. Le sol mahorais, c’est avant tout et d’abord un sol comorien.”
Cette situation, observée et commentée de part et d’autres du globe, serait vue, selon Bertrand Badie de manière « catastrophique« . Selon le spécialiste des relations internationales, pour l’ensemble des pays du Sud, « la décolonisation devait marquer la fin d’un monde« . « La manière toute particulière dont s’est opérée la décolonisation des Comores laisse encore planer l’idée d’une persistance coloniale, mais, bien au-delà, vient remettre en cause, le principe sacro-saint, qui est celui de l’intégrité territoriale »
La situation migratoire à Mayotte, qui cristallise les relations diplomatiques entre la France et les pays de l’océan Indien, ne s’arrêtera pas une fois un éventuel retrait du droit du sol acté. Puisque l’abandon de Mayotte par la France est « impensable » pour la Confédération des Comores, le « nœud diplomatique reste insoluble« . La situation et les intérêts de la France pourraient être menacés dans le cas d’une « régionalisation du conflit sur Mayotte« , qui continue de s’enfoncer dans une crise profonde, un élément à prendre en compte dans la stratégie française.

Dernière nouvelle sur le droit du sol
Sur le plateau de (télévision) LCI, Bruno Retailleau est en train de justifier sa volonté de restreindre le droit du sol sur tout le territoire français. Et il lâche : « À Mayotte, vous avez un exemple, sur un petit territoire, d’une société totalement déséquilibrée par les flux migratoires. Or, ce sont des musulmans, ils sont noirs… Voilà. » Voilà le problème ? Pour le ministre de l’Intérieur, apparemment oui. On croyait la République française indifférente à la couleur de peau et à la religion. On pensait que l’article Ier de la Constitution assurait « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ».
La notion de droit du sol (« jus soli ») apparaît en 1515. À cette époque, où seul le roi peut délivrer des « lettres de naturalité », tout résident né en France, y compris de parents étrangers, peut hériter. Le droit du sol sera conforté en 1789, puis consacré en 1889. Il s’agit de l’un des socles de notre identité nationale. Même le régime raciste et antisémite de Vichy n’est pas revenu dessus.
François Bayrou, reprenant à son compte le concept irrationnel de « submersion migratoire », a choisi de lancer un « grand débat » sur le droit du sol et, au-delà, sur « l’identité nationale ».
Derrière ce débat sur la remise en cause du droit du sol, dont Trump ou encore Meloni ont aussi fait leur priorité, se dissimule une vision ethnique de notre société, porteuse d’un fantasme de pureté naturelle, où « le Français » ne pourrait être que blanc de peau et judéo-chrétien. Le tout au détriment de notre conception politique fondée sur des valeurs universelles de droits.
Laurent Mouloud dans L’Humanité. 18 février 2025
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Entretien : Michael Hudson explique pourquoi le prix de l’or augmente autant


Pourquoi le prix de l'or a-t-il augmenté si rapidement, battant des records ? L'économiste Michael Hudson explique les enjeux politiques du métal précieux et la dynamique du système du dollar américain.
Michael Hudson est interviewé par Ben Norton, rédacteur en chef du Geopolitical Economy Report.
Vidéo
Entretien : Michael Hudson explique pourquoi le prix de l’or augmente autant
Transcription
(Introduction)
BEN NORTON : Le prix de l’or monte en flèche. Depuis 2018, il a presque triplé. Cela a suscité un grand débat dans le monde entier sur les raisons de cette situation. Il y a bien sûr plusieurs facteurs différents.

L’un d’entre eux est que les banques centrales du monde entier achètent de plus en plus d’or, notamment sous la menace des sanctions américaines. Un tiers des pays de la planète sont sous le coup de sanctions américaines, dont 60 % des pays à faible revenu.

La guerre en Ukraine n’a fait qu’accélérer ce phénomène, les Etats-Unis et l’Union européenne ayant saisi 300 milliards de dollars et d’euros d’actifs détenus par la banque centrale russe. Cette situation a effrayé les banques centrales de nombreux autres pays, qui craignent d’être les prochaines à voir leurs actifs saisis par l’Occident.
L’or est considéré comme une alternative aux actifs libellés en dollars ou en euros.
Mais il ne s’agit pas seulement des banques centrales. Il y a aussi une forte demande privée, d’autant plus que l’inflation a été forte à la suite de la pandémie de Covid.
Ce qui est intéressant, c’est que l’or est généralement considéré comme une protection contre l’inflation. Et lorsque l’inflation augmente, le prix de l’or a tendance à augmenter. Mais au cours des deux dernières années, l’inflation a diminué, mais le prix de l’or a continué de monter en flèche.
Alors pourquoi cela arrive-t-il ?
Eh bien, aujourd’hui, j’ai eu le privilège d’être rejoint par l’économiste primé Michael Hudson, et il m’a expliqué pourquoi le prix de l’or continue d’augmenter et quelles pourraient être les implications pour l’ensemble de l’économie mondiale et la politique de l’or – car, comme Michael le souligne souvent, on ne peut pas séparer l’économie de la politique.
Voici donc quelques moments forts de Michael Hudson, puis nous passerons directement à l’interview.
(Points forts)
MICHAEL HUDSON : Comme je l’ai dit, la demande d’or dépasse largement l’offre depuis de nombreuses années. Et comme on nous l’apprend dans les manuels d’économie 101, lorsque la demande dépasse l’offre, les prix augmentent.
Mais ce n’est pas ce qui s’est produit avec le prix de l’or jusqu’à ces derniers mois. La question est donc de savoir pourquoi cela n’a pas eu lieu.
…
Eh bien, la réponse évidente est que le marché de l’or n’est pas comme les marchés des matières premières classiques.
…
Les États-Unis ont donc cherché à maintenir le prix de l’or à un niveau bas depuis sa réévaluation en 1971… L’objectif était politique : faire en sorte que le monde considère le dollar américain, c’est-à-dire essentiellement les titres du Trésor américain, comme la forme la plus sûre de leurs réserves internationales.
C’est une économie sûre dans le sens où, contrairement à d’autres pays, les États-Unis peuvent tout simplement imprimer des dollars. Ils ne peuvent pas faire faillite.
…
Les gens aiment dire que l’or est une protection contre l’inflation. Mais on pourrait dire que les œufs sont une protection contre l’inflation, ou que le porc est une protection contre l’inflation.
Le problème est que le véritable problème est le déficit de la balance des paiements américaine qui injecte des dollars dans le monde.
Vous payez des dollars à un exportateur, chinois ou allemand – à l’époque où il y avait encore une industrie allemande – et ils remettent ces dollars à leur banque centrale, qui dit alors : « Que ferons-nous de ces dollars ? Si nous ne les renvoyons pas aux États-Unis, notre monnaie va augmenter par rapport au dollar, ce qui va rendre nos exportations moins compétitives. Nous devons donc maintenir notre monnaie, notre taux de change, à un niveau bas, et nous le faisons en achetant des titres du Trésor ».
Cela a toujours été politique. Et les journaux ne veulent pas parler de politique, car s’ils en parlaient, les gens se rendraient compte que le système politique et économique occidental ne peut pas perdurer dans la manière dont il est structuré aujourd’hui.
Quand on parle de politique, on se rend compte que le jeu est terminé pour l’Occident.
(Entretien complet)
BEN NORTON : Bonjour, Michael. C’est toujours un réel plaisir de vous recevoir. La dernière fois que nous avons eu une discussion, nous avons analysé les effets des droits de douane de Donald Trump , ou de sa menace de droits de douane. Et vous avez prévenu que cela pourrait provoquer une crise financière mondiale , car les pays ne pourront pas obtenir les dollars dont ils ont besoin pour rembourser leur dette libellée en dollars.
Après notre conversation, vous avez soulevé d’autres points sur le marché de l’or dont vous souhaitiez parler, et j’ai pensé que ce serait un excellent épisode séparé.
Alors pourquoi pensez-vous que nous avons assisté à ce changement massif, au quasi-triplement du prix de l’or au cours des sept dernières années ?
MICHAEL HUDSON : Nous parlons depuis de nombreuses années du fonctionnement du système financier international, des réserves des banques centrales, de la dédollarisation et de la scission des BRICS de l’Occident.
Et c’est de cela que parle mon livre Super Impérialisme , de la façon dont l’Amérique a été poussée à abandonner l’étalon-or à cause de la ponction sur la balance des paiements due à la guerre du Vietnam et aux dépenses militaires mondiales, jusqu’en 1971. L’intégralité du déficit de la balance des paiements américaine depuis la guerre de Corée en 1950, jusqu’aux années 50, 60 et 70 était due aux dépenses militaires.
Le résultat fut que les États-Unis devaient, chaque mois, vendre l’accumulation de dollars qui finissait en France, en Allemagne et dans d’autres pays. Les dollars dépensés au Vietnam et échangés contre des devises locales finissaient dans les banques françaises, car l’Asie du Sud-Est faisait partie de l’empire français ; et les banques françaises envoyaient ces dollars à Paris, et le général de Gaulle encaissait ensuite les dollars [contre de l’or] chaque semaine.
Jusqu’en 1971, chaque dollar imprimé – vos billets de banque – devait être garanti, selon la loi, à 25 % par de l’or. Nous avons donc vu l’offre d’or américaine diminuer, diminuer, diminuer jusqu’à la couverture en or.
Chaque semaine, le vendredi matin, lorsque le rapport de la Réserve fédérale sur l’or était publié à Wall Street au milieu des années 60, nous nous demandions tous : « Quand le point de rupture va-t-il arriver ? »
En août 1971, le gouvernement américain s’est dit : « C’est terrible. Nous contrôlons l’ensemble du système financier mondial depuis la Première Guerre mondiale en détenant de l’or, ce qui était l’usage des autres pays pour leurs réserves monétaires. Nous contrôlions la capacité des autres pays à générer des déficits budgétaires et à financer leur propre économie avec de l’or ; aujourd’hui, nous n’avons plus cette capacité. » Et les gens se sont lamentés.
J’ai écrit mon livre Super Impérialisme pour dire que cela n’interférerait pas avec l’empire américain, car si les pays, les banques centrales, les gouvernements ne pouvaient pas acheter de l’or, ils n’avaient qu’une seule grande alternative à l’époque, et c’était d’acheter des dollars.
Et comment achètent-ils des dollars ? Ils achètent des bons du Trésor américain, des bons du Trésor, des titres du Trésor à court terme. Ils y mettent leur argent et le conservent sous forme de dette américaine.
A mesure qu’ils obtenaient de plus en plus de dollars, ils dépensaient de plus en plus d’argent pour acheter de la dette américaine. Et c’est ainsi que les États-Unis ont de plus en plus financé leurs déficits budgétaires.
Qui a acheté les obligations pour financer ces opérations ? De plus en plus, ce sont les banques centrales. Les États-Unis ont donc découvert que c’était ce que certains appellent le « privilège exorbitant » du dollar.
Lorsque d’autres pays ont un déficit de la balance des paiements, ils doivent dévaluer. Le FMI intervient et dit : « Baissez vos salaires, imposez la pauvreté pour extraire suffisamment d’argent pour payer les détenteurs d’obligations ». Mais les États-Unis peuvent continuer à imprimer de la monnaie.
Alors, que peuvent faire les autres pays ? Ils n’ont pas d’autre choix.
Eh bien, vous avez vu une pression croissante pour créer une alternative au cours de la dernière décennie. C’est le sujet de vos discussions et de votre site.
D’autres pays veulent dédollariser, et les États-Unis se demandent : « Quelle sera l’alternative ? »
Dans une certaine mesure, nous savons que les deux pays achètent leurs devises respectives. Ils achètent des yuans, des roubles, font des échanges commerciaux et investissent dans leurs devises respectives, pour éviter d’avoir à utiliser le dollar et de prendre les risques que le Venezuela, l’Iran et la Russie ont pris en se voyant confisquer leurs dollars.
Mais il existe toujours l’idée que l’or est un type d’actif sur lequel le monde entier a pu s’accorder, au même titre que l’argent, depuis 3000 ans, comme base monétaire.
Comment allez-vous faire en sorte que les pays du monde entier, de l’Amérique du Nord à l’Europe en passant par l’Asie, se mettent d’accord sur ce qu’ils doivent retenir ?
Ils essaient de trouver un accord maintenant, et ils se rendent compte qu’il est impossible d’avoir un système monétaire BRICS tant que les BRICS ne sont pas pleinement intégrés politiquement. Ce n’est donc pas une solution pour le moment. Les pays achètent donc de l’or.

Le secteur privé suit tout cela de près. Il écoute votre émission et ce que j’ai écrit à ce sujet et il dit : « Nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation similaire à celle de la fin des années 60 et des années 70, lorsque le prix de l’or a finalement dépassé la capacité des États-Unis à le maintenir à 35 dollars l’once. » Les investisseurs privés ont donc investi le marché de l’or.
C’est pourquoi le marché de l’or ne se limite pas à parler de matières premières et de la façon de s’enrichir ; il parle également de la restructuration de l’économie mondiale, des relations monétaires et de la politique.
Mais ce dont je vais parler aujourd’hui, c’est de ce qui se passe qui rend le marché de l’or si politique et si unique, qu’il se passe quelque chose de très étrange là-bas.
Le lundi 10 février, la semaine a commencé avec une hausse du prix de l’or à plus de 2 900 dollars l’once. Nous sommes donc sur le point de le voir grimper jusqu’à 3 000 dollars l’once. C’est un bond en avant.
Si vous regardez les statistiques sur l’exploitation de l’or dans le monde, l’offre et la demande d’or dépassent largement l’offre depuis 20 ou 30 ans.
Nous observons aujourd’hui un effet qui ressemble beaucoup à une ruée bancaire. Mais cette ruée bancaire se produit en réalité depuis plusieurs décennies.
La question que vous devez donc vous poser dès le départ est la suivante : pourquoi a-t-il fallu autant de temps, jusqu’à cette année seulement, pour que le prix de l’or commence à augmenter, après avoir stagné pendant une décennie ?
Nous avons vu, au cours des dernières décennies, les banques centrales consacrer une augmentation constante de la proportion de leurs réserves qu’elles détiennent en or, et proportionnellement moins de leurs réserves sous forme de dollars américains.
Ils détiennent toujours plus de dollars chaque année, car les États-Unis ont un déficit de la balance des paiements tellement important qu’ils injectent des dollars dans l’économie mondiale.
Mais d’autres pays ne se contentent pas de recycler ces dollars. Ils dépensent de plus en plus d’argent en or, qui constitue pour eux une sorte de valeur refuge : quelque chose de solide.
L’or est un actif qui n’est pas lié à une dette. Si vous détenez une pièce d’or ou un lingot d’or, il s’agit d’un actif pur, sans aucune dette.
Mais si vous détenez un bon du Trésor, c’est une dette, une dette des États-Unis. Et si c’est une dette des États-Unis, c’est comme si votre dépôt bancaire était une dette de la banque envers vous.
Si les États-Unis font faillite, comme une banque, ou s’ils refusent tout simplement de payer, alors vous êtes dehors. Et il y a quelque chose d’éphémère dans tout cela.
Eh bien, si vous regardez la tendance des prix de l’or, ils ont stagné dans une fourchette très étroite d’environ 1 200 à 1 400 dollars l’once pendant quelques années, de 2015 à 2019. Tout était dans cette fourchette.

J’ai passé beaucoup de temps en Europe et en Asie à cette époque, et tous les responsables gouvernementaux avec qui j’ai discuté, les fonds financiers, m’ont tous dit : « Vous savez, nous achetons de plus en plus d’or, car ce système ne peut pas durer, politiquement, tel qu’il est ». Mais le prix n’a pas augmenté.
Ensuite, pendant les années de Covid, de 2020 à début 2023, il y a eu à nouveau une stagnation, une fourchette de 1 800 à 2 000 dollars l’once. C’est une fourchette assez étroite — vous savez, une fourchette basse, une petite fonction d’échelon vers une nouvelle fourchette, puis une dérive très progressive vers le haut, mais pas aussi rapide que la demande réelle d’or.
Eh bien, finalement, au cours du dernier semestre, nous avons vu le prix de l’or augmenter hors de sa fourchette, jusqu’à, comme je l’ai dit, près de 3 000 dollars l’once.
La question est donc : sommes-nous dans une nouvelle fourchette pour l’or ou le prix va-t-il augmenter ?
Avec autant de gens qui achètent le droit de détenir de l’or, vous achèterez un fonds d’or et vous verserez de l’argent dans ce fonds d’or, qui contiendra des titres en or ; ou vous achèterez de l’or et vous le stockerez chez un négociant en lingots, parce que vous ne voulez pas le garder chez vous, car il pourrait être volé, ou qui sait ce qui arrivera.
Eh bien, d’où viendra physiquement tout cet or pour répondre à la demande ?
Au cours du dernier demi-siècle, voire du dernier quart de siècle, on a assisté à un boom croissant des investissements privés dans l’or, car les gens peuvent observer la tendance — de plus en plus, la demande est excédentaire par rapport à l’offre — et ils peuvent voir qu’il s’agit d’une situation instable.
Pour comprendre cela, il faut comprendre à quel point les marchés de l’or sont uniques. Et je veux en parler aujourd’hui, pas simplement comme un exercice, mais pour montrer quelles sont les politiques qui sous-tendent le marché de l’or et ce que cela signifie pour la manière dont l’économie mondiale est en train d’être restructurée.
Soudain, l’or est devenu bien plus qu’un simple instrument d’investissement. Il y a toujours eu des partisans de l’or qui ne comprennent pas : « Comment se fait-il que le gouvernement puisse simplement imprimer de la monnaie ? Nous ne comprenons pas. Nous allons simplement essayer d’acheter de l’or, et l’étalon-or devrait toujours exister, comme au 19e siècle. » Il y a tous ces fous de droite, les libertariens, qui ne font pas confiance au gouvernement.
Mais aujourd’hui, nous parlons d’une demande qui ne vient pas seulement des fous, mais aussi des fonds ordinaires qui surveillent les tendances et qui se rendent compte qu’un effet domino se produit. Tout d’un coup, tout le monde se tourne vers l’or.
Vous trouverez des publicités partout sur Internet, lorsque vous regardez des émissions sur YouTube, il y a très souvent une publicité pour l’or. Et évidemment, de plus en plus de gens le font.
La question est donc la suivante : tout ceci n’est-il qu’une bulle ou nous dirigeons-nous vers un nouveau palier à long terme encore plus élevé ? Un changement est-il en train de se produire dans le système financier et monétaire mondial ? Sur le plan politique ?
Eh bien, je vais expliquer ce qui se passe.
La demande d’or, comme je l’ai dit, dépasse largement l’offre depuis de nombreuses années maintenant. Et comme on nous l’apprend dans les manuels d’économie 101, lorsque la demande dépasse l’offre, les prix augmentent.
Mais ce n’est pas ce qui s’est produit avec le prix de l’or jusqu’à ces derniers mois. La question est donc de savoir pourquoi cela n’a pas eu lieu. Et pourquoi le prix de l’or a-t-il soudainement commencé à s’échapper de sa fourchette étroite d’origine pour augmenter si rapidement depuis l’automne dernier ?
La réponse évidente est que le marché de l’or n’est pas comme les marchés des matières premières classiques. Et même les marchés des matières premières classiques ne fonctionnent pas de la manière simple que les médias et les manuels populaires prétendent.
L’une des raisons est que, depuis un siècle, le prix de l’or est régulé par les banques centrales, principalement par le Trésor américain, depuis que Franklin Roosevelt a réévalué l’or à 35 dollars l’once en 1933.
Cela a duré jusqu’à ce que le président Nixon retire l’or des États-Unis en 1971. Et, à la suite de la guerre, comme je l’ai dit, les responsables américains étaient très effrayés à l’idée que les États-Unis ne soient plus en mesure de contrôler le prix de l’or. D’où la nécessité pour le monde entier de créer de la monnaie de financer le fonctionnement de son économie.
Les États-Unis se sont dit : « D’autres pays vont maintenant s’approprier l’or, et nous n’allons pas les suivre, et nous perdrons ainsi notre influence pour imposer notre pouvoir dans des institutions comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, qui ont toutes été mises en place en 1944, 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale ».
Mais cela ne s’est pas produit, pour les raisons que j’ai expliquées dans Super Imperialism , mon livre de 1972. Il n’y avait pas vraiment beaucoup d’alternatives suffisamment importantes pour investir de l’argent étranger.
Ainsi, au lieu de profiter des flux de dollars en achetant de l’or, les banques centrales étrangères se sont contentées d’acheter des titres du Trésor. Et comme je l’ai dit, cela a financé la part croissante du déficit budgétaire intérieur américain.
Eh bien, comme je l’ai dit, l’excès de dollars a été principalement alimenté par les dépenses militaires. J’ai travaillé pendant un an avec Arthur Andersen, le cabinet d’expertise comptable, et avec la Chase Manhattan Bank, pour montrer ce phénomène. Et je suis devenu consultant auprès du gouvernement américain, expliquant ce phénomène, dans les années 1970.
Ce n’est pas quelque chose qui est enseigné dans les cours d’économie, parce que c’est un sujet politiquement sensible, et l’économie essaie d’être « apolitique », car si vous voyez comment l’économie politique est réellement, vous avez une approche différente de la politique.
Les États-Unis ont donc cherché à maintenir le prix de l’or à un niveau bas depuis sa réévaluation en 1971. Le prix de l’or a rapidement grimpé jusqu’à environ 700, 800 dollars l’once. Puis, vers le milieu des années 2010, il a atteint 1 200, 1 400 dollars, en augmentant progressivement.
L’objectif était politique : faire en sorte que le monde considère le dollar américain, c’est-à-dire essentiellement les titres du Trésor américain, comme la forme la plus sûre de ses réserves internationales.
C’est une sécurité dans le sens où, contrairement à d’autres pays, les États-Unis peuvent tout simplement imprimer des dollars. Ils ne peuvent pas faire faillite et être incapables de payer leurs dettes, car contrairement à d’autres pays qui ont des dettes dans une monnaie étrangère, la dette américaine est libellée dans leur propre monnaie, en dollars, et ils peuvent continuer à les imprimer.
BEN NORTON : Très bien dit, Michael. Il y a tellement de choses auxquelles nous pourrions répondre.
Nous avons parlé de la demande d’or des banques centrales. Mais je pense qu’un autre facteur important ici est l’inflation, car l’or a traditionnellement été considéré comme une protection contre l’inflation.
Lorsque vous avez des moments de taux d’inflation élevés – par exemple, au sortir de la pandémie de Covid, alors que l’économie a rouvert en 2022, l’inflation des prix à la consommation était très élevée aux États-Unis et dans de nombreux pays, en raison des perturbations de la chaîne d’approvisionnement.

Ainsi, à mesure que l’inflation a augmenté en 2022, vous avez pu constater qu’en octobre, le prix de l’or était d’environ 1 600 $, et il a augmenté considérablement pour atteindre près de 2 000 $ au printemps 2023.
Ce qui s’est passé ensuite, c’est qu’au début de 2023, l’inflation a atteint un pic et le prix de l’or a baissé, tout comme l’inflation, car l’or est bien sûr considéré comme une couverture contre l’inflation, il est donc logique qu’ils aient tendance à évoluer ensemble.

Mais quelque chose de très étrange s’est produit. En octobre 2023, le prix de l’or a atteint un plancher d’environ 1 850 dollars, et depuis lors, l’inflation des prix à la consommation a continué de baisser. Mais cette relation s’est rompue et le prix de l’or a grimpé en flèche de mille dollars supplémentaires pour atteindre environ 2 900 dollars.
Alors, Michael, cette relation est désormais terminée, elle est brisée. Pourquoi pensez-vous qu’il en est ainsi ?
MICHAEL HUDSON : Je ne pense pas qu’il y ait de lien de cause à effet. C’est là tout mon propos.
Les gens aiment dire que l’or est une protection contre l’inflation. Mais on pourrait dire que les œufs sont une protection contre l’inflation, ou que le porc est une protection contre l’inflation.
Le problème est que le véritable problème est le déficit de la balance des paiements américaine qui injecte des dollars dans le monde.
Vous payez des dollars à un exportateur, chinois ou allemand – à l’époque où il y avait encore une industrie allemande – et ils remettent ces dollars à leur banque centrale, qui dit alors : « Que ferons-nous de ces dollars ? Si nous ne les renvoyons pas aux États-Unis, notre monnaie va augmenter par rapport au dollar, ce qui va rendre nos exportations moins compétitives. Nous devons donc maintenir notre monnaie, notre taux de change, à un niveau bas, et nous le faisons en achetant des titres du Trésor ».
Cela a toujours été politique. Et les journaux ne veulent pas parler de politique, car s’ils en parlaient, les gens se rendraient compte que le système politique et économique occidental ne peut pas perdurer dans la manière dont il est structuré aujourd’hui.
Quand on parle de politique, on se rend compte que la partie est terminée pour l’Occident. Et bien sûr, ils ne le pensent pas. Ils veulent donner une impression de micro-économie, « Oh, il y a des gens qui essaient juste de regarder les taux d’inflation ».
Certains y croient vraiment. Ils croient aux manuels scolaires. Ils sont crédules. La plupart des investisseurs dans l’or, je dois le dire, sont crédules, mais il y a d’autres personnes qui regardent la réalité en face et qui voient que ce système ne peut pas durer.
Au final, ce sont ceux qui ne font pas confiance à l’or qui gagneront.
Je vais vous donner un exemple. En 1973 ou 1974, Herman Kahn et moi sommes allés à la Maison Blanche pour une réunion avec le Trésor américain. Je leur ai expliqué comment fonctionnait le système de taux des bons du Trésor.
Eh bien, ce que j’ai dit était quelque chose qu’ils n’avaient certainement pas envie d’entendre. J’ai dit : « L’or est en fin de compte le métal de la paix, car c’est l’épuisement des réserves d’or des États-Unis qui a menacé de les empêcher de dépenser les coûts militaires de la guerre en Asie du Sud-Est et partout dans les 800 bases militaires qu’ils ont à travers le monde. »
Si l’or continue à exister, et si Nixon ne renonçait pas à l’or, alors l’Amérique perdrait très rapidement tout son stock d’or, comme prix à payer pour mener une guerre contre le reste du monde, pour conserver sa puissance militaire unilatérale.
Ce n’est pas parce que nous sommes en démocratie, ce n’est pas parce que les gens l’aiment que nous avons le pouvoir, c’est parce que la puissance américaine réside dans la capacité de nuire à d’autres pays, de les bombarder, de financer des changements de régime et de menacer d’autres pays. Et cela coûte beaucoup d’argent de continuer à menacer.
Cela fait partie de la crise globale à laquelle nous sommes confrontés actuellement, et vous réduisez soudainement ce qui, comme Trump et [Elon] Musk l’ont dit, vous réduisez ce qui absorbait une part énorme du budget américain, le poussant vers le déficit.
Et ce sont des partisans du déficit. Ce ne sont pas des théoriciens monétaires modernes ; ils pensent que les dépenses déficitaires sont mauvaises, et non que c’est grâce à elles que le gouvernement injecte de l’argent dans l’économie dans son ensemble.
Il y a donc un véritable conflit de théorie monétaire qui se joue actuellement. On peut donc dire que toute cette lutte autour de l’or et des contrats à terme sur l’or reflète l’idée même de ce qui va constituer la base de la politique militaire, de la politique étrangère et de la géopolitique américaines.
Allons-nous être en guerre permanente contre le reste du monde ? Ou allons-nous essayer de faire la paix avec la Russie, la Chine et l’Iran, et nous concentrer uniquement sur les pays que nous pouvons vraiment vaincre, comme le Canada, l’Angleterre, l’Australie, le Japon, la Corée du Sud ?
BEN NORTON : Oui, ce qui est également ironique, c’est que Trump parle de réduire le déficit, mais il réduit également les impôts des riches, ce qui va probablement augmenter le déficit, ce qui est exactement ce qu’a fait Ronald Reagan.
MICHAEL HUDSON : C’est vrai ! Il n’est pas tout à fait… ha ! C’est la partie non-exprimée. Nous savons tous ce qu’il veut.
BEN NORTON : Oui, exactement. C’est exactement ce qu’a fait Ronald Reagan. Vous savez, Reagan avait dit qu’il allait réduire les dépenses publiques, mais en fait, le déficit américain en pourcentage du PIB a augmenté de manière significative sous Reagan.

Ironiquement, c’est l’administration néolibérale de Bill Clinton qui a réellement réduit le déficit, et pour la première fois depuis, la seule fois depuis, les États-Unis ont réellement enregistré un excédent budgétaire.

Mais ce qui est intéressant, Michael, c’est que vous avez été associé à la théorie monétaire moderne (MMT), et vous n’êtes pas un fanatique de l’or.
Mais ce que vous dites ici, c’est qu’il y a un élément qui fait que vous ne dites pas que le dollar devrait revenir à l’étalon-or. Ce n’est pas ce que vous dites.
Vous dites qu’il doit y avoir des limites à la quantité d’argent imprimée, en établissant une sorte de lien avec la réalité [et l’économie réelle].
MICHAEL HUDSON : La théorie monétaire moderne explique comment financer le déficit budgétaire intérieur .
Une chose que la théorie monétaire moderne ne peut pas faire, lorsque vous créez de l’argent, c’est que vous ne pouvez pas créer de monnaie étrangère.
[Les États-Unis] peuvent créer des dollars pour les investir dans l’économie. Il n’est pas nécessaire d’emprunter ces dollars auprès de riches détenteurs d’obligations et d’investisseurs. Il suffit d’imprimer de l’argent. Il n’est pas nécessaire de lever des impôts, car c’est l’essence même de la monnaie papier.
Mais lorsqu’il s’agit de dépenses à l’étranger, notamment militaires, les États-Unis ne peuvent pas imprimer de monnaie chinoise pour financer leurs dépenses en Asie. Ils ne peuvent pas imprimer de roubles. Ils ne peuvent pas imprimer d’autres devises pour dépenser à l’étranger.
La théorie monétaire moderne se réfère donc à l’ économie nationale et non à la monnaie étrangère. C’est une théorie de la monnaie nationale .
L’or est une contrainte à la création monétaire. Tout cela remonte aux théories terribles de David Ricardo, le lobbyiste bancaire, en Grande-Bretagne en 1809 et 1810, lorsqu’il a témoigné devant le Bullion Committee et déclaré : « Nous devons maintenir les salaires bas. Nous devons maintenir l’économie pauvre, afin que les riches créanciers puissent obtenir suffisamment d’argent pour contrôler le monde et réduire tous les autres à une dépendance abjecte. Nous sommes donc contre la monnaie papier. La monnaie papier est inflationniste. Si nous n’utilisons que l’or et l’argent, que possèdent les riches, alors nous pouvons faire fonctionner le monde entier. »
Il ne l’a pas dit simplement en ces termes, comme vous pouvez l’imaginer, mais ses arguments étaient contre la création de monnaie papier. C’était l’antithèse de la théorie monétaire moderne.
Ricardo a expliqué en détail quels sont les principes du Fonds monétaire international depuis 1944 et 1945 : si vous ne laissez pas les pays créer leur propre monnaie papier et si vous ne les obligez pas à avoir une monnaie forte, de l’or ou des dollars américains, ils ne pourront pas se permettre d’embaucher plus de main d’œuvre, ni d’investir. Ils seront complètement dépendants des pays qui peuvent agir comme ses créanciers.
Encore une fois, c’est ce que j’explique dans mon livre Super Impérialisme , comment tout ce système est né.
J’écris actuellement un livre — j’en suis aux deux derniers chapitres — sur les alliances politiques des banquiers depuis les Croisades jusqu’à la Première Guerre mondiale, où l’on retrouve toute la tentative de monnaie forte.
C’est ce qui a provoqué une rupture dans la politique américaine dans les années 1870, 1880 et au début des années 1890.
BEN NORTON : Oui, à la fin du 19e siècle, le célèbre homme politique populiste américain William Jennings Bryan a déclaré que la classe financière voulait « crucifier l’humanité sur une croix d’or ».
MICHAEL HUDSON : Souvenez-vous, après la guerre civile, les créanciers voulaient faire baisser les prix. Ils disaient : « Il y a eu de l’inflation pendant la guerre civile. Cela signifie que tous nos détenteurs d’obligations n’ont pas le même pouvoir d’achat sur la main-d’œuvre. Nous devons réduire les salaires des travailleurs et les rendre de plus en plus pauvres, afin de devenir de plus en plus riches, et nous y parvenons en faisant baisser le prix de l’or. Il faut du chômage. »
Ils étaient, comme le dit la Réserve fédérale, « Nous avons besoin de chômage, d’argent fort, pour maintenir les salaires bas, afin que les employeurs puissent faire plus de profits en embauchant une main d’œuvre bon marché, en gros ».
Il s’agit d’une guerre de classe entre le secteur financier et l’économie dans son ensemble, contre l’industrie. Le capitalisme financier est devenu l’antithèse du capitalisme industriel. C’est de cela que nous parlons dans ces émissions.
Tout cela revient à Ricardo qui disait : si vous enlevez au gouvernement la capacité de générer des déficits et de dépenser de l’argent dans l’économie, alors vous dépendrez des riches pour fournir l’argent.
Lorsque le président Clinton a finalement dégagé un excédent budgétaire en 1998, que s’est-il passé ? Cela signifie que le gouvernement n’a pas injecté d’argent dans l’économie. Les gens ont dû se tourner vers les banques pour emprunter et payer des intérêts aux banques.

C’est ce que veut le secteur financier. Il veut obtenir des intérêts pour forcer l’économie dans son ensemble à payer des intérêts, pour obtenir l’argent dont elle a besoin pour faire des affaires et employer de la main d’œuvre, au lieu de laisser le gouvernement se contenter de fournir, d’imprimer de la monnaie, sans intérêts. L’effet inflationniste est identique.
Il n’est pas plus inflationniste d’imprimer de la monnaie que d’emprunter à un milliardaire, qui ne va de toute façon pas dépenser d’argent pour acheter [plus] d’œufs, et « imprimer » de la monnaie de cette façon.
Il y a donc toute une bataille autour de la question de savoir quelle est la source et l’utilisation de l’argent dans l’économie actuelle.
Cela n’a pas été abordé dans la presse populaire, mais c’est précisément ce qui est à l’origine de la théorie monétaire moderne. Cette théorie a été combattue par le secteur financier qui voulait contrôler l’argent des classes aisées, par le secteur financier et par les banques, et non par le gouvernement dans l’intérêt public.
La position du gouvernement [américain], qu’il s’agisse du Parti démocrate ou des républicains, est que l’argent doit être créé pour générer de l’argent pour le secteur financier riche, et non pour l’économie.
La théorie monétaire moderne est que nous devrions créer de la monnaie pour promouvoir une véritable croissance économique et une augmentation du niveau de vie, et non pas simplement créer de la monnaie de manière à générer de l’argent pour le secteur financier et les milliardaires.
Tous ces arguments politiques sont à l’origine de la restructuration de la politique monétaire à laquelle nous allons assister dans les prochaines années, déclenchée par l’effondrement du cours de l’or.
BEN NORTON : Très bien dit, Michael. Il y a tellement de choses auxquelles nous pourrions répondre, mais je voudrais revenir un peu sur le marché de l’or.
Vous avez souligné à quel point le marché de l’or est différent des autres marchés. Vous avez parlé du fait que l’économie fonctionne très différemment de ce qui est enseigné dans les manuels scolaires.
Vous avez souligné que le marché de l’or en particulier est différent des autres marchés de matières premières. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?
MICHAEL HUDSON : Donc, la clé importante pour comprendre comment tout cela a été accompli est de voir à quel point les bourses financières mondiales de matières premières où sont fixés les prix de l’or sont complexes, et quelle est leur relation avec les véritables négociants en matières premières, c’est-à-dire là où les particuliers vont pour acheter de l’or.
Les banques centrales peuvent s’acheter de l’or entre elles. Les fonds d’investissement, les fonds spéculatifs, les particuliers, les fabricants de bijoux, etc. achètent de l’or auprès des négociants en lingots.
Eh bien, il y a une impression générale que lorsque les gens, les banques centrales ou les fonds communs de placement achètent de l’or, ils placent des offres sur un marché, quelque chose comme la Bourse des matières premières, COMEX.
Mais ce n’est pas vraiment là que les gens achètent et vendent de l’or.
Dans une bourse de marchandises, il s’agit en réalité d’un lieu de jeu. Vous pariez sur la hausse ou la baisse du prix d’une action, d’une obligation, de l’or ou d’une matière première (cuivre, blé ou toute autre matière première).
Une bourse de marchandises est donc un endroit où l’on parie sur l’évolution des prix.
Ces courtiers qui achètent et vendent des options sur les prix des céréales — et sur l’évolution du marché boursier ou du S&P 500 — ne vont pas réellement acheter du blé, de l’or ou des actions ; ils parient sur l’évolution des prix.
Ce pari est censé refléter ce qui se passe dans le monde réel. Il est censé y avoir une base physique et tangible pour tout cela.
Je voudrais donc prendre une minute pour expliquer. [Le gestionnaire d’actifs] Vanguard a un site qui parle des options de vente et d’achat, de la vente à découvert et des options, et qui a son propre vocabulaire.
Je vais citer ce que dit Vanguard :
Lorsque vous achetez une option d’achat , vous achetez le droit d’acheter un titre spécifique à un prix fixe (le « prix d’exercice ») à un moment donné dans le futur [à une date donnée].
Si le prix de ce titre augmente, vous pouvez réaliser un bénéfice en l’achetant au prix convenu et en le revendant sur le marché libre [en bourse] au prix du marché plus élevé.
Lorsque vous achetez une option de vente , vous achetez le droit de vendre à quelqu’un un titre spécifique à un prix d’exercice fixe dans le futur.
Supposons que le prix de l’or soit de 1 250 dollars. Vous pouvez dire : « Je vais vous le vendre à seulement 1 200 dollars ». Si le prix baisse, vous pouvez en fait réaliser un bénéfice en l’achetant sur le marché libre au prix le plus bas, puis en exerçant votre option de vente au prix le plus élevé. Cela semble compliqué.
BEN NORTON : Pour simplifier, vous avez fait une bonne description. L’explication est très simple : si vous achetez un call, c’est parce que vous pensez que le prix va augmenter ; si vous achetez un put, c’est parce que vous pensez que le prix va baisser. Donc, le call monte, le put baisse.
Comme vous l’avez dit, il s’agit essentiellement de paris financiers. Il s’agit de trading d’options.
MICHAEL HUDSON : La question est de savoir pourquoi, dans les années 2010, alors que tout le monde disait : « Cette tendance ne peut pas continuer, le prix de l’or doit augmenter », quelqu’un a-t-il continué à vendre de l’or à un prix inférieur en disant : « Dans trois mois, nous allons vous vendre de l’or à 50 $ l’once de moins, ou à 25 $ l’once de moins ». Qui faisait ça ?
Je ne connais aucun investisseur privé qui serait venu faire cela, car ils ont dit : « Nous pensons que le prix va augmenter, au lieu de baisser ; c’est la tendance à long terme de l’or ».
Eh bien, l’explication est que cette vente d’or à terme a été effectuée par les banques centrales, principalement par la Réserve fédérale américaine et le Trésor, agissant au nom du Trésor, ou de la Banque d’Angleterre.
Lorsque vous achetez une option de vente ou d’achat, vous devez payer pour ces options. Autrefois, vous regardiez dans les journaux combien coûtait l’achat d’une option sur des obligations du Trésor, sur des actions ou sur de l’or.
Lorsque vous vendez le droit d’acheter de l’or, disons au même prix, ou un ou deux dollars de moins, les gens vous paieront pour cette option d’achat au même prix dans trois ou six mois. C’est une source de revenus.
Ainsi, le Trésor américain et la Banque d’Angleterre gagnaient en réalité de l’argent en vendant de l’or à découvert. Et quand vous continuez à promettre, vous avez tellement d’argent et vous êtes un acteur important du marché que vous êtes un peu comme George Soros lorsqu’il a fait tomber la Banque d’Angleterre. Vous pouvez gagner sur le marché en étant aussi important.
Lorsque vous arrivez et que vous continuez à vendre de l’or à découvert, bien au-delà de la demande, vous submergez le marché, ce qui maintient le prix bas.
Même si de plus en plus de gens achètent de l’or, les États-Unis et l’Angleterre gagnent de l’argent en s’engageant essentiellement dans cette manipulation du marché comme source de revenus.
C’est l’un des facteurs qui ont maintenu le prix de l’or à un niveau bas.
En fait, les banques centrales vendent également de l’or à découvert depuis plusieurs décennies. Et elles en tirent des bénéfices.
Comme je l’ai dit, pour acheter cette option, il faut acheter de l’or à un prix assez bas quand on se dit : « Le marché de l’or va certainement monter, le prix de l’or doit monter, car tout le monde l’achète. Je vais acheter cette option ».
Et ça n’a pas marché. Beaucoup de gens, pessimistes, ont essayé de faire ça, et ils ont été dépassés par les ventes des banques centrales.
La plupart des options ne sont pas exercées, car les banques centrales continuent de vendre à terme, encore et encore. C’est ce qui a maintenu le prix de l’or à un niveau bas pendant de nombreuses décennies. Cela a empêché le prix d’augmenter, car les futurs acheteurs peuvent toujours acheter l’autre extrémité d’une vente à découvert, à un prix inférieur.
L’offre et la demande n’existaient pas uniquement sur le marché privé, ni uniquement parmi les banques centrales ; c’était un marché manipulé.
Il semble donc que cette fuite d’or, pour faire face à la récente hausse du prix de l’or de mille dollars l’once, a sérieusement épuisé les réserves d’or. Le Trésor a même dû les vendre.
C’est un autre aspect du marché : celui des négociants en or.
Supposons qu’il n’y ait pas de bourse des marchandises pour fixer les prix des contrats.
La demande d’or physique a dépassé l’offre. Les banques centrales ont donc loué l’or aux négociants en or.
En d’autres termes, les banques centrales ont ressenti ce que l’on pourrait appeler de l’orgueil. Elles se sont dit : « Nous serons toujours en mesure de maintenir le prix de l’or à un niveau bas. » Les négociants en or achètent donc de l’or et le revendent à leurs clients, qui s’attendent à une hausse des prix.
Les négociants en or diront alors : « Louez-nous une tonne d’or à ce prix-là. Nous vous paierons pour la louer afin que nous puissions l’envoyer aux clients ».
Si le prix n’augmente pas, vous savez, à un moment donné, les clients diront : « OK, je n’ai pas réalisé les bénéfices que j’ai réalisés sur le marché boursier ou sur le marché obligataire avec l’or ».
Rappelez-vous, après la crise bancaire d’Obama en 2008-2009, tout l’assouplissement quantitatif a été mis en place, et les taux d’intérêt étaient si bas qu’ils ont déclenché un énorme boom du marché boursier et le plus grand boom du marché obligataire de l’histoire.
Pourquoi les gens voudraient-ils acheter de l’or après 2009, alors que les prix de l’or augmentent progressivement, mais que les prix des actions et des obligations augmentent beaucoup plus ?
Le rival de l’or était donc ce boom artificiel créé par l’assouplissement quantitatif et les taux d’intérêt bas. Cela fait donc partie de l’équation.
Les banques centrales étaient ravies de louer l’or aux négociants en or. Elles gagnaient de l’argent grâce à ce leasing, comme si vous louiez une voiture. Vous leur donniez l’or, et elles devaient le rendre à une date précise.
Vous dites : « OK, nous vous prêterons cet or pendant un an, et à la fin de l’année, vous devrez le rendre, mais vous pourrez le garder et faire ce que vous voulez à ce moment-là ».
Les négociants en or se retournaient alors et vendaient aux investisseurs privés – peut-être aussi aux banques centrales – l’or qu’ils avaient loué. À la fin de l’année, ils disaient : « Nous allons prendre un autre bail, et nous le louerons maintenant pour deux tonnes » ; puis plus tard, vous savez, pour trois tonnes.
Les banques centrales continueraient donc à louer l’or, tonne après tonne, aux négociants en or.
Eh bien, cela signifiait que les États-Unis enverraient de l’or, physiquement, de Fort Knox aux négociants en or – en grande partie à Londres, qui était en quelque sorte le centre de négoce de l’or.
Tout comme le marché de l’or après la Seconde Guerre mondiale, lorsque les États-Unis maintenaient le prix de l’or à un niveau bas sur le marché, c’était à la Bourse de l’or de Londres qu’ils retenaient tout.
Les États-Unis et l’Angleterre ont donc continué à louer de l’or, gagnant ainsi de l’argent auprès des négociants, et à vendre de l’or à découvert, gagnant ainsi de l’argent grâce aux commissions d’achat. Et cela est devenu une bonne source de financement.
Si l’on fait les comptes, Fort Knox aurait pu réclamer un paiement aux négociants en or pour la location de cet or. Et c’était une façon pour Fort Knox et le Trésor de gagner de l’argent.
Mais leur objectif n’était pas simplement de gagner de l’argent ; il s’agissait de maintenir le prix de l’or bas, afin que celui-ci ne réapparaisse pas comme un rival du dollar américain.
C’est ce qui a motivé tout ce système. Et c’était la motivation des États-Unis. C’était politique.
BEN NORTON : Michael, au fait, pour ceux qui ne le savent pas, Fort Knox est le dépôt d’or du Département du Trésor. C’est son emplacement physique.
Son nom officiel est le US Bullion Depository. C’est là que le Trésor conserve ses réserves d’or physique.
MICHAEL HUDSON : Oui, mais la plupart des gens pensent que c’est Fort Knox. Si vous avez vu le film Goldfinger , vous savez où il se trouve.
BEN NORTON : Au fait, pour les plus jeunes téléspectateurs, lorsque vous dites Goldfinger , vous faites référence à un film classique de James Bond des années 1960.
MICHAEL HUDSON : C’est un très bon film aussi. On peut le revoir et c’est toujours nouveau. Sean Connery était encore le James Bond à l’époque.
La question est donc de savoir comment savoir quelle quantité d’or américain a réellement été envoyée à des négociants étrangers. Il n’existe aucune statistique à ce sujet.
Il n’existe même pas de statistiques sur la quantité d’or réellement présente à Fort Knox.
Les États-Unis publient leurs réserves d’or, mais celles-ci considèrent tout l’or qui a été loué à des négociants étrangers comme faisant partie des réserves d’or, car il s’agit de nos réserves d’or. Mais nous ne les détenons pas. Nous les avons louées !
C’est comme si vous étiez une société automobile, comme Hertz ou Avis, et que vous louiez la voiture, la voiture est votre voiture, ce n’est pas la voiture du locataire. L’or reste votre propriété, il n’appartient pas aux négociants en or qui vous l’ont loué.
Ainsi, Roberts, un de mes amis qui était l’ancien secrétaire adjoint au Trésor pour les affaires monétaires sous Ronald Reagan, en 1981 et 1982, m’a écrit récemment pour me dire, je cite : « Avant que nous apprenions à faire baisser le prix de l’or avec des ventes à découvert à nu » — c’est-à-dire en vendant de l’or à découvert lorsque vous n’en avez pas — « nous louions l’or à des négociants en lingots qui le vendaient ».
La situation de ce marché semble s’être accélérée de façon constante. Il n’existe aucune statistique. Et « le représentant Ron Paul, il y a des années, n’a jamais pu obtenir un audit de l’or de Fort Knox. Il n’a même pas été autorisé à entrer pour voir s’il y avait de l’or là-bas ».
Ron Paul, qui est un libertarien, l’ancien chef du groupe libertarien au Congrès, « a fait du grabuge, mais on lui a répondu qu’il s’agissait d’une question de sécurité nationale ».
Imaginez donc que même un membre du Congrès ne puisse pas savoir quelle quantité d’or se trouve physiquement sur le territoire. Pourquoi serait-ce une question de sécurité nationale, s’il n’y a aucun problème ?
Pourquoi les États-Unis ne sont-ils pas contents de dire : « Voici la quantité d’or dont nous disposons. Vous savez, nous sommes parfaitement solvables. Nous avons tout. Aucun problème ».
Ils ne divulguent aucune statistique.
Le Trésor a donc travaillé de deux manières, comme je l’ai dit, pour maintenir le prix bas : en louant de l’or, pendant de nombreuses années ; puis en manipulant son prix, pour le maintenir bas via l’étalon de change-or.
La question est : les négociants en or, qu’ont-ils fait de cet or qu’ils ont loué ?
Eh bien, lorsque j’étudiais l’histoire de l’argent et de la banque, il y a 60 ans, le principe de la banque à réserves fractionnaires était la première chose dont les professeurs parlaient et expliquaient.
Cela signifie que si vous vous rendez dans une banque et que vous y avez déposé un dépôt, la banque ne se contente pas de garder tout votre argent. Elle sait que tous les déposants ne voudront pas récupérer tout votre argent en même temps, à moins qu’il y ait une panique bancaire.
Ainsi, les banques prennent votre argent et doivent conserver, disons, un septième de l’argent qu’elles gardent liquide, vous savez, juste pour le chiffre d’affaires, pour la demande normale des personnes qui veulent réellement émettre des chèques sur leurs comptes et dépenser l’argent.
Mais fondamentalement, ils gagnent leur argent en prêtant la majeure partie de l’argent que vous placez dans les banques, les hypothèques ou à des courtiers en actions et en obligations, ils le prêtent et ne gardent qu’une partie de leur argent en réserve.
Les banques ont des exigences spécifiques en matière de réserves, et désormais, elles ont des exigences en matière de fonds propres. Elles sont réglementées quant à la quantité d’argent liquide qu’elles doivent conserver à portée de main.
Mais aux XVIe et XVIIe siècles, avant l’apparition du système bancaire moderne, ce sont les négociants en or qui jouaient ce rôle.
Si vous étiez une personne aisée, l’argent que vous possédiez était de l’or et de l’argent. La monnaie papier n’est apparue qu’au XVIIe siècle, et surtout après la création de la Banque d’Angleterre en 1694. Les gens utilisaient et leurs transactions se faisaient en pièces de monnaie et en or.
Donc, si vous étiez assez riche et que vous aviez des pièces de monnaie en trop, vous les gardiez chez un négociant en lingots, car vous ne vouliez pas les garder chez vous, car vous risquiez d’être volé ou d’avoir un incendie et l’or fondrait. Et les négociants en or vous feraient payer pour garder votre or.
Mais ils ont réalisé qu’à mesure que de plus en plus de gens vendaient de l’or, ils n’avaient plus besoin de conserver tout cet or dans leurs propres coffres.
Ils pouvaient prendre cette monnaie et acheter des obligations qui rapportaient beaucoup d’argent, ou bien acheter des biens immobiliers. Ils pouvaient acheter tout ce qu’ils voulaient. Il leur suffisait de garder une partie de cet or en réserve.
Il va sans dire que lorsqu’il y avait une crise financière ou une guerre, ces déposants venaient et disaient : « OK, nous voulons notre or. Il y a de l’instabilité. Nous voulons garder l’or chez nous maintenant ».
Et les négociants en or auraient dit : « Nous avons acheté des obligations avec eux. Nous avons prêté l’argent aux négociants pour gagner de l’argent sur les importations et les exportations. L’argent est investi en toute sécurité, mais nous n’avons pas l’or physique pour vous payer ».
Il y aurait une crise, et les négociants en or feraient faillite s’ils n’avaient vraiment pas assez d’argent pour payer leurs déposants, tout comme les banques feraient faillite en cas de ruée bancaire.
Certains négociants en or ont prêté trop d’or, et certains négociants prudents ont pris des risques, car il y avait toujours une crise qui survenait à un moment donné, pour des raisons qui ne peuvent généralement pas être anticipées.
C’est pour cela que vous avez des réserves réglementées. Mais à l’époque des négociants en or, il n’y avait pas d’organisme de réglementation pour s’assurer qu’ils ne prêtaient pas tout leur argent et ne gagnaient pas d’argent non seulement en collectant l’argent des déposants pour garder leur or en sécurité, mais aussi en gagnant de l’argent en prêtant l’or et en investissant, ce qui a conduit à une crise à la fin.
Eh bien, ce genre de comportement, qui consiste à exploiter ses réserves pour gagner de l’argent, pose un problème évident. Je suppose que vous pouvez imaginer de quoi il s’agit.
Depuis combien de temps Fort Knox, la Banque d’Angleterre et peut-être d’autres banques louent-elles leur or ? Et sont-elles sur le point d’en manquer ? Et s’il ne restait plus d’or du tout dans leurs coffres ?
Imaginez Goldfinger essayant de cambrioler Fort Knox, comme dans le film, et découvrant que ses coffres sont vides et qu’il n’y a rien à voler !
Les négociants en or se trouvent-ils dans une situation similaire à celle de Fort Knox, avec des demandes de paiement pour l’or loué aux États-Unis, mais ils ne sont pas en mesure de le restituer ?
Les États-Unis diront : « Nous voulons récupérer notre or maintenant ». Et les négociants répondront : « Eh bien, dans le passé, lorsque vous disiez que vous le vouliez récupérer, nous vous payions juste un peu plus pour le louer, et encore un peu plus pour le louer. Combien devons-nous vous payer cette fois pour le louer ? »
Eh bien, les États-Unis ne peuvent pas dire : « Nous voulons récupérer tout notre or, car les gens se demandent si l’Amérique a vraiment le contrôle de ce stock d’or ».
Vous savez, c’est comme une voiture Avis qui a un accident et, tout d’un coup, Avis écrit sur son bilan : « Eh bien, nous avons tellement de voitures, et il s’avère que certaines d’entre elles sont en panne, ou certaines sont accidentées, ou certaines ont disparu ».
C’est le genre de situation que nous avons actuellement. Avis a des auditeurs, les négociants en or et les fonds communs de placement ont des auditeurs, et probablement le Trésor a des auditeurs, mais tout cela est secret. Personne ne peut le voir.
Tout le monde opère donc dans l’ombre en ce moment. Ils aimeraient opérer dans la lumière en se demandant : « Regardez, quelle est la situation réelle ? Qui possède l’or ? Qui doit l’or ? Quelle est l’offre et la demande ? »
Si l’on tient compte de toutes ces locations, de toutes ces ventes à découvert, quelle est la demande physique réelle d’or ? D’où vient tout cet or qui a été loué ou vendu à terme ? Où va-t-il ?
Il se pourrait bien que nous soyons sur le point de voir toute cette mascarade dévoilée. Ce moment viendra quand suffisamment d’investisseurs voudront réellement prendre livraison de leurs titres.
Il se pourrait que ce soit les bijoutiers indiens. L’Inde était autrefois appelée le « puits d’or », car, alors que la plupart des pays occidentaux et la Chine fonctionnaient selon l’étalon argent, l’Inde a toujours mis l’accent sur l’or. Elle a donc été un acheteur majeur d’or du secteur privé.
Une grande quantité d’or est détenue par des négociants en or, ou Singapour est un endroit, un pays qui offre un lieu de dépôt aux personnes qui souhaitent y détenir de l’or. Vous aurez donc un droit de créance sur une banque ou un négociant de Singapour, ou sur une banque suisse qui détient de l’or.
Et vous supposez qu’il possède réellement de l’or et qu’il ne fonctionne pas uniquement sur la base de réserves fractionnaires.
Ainsi, la semaine dernière, un ancien officier militaire [américain], Douglas Macgregor, a été interrogé par le juge Napolitano, et il a cité Alex Kreiner lui disant qu’il y avait des soupçons selon lesquels la Banque d’Angleterre pourrait ne pas avoir l’or qu’elle est censée avoir.
Le Trésor américain a suggéré d’envoyer des fonds du Trésor par Londres pour fournir aux banques britanniques un soutien, afin qu’elles puissent dire : « OK, nous ne vous donnerons pas l’or, mais nous vous donnerons l’argent en échange de l’or. N’est-ce pas la même chose ? » Bien sûr, ce n’est pas la même chose.
Il pense que les investisseurs américains font partie des bénéficiaires de l’or qui a été loué.
Supposons que le Trésor américain et la Banque d’Angleterre aient loué de l’or à des négociants en or. Ces derniers sont censés détenir l’or.
En fait, cela devient un système pyramidal. Et cela ne peut pas être résolu simplement en payant de l’argent pour le prix que vous aviez, car les gens veulent de l’or. C’est pourquoi le prix a tellement augmenté.
Le crédit-bail aurait pu continuer à fonctionner si les États-Unis et leur satellite britannique avaient eu suffisamment d’or pour continuer à le vendre à découvert et à le louer.
Mais si de plus en plus d’acheteurs achètent le droit d’acheter de l’or sur les contrats à terme du COMEX, le Trésor peut alors simplement leur payer le gain de prix sur lequel ils ont parié. Le problème peut être résolu simplement en imprimant plus de monnaie, ce que la Fed peut créer à l’infini.
Mais une fois que vous louez de l’or, cela pose un problème plus concret et immédiat. À un moment donné, les gens vont vouloir prendre possession physique de l’or. C’est ce qui se passe. Il y a une ruée sur le marché de l’or, pas une ruée sur les banques, mais une ruée sur le marché de l’or.
Jusqu’à présent, la plupart des investisseurs individuels ne souhaitaient pas détenir d’or, mais ils commencent à s’inquiéter.
Alors, que va-t-il se passer ? Et comment va se terminer tout ce système pyramidal ?
La solution préférée des États-Unis et du gouvernement britannique serait de simplement payer pour sortir du dilemme actuel.
Mais les investisseurs qui ont acheté des certificats pour détenir de l’or veulent avoir une certaine sécurité quant à la présence réelle de l’or. Et pour la première fois, ils ne font plus vraiment confiance au dollar ou à la livre sterling.
C’est pourquoi, depuis des milliers d’années, les gens ont voulu détenir des lingots d’or, car c’est un objet tangible et vous savez combien vous en avez.
Une solution serait que les banques centrales tentent de remplacer les investissements monétaires tangibles en disant simplement : « Bon, nous allons démonétiser l’or. Nous n’avons plus besoin d’or. Nous l’avons démonétisé en 1971. Nous l’avons conservé dans nos comptes. Mais maintenant, nous n’avons plus besoin d’or. Nous sommes désormais un système électronique, basé sur l’intelligence artificielle. Nous allons donc adopter un système de comptabilité basé sur la blockchain et oublier l’or ; il ne compte plus. Pouf ! Nous allons vous payer l’argent que vous avez payé pour obtenir votre or, et l’argent n’est-il pas aussi bon que l’or ? Le crédit papier que nous créons sur nos ordinateurs, le crédit électronique informatique, n’est-il pas aussi bon que l’or ? »
Voilà l’idéal d’un univers financier fictif basé sur des créances et des passifs qui ont perdu tout lien avec la réalité physique. C’est un type d’avenir qui résoudrait le problème.
Sinon, comment les États-Unis et la Grande-Bretagne peuvent-ils dissimuler le problème et éviter d’être tenus responsables ?
La vieille comptine dit qu’il y a un problème à vendre à découvert une marchandise lorsqu’on ne la possède pas : « Celui qui vend ce qui ne lui appartient pas doit le racheter ou aller en prison ».
C’est ce que les gens ont toujours dit aux vendeurs à découvert. Soyez très prudents si vous vendez le droit à quelqu’un de vous demander cette marchandise, vous savez, lorsque la période est terminée, et que vous dites : « Eh bien, je suis désolé, nous avons simplement spéculé sur une baisse du prix, mais nous n’avons vraiment pas l’or, le blé ou le cuivre à vous vendre ». Dans ce cas, c’est une fraude et vous êtes envoyé en prison.
Alors, que va-t-il se passer si tout un gouvernement le fait ?
Eh bien, rappelez-vous ce que le président Nixon a dit : « Quand le président le fait, ce n’est pas un crime ».
Aujourd’hui, ils diront : « Ce n’est pas un crime de ne pas pouvoir vous donner l’or que vous pensiez avoir acheté. Nous vous avons donné l’argent pour l’or, nous vous avons rendu justice. N’est-ce pas suffisant ? » Parce que nous avons changé toute la nature du système.
Il leur faut donc un nouveau Goldfinger à blâmer pour les coffres vides de Fort Knox. Mais comment vont-ils trouver ça ? Eh bien, Goldfinger n’aurait pas pu faire tout ce qu’il a fait si simplement dans le film.
Mais peut-être que quelqu’un peut tout simplement faire exploser la bombe atomique sur Fort Knox, et vous accuserez alors l’ennemi de la semaine de l’Amérique. Ils pourront dire : « Oh, le Hamas a fait exploser Fort Knox avec la bombe atomique que l’Iran leur a donnée. Nous allons attaquer l’Iran. Et c’est vraiment dommage qu’ils aient fait ça, mais il n’y a plus d’or. C’est donc une urgence nationale. Vous n’aurez plus que des dollars électroniques maintenant ». Peut-être qu’il y aura quelque chose de science-fiction, comme ça.
Eh bien, l’Occident veut démonétiser l’or pour que le problème — pouf ! — disparaisse par accord collectif.
Le problème sera de convaincre les Européens et les autres pays de prendre les choses en main et de dire : « OK, nous allons démonétiser tout notre or. Vous savez, nous le garderons, mais nous accepterons, à l’avenir, que les États-Unis puissent continuer à mener la nouvelle guerre froide et à investir des dollars dans l’économie, et nous n’achèterons plus d’or, à moins de le payer 4 000, 5 000 ou 6 000 dollars l’once. Mais nous continuerons à laisser le dollar américain être la base de notre propre système monétaire et financier ».
L’Europe va-t-elle vraiment faire cela ? Ce n’est certainement pas le cas de la Chine, de la Russie, de la plupart des pays d’Asie et des pays du Sud.
C’est ce qui rend le prix de l’or si politique. Cette idée de la destination de l’or est la clé du fonctionnement du système monétaire mondial et détermine l’évolution de la géopolitique mondiale au cours des prochaines années.
BEN NORTON : Très bien dit, Michael. Je pense que vous avez soulevé tous les points importants que vous souhaitiez aborder. Y avait-il autre chose ?
MICHAEL HUDSON : Eh bien, je sais que cela semble ennuyeux pour les gens de passer en revue les mécanismes de la bourse COMEX et des négociants en lingots – ces détails techniques et le fonctionnement du système ne semblent pas très passionnants, mais il s’avère que le diable est dans les détails.
Une fois que vous comprenez comment fonctionne le système, vous voyez où se trouvent les vulnérabilités et où se trouve l’instabilité — ou, comme nous aimons le dire, les contradictions internes.
BEN NORTON : Eh bien, je pense que c’est une excellente note pour terminer, Michael.
Nous avons discuté avec l’économiste primé Michael Hudson. Vous pouvez retrouver l’intégralité de son travail sur son site Internet, Michael-Hudson.com .
Michael, merci de nous rejoindre aujourd’hui au Geopolitical Economy Report et d’expliquer ces développements très importants et très intéressants.
C’est toujours un réel plaisir de vous avoir.
MICHAEL HUDSON : Eh bien, je suis heureux que vous me laissiez aborder tous les détails techniques que nous n’abordons généralement pas dans nos discussions politiques.
BEN NORTON : Bien sûr, c’est un réel plaisir. On se retrouve la prochaine fois.
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الطاهر المعز-متابعات – العدد 111 بتاريخ 15 من شباط/فبراير 2025

متابعات – العدد 111 بتاريخ 15 من شباط/فبراير 2025 : الطاهر المعز
يتضمن العدد الحادي عشر بعد المائة بتاريخ الخامس عشر من شباط/فبراير 2025 فقرة عن علاقة النظام السوري الجديد مع الكيان الصهيوني ومع الفلسطينيين، وفقرة عن ضُعف مستوى احتياطي النّقد الأجنبي لدى المصرف المركزي التونسي وفقرة عن فنزويلا وفقرة عن دور الإستعمار في الفجوة بين الأثرياء والفقراء على مستوى عالمي وفقرة عن الحرب التكنولوجية بين الولايات المتحدة والصّين
تقديم
اجتمع ممثلون عن تسع وعشرين حكومة من دول آسيوية وأفريقية في باندونغ بإندونيسيا ( نيسان/ابريل 1955) لمناقشة قضايا السّلْم ودور « العالم الثالث » في الحرب الباردة والتنمية الإقتصادية وإنهاء الإستعمار، وأرْسَى مؤمتر باندونغ وبيانه الختامي أُسُسَ حركة عدم الإنحياز خلال الحرب الباردة بين حُلفاء الإمبريالية الأمريكية من جهة والإتحاد السّوفييتي وحلفائه من أوروبا الشرقية من جهة ثانية، وفي جلسة الإفتتاح، وَرَدَ في خطاب رئيس إندونيسيا أحمد سوكارنو:
كثيرًا ما يُقال لنا إن الإستعمار قد مات. يجب أَلَّا نُخْدَع بهذه المقولة لأن الإستعمار لم يمُتْ بعْدُ طالما لا تزال مناطق شاسعة من آسيا وإفريقيا غير حُرّة، بل تغيَّرَ شكل الإستعمار الذي ارتدى لباسًا جديدًا يتمثل في السيطرة الإقتصادية والسيطرة الفكرية والسيطرة المادّيّة الفعلية في أجزاء مختلفة من آسيا وإفريقيا بواسطة مجموعة صغيرة غريبة عن جسد الأمّة، كما إن الإستعمار عدو ماكر وحازم، ويظهر في العديد الأشكال وهو لا يتخلَّى بسهولة عن عمليات النهب، لذا أينما ومتى وكيفما ظهر الإستعمار فإنه يبقى شرِّيرًا، ويجب استئصاله من الأرض ».
سوريا
بعد ثلاثة أيام فقط على إعلان سقوط النظام ودخول المليشيات الإرهابية إلى دمشق، أنْذَرت هيئة تحرير الشام الفصائل الفلسطينية بأن السّلاح الفلسطيني ممنوع في سوريا، ووجَبَ إخلاء المَقرّات العسكرية ومُعسكرات التّدريب وتسليم السّلاح الثقيل، وصدَر هذا الإنذار بينما كانت قوات العدو الصهيوني تحتل القنيطرة وجبل الشيخ وحوض اليرموك ومناطق عديدة في جنوب سوريا وأصبحت على بعد حوالي عشرين كيلومتر من دمشق، فيما اتجهت مليشيات « هيئة تحرير الشام » (النصرة والقاعدة سابقًا) نحو الحدود السورية اللبنانية للإشتباك مع إحدى الفصائل الفلسطينية وإبعاد مُسلّحيها عن الحدود وعن البقاع الشرقية، وفي الأثناء كانت قوات الاحتلال تحتل المزيد من الأراضي السورية في مناطق القنيطرة ودرعا والسويداء وحتى الحدود العراقية السّورية، لكن سبق وأن صَرَّحَ زعيم الإرهابيين أحمد الشرع ( أبو محمد الجولاني ) « إن إيران هي العدو الرئيسي وليست لنا أي مشكلة مع إسرائيل (… ) إن تقدم القوات الإسرائيلية فعل غير مبرر طالما طردنا إيران وحزب الله من سوريا… »
تدرّبت هيئة تحرير الشّام على الحكم في في « إدلب » بإشراف تركيا وقَطَر والاستخبارات البريطانية والأوروبية والأمريكية التي قدّمت له مشروع « معالجة مشكلة الفلسطينيين في سوريا »، من خلال منح الجنسية السورية لكل الفلسطينيين المسجّلين كلاجئين في سوريا ( كانت للفلسطينيين في سوريا نفس الحقوق باستثناء الإنتخاب ) ويُعاملون مثل السّوريين شرط التّخلِّي عن مُقاومة الإحتلال الصهيوني، ويترتب عن ذلك أيضًا إزالة المخيمات نهائياً وتوزيع الفلسطينيين على كافة مناطق سوريا في إطار برنامج إعادة الإعمار…
من جهته، أعلن دونالد ترامب » لا عِلْمَ لي بأي قرار بشأن انسحاب قواتنا من سوريا »، وعزّزت قوات الإحتلال الأمريكي وجودها في حقوق النفط والغاز والمناطق الزراعية في سوريا بذريعة « محاربة الإرهاب » ودعم مليشيات العشائر الكُردية شمال شرقي سوريا، حيث عزّزت القوات الأميركية من حضورها في دير الزُّور والحسكة، عبر استقدام تعزيزات كبيرة وغير مسبوقة من القواعد العسكرية الأمريكية في العراق، خلال شهر كانون الثاني/يناير 2025، وتمثلت في العشرات من طائرات الشّحن الضّخمة ومئات الشاحنات المُحَمّلة بآليات ومعدات عسكرية ولوجستية، قادمة من إقليم كردستان العراق، تمّ توزيعها على القواعد المنتشرة في منطقة شمال وشمال شرق سوريا، وفق « المرصد السوري لحقوق الإنسان »، الذي أنْشأتْهُ بريطانيا منذ سنة 2011…
كما أعلنت حكومة المليشيات الإرهابية السورية ثُلُثَ عدد الموظفين الحكوميين ( تسريح 400 ألف موظف حكومي، من أصل نحو 1,2 مليون موظف ) باسم تنفيذ « إصلاح شامل » في إطار « اقتصاد السوق الحر التنافسي » ( وفق وزير الإقتصاد) ، ويتضمّن هذا « الإصلاح الشّامل » خصخصة 107 شركات صناعية مملوكة للدولة، وفق وكالة الأنباء السّورية – سانا، بتاريخ 31 كانون الثاني/يناير 2025
تونس
تَضَرَّرَ قطاع الفلاحة من الجفاف المُستمر لعدّة مواسم، وهو يُساهم بنسبة 10,2% من الناتج المحلي الإجمالي، و بنسبة 12% ة من الصادرات و يوفر 14% من « فُرَص العمل »، وفقا لتصريحات وزير الفلاحة والموارد المائية والصيد البحري في الحكومة التونسية، وتعد تونس من أبرز منتجي ومصدري زيت الزيتون في العالم كما تعد ومُصَدِّرًا رئيسيًّا للتمور والقوارص وبعض منتجات الفواكه، وأدّى الجفاف إلى انحسار مخزونات المياه في السدود، وحَظَرَت الحكومة بعض الزراعات السقوية ، فيما يُعاني الفلاّحون من ارتفاع أسعار البُذُور وعلف الحيوانات وارتفاع أسعار الطّاقة، فضلا عن الوضع السّيّء للبُنية التّحتية وصعوبة الحصول على قروض مع ارتفاع نسبة الفائدة، وتتوقع وزارة الفلاحة انتعاش القطاع الزراعي خلال موسم 2024/2025 بفعل نزول الأمطار التي وضعت حدًّا لحالة الجفاف المُستمرة منذ سنة 2019، ورَفَعت من منسوب مياه السُّدُود وخفضت عجْز الإيرادات المائية…
من جهة أخرى، أعلنت وزيرة المالية خلال شهر تشرين الأول/اكتوبر 2024 إن الحكومة سددت قروضا مستحقة بقيمة 11,6 مليار دينار (3,7 مليارات دولار) من القروض الخارجية خلال النصف الأول من سنة 2024، ثم أعلنت خلال شهر كانون الأول/ديسمبر 2024 إن تونس بحاجة إلى سداد ديون بقيمة 9 مليارات دينار خلال الربع الأول من عام 2025، منها ديون خارجية بقيمة 5,1 مليارات دينار، وأظهرت بيانات المصرف المركزي، يوم الخميس 30 كانون الثاني/يناير 2025 أن احتياطيات البلاد من النقد الأجنبي تراجعت إلى ما يغطي 104 أيام من الواردات – رغم تبجّح الإعلام الرّسْمِي بارتفاع إيرادات السياحة وصادرات الإنتاج الفلاحي – بعد أن سددت الحكومة 1,1 مليار دولار من الديون الخارجية، حيث انخفض حجم احتياطيات المصرف المركزي من النقد الأجنبي من 26,701 مليار دينار ( ما يغطي 119 يوم من الواردات يوم الإربعاء 29/01/2025) إلى 23,325 مليار دينار (7,3 مليارات دولار) يوم الخميس 30/01/2025 أو ما يغطي واردات 104 أيام.
تُلاقي الدّولة صعوبات كبيرة وأزمة اقتصادية حادّة منذ عدّة سنوات، ومن تداعيات جائحة كورونا، ومن ارتفاع كلفة استيراد الطاقة والمواد الأساسية، منذ شهر شباط/فبراير 2022، إثر اندلاع الحرب في أوكرانيا، وبالأخص بعدَ فشل المفاوضات مع صندوق النّقد الدّولي بشأن قَرض بقيمة 1,9 مليار دولار، واضطرت الحكومة إلى الإقتراض الدّاخلي من المصارف الخاصة التي ارتفعت أرباحها بفضل إقراض الدّولة، ومن المصرف المركزي، ووافق البرلمان التونسي خلال شهر كانون الأول/ديسمبر 2024 على قانون يسمح للمصرف المركزي بتوفير 2,2 مليار دولار لتمويل ميزانية 2025 ولسداد الديون العاجلة، وكانت وثيقة قانون موزانة الدّولة لسنة 2025 قد أشارت إلى ارتفاع حجم القروض الداخلية إلى الضِّعْف من 3,57 مليارات دولارا سنة 2024 إلى 7,08 مليارات دولار سنة 2025، وإلى تراجُعِ حجم القروض الخارجية من 5,32 مليارات دولارا سنة 2024 إلى 1,98 مليار دولار سنة 2025، لكن لجأت الحكومة إلى اقتراض مبالغ بالعملة الأجنبية من المصرف المركزي للمرة الثانية خلال أقل من عام واحد، مما قد يُساهم في تدهور قيمة العُمْلة المحلية (الدّينار التُّونسي) وارتفاع الأسعار ( خصوصًا أسعار السلع والخدمات المُسْتَوْرَدَة) وارتفاع نسبة التّضخّم التي قُدِّرَ متوسطها ب 6,2% بنهاية سنة 2024…
تعدّدت التّغْيِيرات الوِزارية التي لا تخضع سوى لتقْيِيمات الرئيس قَيْس سعَيِّد، وأقال وزيرة المالية سهام البوغديري التي بقيت في الوزارة منذ 2021، وعين القاضية مشكاة الخالدي خلفا لها، وكانت تَرْأَسُ لجنة الصلح الجزائي، التي أنشأها الرئيس بهدف التوصل إلى اتفاق مع رجال أعمال يواجهون اتهامات بالفساد، مقابل إعادة أموال للدولة، وحصل تغيير الوزيرة وسط أزمة مالية أدت إلى شُحّ المَعْرُوض من السّلع الأساسية كالسكر والأرز والقهوة وغاز الطهي، وحاولت الحكومة زيادة إيراداتها من خلال زيادة الضّرائب على دخل بعض فئات السّكّان، ومن بينهم أصحاب الدخل المُرتفع وحتى المتوسط، فضلا عن الإقتراض من المصرف المركزي لتسديد ديون عاجلة بقيمة 2,2 مليار دولار…
فنزويلاكان “خوان بابلو بيريز ألفونسو” (1903 – 1979) وزيرا للنفط في فنزويلا، وهو صاحب فكرة إنشاء منظمة البلدان المصدرة للنفط (أوبك) سنة 1961، للدفاع عن مصالح الدّول المنتجة والمُصدّرَة للمحروقات، وساهم في تأسيسها، ونُسِبَتْ له، خلال نفس السنة، مقولة وجّهَها لزملائه وزراء نفط الدّول المشاركة في تأسيس “أوبك”، ومفادها: “النفط هو براز الشيطان… سوف تَرَوْنَ بعد عشر سنوات أو عشرين سنة من الآن، أن النفط سيجلب لنا الخراب”، ولم يكن يدّعي النبوءة، ولكنه كان وطنيًّا، ودافع عن مصالح بلاده وشعبه، أثناء مُشاركته في أول حكومة ديمقراطية، سنتيْ 1947 و 1948، قبل أن يُطيح الجيش بتلك الحكومة، بدعم من الشركات النّفطية (وغير النّفطية) الأمريكية، وسُجِنَ الوزير، ثم نُفِيَ لفترة عشر سنوات، قبل عودة الديمقراطية، حيث أصبح “خوان بابلو بيريز ألفونسو” وزير للمعادن والمحروقات في عهد الحكومة الديمقراطية الثانية، من 1959 إلى 1964، وعمل على إنفاق إيرادات النفط في مشاريع تَنْمِيَة البلاد…
بعد قرابة ستة عُقُود من تاريخ هذا التصريح، أصبح النفط وبالاً على فنزويلا والبرازيل والعراق وليبيا وأنغولا ونيجيريا، وغيرها، وأصبح الخليج العربي قاعدة أمريكية ضخمة، ووَكْرًا لللإستخبارات الأمريكية والصّهيونية و »الغربية » عمومًا، وتجمُّعًا للبوارج الحربية ولحاملات الطائرات ومختلف أنواع أسلحة الدمار الشامل التي يمتلكها حلف شمال الأطلسي…
بقيت ميزانية الدّولة في فنزويلا تعتمد على ريع النّفط، وكُلّما انهارت الأسعار ( كل عشر سنوات تقريبًا) انهار اقتصاد البلاد وساءت حال المواطنين، رغم التغيير السياسي الذي حصل خلال انتخابات ديمقراطية، منذ نهاية القرن العشرين، وأدّى انهيار أسعار النفط سنة 2014، بالإضافة إلى الفساد والحصار الإقتصادي والسياسي الأميركي ليزداد الوضع تردِّيًا.
حصل هوغو تشافيز على أغلبية الأصوات وأصبح رئيسًا للبلاد، ونصيرًا للفقراء الذين استفادوا من ريع النفط وحصلوا على مساكن جديدة، واستفادوا من برنامج محو الأُمِّية والرّعاية الصحّية والتّعليم المجاني والعديد من الخَدمات، لكن لا يمكن تحقيق العدالة الإجتماعية دون تنويع الإقتصاد والإستثمار في قطاعات منتجة، ودون تأميم المؤسسات المالية والإعلام والتعليم، فقد بقيت الكنيسة والمؤسسات الخاصّة مُهيمنة على التعليم والإعلام وعلى العديد من القطاعات الإقتصادية، ويتمتع رأس المال الخاص بضمانات دستورية استغلتها الرأسمالية المحلية لعرقلة البرنامج التّقدُّمِي لاشتراكية القرن الواحد والعشرين، كما كان يُسميها هوغو تشافيز وخليفته نيكولاس مادورو، وللتّحالف مع الإمبريالية الأمريكية التي تجاوزت صناديق الاقتراع والاستفتاءات الشعبية التي أقرّت استقلالية قرار الدّولة الفنزويلية وشعبها، فحاصرت البلاد اقتصاديًّا وماليا وسياسيا، واختلقت حكومتَيْن موازيَتَيْن لم تنجحا في الحصول على التّأييد الشعبي، لكن الشعب يعيش في حالة فقر (رغم الإحتياطيات النفطية الهائلة) بفعل الخناق الاقتصادي والحرب المالية…
تأثير الإستعمار في تفاوت الثروة في العالم
نشرت منظمة أوكسفام تقريرا يوم العشرين من كانون الثاني/يناير 2025، بمناسبة المنتدى الإقتصادي العالمي الذي ينعقد سنويا في مُنْتَجَع دافوس بسويسرا، وتناول التقرير « الثروة غير المُستحقّة » الناتجة عن النّهب الإستعماري ودَرَسَ التقرير تأثير الاستعمار على التفاوتات داخل كل بلد وعلى المستوى الدّولي، وَوَرَدَ في مقدّمة التقرير: « بعد مرور نحو ستة عقود على نهاية الفترة الاستعمارية الرسمية، لا يزال هيكل الاقتصاد العالمي يعمل بشكل واضح على إدامة نقل الثروة من الجنوب إلى الشمال، وخاصة من الطبقات العاملة في بلدان الجنوب إلى أثْرى أثرياء العالم من بلدان الشمال »، وبَيَّن التقرير – من خلال البيانات – إن معظم الثروات المتراكمة في « الشمال » تم الحصول عليها على حساب شعوب « الجنوب »، وظلت في معظمها في أيدي عدد قليل من العائلات الكبرى، سواء في إنغلترا أو فرنسا أو الولايات المتحدة، ولم تنتقل هذه الثروات إلى الأجيال اللاحقة فحسب، بل استمرت في الازدهار، حتى بعد انتهاء الاستعمار المُباشر: « إن التركيز المذهل للثروة الذي نراه اليوم مرتبط بالمظالم التاريخية التي خلقتها الآليات الاستعمارية الحديثة القائمة على استغلال عمل وثروة المواطنين العاديين في بلدان الجنوب. »
بقِيَ الإرثُ الاستعماريُّ – والعنصرية والمَيْز – حاضِرًا في كل مكان، داخل المؤسسات الدّولية والإدارات الحكومية المَحلّيّة، وفي الميزانيات السنوية للدّول التي ترزح تحت عبْء الدّيُون الخارجية، ومن بينها دُيُون فرضها الإستعمار « للتعويض عن انتهاء العُبُودية » فقد بقيت « هايتي » تُسدّد الدّين الإستعماري المفروض لمدة 122 سنة، والذي بلغ نحو 21 مليار دولارا، بينما كانت البلاد في حالة استعمار مباشر، فرنسي ثم أمريكي، أو بذريعة تسديد ثمن الطرقات والموانئ التي بناها الإستعمار خِدْمَةً للشركات التي كانت ( ولا تزال ) تنهب الموارد وتنقلها عبر الطرقات والموانئ إلى دول « المركز » لمعالجتها وإضافة « قيمة زائدة » لها لتُصبح مواد مُصنّعة تُباع بعشرة أضعاف ثمنها كمادّة خام، وقدّرت أوكسفام: « في الفترة ما بين سَنَتَيْ 1970 و2023، اضطرت الحكومات في بلدان الجنوب إلى دفع 3300 مليار دولار أميركي كفوائد لدائنيها الغربيين »…
في المقابل تضاعفت ثروات المليارديرات سنة 2024 ثلاث مرات مقارنة بسنة 2023، بينما يُعاني الكادحون والفقراء من تراجع القيمة الحقيقية للدّخل التي جعلت عدد الأشخاص الذين يعيشون في فقر مُستقِرًّا تقريبًا منذ سنة 1990، ولم ترتفع ثروة الأثرياء بفضل الكدْح والعمل المُضْنِي بل بفضل انتقال هذه الثروات بالوراثة (الميراث ) والفساد والمحسوبية ومراكمة السلطة الإقتصادية والسياسية بين أيدي نفس الطبقة، مما يُلغِي العدالة وتوزيع الثروات، ومما زاد من انعدام المساواة كاستمرار لفترة العبودية والإستعمار المباشر ومجمل الحقبات التاريخية التي استفاد منها الأثرياء فيما استمر تَعرُّض الكادحين والفقراء لأشكال عديدة من الإستغلال المنهجي والإضطهاد، من قِبَل الحكومات المَحلِّية ومن قِبَل المؤسسات المالية الدّولية ( صندوق النقد الدّولي والبنك العالمي ونادي باريس ومنظمة التجارة العالمية الخ) ومن قِبَل المصارف والشّركات العابرة للقارات التي تمكّن أصحابها بفعل استغلال ثروات « الجنوب » من زيادة ثروة الأثرياء الفاحشين الذين يشكلون 1% من سكان الشمال بمعدل ثلاثين مليون دولار أمريكي في الساعة.
من العسير أن نفهم طبيعة التفاوتات الحالية دون إدْراك ثِقَل الإرث الذي خلفه الاستعمار، في الماضي والحاضر حيث يعيش ما يقرب من 20% من سكان العالم في بلدان غنية، لكن هذه البلدان هي موطن لـ 68% من المليارديرات الذين يمتلكون 77% من إجمالي الثروة.
لقد ساهم الاستعمار، والأيديولوجيات التي بُني عليها، في ترسيخ استغلال الطبقة العاملة إلى أقصى حد، وقد أدت مستويات الوحشية والاستغلال إلى إبادة السكان، فقد نَفَّذَ المُستعمِرُون عمليات إبادة وقاموا بالقضاء على السكان الأصليين لنهب أراضيهم في أمريكا الشمالية (الولايات المتحدة وكندا) ومعظم بلدان أمريكا الجنوبية وأستراليا وإيرلندا والجزائر وجنوب أفريقيا وكاليدونيا ونيوزيلندا وكينيا وفلسطين. لقد ارتكب المستوطنون أعمال إبادة مروعة، ولا تزال عواقب هذه الجرائم، التي تتسم بالعنف الرهيب، حاضرة في مجتمعاتنا حتى يومنا هذا.
يعتمد النظام الاستعماري على الاضطهاد والإبادة الجماعية واستغلال الشعوب على نطاق عالمي، فهو نظام يعمل على تعميق التفاوت لصالح أقلية متميزة في بلدان الجنوب، وعلى حساب الأغلبية، وتتكون الأقلية في أغلب الأحيان من أحفاد المستعمرين ومالكي العبيد، ليستمر الإرث الإستعماري التاريخي في تأبيد وتعميق الفجوة بين أغنى الناس وبقية المجتمع، سواء بين البلدان الغنية ودول الجنوب أو بين بلدان الجنوب أو داخل كل بلد، وتُعَدُّ هذه التّفاوتات العميقة إِرْثًا استعمارِيًّا تاريخيا جعل الفجوة تتسع بين الأقلية من الأغنياء والأغلبية، أي بقية العالم…
لما بدأ تجميع البيانات سنة 1820، كان دخل أغنى 10% من سكان العالم أعلى بـ 18 مرة من دخل أفقر 50% من سكان العالم؛ وتعمقت الفجوة سنة 2000 ليصبح دخل نفس النّسبة من الأغنياء أعلى بـ 38 مرة من دخل نصف سكان العالم وتنعكس هذه التفاوتات الاقتصادية في العديد من مقاييس التقدم والرفاهة الأخرى، ولها عواقب وخيمة للغاية على متوسط العمر المتوقع، حيث يظل متوسط العمر ( معدّل الأمل في الحياة، عند الولادة) أفريقيا أقل من متوسط العمر المتوقع في أوروبا بما يزيد على 15 عاماً، وعلى المستوى الوطني أيضاً، يتحمل الاستعمار مسؤولية المعدلات المذهلة من عدم المساواة في بلدان الجنوب، حيث تُشكل جميع البلدان التي يحددها البنك الدولي على أنها ذات مستويات عالية من عدم المساواة، باستثناء بلد واحد، هي بلدان تقع في الجنوب، ويستحوذ أغنى 1% من سكان أفريقيا وآسيا والشرق الأوسط على نحو 20% من إجمالي الدخل في منطقتهم، وهي قيمة أعلى بنحو ضعفي قيمة أغنى 1% من سكان أوروبا في منطقتهم، وفي كثير من الحالات، لا يزال النظام التعليمي الحالي يحمل ندوب الفترة الاستعمارية، كما يتضح من هيمنة المعرفة واللغات الغربية والتفاوت العالمي في تمويل البحث والإبتكار والتّطوير، وكان لهيمنة عدد قليل من الجامعات في الشمال العالمي تأثير على عملية صنع السياسات في الجنوب العالمي، وأظهرت دراسة أجريت سنة 2017 أن 39% من رؤساء الدول في جميع أنحاء العالم تلقوا تعليمهم في جامعات بريطانية أو أمريكية أو فرنسية…
لا يعني الإستقلال تحقيق المُساواة والعدالة، ففي العديد من البلدان، نجحت النخب المحلية في خلافة السلطات الاستعمارية وحافظت على الأنظمة الاقتصادية والسياسية غير المتكافئة التي مكنتهم من تجميع الثروات غير المشروعة، وفي العديد من البلدان، أدى الإرث الاستعماري، الذي تجسد على وجه الخصوص في الدولة الطبَقِيّة التعسفية والهشة في نفس الوقت، إلى تأجيج الصراعات والحروب وإدامة عدم الاستقرار.
إذا لم يكن النضال ضد الإستعمار مُرتبطًا ب ( أو مُرافقا ل) النضال الإجتماعي من أجل المُساواة والعدالة فإن الإستعمار وما يُمثّله من استغلال واضطهاد وظُلم يبقى حاضِرًا وإن كان الحاكم من جلدة ولون ودين المحكومين المُستَغَلِّين والمُضْطَهَدِين…
الحرب التكنولوجية
أطْلقت الشركة الصينية « ديب سيك » مطلع الأسبوع الأخير من كانون الثاني/يناير 2025 نموذج لغة جديدا للذكاء الاصطناعي بإمكانيات تفوق النماذج التي تقدمها الشركات الأميركية الكبرى مثل » أُوبن إيه آي » وبتكلفة زهيدة للغاية، ويعتمد نموذج « ديب سيك » على 2000 رقاقة فقط بتكلفة بلغت 5,6 مليون دولار ليحقق نفس النتائج التي تحققها نماذج الشركات الأميركية التي تحتاج إلى 16 ألف رقاقة بتكلفة تتراوح بين 100 و200 مليون دولار، وتجري شركات أمريكية مثل « مايكروسوفت » وشركة « أوبن إيه آي » مالكة تطبيق « تشات جي بي تي » تحقيقًا لمعرفة ما إذا كانت مجموعة قرصنة مرتبطة بشركة « ديب سيك » قد حصلت على بيانات خاصة بتقنيات « أوبن إيه آي » بطرق غير قانونية، وفق وكالة بلومبرغ بتاريخ 31 كانون الثاني/يناير 2025
أدّى نجاح الشركة الصّينية « ديب سيك » في إطلاق مساعد الذكاء الاصطناعي الخاص بها إلى تأجيج نار الحرب التكنوجية التي أطْلَقَتْها الولايات المتحدة ضدّ الصين، وأثار هذا النّجاح قلقا في الولايات المتحدة، لأن الشركة الصّينية أَظْهَرت إن الحصار والحَظْر لم يتمكّنا من فلّ عزيمة الشركات الصّينية التي برْهَنَتْ على قُدْرَتها على الإبتكار والتّطوير ومُضاهاة قدرات شركة أوبن إيه.آي الأميركية للذكاء الاصطناعي، بِكفاءة عالية وبتكلفة أقل بكثير من نظيراتها الأمريكية – مثل إنفيذيا ومايكروسوفت – التي أصبحت مُضْطَرّة لتغيير استراتيجياتها وأساليب عملها ومُهدَّدَة بانخفاض هامش أَرْبَاحِهَا، لأن تطبيق « ديب سيك » تجاوز، منذ يوم الإثنين 27 كانون الثاني/يناير 2025، نظيره « تشات جي.بي.تي » التابع لشركة أوبن إيه.آي في عدد التنزيلات على متجر تطبيقات أبل، مما أدى إلى موجة بيع عالمية في أسهم التكنولوجيا وإلى انخفاض قيمة هذه الأسهم وبالتالي انخفاض قيمة الشركات التكنولوجية الأمريكية في الأسواق ( مثل أوبن إيه.آي وغوغل )، وأثار الطّرح المُفاجئ للتطبيق الصيني رُدُودَ فعل سياسية، وذكر موقع أكسيوس الإخباري، يوم الخميس 30 كانون الثاني/يناير 2025، أن إدارة الكونغرس أرسلت تحذيرات إلى جميع مكاتب المَجْلِسَيْن النِّيابِيّيْن ( مجلس النواب + مجلس الشيوخ = الكونغرس ) بعدم استخدام تطبيق الذكاء الاصطناعي الصيني « ديب سيك »، لأنه » غَيْرُ مُصَرَّح به للاستخدام الرسمي في مجلس النواب »، كما بدأت الدّول الأوروبية تمنع استخدام تطبيق « ديب سيك »، ومن بينها إيطاليا، بعد أن تم تحميل التطبيق من قِبَل ملايين الأشخاص حول العالم في غضون أيام قليلة فقط، وأعْلَنت هيئة حماية البيانات الإيطالية، يوم الخميس 30 كانون الثاني/يناير 2025، إنها حظرت نموذج الذكاء الاصطناعي الصيني « ديب سيك » بسبب نقص المعلومات حول البيانات الشخصية التي يجمعها، وإن قرار الحَظْر دخل حيز التنفيذ على الفور، بفعل « الغموض بشأن تجميع وتخزين البيانات الشخصية وطريقة إخْطَار المُسْتَخْدِمين » فيما أعلنت الشركة الصّينية إنها لا تعمل في إيطاليا ولا تنطبق عليها التّشريعات الأوروبية، كما ذكرت هيئة حماية البيانات الأيرلندية يوم الأربعاء 29 كانون الثاني/يناير 2025، أنها وجهت خطابا مكتوبا إلى « ديب سيك » تعبّر فيها عن مخاوفها من احتمال انتهاكها لقانون حماية الخصوصية في الإتحاد الأوروبي وطلبت الهيئة معلومات بشأن معالجة البيانات التي جمعتها من المُستخدمين في أيرلندا…
في تايوان – وهي أرض صينية انفصلت سنة 1949، عند انتصار الثورة في الصين – منعت الحكومةُ العاملين في القطاع العام وفي مرافق البنى التحتية الحيوية من استخدام تطبيق « ديب سيك »، لمجرد « إنه منتج صيني » وبذريعة إنه « يمكن أن يعرض الأمن القومي للخطر »، وفق بيان وزارة الشؤون الرقمية التايوانية، يوم الجمعة 31 كانون الثاني/يناير 2025، ولطالما اتهمت تايوان الصين باستخدام تكتيكات « المنطقة الرمادية »، بما فيها الهجمات الإلكترونية
أحدث إطلاق برنامج « آر 1 » من « ديب سيك » خلال الأيام الأخيرة من شهر كانون الثاني/يناير 2025، ضجة في قطاع التكنولوجيا وفي الدّول الحليفة للولايات المتحدة، مثل تايوان وكوريا الجنوبية وإيرلندا وفرنسا وأستراليا وإيطاليا، كما احتدّت المنافسة بين شركات تقنيات الإتصالات، وأعلنت شركة علي بابا الصينية، يوم الأربعاء 29 كانون الثاني/يناير 2025، إطلاق إصدار جديد لنموذج للذكاء الاصطناعي الخاص بها ( Qwen 2.5-Max.) وهو يُضاهي أو يفوق برنامج « ديب سيك » وعلى ( GPT-4o ) ، وفق وكالة رويترز بتاريخ 31/01/2025
الطاهر المعز
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Laure Lemaire- Les Comores: arnaque à la décolonisation


En août 1972, le Comité spécial de la décolonisation de l’ONU inscrit l’archipel des Comores à sa liste des territoires devant accéder à l’autodétermination.
En juin 1973, la France et les Comores signent des accords relatifs à l’accession à l’indépendance. D’un commun accord, la France propose un référendum d’autodétermination pour le 22 décembre 1974. Si le suffrage obtient dans son ensemble plus de 90 % pour l’indépendance, Mayotte se singularise en votant pour le maintien au sein de la République française(65 % pour le maintien, 35 % contre).
En contradiction avec une déclaration du gouvernement français datant du 26 août 1974 selon laquelle la consultation pour l’indépendance serait globale, en juillet 1975, est promulguée une loi décidant qu’une constitution comorienne doit être proposée dans les 6 mois et adoptée île par île, permettant de fait à Mayotte de pouvoir rester française,
Le territoire est donc divisé : 3 des 4 îles (Grande Comore, Mohéli et Anjouan) prennent leur indépendance en constituant le nouvel État comorien. Mayotte reste française. En 1974, les exportations du territoire, essentiellement de la vanille, du coprah, de l’ylang-ylang et de la girofle représentaient 1,5 milliard de francs CFA tandis que les importations étaient de 3 milliards de francs CFA. Les aliments de base étaient subventionnés mais 3 députés se partageaient le fructueux monopole d’importation du riz.
L’Etat des Commores
Le président du Conseil de Gouvernement, Ahmed Abdallah déclare l’indépendance immédiate des Comores. La France la reconnaît pour 3 îles. Le 17 octobre 1975, sans que la France ne prenne part au vote, le Conseil de sécurité des Nations unies recommande à l’Assemblée générale des Nations unies d’admettre au sein de l’ONU, le nouvel État comorien. Mais l’Assemblée générale réaffirme « la nécessité de respecter l’unité et l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores » . L’Union africaine considère alors ce territoire comme occupé par une puissance étrangère.
La France organise un nouveau referendum à Mayotte le 8 février 1976 au cours duquel ses habitants se déclarent massivement pour le maintien dans la République Française mais le revendication de départementalisation ne sera satisfaite qu’en 2011, scellant l’inclusion administrative de Mayotte à la France, en tant que 101e département. En vertu du Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, l’ONU n’a plus jamais inquiété la France au sujet de Mayotte.
L’archipel des Comores aurait pu se distinguer comme le seul pays au monde de culture swahilie, dernier vestige politique de cet ensemble très cohérent, que la France coloniale avait uni administrativement et dont Mayotte fait partie : voir ci-dessous la photo de sa magnifique mosquée) mais il reste un Etat et un département colonial.

Tout s’accélère : pressé par l’opinion publique comorienne, le président Ahmed Abdallah (1919-1989) proclame l’indépendance le 6 juillet 1975, En septembre, les révolutionnaires capturent à Anjouan le président Ahmed Abdallah en résistance et contrôlent les 3 îles. Des négociations commencent à Paris, mais, l’ONU reconnaît l’État comorien dans les limites définies avant 1975, mettant un point final à la négociation. Par peur de représailles sur ses ressortissants, la France retire tous ses agents et fonctionnaires des Comores. Les services restent sans techniciens, les lycées vides d’enseignants. Alors qu’ils partent sous des huées dans le reste des Comores, les Mahorais les retiennent pour éviter l’ abandon du service public.
Entre 1977 et 1978, une intervention de couverture militaire est organisée, réaffirmant une présence maritime française dans le canal du Mozambique. Une garnison, composée de troupes de la légion et d’infanterie de marine gravite autour la nouvelle base mahoraise gérée par la marine nationale.
Le parlement français perçoit aussi la gageure juridique pour intégrer la population mahoraise. Une administration préfectorale est installée par défaut pour gérer en fonction des principales normes administratives la collectivité mahoraise. Si le droit français s’applique, le droit traditionnel musulman peut également y être appliqué au gré des justiciables par les tribunaux locaux présidés par les cadis (juges)
Le parlement proroge fin 1979 pour une nouvelle période quinquennale, le statut de Mayotte, qui se voit dotée d’un statut ad hoc et un peu bricolé de « collectivité d’outre-mer à statut particulier ». Les leaders mahorais n’ont en revanche aucune audience en dehors de Mayotte.
Peu de temps après sa prise de pouvoir fin 1973, les opposants à Abdallah dénoncent déjà son attitude despotique. Mais Bob Denard, 1929 à Bordeaux et 2007 en Seine-et-Marne est un mercenaire français. Il est impliqué dans de nombreux coups d’État en Afrique de la période des indépendances vers 1960 jusqu’en 1995.
Un mercenaire anticommuniste
est le fils de militaire dans les troupes coloniales. À 16 ans, en octobre 1945, il s’engage dans la Marine et rejoint l’école des apprentis mécaniciens de Saint-Mandrier-sur-Mer (Var). matelot mécanicien, il part comme volontaire pour l’Indochine en tant que seconde classe. Il passe de mécanicien à fusilier marin, puis devient quartier-maître en Indochine, il quitte l’armée en 1952 après une altercation dans un bar et accepte une place de conducteur d’engins et de mécanicien au Maroc. Il entre dans la police de ce pays toujours sous protectorat français depuis 1912. Accusé d’avoir participé à un complot pour assassiner le président du Conseil des ministres Pierre Mendès France, Bob Denard passe 18 mois en prison.
À partir des années 1960, anticommuniste convaincu, il intervient dans les tumultueux conflits post-coloniaux. Il participe à des opérations militaires impliquant des mercenaires au royaume mutawakkilite du Yémen, en Iran, au Nigeria, au Dahomey, au Gabon (où il est instructeur de la garde présidentielle), en Angola en 1975, au Cabinda en 1976, au Zaïre et aux Comores.
De 1960 à 1963, il est l’un des chefs des « affreux » de l’État du Katanga, soutenant Moïse Tshombé qui vient de déclarer l’indépendance de cette ancienne province du Congo belge. Il se distingue en faisant défiler tous ses officiers, qu’ils soient noirs ou blancs, dans une stricte égalité (jusque-là, les blancs passaient en 1°). Le 21 janvier 1963, lors de la chute de Kolwezi et de la défaite des mercenaires, ils se réfugient en Angola avec l’accord du régime portugais (Salazar). Ils sont rapatriés en France où ils sont accueillis par les gendarmes.
Puis, il part d’août 1963 à la fin 1964 pour le Yémen pour le compte du MI6 avec 17 mercenaires, dont 2 anciens officiers parachutistes de la Légion étrangère, dans la 1re armée royaliste, financée par l’Arabie saoudite, contre les républicains soutenus par 40 000 soldats égyptiens envoyés par Nasser pendant la guerre civile du Yémen du Nord (1962-1970).
L’ensemble des mercenaires est placé sous le contrôle d’un colonel britannique, ancien officier du Special Operations Executive durant la 2° Guerre mondiale. Il rapporte que les mercenaires français et belges alternaient entre les théâtres yéménites et congolais, car au Congo ils avaient femmes et alcool à volonté mais étaient rarement payés, tandis qu’au Yémen ils étaient rémunérés mais privés de femmes et d’alcool.
Bob Denard revient fin 1964 dans l’ex-Congo belge, à la tête du 1er choc qu’il met sur pied le 22 février 1965. En recrutant des mercenaires européens et des Katangais, il forme une troupe au surnom de « Katangais ». Elle contribue à la victoire sur les rebelles communistes due au Bataillon Léopard. Son commandant qui atteint le grade de colonel, décrit Bob Denard comme un lâche et un irresponsable. Ses erreurs de commandement seraient à l’origine de lourdes pertes dans les rangs des mercenaires qu’il dirigeait.
Il est recruté en 1970 par le roi du Maroc, Hassan II, pour renverser le régime de Mouammar Kadhafi en Libye. 200 hommes acheminés de Sicile préparent un débarquement sur les côtes libyennes mais l’opération est soudainement annulée par Rabat.
Denard intervient de nouveau pour le MI6 (service de renseignement extérieur du Royaume Uni) et le SDECE en Angola en 1975 avec l’UNITA de Jonas Savimbi.
L’homme fort des Comores
Denard intervient une 1° fois dans le tout nouveau État comorien dont le président Ahmed Abdallah a proclamé l’indépendance le 6 juillet 1975. Il intervient en septembre 1975 pour consolider le coup d’État d’Ali Soilih.
En janvier 1977, il échoue dans une tentative de coup d’État destinée à renverser le régime de la République populaire du Bénin. Il est pressenti en 1977 pour déstabiliser le régime de James Mancham aux Seychelles.
La même année, lors d’une rencontre avec Ahmed Abdallah, réfugié en Afrique du Sud, Bob Denard propose de l’aider à retrouver son fauteuil de président, avec le feu vert de l’Afrique du Sud, encore sous apartheid. Le plan prévoit d’utiliser un appareil sud-africain décollant de Rhodésie, mais doit être abandonné en raison du refus du Mozambique (indépendant) de laisser utiliser son espace aérien.

Le 13 mai 1978, Bob Denard débarque aux Comores à bord d’un chalutier breton avec 43 hommes et des fusils à pompe ou semi-automatique de calibre 12, très efficaces pour le combat rapproché, pour renverser le régime marxiste révolutionnaire de Soilih et rétablit Ahmed Abdallah au pouvoir . Le débarquement est réussi, et les mercenaires se divisent en plusieurs groupes afin d’occuper les lieux stratégiques de la capitale, Moroni. Quelques soldats ennemis périssent durant l’assaut, ainsi que des agents de la police secrète qui traquaient les opposants au régime, soit 7 tués. Les mercenaires français ne déplorent aucun tué.
Ali Soilih est tué par balles par une sentinelle comorienne le 29 mai 1978 à l’issue de ce qui est présenté comme une tentative d’évasion.
Bob Denard s’occupe dès lors d’organiser une garde présidentielle forte de 600 soldats comoriens encadrés par une poignée d’officiers européens, qui entre en concurrence avec les forces armées comoriennes. Il se marie sur place, se convertit à l’islam sous le nom de Saïd Moustapha Mhadjou, s’occupe de développement (construction de routes, ferme de 600 ha à Sangali, etc.). Son autorité est incontestée. Il se tourne en direction de l’Afrique du Sud pour trouver un soutien financier. La république fédérale islamique des Comores devient le centre d’un réseau parallèle qui permet à l’Afrique du Sud, sous embargo international, de se fournir en armes. Elle lui sert de base logistique pour ses opérations militaires contre les pays africains qui lui sont hostiles : le Mozambique et l’Angola (marxistes), le régime de l’apartheid règlant depuis 1989 la solde des membres de la Garde présidentielle.
Jusqu’à la mort d’Abdallah, ses apparitions publiques sont très rares après 1985, mais il joue en coulisses un rôle considérable. Il est surnommé le « vice-roi des Comores » et règne de facto pendant 10 ans sur l’archipel.
Avec le soutien de l’Afrique du Sud, il forme un corps de mercenaires, pour intervenir à la demande de Pretoria ou de Paris, qui est déployé au Tchad, de 1981 à 1982, pour appuyer la rébellion de Hissène Habré contre le président pro-libyen Goukouni Oueddei.
En 1989, Ahmed Abdallah signe un décret donnant l’ordre à la Garde présidentielle, dirigée par Denard, de désarmer les forces armées pour cause de coup d’État probable. Quelques instants après, un officier des forces armées serait entré dans son bureau et l’aurait abattu, blessant Bob Denard. Blessé et accusé de meurtre, il négocie son départ pour l’Afrique du Sud par l’intermédiaire de l’homme d’affaires Jean-Yves Ollivier.
Une nuit de 1995, Denard renverse le nouveau président comorien Saïd Mohamed Djohar (élu en 1990) avec 30 hommes débarqués en Zodiac avec son protégé Sauveur Farina, tireur d’élite, et un lieutenant, son pilote privé. Il ouvre aux journalistes le vieil aéroport de Moroni et son camp retranché de Kangani pour éviter l’intervention de 600 hommes des forces françaises (GIGN). Cerné, il négocie une amnistie pour les insurgés avant sa reddition
Contacté par le gouvernement hutu en 1994, malgré les réserves de la DGSE qui tente de le dissuader d’intervenir dans le camp du génocide, Bob Denard dépêche des hommes pour des missions restées méconnus, mais il reçoit au moins un versement de plus d’un million de francs par chèque bancaire de la BNP.
Le président des Comores, Mohamed Taki, révolutionnaire marxiste, auteur du coup d’État contre Abdallah, son ancien allié politique, refuse qu’il rentre au pays. Puis en 1998, il meurt dans d’étranges circonstances. La famille crie à l’empoisonnement et demande une autopsie. Rapidement, l’affaire est étouffée et l’autopsie oubliée. Mohamed Taki est officiellement décédé de mort naturelle. Bob Deynard, inculpé pour l’assassinat d’Ahmed Abdallah , est acquitté en 1999, par un jury à la cour d’assises de Paris.
De retour en métropole, il doit faire face à des procédures judiciaires et des ennuis d’argent et de santé; il est gagné par la maladie d’Alzheimer, qui rend confuse sa mémoire. Il meurt en 2007 d’un arrêt cardiaque, emportant avec lui ses secrets. Il est inhumé en Gironde. Son avocat reprend le surnom de vieux « corsaire de la République », comme il s’est autoproclamé,

Le désastre causé par le cyclone Chido à Mayotte n’est pas seulement lié au phénomène météorologique : il est aussi le résultat d’une lourde histoire coloniale et de fractures sociales béantes
J’ai fait appel à Bernard Kalaora, Professeur honoraire, Université de Picardie Jules Verne
Département français depuis 2011, Mayotte cumule fractures sociales et désastres environnementaux. La misère humaine et les catastrophes naturelles séismes, tornades, montée des eaux, s’y entrelacent dans une spirale infernale. Sa vulnérabilité accumulée sur des décennies, amplifiée par des promesses non tenues, des inégalités criantes et une gestion déconnectée des réalités locales, en sont la cause.
Les Mahorais qui avaient choisi de rester français pour échapper à l’instabilité politique de l’Etat des Comores indépendantes, sont entourés de voisins économiquement fragiles. Cette appartenance à la République française, vue comme une chance à l’époque, isole Mayotte de son environnement géographique et culturel et cette singularité engendre des tensions avec les autres îles surtout Anjouan, d’où proviennent des milliers de migrants.
Les Mahorais espéraient accéder à des droits égaux à ceux des métropolitains c’est-à-dire que s’y applique pleinement les lois françaises et européennes. Mais ce fut un leurre. La croissance fulgurante de la population, (76 000 habitants en 1991, 300 000 habitants en 2023), dépasse largement la capacité des infrastructures et des services publics à répondre aux exigences, tout en exacerbant l’obsolescence des équipements, faute d’entretien.
Effondrement des services publics
L’éducation est le symbole de cet échec. Avec des classes surchargées, des enseignants en sous-effectifs et des écoles délabrées, le système scolaire est incapable de répondre aux besoins d’une jeunesse nombreuse et en quête d’avenir. Cet effondrement du système éducatif alimente un sentiment d’abandon et de mépris.
Les infrastructures sanitaires et sociales sont défaillantes aussi. Les femmes comoriennes qui bravent les flots pour accoucher à Mayotte afin que leurs enfants acquièrent la nationalité française, contribuent à une pression démographique croissante. Mais ces enfants, bien que nés sur le sol français, grandissent souvent dans des conditions indignes. Ils alimentent les bidonvilles, des espaces d’exclusion où se forment des bandes de jeunes livrés à eux-mêmes, vecteurs de violences et d’émeutes récurrentes. À leur majorité, en vertu du droit du sol, ces enfants peuvent acquérir la nationalité française.
La colère gronde dans une population qui se sent méprisée, prise en étau entre un État central distant et des besoins locaux criants.
Mais ce mépris ne se limite pas aux politiques sociales : il se manifeste aussi dans la gestion de l’environnement. Mayotte est une île en pleine dégradation écologique, où les bidonvilles, sans réseaux d’assainissement, rejettent leurs déchets dans une mer polluée. La destruction des mangroves (due à un développement urbain incontrôlé et au changement climatique) et en conséquence des récifs coralliens, essentiels pour limiter l’érosion et les submersions marines, témoigne de l’incapacité à relier environnement et développement.

La gestion écologique de la France
Le changement climatique intensifie les phénomènes naturels extrêmes, tels que les cyclones ou les sécheresses, et exacerbe les inégalités. L’élévation du niveau de la mer menace directement les habitations précaires situées sur les littoraux, tandis que les ressources en eau, déjà insuffisantes, s’amenuisent. Les catastrophes naturelles se multiplient: elles frappent un territoire déjà fragilisé, où chaque événement climatique devient un désastre humain par manque de préparation. Elles sont spectaculaires :
Lors de la saison cyclonique 2018-2019 dans l’océan Indien sud-ouest, le cyclone Kenneth est la 14° dépression tropicale à se former, la 10° à devenir une tempête tropicale et à atteindre le stade de cyclone tropical intense. Il est né d’une perturbation apparue au nord-est de Madagascar en avril 2019, devenant un cyclone tropical intense en atteignant les côtes mozambicaines. Il a frappé le Mozambique et les Comores, soit le système tropical le plus intense de l’histoire écrite du Mozambique. Kenneth a tué 7 personneaux Comores et 43 au Mozambique et en a blessé 276 personnes. Aux Comores, les dégâts humains et matériels sont considérables. Grande Comore fut l’île la plus violemment touchée et des villages entiers furent détruits partout. Plus de la 1/2 des plantations agricoles furent ravagées par les vents violents à Anjouan et 77 % à Mohéli.
Face à ces menaces, que fait la France ?
Des moyens considérables sont mobilisés pour protéger l’écosystème marin par le biais du parc naturel de Mayotte, destiné à préserver la biodiversité exceptionnelle des récifs coralliens. Il devient le symbole d’une gestion technocratique déconnectée des réalités humaines. Les Mahorais qui en sont exclus, le perçoivent comme une « colonisation bleue » où la priorité est donnée à la nature au détriment des habitants, accentuant le sentiment d’abandon. Mayotte n’est qu’un territoire périphérique, instrumentalisé pour des objectifs extérieurs et géopolitiques, traité comme une colonie et non comme un territoire français à part entière.
Que propose Paul Vergès ?
Il est élu sénateur communiste de l’île de la Réunion en 1996, un DOM comme Mayotte. En septembre, il alerte l’opinion sur la nécessité de faire de l’étude des conséquences du réchauffement climatique une priorité nationale, ne parlant plus d’autonomie pour mieux mettre en avant les questions environnementales qui concernent une île densément peuplée préoccupée par les enjeux de la mondialisation capitaliste et du réchauffement climatique ce qui amènera les députés du PCR à quitter le Groupe des élus communiste en 1997. En 2001, il fait voter, à l’unanimité des 2 assemblées parlementaires, une loi reconnaissant cette priorité.
En 2000, il fonde l’Agence régionale de l’énergie de La Réunion (ARER) et lui assigne les missions d’accompagnement et de développement du concept d’autonomie énergétique à 100 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2025 de l’île de La Réunion, comme réponse au changement climatique, et de diffuser cette démarche aux autres îles de la planète.
En 2002, il est nommé président de l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique en France métropolitaine et dans les départements et territoires d’outre-mer, l’ONERC. D’une façon générale, l’environnement devient une source de préoccupation importante de son action politique. Il soutient activement le développement des énergies renouvelables.
En juin 2004, il est élu député européen pour la circonscription Outre-Mer, qui comprend La Réunion, Saint-Pierre-et-Miquelon, la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, Mayotte, la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française et Wallis-et-Futuna et compte 3 sièges sur 732 .

Survivre au jour le jour
Au milieu de cette accumulation de crises, l’idée même d’un avenir n’existe pas. Les Mahorais vivent dans un présent sans repères, où les mêmes drames se répètent sans fin. Le présent s’impose, figé dans un état d’urgence permanent et l’incapacité d’anticiper. Ce présentisme exacerbé renforce le sentiment d’impuissance, rendant impossible toute perspective de reconstruction ou de progrès dans cette départementalisation ratée.
Cette crise révèle une conjonction inédite entre 2 histoires : celle, humaine, de la globalisation, avec ses migrations, ses inégalités et ses fractures coloniales ; et celle, planétaire, d’une Terre abîmée par la dégradation accélérée des écosystèmes. A Mayotte, cette rencontre s’incarne dans une « planète des pauvres », où les damnés de la Terre subissent de plein fouet l’amplification de ces dynamiques destructrices. Ici, les vulnérabilités humaines et écologiques se confondent dans un cycle sans précédent, soulignant la nouveauté tragique de cette crise.
Si Mayotte continue sur cette voie, elle risque de devenir un archétype de l’effondrement insulaire, un avertissement pour d’autres territoires. Mais si elle parvient à dépasser ce présentisme, à prendre en compte l’histoire passée, à s’attaquer aux urgences présentes tout en imaginant un avenir collectif mettant en avant la double identité mahoraise française et comorienne pour en faire un exemple d’hybridité culturelle réussie, elle pourrait, paradoxalement, transformer sa fragilité en force, en inventant un modèle résilient face aux défis du XXI° siècle.
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Laure Lemaire- L’archipel des Comores de culture swahilie

L’archipel des Comores est un ensemble de 4 îles volcaniques de l’océan Indien, dans la partie Nord du canal du Mozambique, à l’ouest du Nord de Madagascar, et à l’Est du Nord du Mozambique, sur une superficie de 2 236 km2: Grande Comore ; Anjouan ; Mohéli ; Mayotte (constituée de 2 îles principales Grande-Terre et Petite-Terre , et de petites îles inhabitées).
En 1154, le géographe arabe Al Idrissi appelait ces îles « Îles du Jâvaga » (gazâ’ir al-Zâbag).Puis l’archipel est appelé en arabe Juzur al Qamar les « îles de la Lune ». Cette étymologie est contestée, le nom venant plutôt de l’ancien nom de Madagascar, Ķ(u)mr’ : il s’agirait plutôt des « îles malgaches », Ķ(u)mr’ étant apparenté à l’idée de « clarté » et pourrait désigné, les nuages de Magellan qui servait aux marins à s’orienter pour descendre dans l’hémisphère sud où l’étoile polaire n’est plus visible.
Les 3 premières forment l’union des Comores, pays indépendant, tandis que l’île de Mayotte (composé des îles Grande-Terre et Petite-Terre), île la plus au sud-est et les îles environnantes sont un département français.
Cette ancienne colonie française, est l’objet d’un contentieux entre la France et l’union des Comores depuis l’indépendance de cette dernière en 1975, la population de Mayotte ayant lors du référendum d’autodétermination décidé de rester française. Toutefois les 2 pays entretiennent des liens étroits.

Le peuplement de l’archipel des Comores
1° millénaire
Les sources gréco-romaines des Ier et IIe siècles (Pline l’Ancien et l’anonyme du Périple de la mer Érythrée) montrent que la région de l’océan Indien occidental était connue pour la chasse des tortues de mer alimentant le commerce de l’écaille par un peuplement saisonnier ou des visites ponctuelles. Mais les découvertes récentes du professeur tanzanien Félix Chami en Grande Comore (grotte de Malé) permettaient d’envisager un « âge de pierre ».
VIIIe – XIIe siècle
Pour toutes les îles de l’archipel des Comores, les 1° documents datent au VIIIe siècle (Koungou). Ces 1° habitants sont des Africains bantous et des Austronésiens (grand groupe linguistique et culturel qui écume tout l’Océan Pacifique et l’océan Indien grâce à leur pirogue à balancier, les même qu’en Kanaki), les Protomalgaches, originaires de l’archipel indonésien (Kalimantan et Célèbes). Si leur arrivée se comprend par leur volonté de commercer avec l’Afrique, la présence bantoue serait le résultat soit de migrations volontaires venues coloniser l’ensemble comoro-malgache, soit les signes d’une traite ancienne par des Austronésiens. Au Xe siècle, le persan Borzog ibn Shariyar, dans les Merveilles de l’Inde, rapporte la présence de « Wac wac » (Austronésiens) sur la côte du pays des Zenj (Zanguebar– Zanzibar) venus quérir des esclaves.
Dès le IXe siècle, les Austronésiens commercent entre Madagascar et la côte africaine où se développent les sociétés swahilies, de façon très intense et repose sur l’exportation de fer produit à Mayotte (site de Dembeni, IXe – XIIe siècle). Des marchands arabo-persans font escale dans l’archipel (nécropole de Bagamoyo) introduisant avec eux l’islam dans l’île.
Les habitants appartiennent aussi aux 1° peuples swahilis, d’origine persane de Chiraz , caractérisés par une culture bantoue répandue sur l’ensemble des rivages de l’Afrique orientale. Ils ont transité le long des côtes de l’Afrique orientale, établissant des comptoirs marchands sur des îles situées sur les routes commerciales: archipel de Zanzibar, l’archipel de Lamu et les villes de la côte kényane, tanzanienne et le Mozambique, Ils y répandent une culture prospère, renommée, de langue swahilie (dont les dialectes comoriens plus tardifs constituent des variantes locales), vivant du commerce d’esclaves, de l’ivoire et d’autres marchandises africaines destiné à l’Orient. Ces nouveaux arrivants introduisent des esclaves africains, les Makoas dont descendent les Wadzakiya, entretiennent des relations avec les populations malgaches, d’origine austronésienne. Mayotte et Anjouan ont été occupées plus tardivement. Le commerce maritime, très actif, atteste de contacts avec le Moyen-Orient musulman. Mayotte est une étape dans le commerce entre l’Afrique et Madagascar (site d’Ironi Bé à Dembeni)

Dembeni, le plus important site médiéval de l’île, témoigne d’une concentration humaine très élevée. La métallurgie y est attestée. Les lingots de fer produits étaient destinés au monde indien et au Moyen-Orient. Dembeni était également une place de redistribution du cristal de roche extrait des mines malgaches mais débité à Dembeni, où étaient retirés scories et parties impures. Il était ensuite revendu à des marchands arabes, juifs et persans, ce matériau étant recherché par des ateliers d’Irak, d’Égypte et de Perse pour la confection d’objets de luxe. Des textes persans indiquent que le cristal de roche venait d’une île de la cote des Zandj (noir en Arabe qui donnera Zanzibar). Sa prospérité correspond à la production des plus belles pièces de cristal de roche en Égypte et en Iran. On retrouve même la porcelaine blanche Tang de la Chine du IXe siècle. Une céramique locale, à engobe rouge et parfois graphitée, connaît une diffusion entre le IXe et le Xe siècle, de la côte occidentale de Madagascar aux cités swahilies africaines et jusqu’à la péninsule arabique (site de Sharma en Hadramaout– Yémen).
Quant à l’origine des Dembeniens, on s’accorde à reconnaître dans leur culture les caractéristiques des populations austronésiennes bien que certains indices trahissent une présence bantoue. Une modification des réseaux commerciaux pourrait expliquer son déclin lorsque des comptoirs tenus par des islamisés se développent à Madagascar et réduisent l’archipel des Comores au seul rôle d’escale.
Des communautés villageoises de taille réduite poursuivent la mise en valeur agricole de l’île, jetant la trame villageoise actuelle. Les 1° enceintes fortifiées apparaissent (Majicavo, Acoua) et signalent l’existence de potentats locaux. L’élevage du zébu en enclos pastoraux se généralise. La constitution de cheptel, la maîtrise du commerce et l’islamisation participent à l’apparition d’une aristocratie. Ainsi s’élabore dès le XIe siècle une période nouvelle qui préfigure la structuration politique de l’archipel des Comores en sultanats : l’époque des Fani. Ce terme désigne les chefs, hommes ou femmes islamisés, dirigeant l’espace villageois, entité politique indépendante.

L’archipel des Comores constitue la frontière sud de l’aire culturelle swahilie; Mayotte est le point de contact de cet ensemble avec la culture malgache, très différente, ce qui fait très tôt de cette île un carrefour d’influences, mais aussi une cible guerrière. Une immigration bantoue et malgache (Sakalava) commence.
L’archipel entre sous l’influence de la culture swahilie ce qui transforment profondément la société. De petites bourgades se constituent, prospérant du commerce des esclaves et de l’exportation des productions agricoles (viandes, riz). Les 1° habitations en pierre, résidences des élites, apparaissent au XIVe siècle. Les rivalités se traduisent par la multiplication des sites fortifiés qui amorcent un processus d’urbanisation.
Les sépultures des IXe – Xe siècles témoignent de la présence de l’islam à Mayotte, leur nombre croissant aux XIe et XIIe siècles atteste d’une islamisation massive des élites mahoraises, ce qui rejoint les écrits d’al Idrissi (il s’agit de la 1° mention écrite de l’archipel des Comores). Si l’islam sunnite chaféite, développé à la côte swahilie, est imposé par le sultanat shirazi au XVe siècle, le soufisme chiite et l’ibadisme ont laissé des traces sur l’île au travers du nom de certains fani, de la vénération des tombes des saints – ziara – et de l’existence sur le site de Mitseni des vestiges d’une mosquée ibadite antérieure à la mosquée chaféite. Dans la légende, datée des XIVe et XVe siècles, de Matsingo et de son époux Mwarabu (l’Arabe), ce dernier veut enseigner l’islam chaféite aux chefs de l’île et voit leur refus prétextant qu’ils ont déjà leurs propres traditions islamiques.
Le pouvoir est aux mains de grandes familles de l’aristocratie locale, les Qabilas, qui sont souvent en rivalité, voire en guerre. Ils s’établissent dans les villes côtières fortifiées (Mutsamudu et Domoni à Anjouan, Fomboni à Mohéli, Moroni, tsandra et Iconi à la Grande Comore). Ces puissantes familles accaparent les terres des cultivateurs autochtones, les Walatsa, les obligeant à travailler pour eux ou les refoulant à l’intérieur des terres.
A Mayotte, la société est dominée par l’aristocratie Fani. Cosmopolite, qui est le fruit du brassage entre l’ancienne aristocratie et les nouveaux clans mais l’essentiel de la population reste composée d’esclaves qui ont contribué à mettre en valeur l’île, le nombre de villages ne cessant d’augmenter. La prospérité des ports Antalotes (Antalaotra) de la côte malgache, est due à l’exportation des esclaves originaires des hauts plateaux malgaches (pays Hova) vers le Moyen-Orient via les Comores et les cités swahili. Des témoignages portugais laissent entendre que les Comores importent aussi des esclaves africains. On entrevoit alors que dès les XIVe – XVe siècle, « l’élevage des esclaves » décrit en 1521 par Piri Reis est une spécialité déjà ancienne des Comores.
C’est donc dans une société largement intégrée au grand commerce, et ayant adopté le mode de vie swahili que vont s’épanouir au XVe siècle les 1° sultanats de la lignée prestigieuse des Shirazi.

Les Shirazi constituent un clan prestigieux et charismatique présent dans tout l’Océan indien occidental. Originaires du golfe Persique (diaspora chiite), ils s’établirent d’abord à Mogadiscio (Somalie) à partir du IXe siècle, puis on les retrouve sur l’île de Zanzibar au XIIIe siècle. Un changement dynastique avec l’avènement du sultan al-Hassan bin Talib entraîne l’exil de princes shirazi vers les Comores (légendes de l’arrivée de princesses shirazi à Ngazidja, mariage de la fille du fani Othman de Domoni à un « Arabe »). À cette 1° vague succède au XVe siècle une nouvelle installation de shirazi à Anjouan et à Mayotte, créant des sultanats chaféistes gommant les traditions chiite, zaydite, ibadite.
En 1453, la chute de Constantinople ferme brutalement les routes commerciales qui reliaient l’Europe à l’Orient. S’ouvre l’âge d’or du commerce maritime dominé par les Portugais qui contournent l’Afrique pour atteindre l’Inde et la Chine : le canal du Mozambique se retrouve donc au cœur de la principale route commerciale au monde, entraînant une importante période de prospérité pour les nombreuses îles et cités-États de l’aire culturelle swahilie.
Les sultans Shirazi de Mayotte
L’île de Mayotte « Mawutu » est mentionnée pour la 1° fois en 1490 sous la plume du navigateur arabe Ahmed Ibn Majid, signe d’une montée en importance au niveau commercial. Les Portugais y entament des relations commerciales à partir de 1557, Venu d’Anjoua n où le clan shirazi est établi, Attoumani ben Mohamed, par mariage avec la fille du puissant fani de Mtsamboro (Mwalimu Poro) fonde la 1° dynastie princière de Mayotte, dominant tous les anciens Fani qui vont exercer la fonction de vizir. Ce sultanat est perpétuellement menacé par les projets d’annexion comoriens et malgaches,
En explorant la route de Zanzibar et des Indes, les Portugais abordent les îles de l’archipel d’Al Qomor.en 1505. Les Britanniques les suivent. La France apparaît à son tour à la fin du XVIIIe siècle, s’établissant à l’île Maurice, à la Réunion et aux Seychelles, et dans des ports de Madagascar..Cependant, les récifs de corail de Mayotte représentent un danger mortel pour les bateaux : c’est pourquoi jusqu’au XVIIIe siècle, l’île n’accueille que des navires européens venus s’y ravitailler par nécessité. Les seuls bateaux pouvant accoster sans risque à Mayotte étaient les navires souples swahilis « Mtepe », qui ne craignaient pas les récifs ou bancs de sable et pouvaient s’échouer sans risque directement sur les plages, sans besoin de port. À partir du XVIIe siècle, les navigateurs portugais recommandent aux navires en route pour les Indes de faire une pause atlantique au Cap-Vert au printemps et une pause indienne aux Comores en septembre, afin de profiter au mieux des courants de mousson, ce qui fait de l’archipel une place commerçante majeure dans cette partie du monde.
Le règne du sultan Shirazi Omar ben sultan Ali (1643-vers 1680) marque la fin de la prospérité de Mayotte: ruine et dépeuplement de l’île dus aux « cascades de révolutions de palais », et à la fréquentation, entre 1680 et 1720, des pirates européens refoulés des Caraïbes. À partir de 1740, des expéditions armées sont dirigées depuis Anjouan soutenues par les Anglais, sur Mayotte, puis jusqu’en 1820, Mayotte, tout comme le reste de l’archipel, est pillée par les pirates malgaches en quête d’esclaves pour alimenter la traite en direction des plantations françaises de l’Ile de France (île Maurice) et de l’île Bourbon (La Réunion).
Sans flotte de guerre, il ne peut que perdre le contrôle de l’île. Il recherche des protecteurs pour garantir sa sécurité
Quelques aventuriers français s’établissent, en dehors de tout contrôle légal, à Madagascar et aux Comores, où ils fondent de prospères dictatures esclavagistes (comme Léon Humblot en Grande-Comore) : la conférence de Berlin (1884-1885) met fin à ces pratiques, et Madagascar, les Comores deviennent colonies françaises à partir de 1885 (acté en 1904).

La colonisation fraçaise
Missionnés pour organiser une installation, les militaires français, dirigés par Hell, sont intéressés par le Nord de Madagascar car ils anticipent les puissantes mutations dans la navigation maritime. Le clipper et le navire à vapeur commençant à changer les routes maritimes séculaires dans l’océan Indien, une meilleure cartographie et la maîtrise instrumentale de la position géographique, rendent moins dangereux les parages coralliens. En 1841, le sultan opère la cession de sa souveraineté de Mayotte à la France par une simple vente où il obtient du commandant de vaisseau de La Prévoyante, Pierre Passot, une rente viagère personnelle de 1000 piastres. Les négociateurs français sont ravis car ils reconnaissent des havres protégés des courants pour leurs bateaux de guerre. Louis-Philippe et ses ministres n’en croient pas leurs oreilles mais l’ installation du drapeau français a lieu le 13 juin 1843. Entre-temps, les marins français avaient assuré la protection de Mayotte.
Dès 1845, le réaménagement de bâtiments mieux adaptés plutôt que des complètes construction ex nihilo, est achevé en face de la grande rade. Et apparaissent les blancs bâtiments de gouvernement et d’administration, un hôpital civil et militaire, un corps de garde proche de l’entrée principale de la forteresse, un arsenal du génie près du port aux boutres arabes. L’ancien palais des sultans reste un lieu préservé pour maintenir l’échange et les rencontres avec les administrés mahorais, arabes et sakalaves. La rassurante présence française réconcilie les représentants des communautés et permet d’apaiser les violentes tensions et querelles internes que la piraterie incontrôlée avait exacerbées. Mais dans le canal du Mozambique, une sourde rivalité anglaise est née, qui va se déployer pendant des décennies.
Tout au long des rivages ou dans ses parties les plus fertiles et accessibles de la Grande Terre, des domaines esclavagistes sont installés. Son intérieur est couverte de végétation verte et dense, les maîtres des domaines pillent les zones montueuses de leurs grands bois. Dans les dédales de végétations, se nichent des cases de paysans pauvres. Ses populations libres, non recensées ont fui leurs possibles persécuteurs. Ces Mahorais de culture swahilie se regroupent par intérêt, s’affrontent parfois, se plaçant au besoin sous la protection ou l’arbitrage religieux du sultan. Derniers venus, avant l’hégémonie française, Sakalaves et Antalaotsi (Madagascar), ils adoptent 2 modes de vie suivant leur cohésion : soit la vie domaniale hiérarchisée et inégalitaire en liaison avec le monde marchand, soit le monde paysan communautaire libre mais précaire du fait de l’absence de titre de propriété garanti par un système de défense efficace ou un pouvoir fort. La conversion à l’Islam leur permet de bénéficier d’une reconnaissance auprès des Mahorais et d’une pacification juridique acceptée.
Mayotte qui ne compterait que 3 000 habitants permanents, est placée par le chef d’expédition Passot sous l’autorité maritime française. Après son acquisition, elle dépend administrativement du gouverneur de La Réunion, mais l’efficace gouvernement de Mayotte avec sa flotte et son administration modernisée s’étend aux îles françaises les plus proches. Lui sont rattachées 2 îles côtières de Madagascar, Nosy Be ( déjà occupée par la France dès 1841) et Sainte-Marie de Madagascar (française depuis 1820), l’ensemble composant la colonie de « Mayotte et Nosy-Bé ».

Passot estime la population servile à servile de 2 733 individus.et la population libre à 2 553 personnes dont 104 Malgaches. En 1846, une ordonnance royale portant sur l’abolition de l’esclavage est promulguée à Mayotte. Elle provoque une fuite des maîtres des plantations de Mahoré et de leurs esclaves obéissants, qui espèrent trouver ailleurs des terres à mettre en valeur sans cette contrainte. Cet exode rapide favorise l’installation de planteurs français sur la Grande Terre. Les créoles monopolisent les meilleures terres, là où ils ont remarqué la profonde décomposition des anciennes laves en sols rouges. Une gestion hydraulique grâce à des retenues d’eau sur des tapis naturels d’argiles peut être améliorée. L’ordre français semble favoriser ces coûteux aménagements.
La France de Louis-Philippe n’a pas de politique coloniale en dehors de l’Algérie déjà conquise. Cet événement est indépendant de la conférence de Berlin en 1885. Ce territoire imprévu va peiner à s’inserrer dans le réseau économique de l’empire.
Mayotte est vidée de ses habitants par des décennies de pillages, et par l’exode des anciens maîtres avec leurs esclaves, ses villes à l’abandon au sein d’une nature envahissant les zones agricoles. L’administration française tente donc de repeupler l’île, en rappelant tout d’abord les Mahorais réfugiés aux Comores, à Madagascar, en proposant aux anciens maîtres, un dédommagement, puis en invitant des Anjouanais fortunées à venir s’implanter. Elle lance des 1°grands travaux: le Boulevard des Crabes reliant le rocher de Dzaoudzi à Pamandzi et au reste de Petite-Terre, où sa présence est cantonnée, au rocher de Dzaoudzi, fort naturel, point d’observation et une rade utile, ainsi qu’un site de villégiature réputé plus salubre que Grande-Terre, où sévit le paludisme.
La présence religieuse dès 1844 (Jésuites, Spiritains, Capucins, puis religieuses de Saint-Joseph de Cluny), ne fait pas office de« mission civilisatrice » ni de conversion, l’administration préférant s’appuyer sur les structures sociales existantes ( le conseil cadial pour l’état civil et la justice non criminelle). Obéissant au dernier vœu du sultan, les Français installent une 1° école à Dzaoudzi, en 1851. Le gouvernement de Mayotte qui y siège, appuyé par la flotte française, administre plus de 24 300 habitants d’îles, réparties sur 3 secteurs assez éloignés : Helleville ou Nossi Bé, Sainte-Marie et Mayotte qui comptent respectivement 15 000, 5 900 et 3 400 habitants recensés.
Pendant 40 ans, Mayotte est une piètre colonie sucrière. En 1856, un travail forcé est établi qui provoque la révolte de Bakari Koussou réprimée dans le sang. Les travailleurs en nombre insuffisant sont soumis à des conditions de travail inhumaines. Les planteurs français qui ne veulent pas perdre le bénéfice des bons sols mahorais modernisent les installations de traitement de la canne à sucre. La population de simples travailleurs des plantations s’accroît après 1860, des usines à sucres modernes naissent à Debeney (Dembeni), Kaweni et Dzoumogné. La production annuelle de sucre atteint 1 500 T et pourrait être étendue au besoin sur 8 000 ha de terres cultivables, soit 1/4 de la superficie de l’île. Mais les années 1880 confirment le déclin de l’activité sucrière, soumise à une forte concurrence internationale.
Toutefois, les domaines ont déjà diversifié leurs productions : ils cultivent de la cannelle, du poivre, du girofle et du café qui poussent bien sur les sols rouges. Ils vendent des fibres cellulosiques : coton et sisal, tout en gérant de façon spéculative leurs réserves de bambous géants, lianes et « bois noirs ». Ils importent de l’île de la Réunion des lianes de vanilles. Les bois de construction sont rares à cause des défrichements multiséculaires. Il ne reste que le bois de cocotier commun.
Alors que la main-d’œuvre devient de plus en plus chère à La Réunion, les Comores, oubliées par l’administration centrale, offrent aux colons et aux sociétés coloniales (comme la Bambao) des perspectives et une main-d’œuvre peu chère dans les plantations de plantes à parfums et de vanille, avec d’anciens esclaves (abolition) de traites récentes, les Mruma.
En 1870, le procureur impérial de Pondichéry remet à Napoléon III un rapport sur Mayotte : il prévient que les marais nourrissent des maladies paludéennes et qu’un Européen y possède une espérance de vie située entre 3 et 10 ans.
En 1886, Léon Humblot, un naturaliste amateur devenu aventurier politique, convainc le gouverneur de placer sous protectorat français, la Grande-Comores, où il a des intérêts. La rivalité franco-germano-anglaise retombe en 1890, avec un accord diplomatique entre les puissances coloniales : les Anglais obtiennent le sultanat de Zanzibar et la sécurité de leurs places dans l’océan Indien, les Allemands le Tanganyika, les Français sont sans rivaux aux Comores et à Madagascar.
La société Coloniales Bambao puis société Comores Bambao fondée vers 1907 sur l’île d’Anjouan par 2 planteurs en association avec l’industriel parfumeur grassois à Anjouan. En 1893, ils acquièrent la propriété du sultan Abdallâh III. Le parfumeur de Grasse possédait un domaine à Mayotte. Elle devient un des principaux producteurs mondiaux d’ylang-ylang. À partir de 1946, les parlementaires des TOM Comores demandent son démantèlement ( en veillant à ne pas gêner leurs intérêts propres de planteurs). La société possède alors 46 % des terres de Grande Comore, 22 % de Mohéli, 37 % d’Anjouan et 15 % de Mayotte.
La Société a racheté ses concurrents, mais n’exploite pas toutes les terres. La pression démographique se faisant plus forte et les terres manquant, les populations les cultivent illégalement. En 1951, l’administration la force à rétrocéder 15 000 ha, mais ces terres sont en majeure partie incultivables ; À partir de 1960, les plans d’ylang-ylang en Grande Comore ou de cocotiers à Mohéli ne sont pas renouvelés ; En 1974 (un an avant l’indépendance), la SCB n’a plus que la 1/2 de ses possessions par rapport à son apogée
La société est très mal perçue par les populations locales: elle s’accapare la plupart des terres arables ; elle pratique le travail forcé, même pour les enfants, proche de l’esclavage ou au très bas salaires ; elle représente la France qui les a privées de leur souveraineté ; les biens produits sont destinés à l’export ; elle se comporte comme un État dans l’État, le renvoi des fonctionnaires qui s’opposent à sa politique. Symbole de la colonisation, elle est démantelée à l’indépendance en 1975.
Toutefois, l’ouverture du Canal de Suez rend les comptoirs du canal du Mozambique moins intéressants et l’activité portuaire swahilies s’effondre brutalement, dans une crise durable.
En 1896, le protectorat s’étend sur l’ensemble de l’archipel, Mamoudzou en devient la capitale. En 1912, la France confirme l’ annexion de l’ensemble de l’archipel, placé sous la dépendance administrative régionale de Madagascar. Noyé au sein de l’immense gouvernement français de Madagascar, les Comores sont oubliées pendant l’apogée coloniale française des années 1930, alors que la réalité du pouvoir passe par les intérêts des comptoirs des puissantes sociétés commerciales, telle la société homonyme de Bambao, sur l’ile d’Anjouan.

Confrontés à une baisse de leurs revenus, les domaines mahorais prennent modèle sur les pratiques culturales des populations modestes qui marquent les zones habitées, par des champs de manioc environnés de bananiers et de cocotiers. La distillation traditionnelle par alambic de plantes à parfum les incite à étendre les cultures de basilic, de citronnelle, de palmarosa ou commencer la culture d’ylang-ylang. Denis de Bellemare importe dans son domaine de Kangani des plants de Cananga odoranta, dont il adapte la pratique culturale.
Pendant toute la 1° 1/2 du XXe siècle, un état d’abandon s’installe durablement sur tout l’archipel ; de nombreux Comoriens quittent leur contrée natale pour gagner les côtes de l’Afrique ou de Madagascar pour y tenter leur chance, parfois avec succès, créant une diaspora dans tout l’océan Indien occidental. Pourtant beaucoup reviennent avec en tête l’utopie nationaliste. Ils se sentent frustrés de toutes les commodités d’un progrès inenvisageable dans leur pays figé dans des structures qui ont résisté tant bien que mal aux dernières offensives colonialistes des années 1930. Le désintérêt de l’État français qui n’a plus de facto qu’un pouvoir nominal, l’abandon des populations fidèles à la France, ne sera dénoncé que dans les années 1960 par des Français intéressés par le monde maritime] Paul-Émile Victor et les rédacteurs de l’encyclopédie Marco Polo tirent ainsi une sonnette d’alarme, inaudible pour les représentants métropolitains, dans les années 1970.Vers l’autonomie
L’archipel faisait partie de l’Union française sous la IV° République (1946-1958), puis de la Communauté française instaurée par la Constitution de la V° République à partir de 1958, qui prend la décision de transférer le chef-lieu du TOM à Moroni, à Grande Comore, jusque-là à Mayotte. Déjà en 1960, les Comores n’étaient plus alimentairement autosuffisant, les biens alimentaires représentait 35 % des importations
Les Comores obtiennent en 1946 une autonomie administrative vis-à-vis de Madagascar. Dzaoudzi (à Mayotte) est choisie comme capitale du nouveau territoire ( ce qui alimente la rivalité entre cette île et les 3 autres). Elles sont donc représentées directement au Parlement français pour la 1° fois et acquièrent une autonomie administrative grâce à l’action du député Said Mohamed Cheikh (1904-1970). Les Comores obtiennent un conseiller à l’Union française (Georges Boussenot (1876-1974), puis, en 1947, avec le statut de territoire, un conseiller de la République (Jacques Grimaldi (1906-2002)). Un conseil général est mis en place dans l’archipel pour représenter la population et discuter des problèmes locaux, mais le véritable pouvoir est détenu par l’administrateur supérieur de la République française.
En 1953, plusieurs hommes politiques comoriens osent, sans trop y croire, faire une déclaration commune demandant l’indépendance. Un référendum est prévu et les textes permettant une autonomie plus grande sont votés. La plupart des élus comoriens sont pour une indépendance à terme, mais posent comme préalable la prise en compte des contraintes économiques dans le processus d’indépendance. Les créoles ou riches planteurs d’origine française sont tous farouchement contre.
Le poste de vice-président du conseil de gouvernement confié à Ahmed Mohamed est symbolique. Certains politiciens reprochent à la France de ne pas traiter les Comores comme les autres TOM. L’éducation est très largement négligée, on ouvre le 1° lycée en 1963 à Moroni (pour recevoir les meilleurs élèves du peu de collèges des 4 îles, qui devaient auparavant terminer leurs études à la Réunion).
Après avoir accepté d’adhérer à la Communauté française lors du référendum de 1958 organisé par le général de Gaulle, les Comores obtiennent un statut d’autonomie interne qui donne jour à un gouvernement comorien élu par l’Assemblée territoriale.
Fin décembre 1961, Saïd Mohammed Cheikh devient Président du Conseil de Gouvernement, 1° personnage du Territoire, avant le haut-commissaire de la République. La population de Mayotte considère que c’est lui qui fait transférer la capitale des Comores de Dzaoudzi à Moroni, ce qui provoque la méfiance des élus de Mayotte envers les indépendantistes. En fait, l’autorité coloniale trouva dans les conseillers grands-comoriens le moyen de le réaliser sans apparaître comme le véritable responsable. Ce sera l’origine du MPM, anti-indépendantiste à Mayotte.
Saïd Mohammed Cheikh s’efforce de faire élargir les compétences territoriales d’autonomisation par un développement économique et social. Le réseau routier commence à être bitumé et les politiciens les plus autonomistes, après les événements de 1968 réclament l’indépendance ce qui aboutira aux « Accords de juin 1973 ». Entre 1964 et 1968, Cheick doit gérer l’expulsion des Comoriens de Zanzibar (qui devient la Tanzanie). Ils appartiennent au Mouvement de libération nationale des Comores, qui contestent le pouvoir de Saïd Mohamed Cheikh, réclamant l’indépendance ; à l’opposé, le Mouvement populaire mahorais réclament plus d’autonomie vis-à-vis des autres îles.
À partir des années 1960, les pays de la région sont progressivement décolonisés et accèdent à l’autonomie politique (Madagascar 1960, Tanzanie 1961, Kenya 1962, Maurice 1968, Mozambique 1975) et la question de l’autonomie est posée aux Comoriens en 1974.
En septembre 1972, empruntant l’idée fédératrice d’indépendance, aux membres du Mouvement de libération nationale des Comores (Molinaco), réfugiés à Dar es-Salaam, les formations majoritaires fusionnent. La métropole observant les appareils politiques, prononcent la dissolution de la chambre des députés du Territoire des Comores en novembre.Les élections de décembre confirment le succès de 2 partis majoritaires, pour l’indépendance. seule île de l’archipel affirmant depuis 1958, Mayotte a voté pour conserver ses liens avec la France à 63,8 %. Pourtant, les Mahorais, plus encore que les autres, sont très peu influencée par le mode de vie occidental et vivent au rythme de la vie musulmane traditionnelle.
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L’historien israélien Ilan Pappe : « C’est la dernière phase du sionisme »

« C’est la dernière phase du sionisme » par Ilan Pappe
Pappe parle à Al Jazeera du « néosionisme », des pourparlers de cessez-le-feu, de la seconde venue de Trump et de « l’endoctrinement » en Israël.

Ilan Pappe photographié à Copenhague avant une conférence visant à renforcer la mise en réseau de l’aide à Gaza[Anealla Safdar/Al Jazeera]
Par Anealla Safdar
Publié le 14 janv. 2025
Copenhague, Danemark – Par un samedi matin glacial à Copenhague, Ilan Pappe s’est réchauffé dans une salle de cinéma, discutant et plaisantant en arabe courant avec l’un des organisateurs d’une conférence à laquelle il allait bientôt prendre la parole entre deux gorgées de café noir dans un gobelet en papier.
Contrairement à d’autres Israéliens, a déclaré Pappe, il a appris la langue « des colonisés » en passant du temps en Palestine, en s’entourant d’amis palestiniens et en prenant des cours d’arabe.
Des centaines d’universitaires, de fonctionnaires, de militants internationaux des droits de l’homme et de Danois consternés par le génocide d’Israël contre les Palestiniens à Gaza ont assisté à l’événement dans la capitale danoise, organisé par le Réseau palestinien européen.
Le groupe a été fondé récemment et compte parmi ses membres des Danois d’origine palestinienne.
Pappe a ensuite déclaré à l’auditoire que depuis le déclenchement de la dernière guerre d’Israël contre Gaza, il a été choqué par la réponse de l’Europe.
« Je partage avec beaucoup de gens la surprise de la position européenne », a-t-il déclaré sur scène. « L’Europe, qui se prétend un modèle de civilisation, a ignoré le génocide le plus
En marge de la rencontre, Al Jazeera a interviewé Pappe, 70 ans, historien, auteur et professeur israélien de premier plan qui a passé une grande partie de sa vie à se battre pour les droits des Palestiniens. Nous l’avons interrogé sur le sionisme, la solidarité et ce qu’il pense qu’un paysage politique américain changeant signifie pour Gaza.
Al Jazeera : Vous dites depuis longtemps que les outils du sionisme, l’idéologie politique nationaliste qui appelait à la création d’un État juif, comprenaient la capture de terres et les expulsions. Au cours des 15 derniers mois, Gaza a subi des massacres quotidiens. À quelle étape du sionisme assistons-nous ?
Ilan Pappe : Nous sommes dans un état que l’on peut définir comme néo-sioniste. Les anciennes valeurs du sionisme sont maintenant plus extrêmes, sous une forme beaucoup plus agressive qu’elles ne l’étaient auparavant, essayant de réaliser en peu de temps ce que la génération précédente de sionistes essayait de réaliser d’une manière beaucoup plus longue, plus progressive, progressive.
Il s’agit d’une tentative d’une nouvelle direction du sionisme d’achever le travail qu’ils ont commencé en 1948, à savoir prendre officiellement le contrôle de l’ensemble de la Palestine historique et se débarrasser d’autant de Palestiniens que possible et dans le même processus, et [c’est] quelque chose de nouveau, créant un nouvel empire israélien qui est soit craint, soit respecté par ses voisins – et peut donc même s’étendre territorialement au-delà des frontières obligatoires ou historiques Palestine.
Historiquement, je suis prêt à dire avec une certaine prudence qu’il s’agit de la dernière phase du sionisme. Historiquement, de tels développements dans les mouvements idéologiques, qu’ils soient coloniaux ou empires, c’est généralement le dernier chapitre [c’est] le chapitre impitoyable, le plus ambitieux. Et puis c’est trop, puis ils tombent et s’effondrent.
Al Jazeera : Nous sommes à quelques jours d’un nouveau paysage politique alors que Donald Trump se dirige vers la Maison Blanche pour la deuxième fois. Il a une voix encore plus forte sur les réseaux sociaux avec le milliardaire de la technologie et propriétaire de X, Elon Musk, qui fait l’éloge de la politique israélienne et de son armée, parmi les hauts responsables de son administration. Comment voyez-vous l’influence de la présidence sur Israël ? La guerre contre Gaza va-t-elle continuer ?
Pappe : Il est très difficile de voir quoi que ce soit de positif pendant le deuxième mandat de Trump et avec ses associations avec Elon Musk.
L’avenir d’Israël et du sionisme est lié à l’avenir de l’Amérique.
Je ne pense pas que tous les Américains soient des partisans de Trump. Je ne pense pas que tous les Américains soient des partisans d’Elon Musk.
[Mais] Je crains qu’il n’y ait pas grand-chose à faire dans les deux ou trois prochaines années.
La seule bonne nouvelle, c’est que les dirigeants populistes comme [le président élu américain Donald] Trump et les cinglés comme Elon Musk ne sont pas très capables. Ils vont entraîner avec eux l’économie américaine et la position internationale américaine, donc cela se terminera mal pour l’Amérique si ce genre de personnalités vont la diriger.
À long terme, je pense que cela peut conduire à une moindre implication des États-Unis au Moyen-Orient. Et pour moi, un scénario dans lequel l’implication américaine est minimale est un scénario positif.
Nous avons besoin d’une intervention internationale non seulement en Palestine mais pour l’ensemble du monde arabe, mais elle doit venir du Sud et non du Nord. Le Nord a laissé un tel héritage que très peu de gens considéreraient quelqu’un du Nord comme un intermédiaire honnête. Je suis très inquiet pour le court terme, je ne veux pas qu’on me méprenne. Je ne vois aucune force arrêter les désastres à court terme qui nous attendent.
Quand je vois une perspective plus large, je pense que nous sommes à la fin d’un très mauvais chapitre de l’humanité, et non au début d’un mauvais chapitre.
Al Jazeera : Actuellement, il y a des négociations de cessez-le-feu. Quand pensez-vous que la Palestine connaîtra la paix ?
Pappe : Je ne sais pas, mais je pense que même un cessez-le-feu à Gaza n’est malheureusement pas la fin, à cause du génocide. Espérons qu’il y aura assez de pouvoir pour, sinon l’arrêter, au moins l’apprivoiser ou le limiter.
À long terme, je peux voir un processus qui est long. Je parle de 20 ans, mais je pense que nous sommes au début de ce processus.
C’est un processus de décolonisation d’un projet colonial de peuplement.
Cela peut aller dans les deux sens. Nous le savons par l’histoire. La décolonisation peut être très violente et ne pas nécessairement produire un meilleur régime ou elle peut être l’occasion de construire quelque chose de bien meilleur, une situation gagnant-gagnant pour toutes les personnes concernées et pour la région dans son ensemble.
Al Jazeera : Pour les Palestiniens et de nombreux observateurs, c’est comme si le monde restait les bras croisés pendant qu’Israël s’étendait chez ses voisins et perpétrait le génocide en toute impunité.
Pappe : Eh bien, une dernière étape d’un point de vue historique est un long processus. Ce n’est pas un processus immédiat. La question n’est pas de savoir si cela se produira, mais quand. Et cela pourrait certainement prendre du temps.
Il y a des développements à l’échelle régionale et mondiale qui permettent à cette phase de se poursuivre. Qu’il s’agisse de la montée des politiciens populistes comme Trump, du pouvoir des multinationales, de la montée du fascisme, du fascisme de la nouvelle droite en Europe, du niveau de corruption dans certains pays arabes, tout cela fonctionne d’une manière qui soutient une alliance mondiale qui permet à Israël de faire ce qu’il fait, mais il existe une autre alliance.
Elle n’a pas le même pouvoir, mais elle est répandue et elle est liée à beaucoup d’autres luttes contre l’injustice. Il est tout à fait possible que si ce n’est dans un avenir immédiat, un peu plus tard, ce genre de sentiment mondial qui n’est pas seulement centré sur la Palestine, mais aussi sur le réchauffement climatique, la pauvreté, l’immigration, etc., devienneune force politique plus puissante. Chaque petite victoire de cette autre alliance mondiale rapproche le projet sioniste de la fin.
Al Jazeera : Qu’est-ce que cette autre alliance a à faire ? Qu’est-ce qui pourrait aider leur cause ?
Pappe : Il y a deux choses. Premièrement, nous n’avons pas d’organisation qui contient cette bonne volonté, ce soutien, cette solidarité, cette énergie pour lutter contre l’injustice. Il a besoin d’une organisation appropriée et certains des jeunes qui font partie de cette alliance semblent ne pas aimer, pour de bonnes raisons, les organisations, etc. Mais vous avez besoin de cette infrastructure.
La deuxième chose est d’abandonner l’approche puriste que de tels mouvements avaient dans le passé et de créer des réseaux et des alliances qui tiennent compte du fait que les gens ne sont pas d’accord même sur des questions fondamentales, mais sont capables de travailler ensemble pour arrêter un génocide à Gaza, pour libérer les peuples colonisés.
Al Jazeera : Pour en revenir à l’alliance la plus puissante qui, selon vous, défend le sionisme, vous avez parlé de la montée de l’extrême droite en Europe. Parmi eux, cependant, il y a encore des souches d’antisémitisme.
Pappe : Cette alliance contre nature était là dès le début. Si vous y réfléchissez logiquement, les antisémites et les sionistes, quand il s’agit de l’Europe, avaient la même cible, ils ne voulaient pas voir les Juifs en Europe. Les voir en Palestine pourrait être un objectif à la fois du mouvement sioniste et du mouvement antisémite.
Aujourd’hui, il y a une nouvelle couche d’uniformité des idées entre la néo-droite et Israël, et c’est l’islamophobie.
La nouvelle droite est maintenant, bien qu’elle ait encore de forts éléments anti-juifs, à savoir antisémites en son sein, elle cible principalement les communautés musulmanes et arabes. Elle ne cible pas les communautés juives, en particulier.
Ils voient Israël comme la force anti-islamique et anti-arabe la plus importante dans le monde, donc il y a aussi une identification à ce niveau – mais bien sûr, c’est quelque chose que les Juifs regretteraient en dehors d’Israël s’ils faisaient partie d’une telle alliance. Même les Juifs pro-israéliens en Europe se sentent un peu mal à l’aise à propos de ceux qui s’habillent avec le drapeau israélien, mais en même temps avec le drapeau nazi.
Espérons que cela les amènera à repenser leur association avec Israël. Nous voyons déjà les signes, en particulier dans la communauté juive américaine parmi la jeune génération, qu’ils comprennent qu’Israël fait maintenant partie d’une alliance politique à laquelle ils ne peuvent pas s’identifier en tant que Juifs américains.
Comme nous l’avons dit, cela permet à Israël de continuer à cause de Trump et des dirigeants populistes, mais c’est aussi quelque chose qui ne sera pas éternellement dans le futur.
Al Jazeera : Le génocide a conduit de nombreuses personnes, y compris certains groupes juifs, à étudier la création d’Israël et le nettoyage ethnique historique de la Palestine. Avez-vous vu des familles divisées par leur compréhension du conflit ?
Pappe : Cela n’arrive pas [en Israël], mais certainement aux familles juives en dehors d’Israël.
La quantité d’informations qui circule est telle que la jeune génération ne peut pas être aveugle. Même s’ils reçoivent une très bonne éducation juive, alors plus encore, ils peuvent voir l’immoralité de l’action israélienne.
Il s’agit principalement de conflits intergénérationnels, ce qui est un signe positif car cela signifie que la génération actuelle pourrait être beaucoup plus uniforme dans cette position.
Al Jazeera : Mais en Israël, les jeunes ont également accès à la documentation du génocide sur les réseaux sociaux, sur des plateformes comme TikTok. Mais beaucoup ignorent encore les souffrances palestiniennes.
Pappe : Ils n’ont pas reçu la même éducation que les jeunes Juifs en Amérique. Ils ont reçu une éducation d’un pays très endoctriné. Et c’est la clé. Ils ont été produits, si vous voulez, conçus par le système éducatif israélien.
J’ai écrit un article en 1999 pour avertir que, si l’on regarde les programmes israéliens, les prochains diplômés de ce système seraient des fanatiques racistes, extrêmes et dangereux pour eux-mêmes et pour les autres. Malheureusement, j’avais tout à fait raison.
C’est le produit d’une société très endoctrinée du berceau à la tombe.
Vous devez rééduquer ces gens. Vous ne pouvez pas simplement leur montrer des choses et espérer que cela les touchera.
Ils peuvent voir des bébés palestiniens morts et dire ‘Bien, très bien’. La déshumanisation fait partie de l’ADN israélien et il est très difficile de l’affronter simplement en leur donnant plus d’informations.
Remarque : Cette interview a été légèrement modifiée pour plus de clarté et de concision.
Source : Al Jazeera, L’historien israélien Ilan Pappe : « C’est la dernière phase du sionisme » | Conflit israélo-palestinien Actualités | Al Jazeera
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Prabhat PATNAIK-L’importance théorique de L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme de Lénine


L’importance théorique de L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme de Lénine-Prabhat PATNAIK
L’importance de L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme de Lénine réside dans le fait qu’il a totalement révolutionné la perception de la révolution. Marx et Engels avaient déjà envisagé la possibilité que les pays coloniaux et dépendants connaissent leur propre révolution avant même la révolution prolétarienne dans la métropole, mais ces deux séries de révolutions étaient considérées comme disjointes ; la trajectoire de la révolution dans la périphérie et sa relation avec la révolution socialiste dans la métropole restaient floues. L’impérialisme de Lénine a non seulement établi un lien entre les deux séries de révolutions, mais a également fait de la révolution dans les pays périphériques un élément du processus de transition de l’humanité vers le socialisme.
Il considérait donc le processus révolutionnaire comme un tout intégré ; il imaginait un processus révolutionnaire mondial unique qui, à partir de la rupture du maillon le plus faible de la chaîne, où qu’il se trouve, renverserait l’ensemble du système. Il affirmait également que le temps d’une telle révolution mondiale était venu, car le capitalisme avait atteint un stade où il allait désormais entraîner l’humanité dans des guerres catastrophiques : il avait « recouvert » le monde entier sans laisser d’ »espaces vides », le divisant complètement en sphères d’influence de différentes puissances métropolitaines, de sorte que seul un repartage du monde pouvait désormais avoir lieu ; et ce repartage ne pouvait avoir lieu que par le biais de guerres inter-impérialistes, dont la première guerre mondiale était un exemple classique.
La position théorique sur laquelle repose l’impérialisme a élargi le marxisme d’au moins cinq manières majeures. Premièrement, elle a fait entrer les « régions périphériques » du monde, des pays que Hegel avait rejetés comme n’ayant pas d’histoire, dans le cadre de la révolution mondiale ; en effet, à mesure que le temps passait et que les espoirs d’une révolution en Europe à la suite de la révolution bolchevique commençaient à s’estomper, ces pays sont passés au centre de la scène de la révolution mondiale. Dans l’un de ses derniers écrits, Lénine a non seulement placé ses espoirs dans une révolution en Chine et en Inde pour succéder à la révolution russe, mais il s’est même réjoui du fait que la Russie, la Chine et l’Inde représentaient ensemble près de la moitié de l’humanité, de sorte que les révolutions dans ces trois pays feraient pencher la balance de manière décisive en faveur du socialisme. Il n’est pas surprenant que l’Internationale communiste qu’il a contribué à mettre en place ait été différente de tout ce que le monde avait connu jusqu’alors, puisque des délégués de l’Inde, de la Chine, du Mexique et de l’Indochine y côtoyaient ceux de la France, de l’Allemagne et des États-Unis.
Deuxièmement, et parallèlement, il a élargi la portée du marxisme, qui n’était plus une théorie de la révolution prolétarienne dans les pays capitalistes avancés, mais une théorie de la révolution mondiale. Bien entendu, la reconnaissance de la portée beaucoup plus large du marxisme, reflet de la domination mondiale du capital que l’impérialisme avait soulignée, nécessitait encore la réalisation de la tâche spécifique consistant à analyser l’histoire des sociétés non européennes sur la base de la théorie marxiste. Mais l’extension et l’épanouissement du marxisme dans le tiers-monde ont fourni la base de telles analyses, stimulées par le Comintern même lorsque les lectures politiques spécifiques de ce dernier s’avéraient erronées. L’impérialisme de Lénine a ainsi donné au marxisme une vitalité sans précédent.
Certes Lénine n’était pas le premier à parler d’impérialisme. Avant lui, Rosa Luxemburg avait fourni une analyse remarquablement aiguë et perspicace expliquant pourquoi le capitalisme avait besoin d’empiéter sur les marchés précapitalistes. Mais l’analyse de Luxemburg souffrait du fait qu’elle considérait cet empiétement comme résultant d’une assimilation du segment précapitaliste au capitalisme. Le segment précapitaliste n’est pas resté une entité dévastée, il est devenu une partie du segment capitaliste. Le point central de l’analyse de Luxemburg reste donc une révolution prolétarienne européenne. Malgré quelques remarques contraires, elle ne voyait pas de segmentation permanente du monde créée par le capitalisme métropolitain. L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme de Lénine, en revanche, envisageait un tel monde segmenté en permanence et c’est là que réside sa force.
Troisièmement, la théorie de Lénine a fourni une interprétation radicalement nouvelle du concept d’ »obsolescence historique » du capitalisme. Jusqu’alors, sur la base des brèves remarques de Marx dans la préface de la Contribution à la critique de l’économie politique, on avait compris qu’un mode de production devenait historiquement obsolète et donc mûr pour un renversement uniquement lorsque les possibilités de développement des forces productives en son sein étaient épuisées ; et cet épuisement était typiquement supposé se manifester sous la forme d’une crise. L’absence d’une telle crise avait en fait incité Eduard Bernstein à demander une « révision » du marxisme, pour substituer une réforme du système à son renversement, en tant que desideratum du prolétariat. Les partisans de la tradition révolutionnaire, contrairement à Bernstein, ont cherché à prouver qu’une telle crise terminale, qui ne s’était peut-être pas encore produite, était néanmoins inévitable.
La théorie de l’impérialisme de Lénine innove complètement à cet égard. La manifestation de l’obsolescence historique du capitalisme, de sa maturité pour être renversé, n’était pas une quelconque crise économique, mais le fait qu’il était entré dans une phase où il engloutissait l’humanité dans des guerres dévastatrices, des guerres dans lesquelles les travailleurs d’un pays étaient amenés à combattre les travailleurs d’un autre pays à travers des tranchées. Le moment était venu de convertir la guerre impérialiste en guerre civile, de détourner les fusils des compagnons de travail de l’autre côté des tranchées, pour les diriger vers les capitalistes de chaque pays.
Quatrièmement, le socialisme doit désormais être l’objectif de toutes les révolutions, où qu’elles se produisent. L’idée que la révolution démocratique ne soit pas poursuivie dans les pays arrivés tardivement au capitalisme par la bourgeoisie qui avait historiquement joué le rôle de précurseur, était déjà apparue dans les Deux tactiques de la social-démocratie de Lénine : dans ces sociétés, la tâche de poursuivre la révolution démocratique incombait au prolétariat, qui conclurait une alliance avec la paysannerie, et qui, après avoir mené la révolution démocratique, ne s’arrêterait pas là, mais poursuivrait la construction du socialisme. Mais cette perspective d’une révolution dans une société périphérique, d’abord contre l’impérialisme et basée sur une large alliance de classe avec les ouvriers et les paysans en son sein, pour ensuite passer au stade socialiste, s’est généralisée. La tâche de construire le socialisme n’était plus seulement l’affaire des travailleurs des pays avancés ; c’était une tâche à accomplir à travers des étapes qui étaient à l’ordre du jour de toutes les sociétés.
Enfin, une question fondamentale s’était posée : pourquoi le « réformisme » s’était-il tellement développé dans le mouvement ouvrier européen que tant de dirigeants de la IIe Internationale avaient adopté des positions opportunistes ou carrément chauvines pendant la guerre ? Lénine a apporté une réponse à cette question, sur la base d’une suggestion antérieure d’Engels, en développant le concept d’une « aristocratie ouvrière » qui avait été « soudoyée » par les superprofits impériaux.
L’impérialisme était une réalisation théorique stupéfiante. Lénine avait un jour fait remarquer que la force du marxisme résidait dans le fait qu’il était vrai. On peut faire une déclaration similaire à propos de la théorie de l’impérialisme de Lénine. Remarquable tour de force, elle apporte des réponses, presque aveuglantes, à toute une série de questions qui ont surgi dans la nouvelle conjoncture et qui réclamaient des réponses. On peut contester tel ou tel détail de l’argumentation de Lénine, mais son orientation générale est presque majoritairement correcte. Et un indice de sa justesse est la manière presque étrange dont il a anticipé les développements dans le monde entre 1914 et 1939.
Le monde d’aujourd’hui s’est toutefois éloigné de ce que Lénine avait écrit dans L’impérialisme. L’une des principales caractéristiques de cette différence est que la centralisation du capital est allée beaucoup plus loin qu’à l’époque de Lénine, donnant naissance à un capital financier international, en lieu et place des capitaux financiers nationaux qui régnaient à l’époque. Les rivalités inter-impérialistes se sont donc atténuées, car le capital financier international ne veut pas que le monde soit divisé en différentes sphères d’influence ; il veut au contraire un monde non cloisonné pour pouvoir circuler sans entraves. La question des guerres provoquées par les rivalités inter-impérialistes ne se pose donc plus.
Cela ne signifie pas pour autant l’avènement d’une ère de paix. L’offensive incessante du capital financier international contre tous les efforts nationaux du tiers monde en faveur de l’indépendance économique et de l’autosuffisance économique (y compris alimentaire) a entraîné une série de conflits locaux, opposant un impérialisme uni à des pays particuliers. Dans le même temps, l’exploitation des travailleurs du tiers monde s’est considérablement intensifiée, alors même que l’oligarchie financière et corporatiste s’intégrait au capital financier international ; il en résulte une croissance massive des inégalités au sein du tiers monde, au point que de vastes segments de la population ont connu une augmentation de la pauvreté absolue en termes nutritionnels. Dans le même temps, la volonté accrue du capital métropolitain de délocaliser ses activités dans le Sud a affaibli les syndicats dans les métropoles et a conduit à une augmentation des inégalités au sein même des métropoles. L’hégémonie du capital financier international, exprimée dans un ordre néo-libéral, a donc entraîné une détérioration significative, en termes relatifs et même absolus, des conditions des travailleurs du monde entier.
Cela a donné lieu à une crise de surproduction à laquelle il n’y a pas de solution dans le cadre de l’ordre néolibéral mondial. Et cette crise a donné lieu à une montée du fascisme et du néo-fascisme dans le monde entier, les oligarchies financières et corporatistes de divers pays concluant des alliances avec des groupes fascistes pour conserver leur hégémonie. La lutte pour les droits démocratiques, la lutte contre le chômage et la lutte pour les libertés civiles sont donc passées au premier plan, et cette lutte a été liée à la lutte pour le socialisme. L’idée de Lénine de révolutionner la perspective de la révolution mondiale reste valable, mais l’objectif immédiat de la révolution a changé avec le temps.
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Prabhat Patnaik est un économiste marxiste indien. Il a enseigné au Centre d’études économiques et de planification de l’École des sciences sociales de l’université Jawaharlal Nehru à New Delhi, de 1974 jusqu’à sa retraite en 2010. Il a été vice-président du Conseil de planification de l’État du Kerala de juin 2006 à mai 2011. Prabhat Patnaik est un fervent critique des politiques économiques néolibérales et de l’hindutva, et est connu comme un chercheur en sciences sociales d’obédience marxiste-léniniste. Selon lui, en Inde, l’augmentation de la croissance économique s’est accompagnée d’une augmentation de l’ampleur de la pauvreté absolue. La seule solution consiste à modifier l’orientation de classe de l’État indien.
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