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  • Roland Diagne – AUX SOURCES DE L’AGRESSION RWANDO-IMPERIALISTE AU CONGO

    Roland Diagne – AUX SOURCES DE L’AGRESSION RWANDO-IMPERIALISTE AU CONGO

    Il faut le dire clairement : l’assassinat commandité par les impérialistes US/UE de Laurent Kabila a empêché le processus de liquidation du mobutisme. La principale contradiction à résoudre en RDC est le retour à Lumumba, Mulélé, Kabila pour éliminer le Mobutisme.

    « Le « malheur » du Congo, comme on l’entend de plus en plus chez les natifs mêmes de ce grand pays « cœur de l’Afrique », est d’être gorgé de matières premières minérales et de terres rares et très fertiles. Connu pour le diamant, l’or, l’argent, le cuivre, le manganèse, la bauxite, le zinc, l’énergie hydraulique, le bois, le Congo recèle d’énormes richesses: le pétrole, le charbon, le gaz, l’uranium, le thorium, le zirconium, le tantale, le niobium et le coltan qui sont des métaux et minerais rares servant dans les industries de pointe à forte valeur ajoutée que sont les semi-conducteurs (télécommunication, aéronautique et aérospatial, etc). Le coltan… est par exemple indispensable pour la production des téléphones mobiles. Les vautours que sont les Multinationales ont ainsi aiguisé la cupidité de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie rwandaise et ougandaise les poussant à l’occupation et au partage militaire de cet immense pays afin de le piller… ».

    Nous écrivions : « L’évolution politique de Museveni et de Kagamé n’est pas un phénomène isolé. C’est le chemin suivi par la plupart des « ex-guérilleros » petits bourgeois qui ont foisonné sur le continent africain dans la période de l’existence du camp socialiste d’Europe et de la montée des mouvements de libération nationale. Leur combat légitime pour l’indépendance n’enlève en rien à leur nature de classe petite bourgeoise. Les masses ouvrières et populaires (paysannes) ont été les forces sociales d’appoint, la base de masse des mouvements anti-coloniaux. La direction de ces luttes est restée petite bourgeoise et bourgeoise. C’est aussi une caractéristique des luttes antifascistes qui se sont déroulées au Rwanda et au Congo. De même en Éthiopie, les « ex-marxistes-léninistes » tigréens, éthiopiens et érythréens luttaient pour renverser d’abord l’empereur Haïlé Sélassié, valet de l’occident, et ensuite contre Mengistu, putschiste et militariste, allié des révisionnistes Brejneviens d’URSS. Cette lutte posait aussi la question du droit de l’Érythrée à l’indépendance. L’indépendance obtenue, les « frères d’armes », pour la majorité devenus pro-américains, délimitent aujourd’hui les frontières par une guerre fratricide. Ces alliés d’hier ont chacun et ensemble soutenu néanmoins à juste titre l’AFDLC contre Mobutu en raison du caractère antifasciste de ce combat.

    Le Rwanda avait un intérêt direct et immédiat à soutenir l’AFDLC, intérêt découlant de la menace armée du Hutu-Power assassin replié dans l’est de la RDC en vertu de « l’opération Turquoise » françafricaine. Mais force est de constater que cela en est resté à des préoccupations sécuritaires, légitimes certes, mais restrictives. Kabila clarifie la question en ces termes: « L’alliance entre le Rwanda et les révolutionnaires congolais est née d’une convergence d’intérêts: d’une part, l’impératif pour le régime politique rwandais de survivre aux menaces d’extinction exercées par les forces de destruction massées au Congo et, d’autre part, pour les révolutionnaires congolais, la nécessité de trouver les moyens d’acquérir les armements et le matériel qui permettraient de combattre la dictature.

    Avec le concours des forces organisées du Rwanda, l’AFDLC a pu réaliser la formation et ensuite l’encadrement des recrues congolaises sur le champ de bataille. Il n’a jamais été question d’autres accords en dehors de ceux-là ».

    Ce qui a caractérisé fondamentalement l’implication des États de la sous-région auprès de l’AFDLC, c’est la mise en avant de préoccupations nationalistes étroites bourgeoises et petites bourgeoises. Une fois l’équation mobutiste levée par sa fuite, l’alliance militaire panafricaine conjoncturelle anti-mobutiste s’est peu à peu délitée au profit de la montée des préoccupations et des ambitions nationalistes étroites des uns et des autres… ».

    Ajoutons à l’égoïsme national « l’ethnicisme, manipulé par les impérialistes, est devenu une véritable roue de secours pour les régimes semi-coloniaux, soumis à l’impérialisme, dont l’essence est « diviser pour mieux régner ». Ce processus d’ethnicisation de la politique rwandaise sous Kagame s’est manifesté par l’occupation et le partage prédateur du Congo par les forces d’occupation rwandaises et ougandaises à laquelle Mzee Kabila avait répondu par la « congolisation » sur la base de l’égalité entre toutes les nationalités du pays dans le but de rétablir la souveraineté nationale. Le putsch pro-rwandais fut déjoué par Kabila grâce à l’esprit patriotique du peuple.

    L’expulsion des Rwandais par Kabila et la scission ethnique de l’AFDLC trouve leur source dans le non-respect par les alliés panafricains étatiques régionaux de l’AFDLC de la souveraineté nationale du Congo, l’inexistence d’un projet politique panafricain anti-impérialiste et dans la persistance de l’instrumentalisation de l’ethnicisme, du tribalisme et du régionalisme par des élites politiciennes bourgeoisies et petites bourgeoises contre l’égalité des droits entre toutes les nationalités sans laquelle pas d’unité nationale réelle.

    Kagame, formé à West-Point aux USA, ex-chef des services secrets Ougandais est le prototype même de ce que dénonçait fort justement Thomas Sankara : « un militaire sans conscience politique est un criminel en puissance ». Kagame a troqué le panafricanisme de Fred Rygiema contre l’alliance avec le sionisme israëlien et les Multinationales US/UE/G7.

    Au milieu des années 90, les forces politiques progressistes, panafricaines de la démocratie petite bourgeoise confrontées à des régimes fascistes, ethnicistes et pro-impérialistes ont initié une nouvelle phase de la démocratisation et de la décolonisation en renversant par la lutte de libération armée ces régimes fascistes dirigés par Mengistu, Milton Obote, Habyarimana, Mobutu, etc. Cette phase succédait à celle de l’Angola et du Mozambique et la fin de l’apartheid politique en Afrique du Sud.

    Tant au Rwanda, qu’au Congo, en Éthiopie et en Érythrée, les progressistes souverainistes ont su utiliser tactiquement les contradictions inter-impérialistes pour neutraliser les ingérences et interventions pour frayer la voie à la victoire par la prise du pouvoir.

    Toutefois, les limites de la direction petite bourgeoise de ces luttes se révèlent dans la tendance à céder aux pressions de l’impérialisme qui a tout fait pour diviser et ruiner les acquis importants de la lutte de libération antifasciste d’alors, l’embourgeoisement de la petite-bourgeoisie intellectuelle par la gestion de l’État hérité de la colonisation, le chauvinisme national, voire l’ethnicisme, le militarisme prenant le pas sur le politique, le reniement de l’engagement panafricain initial et l’ignorance de la géopolitique mondiale à partir d’une lecture scientifique du rapport et de la corrélation des forces à l’échelle mondiale.

    Le chauvinisme et le nationalisme étroit sont des conséquences de la balkanisation coloniale qui a tracé des frontières étatiques artificielles entre nationalités (« ethnies » disent les anthropologues) africaines dont le dépassement n’est possible que par l’union libre des peuples africains libérés du néocolonialisme.

    C’est aussi aujourd’hui une équation posée et à résoudre dans l’actuelle expérience souverainiste impulsée par l’AES et le Sénégal en Afrique de l’ouest.

    Dans l’AES et au Sénégal se déroulent dans un contexte d’évolution favorable du rapport des forces à l’échelle mondiale entre poussée multipolaire et conservatisme unipolaire impérialiste de nouvelles expériences souverainistes.

    L’agression Otano/US/UE de la Libye de 2011 et ses métastases djihado-terroristes doublées de la capture du président légitime et légal de la Côte d’Ivoire furent le tournant majeur qui a progressivement engendré l’affrontement actuellement en cours entre néocolonialisme et souverainisme en Afrique, notamment dans le Sahel.

    Ce tournant majeur a aussi une de ses origines dans le traumatisme profond causé par des émigrations meurtrières piroguières et du Sahara et la surexploitation des rescapés sans papiers par les patrons fraudeurs du fisc de l’UE et des USA dont la fascisation se manifeste par des lois racistes pour alimenter l’économie souterraine du travail clandestin. La jeunesse africaine est ainsi condamnée à fuir la misère néocoloniale consécutive au diktat des plans libéraux d’ajustement du FMI/BM/OMC en empruntant le chemin pris par les richesses du sol et du sous-sol pillées par les Multinationales de l’UE/USA/G7 dont les miettes sont empochées par les bourgeoisies locales néocoloniales.

    Ce processus oppressif ancien a été aggravé par la dévaluation du franc colonial CFA de 1994 qui a en même temps accéléré le bradage aux entreprises privées impérialistes des secteurs publics et parapublics stratégiques des pays africains que sont la terre, l’eau, l’électricité, les télécoms, le rail, les ports, les aéroports, les mines, etc, réduisant les États néocoloniaux corrompus à confectionner leurs budgets pour l’essentiel par l’impôt, les douanes et la dette.

    Ces principaux facteurs ont peu à peu mis fin aux illusions semées au sein de l’intelligentsia petite- bourgeoise par la dictature de « la mondialisation libérale ». En effet, les « conférences nationales nées du vent d’est de la démocratie » ont été imposées par l’impérialisme à l’Afrique suite à la défaite du camp socialiste d’Europe pour dévoyer les luttes et insurrections populaires en Afrique noire des années 89/90/91, notamment au Bénin et au Mali. Les impérialistes ont ensuite récemment dévoyé les soulèvements populaires antifascistes en Tunisie et en Égypte en « printemps arabes » avant de les utiliser comme prétexte pour attaquer la Libye et la Syrie.

    Les élites gouvernantes et les oppositions néocoloniales, y compris les principaux leaders de l’ex-gauche communiste s’étaient tous convertis au « there is no alternativ » au libéralisme laissant un vide que l’actuelle rébellion souverainiste de la jeunesse africaine est en train de combler avec leur prolongation par les coups d’états souverainistes dans l’AES et la victoire électorale souverainiste au Sénégal.

    C’est donc au milieu de ces années 90 qu’a commencé à se mettre en place tous les ingrédients de la ré-émergence du souverainisme panafricain actuel contre le néocolonialisme dans notre région ouest-africaine dont les facteurs politiques déclencheurs ont été la destruction de la Libye en 2011 et le renversement violent par la capture du président Ivoirien en 2010.

    Tirer les leçons des expériences souverainistes avortées est devenu indispensable pour éviter les erreurs commises qui ont fait échouer les tentatives indépendantistes de la génération 1945/1960, puis celle de Sankara en 1984/87, celles des luttes antifascistes dans les Grands lacs de 1994/97, celles des luttes qui ont conduit au multipartisme des années 90/91 et aux alternances libérales en 2000 puis en 2012 comme au Sénégal.

    @albagranadanorthafrica

  • Laure Lemaire- Horreur à Mayotte; Splendeur de l’ impérialisme, dans l’océan Indien

    Laure Lemaire- Horreur à Mayotte; Splendeur de l’ impérialisme, dans l’océan Indien

    Mayotte est située à -de 70 km d’Anjouan, à 130 km de Mohéli et à 190 km de Grande Comore. Les liens entre les Comoriens sont anciens : des familles sont dispersées sur les 4 îles, les mariges à travers l’archipel sont fréquents, les échanges culturels et commerciaux, multiples. La fragmentation de l’archipel explique en grande partie les difficultés actuelles.

    François Bayrou, reprenant à son compte le concept irrationnel de « submersion migratoire », a choisi de lancer un « grand débat » sur le droit du sol et, au-delà, sur « l’identité nationale ».

    Derrière ce débat sur la remise en cause du droit du sol, dont Trump ou encore Meloni ont aussi fait leur priorité, se dissimule une vision ethnique de notre société, porteuse d’un fantasme de pureté naturelle, où « le Français » ne pourrait être que blanc de peau et judéo-chrétien. Le tout au détriment de notre conception politique fondée sur des valeurs universelles de droits.

    Laurent Mouloud dans L’Humanité. 18 février 2025

  • Entretien : Michael Hudson explique pourquoi le prix de l’or augmente autant

    Entretien :  Michael Hudson explique pourquoi le prix de l’or augmente autant
    Pourquoi le prix de l'or a-t-il augmenté si rapidement, battant des records ? L'économiste Michael Hudson explique les enjeux politiques du métal précieux et la dynamique du système du dollar américain.
    Michael Hudson est interviewé par Ben Norton, rédacteur en chef du Geopolitical Economy Report.

    Vidéo

    Transcription

    BEN NORTON : Le prix de l’or monte en flèche. Depuis 2018, il a presque triplé. Cela a suscité un grand débat dans le monde entier sur les raisons de cette situation. Il y a bien sûr plusieurs facteurs différents.

    prix de l'or février 2024 10 ans

    L’un d’entre eux est que les banques centrales du monde entier achètent de plus en plus d’or, notamment sous la menace des sanctions américaines. Un tiers des pays de la planète sont sous le coup de sanctions américaines, dont 60 % des pays à faible revenu.

    réserves d'or des banques centrales des pays du FMI

    La guerre en Ukraine n’a fait qu’accélérer ce phénomène, les Etats-Unis et l’Union européenne ayant saisi 300 milliards de dollars et d’euros d’actifs détenus par la banque centrale russe. Cette situation a effrayé les banques centrales de nombreux autres pays, qui craignent d’être les prochaines à voir leurs actifs saisis par l’Occident.

    L’or est considéré comme une alternative aux actifs libellés en dollars ou en euros.

    Mais il ne s’agit pas seulement des banques centrales. Il y a aussi une forte demande privée, d’autant plus que l’inflation a été forte à la suite de la pandémie de Covid.

    Ce qui est intéressant, c’est que l’or est généralement considéré comme une protection contre l’inflation. Et lorsque l’inflation augmente, le prix de l’or a tendance à augmenter. Mais au cours des deux dernières années, l’inflation a diminué, mais le prix de l’or a continué de monter en flèche.

    Alors pourquoi cela arrive-t-il ?

    Eh bien, aujourd’hui, j’ai eu le privilège d’être rejoint par l’économiste primé Michael Hudson, et il m’a expliqué pourquoi le prix de l’or continue d’augmenter et quelles pourraient être les implications pour l’ensemble de l’économie mondiale et la politique de l’or – car, comme Michael le souligne souvent, on ne peut pas séparer l’économie de la politique.

    Voici donc quelques moments forts de Michael Hudson, puis nous passerons directement à l’interview.


    MICHAEL HUDSON : Comme je l’ai dit, la demande d’or dépasse largement l’offre depuis de nombreuses années. Et comme on nous l’apprend dans les manuels d’économie 101, lorsque la demande dépasse l’offre, les prix augmentent.

    Mais ce n’est pas ce qui s’est produit avec le prix de l’or jusqu’à ces derniers mois. La question est donc de savoir pourquoi cela n’a pas eu lieu.

    Eh bien, la réponse évidente est que le marché de l’or n’est pas comme les marchés des matières premières classiques.

    Les États-Unis ont donc cherché à maintenir le prix de l’or à un niveau bas depuis sa réévaluation en 1971… L’objectif était politique : faire en sorte que le monde considère le dollar américain, c’est-à-dire essentiellement les titres du Trésor américain, comme la forme la plus sûre de leurs réserves internationales.

    C’est une économie sûre dans le sens où, contrairement à d’autres pays, les États-Unis peuvent tout simplement imprimer des dollars. Ils ne peuvent pas faire faillite.

    Les gens aiment dire que l’or est une protection contre l’inflation. Mais on pourrait dire que les œufs sont une protection contre l’inflation, ou que le porc est une protection contre l’inflation.

    Le problème est que le véritable problème est le déficit de la balance des paiements américaine qui injecte des dollars dans le monde.

    Vous payez des dollars à un exportateur, chinois ou allemand – à l’époque où il y avait encore une industrie allemande – et ils remettent ces dollars à leur banque centrale, qui dit alors : « Que ferons-nous de ces dollars ? Si nous ne les renvoyons pas aux États-Unis, notre monnaie va augmenter par rapport au dollar, ce qui va rendre nos exportations moins compétitives. Nous devons donc maintenir notre monnaie, notre taux de change, à un niveau bas, et nous le faisons en achetant des titres du Trésor ».

    Cela a toujours été politique. Et les journaux ne veulent pas parler de politique, car s’ils en parlaient, les gens se rendraient compte que le système politique et économique occidental ne peut pas perdurer dans la manière dont il est structuré aujourd’hui.

    Quand on parle de politique, on se rend compte que le jeu est terminé pour l’Occident.


    BEN NORTON : Bonjour, Michael. C’est toujours un réel plaisir de vous recevoir. La dernière fois que nous avons eu une discussion, nous avons analysé les effets des droits de douane de Donald Trump , ou de sa menace de droits de douane. Et vous avez prévenu que cela pourrait provoquer une crise financière mondiale , car les pays ne pourront pas obtenir les dollars dont ils ont besoin pour rembourser leur dette libellée en dollars.

    Après notre conversation, vous avez soulevé d’autres points sur le marché de l’or dont vous souhaitiez parler, et j’ai pensé que ce serait un excellent épisode séparé.

    Alors pourquoi pensez-vous que nous avons assisté à ce changement massif, au quasi-triplement du prix de l’or au cours des sept dernières années ?

    MICHAEL HUDSON : Nous parlons depuis de nombreuses années du fonctionnement du système financier international, des réserves des banques centrales, de la dédollarisation et de la scission des BRICS de l’Occident.

    Et c’est de cela que parle mon livre Super Impérialisme , de la façon dont l’Amérique a été poussée à abandonner l’étalon-or à cause de la ponction sur la balance des paiements due à la guerre du Vietnam et aux dépenses militaires mondiales, jusqu’en 1971. L’intégralité du déficit de la balance des paiements américaine depuis la guerre de Corée en 1950, jusqu’aux années 50, 60 et 70 était due aux dépenses militaires.

    Le résultat fut que les États-Unis devaient, chaque mois, vendre l’accumulation de dollars qui finissait en France, en Allemagne et dans d’autres pays. Les dollars dépensés au Vietnam et échangés contre des devises locales finissaient dans les banques françaises, car l’Asie du Sud-Est faisait partie de l’empire français ; et les banques françaises envoyaient ces dollars à Paris, et le général de Gaulle encaissait ensuite les dollars [contre de l’or] chaque semaine.

    Jusqu’en 1971, chaque dollar imprimé – vos billets de banque – devait être garanti, selon la loi, à 25 % par de l’or. Nous avons donc vu l’offre d’or américaine diminuer, diminuer, diminuer jusqu’à la couverture en or.

    Chaque semaine, le vendredi matin, lorsque le rapport de la Réserve fédérale sur l’or était publié à Wall Street au milieu des années 60, nous nous demandions tous : « Quand le point de rupture va-t-il arriver ? »

    En août 1971, le gouvernement américain s’est dit : « C’est terrible. Nous contrôlons l’ensemble du système financier mondial depuis la Première Guerre mondiale en détenant de l’or, ce qui était l’usage des autres pays pour leurs réserves monétaires. Nous contrôlions la capacité des autres pays à générer des déficits budgétaires et à financer leur propre économie avec de l’or ; aujourd’hui, nous n’avons plus cette capacité. » Et les gens se sont lamentés.

    J’ai écrit mon livre Super Impérialisme pour dire que cela n’interférerait pas avec l’empire américain, car si les pays, les banques centrales, les gouvernements ne pouvaient pas acheter de l’or, ils n’avaient qu’une seule grande alternative à l’époque, et c’était d’acheter des dollars.

    Et comment achètent-ils des dollars ? Ils achètent des bons du Trésor américain, des bons du Trésor, des titres du Trésor à court terme. Ils y mettent leur argent et le conservent sous forme de dette américaine.

    A mesure qu’ils obtenaient de plus en plus de dollars, ils dépensaient de plus en plus d’argent pour acheter de la dette américaine. Et c’est ainsi que les États-Unis ont de plus en plus financé leurs déficits budgétaires.

    Qui a acheté les obligations pour financer ces opérations ? De plus en plus, ce sont les banques centrales. Les États-Unis ont donc découvert que c’était ce que certains appellent le « privilège exorbitant » du dollar.

    Lorsque d’autres pays ont un déficit de la balance des paiements, ils doivent dévaluer. Le FMI intervient et dit : « Baissez vos salaires, imposez la pauvreté pour extraire suffisamment d’argent pour payer les détenteurs d’obligations ». Mais les États-Unis peuvent continuer à imprimer de la monnaie.

    Alors, que peuvent faire les autres pays ? Ils n’ont pas d’autre choix.

    Eh bien, vous avez vu une pression croissante pour créer une alternative au cours de la dernière décennie. C’est le sujet de vos discussions et de votre site.

    D’autres pays veulent dédollariser, et les États-Unis se demandent : « Quelle sera l’alternative ? »

    Dans une certaine mesure, nous savons que les deux pays achètent leurs devises respectives. Ils achètent des yuans, des roubles, font des échanges commerciaux et investissent dans leurs devises respectives, pour éviter d’avoir à utiliser le dollar et de prendre les risques que le Venezuela, l’Iran et la Russie ont pris en se voyant confisquer leurs dollars.

    Mais il existe toujours l’idée que l’or est un type d’actif sur lequel le monde entier a pu s’accorder, au même titre que l’argent, depuis 3000 ans, comme base monétaire.

    Comment allez-vous faire en sorte que les pays du monde entier, de l’Amérique du Nord à l’Europe en passant par l’Asie, se mettent d’accord sur ce qu’ils doivent retenir ?

    Ils essaient de trouver un accord maintenant, et ils se rendent compte qu’il est impossible d’avoir un système monétaire BRICS tant que les BRICS ne sont pas pleinement intégrés politiquement. Ce n’est donc pas une solution pour le moment. Les pays achètent donc de l’or.

    banques centrales pays achetant vendant réserves d'or FMI

    Le secteur privé suit tout cela de près. Il écoute votre émission et ce que j’ai écrit à ce sujet et il dit : « Nous nous trouvons aujourd’hui dans une situation similaire à celle de la fin des années 60 et des années 70, lorsque le prix de l’or a finalement dépassé la capacité des États-Unis à le maintenir à 35 dollars l’once. » Les investisseurs privés ont donc investi le marché de l’or.

    C’est pourquoi le marché de l’or ne se limite pas à parler de matières premières et de la façon de s’enrichir ; il parle également de la restructuration de l’économie mondiale, des relations monétaires et de la politique.

    Mais ce dont je vais parler aujourd’hui, c’est de ce qui se passe qui rend le marché de l’or si politique et si unique, qu’il se passe quelque chose de très étrange là-bas.

    Le lundi 10 février, la semaine a commencé avec une hausse du prix de l’or à plus de 2 900 dollars l’once. Nous sommes donc sur le point de le voir grimper jusqu’à 3 000 dollars l’once. C’est un bond en avant.

    Si vous regardez les statistiques sur l’exploitation de l’or dans le monde, l’offre et la demande d’or dépassent largement l’offre depuis 20 ou 30 ans.

    Nous observons aujourd’hui un effet qui ressemble beaucoup à une ruée bancaire. Mais cette ruée bancaire se produit en réalité depuis plusieurs décennies.

    La question que vous devez donc vous poser dès le départ est la suivante : pourquoi a-t-il fallu autant de temps, jusqu’à cette année seulement, pour que le prix de l’or commence à augmenter, après avoir stagné pendant une décennie ?

    Nous avons vu, au cours des dernières décennies, les banques centrales consacrer une augmentation constante de la proportion de leurs réserves qu’elles détiennent en or, et proportionnellement moins de leurs réserves sous forme de dollars américains.

    Ils détiennent toujours plus de dollars chaque année, car les États-Unis ont un déficit de la balance des paiements tellement important qu’ils injectent des dollars dans l’économie mondiale.

    Mais d’autres pays ne se contentent pas de recycler ces dollars. Ils dépensent de plus en plus d’argent en or, qui constitue pour eux une sorte de valeur refuge : quelque chose de solide.

    L’or est un actif qui n’est pas lié à une dette. Si vous détenez une pièce d’or ou un lingot d’or, il s’agit d’un actif pur, sans aucune dette.

    Mais si vous détenez un bon du Trésor, c’est une dette, une dette des États-Unis. Et si c’est une dette des États-Unis, c’est comme si votre dépôt bancaire était une dette de la banque envers vous.

    Si les États-Unis font faillite, comme une banque, ou s’ils refusent tout simplement de payer, alors vous êtes dehors. Et il y a quelque chose d’éphémère dans tout cela.

    Eh bien, si vous regardez la tendance des prix de l’or, ils ont stagné dans une fourchette très étroite d’environ 1 200 à 1 400 dollars l’once pendant quelques années, de 2015 à 2019. Tout était dans cette fourchette.

    prix de l'or février 2024 25 ans

    J’ai passé beaucoup de temps en Europe et en Asie à cette époque, et tous les responsables gouvernementaux avec qui j’ai discuté, les fonds financiers, m’ont tous dit : « Vous savez, nous achetons de plus en plus d’or, car ce système ne peut pas durer, politiquement, tel qu’il est ». Mais le prix n’a pas augmenté.

    Ensuite, pendant les années de Covid, de 2020 à début 2023, il y a eu à nouveau une stagnation, une fourchette de 1 800 à 2 000 dollars l’once. C’est une fourchette assez étroite — vous savez, une fourchette basse, une petite fonction d’échelon vers une nouvelle fourchette, puis une dérive très progressive vers le haut, mais pas aussi rapide que la demande réelle d’or.

    Eh bien, finalement, au cours du dernier semestre, nous avons vu le prix de l’or augmenter hors de sa fourchette, jusqu’à, comme je l’ai dit, près de 3 000 dollars l’once.

    La question est donc : sommes-nous dans une nouvelle fourchette pour l’or ou le prix va-t-il augmenter ?

    Avec autant de gens qui achètent le droit de détenir de l’or, vous achèterez un fonds d’or et vous verserez de l’argent dans ce fonds d’or, qui contiendra des titres en or ; ou vous achèterez de l’or et vous le stockerez chez un négociant en lingots, parce que vous ne voulez pas le garder chez vous, car il pourrait être volé, ou qui sait ce qui arrivera.

    Eh bien, d’où viendra physiquement tout cet or pour répondre à la demande ?

    Au cours du dernier demi-siècle, voire du dernier quart de siècle, on a assisté à un boom croissant des investissements privés dans l’or, car les gens peuvent observer la tendance — de plus en plus, la demande est excédentaire par rapport à l’offre — et ils peuvent voir qu’il s’agit d’une situation instable.

    Pour comprendre cela, il faut comprendre à quel point les marchés de l’or sont uniques. Et je veux en parler aujourd’hui, pas simplement comme un exercice, mais pour montrer quelles sont les politiques qui sous-tendent le marché de l’or et ce que cela signifie pour la manière dont l’économie mondiale est en train d’être restructurée.

    Soudain, l’or est devenu bien plus qu’un simple instrument d’investissement. Il y a toujours eu des partisans de l’or qui ne comprennent pas : « Comment se fait-il que le gouvernement puisse simplement imprimer de la monnaie ? Nous ne comprenons pas. Nous allons simplement essayer d’acheter de l’or, et l’étalon-or devrait toujours exister, comme au 19e siècle. » Il y a tous ces fous de droite, les libertariens, qui ne font pas confiance au gouvernement.

    Mais aujourd’hui, nous parlons d’une demande qui ne vient pas seulement des fous, mais aussi des fonds ordinaires qui surveillent les tendances et qui se rendent compte qu’un effet domino se produit. Tout d’un coup, tout le monde se tourne vers l’or.

    Vous trouverez des publicités partout sur Internet, lorsque vous regardez des émissions sur YouTube, il y a très souvent une publicité pour l’or. Et évidemment, de plus en plus de gens le font.

    La question est donc la suivante : tout ceci n’est-il qu’une bulle ou nous dirigeons-nous vers un nouveau palier à long terme encore plus élevé ? Un changement est-il en train de se produire dans le système financier et monétaire mondial ? Sur le plan politique ?

    Eh bien, je vais expliquer ce qui se passe.

    La demande d’or, comme je l’ai dit, dépasse largement l’offre depuis de nombreuses années maintenant. Et comme on nous l’apprend dans les manuels d’économie 101, lorsque la demande dépasse l’offre, les prix augmentent.

    Mais ce n’est pas ce qui s’est produit avec le prix de l’or jusqu’à ces derniers mois. La question est donc de savoir pourquoi cela n’a pas eu lieu. Et pourquoi le prix de l’or a-t-il soudainement commencé à s’échapper de sa fourchette étroite d’origine pour augmenter si rapidement depuis l’automne dernier ?

    La réponse évidente est que le marché de l’or n’est pas comme les marchés des matières premières classiques. Et même les marchés des matières premières classiques ne fonctionnent pas de la manière simple que les médias et les manuels populaires prétendent.

    L’une des raisons est que, depuis un siècle, le prix de l’or est régulé par les banques centrales, principalement par le Trésor américain, depuis que Franklin Roosevelt a réévalué l’or à 35 dollars l’once en 1933.

    Cela a duré jusqu’à ce que le président Nixon retire l’or des États-Unis en 1971. Et, à la suite de la guerre, comme je l’ai dit, les responsables américains étaient très effrayés à l’idée que les États-Unis ne soient plus en mesure de contrôler le prix de l’or. D’où la nécessité pour le monde entier de créer de la monnaie de financer le fonctionnement de son économie.

    Les États-Unis se sont dit : « D’autres pays vont maintenant s’approprier l’or, et nous n’allons pas les suivre, et nous perdrons ainsi notre influence pour imposer notre pouvoir dans des institutions comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, qui ont toutes été mises en place en 1944, 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale ».

    Mais cela ne s’est pas produit, pour les raisons que j’ai expliquées dans Super Imperialism , mon livre de 1972. Il n’y avait pas vraiment beaucoup d’alternatives suffisamment importantes pour investir de l’argent étranger.

    Ainsi, au lieu de profiter des flux de dollars en achetant de l’or, les banques centrales étrangères se sont contentées d’acheter des titres du Trésor. Et comme je l’ai dit, cela a financé la part croissante du déficit budgétaire intérieur américain.

    Eh bien, comme je l’ai dit, l’excès de dollars a été principalement alimenté par les dépenses militaires. J’ai travaillé pendant un an avec Arthur Andersen, le cabinet d’expertise comptable, et avec la Chase Manhattan Bank, pour montrer ce phénomène. Et je suis devenu consultant auprès du gouvernement américain, expliquant ce phénomène, dans les années 1970.

    Ce n’est pas quelque chose qui est enseigné dans les cours d’économie, parce que c’est un sujet politiquement sensible, et l’économie essaie d’être « apolitique », car si vous voyez comment l’économie politique est réellement, vous avez une approche différente de la politique.

    Les États-Unis ont donc cherché à maintenir le prix de l’or à un niveau bas depuis sa réévaluation en 1971. Le prix de l’or a rapidement grimpé jusqu’à environ 700, 800 dollars l’once. Puis, vers le milieu des années 2010, il a atteint 1 200, 1 400 dollars, en augmentant progressivement.

    L’objectif était politique : faire en sorte que le monde considère le dollar américain, c’est-à-dire essentiellement les titres du Trésor américain, comme la forme la plus sûre de ses réserves internationales.

    C’est une sécurité dans le sens où, contrairement à d’autres pays, les États-Unis peuvent tout simplement imprimer des dollars. Ils ne peuvent pas faire faillite et être incapables de payer leurs dettes, car contrairement à d’autres pays qui ont des dettes dans une monnaie étrangère, la dette américaine est libellée dans leur propre monnaie, en dollars, et ils peuvent continuer à les imprimer.

    BEN NORTON : Très bien dit, Michael. Il y a tellement de choses auxquelles nous pourrions répondre.

    Nous avons parlé de la demande d’or des banques centrales. Mais je pense qu’un autre facteur important ici est l’inflation, car l’or a traditionnellement été considéré comme une protection contre l’inflation.

    Lorsque vous avez des moments de taux d’inflation élevés – par exemple, au sortir de la pandémie de Covid, alors que l’économie a rouvert en 2022, l’inflation des prix à la consommation était très élevée aux États-Unis et dans de nombreux pays, en raison des perturbations de la chaîne d’approvisionnement.

    Inflation de l'IPC 2020 il y a 2024 ans

    Ainsi, à mesure que l’inflation a augmenté en 2022, vous avez pu constater qu’en octobre, le prix de l’or était d’environ 1 600 $, et il a augmenté considérablement pour atteindre près de 2 000 $ au printemps 2023.

    Ce qui s’est passé ensuite, c’est qu’au début de 2023, l’inflation a atteint un pic et le prix de l’or a baissé, tout comme l’inflation, car l’or est bien sûr considéré comme une couverture contre l’inflation, il est donc logique qu’ils aient tendance à évoluer ensemble.

    prix de l'or février 2024 10 ans

    Mais quelque chose de très étrange s’est produit. En octobre 2023, le prix de l’or a atteint un plancher d’environ 1 850 dollars, et depuis lors, l’inflation des prix à la consommation a continué de baisser. Mais cette relation s’est rompue et le prix de l’or a grimpé en flèche de mille dollars supplémentaires pour atteindre environ 2 900 dollars.

    Alors, Michael, cette relation est désormais terminée, elle est brisée. Pourquoi pensez-vous qu’il en est ainsi ?

    MICHAEL HUDSON : Je ne pense pas qu’il y ait de lien de cause à effet. C’est là tout mon propos.

    Les gens aiment dire que l’or est une protection contre l’inflation. Mais on pourrait dire que les œufs sont une protection contre l’inflation, ou que le porc est une protection contre l’inflation.

    Le problème est que le véritable problème est le déficit de la balance des paiements américaine qui injecte des dollars dans le monde.

    Vous payez des dollars à un exportateur, chinois ou allemand – à l’époque où il y avait encore une industrie allemande – et ils remettent ces dollars à leur banque centrale, qui dit alors : « Que ferons-nous de ces dollars ? Si nous ne les renvoyons pas aux États-Unis, notre monnaie va augmenter par rapport au dollar, ce qui va rendre nos exportations moins compétitives. Nous devons donc maintenir notre monnaie, notre taux de change, à un niveau bas, et nous le faisons en achetant des titres du Trésor ».

    Cela a toujours été politique. Et les journaux ne veulent pas parler de politique, car s’ils en parlaient, les gens se rendraient compte que le système politique et économique occidental ne peut pas perdurer dans la manière dont il est structuré aujourd’hui.

    Quand on parle de politique, on se rend compte que la partie est terminée pour l’Occident. Et bien sûr, ils ne le pensent pas. Ils veulent donner une impression de micro-économie, « Oh, il y a des gens qui essaient juste de regarder les taux d’inflation ».

    Certains y croient vraiment. Ils croient aux manuels scolaires. Ils sont crédules. La plupart des investisseurs dans l’or, je dois le dire, sont crédules, mais il y a d’autres personnes qui regardent la réalité en face et qui voient que ce système ne peut pas durer.

    Au final, ce sont ceux qui ne font pas confiance à l’or qui gagneront.

    Je vais vous donner un exemple. En 1973 ou 1974, Herman Kahn et moi sommes allés à la Maison Blanche pour une réunion avec le Trésor américain. Je leur ai expliqué comment fonctionnait le système de taux des bons du Trésor.

    Eh bien, ce que j’ai dit était quelque chose qu’ils n’avaient certainement pas envie d’entendre. J’ai dit : « L’or est en fin de compte le métal de la paix, car c’est l’épuisement des réserves d’or des États-Unis qui a menacé de les empêcher de dépenser les coûts militaires de la guerre en Asie du Sud-Est et partout dans les 800 bases militaires qu’ils ont à travers le monde. »

    Si l’or continue à exister, et si Nixon ne renonçait pas à l’or, alors l’Amérique perdrait très rapidement tout son stock d’or, comme prix à payer pour mener une guerre contre le reste du monde, pour conserver sa puissance militaire unilatérale.

    Ce n’est pas parce que nous sommes en démocratie, ce n’est pas parce que les gens l’aiment que nous avons le pouvoir, c’est parce que la puissance américaine réside dans la capacité de nuire à d’autres pays, de les bombarder, de financer des changements de régime et de menacer d’autres pays. Et cela coûte beaucoup d’argent de continuer à menacer.

    Cela fait partie de la crise globale à laquelle nous sommes confrontés actuellement, et vous réduisez soudainement ce qui, comme Trump et [Elon] Musk l’ont dit, vous réduisez ce qui absorbait une part énorme du budget américain, le poussant vers le déficit.

    Et ce sont des partisans du déficit. Ce ne sont pas des théoriciens monétaires modernes ; ils pensent que les dépenses déficitaires sont mauvaises, et non que c’est grâce à elles que le gouvernement injecte de l’argent dans l’économie dans son ensemble.

    Il y a donc un véritable conflit de théorie monétaire qui se joue actuellement. On peut donc dire que toute cette lutte autour de l’or et des contrats à terme sur l’or reflète l’idée même de ce qui va constituer la base de la politique militaire, de la politique étrangère et de la géopolitique américaines.

    Allons-nous être en guerre permanente contre le reste du monde ? Ou allons-nous essayer de faire la paix avec la Russie, la Chine et l’Iran, et nous concentrer uniquement sur les pays que nous pouvons vraiment vaincre, comme le Canada, l’Angleterre, l’Australie, le Japon, la Corée du Sud ?

    BEN NORTON : Oui, ce qui est également ironique, c’est que Trump parle de réduire le déficit, mais il réduit également les impôts des riches, ce qui va probablement augmenter le déficit, ce qui est exactement ce qu’a fait Ronald Reagan.

    MICHAEL HUDSON : C’est vrai ! Il n’est pas tout à fait… ha ! C’est la partie non-exprimée. Nous savons tous ce qu’il veut.

    BEN NORTON : Oui, exactement. C’est exactement ce qu’a fait Ronald Reagan. Vous savez, Reagan avait dit qu’il allait réduire les dépenses publiques, mais en fait, le déficit américain en pourcentage du PIB a augmenté de manière significative sous Reagan.

    déficit PIB USA texte Reagan

    Ironiquement, c’est l’administration néolibérale de Bill Clinton qui a réellement réduit le déficit, et pour la première fois depuis, la seule fois depuis, les États-Unis ont réellement enregistré un excédent budgétaire.

    dette fédérale PIB américain texte Reagan

    Mais ce qui est intéressant, Michael, c’est que vous avez été associé à la théorie monétaire moderne (MMT), et vous n’êtes pas un fanatique de l’or.

    Mais ce que vous dites ici, c’est qu’il y a un élément qui fait que vous ne dites pas que le dollar devrait revenir à l’étalon-or. Ce n’est pas ce que vous dites.

    Vous dites qu’il doit y avoir des limites à la quantité d’argent imprimée, en établissant une sorte de lien avec la réalité [et l’économie réelle].

    MICHAEL HUDSON : La théorie monétaire moderne explique comment financer le déficit budgétaire intérieur .

    Une chose que la théorie monétaire moderne ne peut pas faire, lorsque vous créez de l’argent, c’est que vous ne pouvez pas créer de monnaie étrangère.

    [Les États-Unis] peuvent créer des dollars pour les investir dans l’économie. Il n’est pas nécessaire d’emprunter ces dollars auprès de riches détenteurs d’obligations et d’investisseurs. Il suffit d’imprimer de l’argent. Il n’est pas nécessaire de lever des impôts, car c’est l’essence même de la monnaie papier.

    Mais lorsqu’il s’agit de dépenses à l’étranger, notamment militaires, les États-Unis ne peuvent pas imprimer de monnaie chinoise pour financer leurs dépenses en Asie. Ils ne peuvent pas imprimer de roubles. Ils ne peuvent pas imprimer d’autres devises pour dépenser à l’étranger.

    La théorie monétaire moderne se réfère donc à l’ économie nationale et non à la monnaie étrangère. C’est une théorie de la monnaie nationale .

    L’or est une contrainte à la création monétaire. Tout cela remonte aux théories terribles de David Ricardo, le lobbyiste bancaire, en Grande-Bretagne en 1809 et 1810, lorsqu’il a témoigné devant le Bullion Committee et déclaré : « Nous devons maintenir les salaires bas. Nous devons maintenir l’économie pauvre, afin que les riches créanciers puissent obtenir suffisamment d’argent pour contrôler le monde et réduire tous les autres à une dépendance abjecte. Nous sommes donc contre la monnaie papier. La monnaie papier est inflationniste. Si nous n’utilisons que l’or et l’argent, que possèdent les riches, alors nous pouvons faire fonctionner le monde entier. »

    Il ne l’a pas dit simplement en ces termes, comme vous pouvez l’imaginer, mais ses arguments étaient contre la création de monnaie papier. C’était l’antithèse de la théorie monétaire moderne.

    Ricardo a expliqué en détail quels sont les principes du Fonds monétaire international depuis 1944 et 1945 : si vous ne laissez pas les pays créer leur propre monnaie papier et si vous ne les obligez pas à avoir une monnaie forte, de l’or ou des dollars américains, ils ne pourront pas se permettre d’embaucher plus de main d’œuvre, ni d’investir. Ils seront complètement dépendants des pays qui peuvent agir comme ses créanciers.

    Encore une fois, c’est ce que j’explique dans mon livre Super Impérialisme , comment tout ce système est né.

    J’écris actuellement un livre — j’en suis aux deux derniers chapitres — sur les alliances politiques des banquiers depuis les Croisades jusqu’à la Première Guerre mondiale, où l’on retrouve toute la tentative de monnaie forte.

    C’est ce qui a provoqué une rupture dans la politique américaine dans les années 1870, 1880 et au début des années 1890.

    BEN NORTON : Oui, à la fin du 19e siècle, le célèbre homme politique populiste américain William Jennings Bryan a déclaré que la classe financière voulait « crucifier l’humanité sur une croix d’or ».

    MICHAEL HUDSON : Souvenez-vous, après la guerre civile, les créanciers voulaient faire baisser les prix. Ils disaient : « Il y a eu de l’inflation pendant la guerre civile. Cela signifie que tous nos détenteurs d’obligations n’ont pas le même pouvoir d’achat sur la main-d’œuvre. Nous devons réduire les salaires des travailleurs et les rendre de plus en plus pauvres, afin de devenir de plus en plus riches, et nous y parvenons en faisant baisser le prix de l’or. Il faut du chômage. »

    Ils étaient, comme le dit la Réserve fédérale, « Nous avons besoin de chômage, d’argent fort, pour maintenir les salaires bas, afin que les employeurs puissent faire plus de profits en embauchant une main d’œuvre bon marché, en gros ».

    Il s’agit d’une guerre de classe entre le secteur financier et l’économie dans son ensemble, contre l’industrie. Le capitalisme financier est devenu l’antithèse du capitalisme industriel. C’est de cela que nous parlons dans ces émissions.

    Tout cela revient à Ricardo qui disait : si vous enlevez au gouvernement la capacité de générer des déficits et de dépenser de l’argent dans l’économie, alors vous dépendrez des riches pour fournir l’argent.

    Lorsque le président Clinton a finalement dégagé un excédent budgétaire en 1998, que s’est-il passé ? Cela signifie que le gouvernement n’a pas injecté d’argent dans l’économie. Les gens ont dû se tourner vers les banques pour emprunter et payer des intérêts aux banques.

    déficit fédéral en pourcentage du PIB des États-Unis de 1979 à 2023

    C’est ce que veut le secteur financier. Il veut obtenir des intérêts pour forcer l’économie dans son ensemble à payer des intérêts, pour obtenir l’argent dont elle a besoin pour faire des affaires et employer de la main d’œuvre, au lieu de laisser le gouvernement se contenter de fournir, d’imprimer de la monnaie, sans intérêts. L’effet inflationniste est identique.

    Il n’est pas plus inflationniste d’imprimer de la monnaie que d’emprunter à un milliardaire, qui ne va de toute façon pas dépenser d’argent pour acheter [plus] d’œufs, et « imprimer » de la monnaie de cette façon.

    Il y a donc toute une bataille autour de la question de savoir quelle est la source et l’utilisation de l’argent dans l’économie actuelle.

    Cela n’a pas été abordé dans la presse populaire, mais c’est précisément ce qui est à l’origine de la théorie monétaire moderne. Cette théorie a été combattue par le secteur financier qui voulait contrôler l’argent des classes aisées, par le secteur financier et par les banques, et non par le gouvernement dans l’intérêt public.

    La position du gouvernement [américain], qu’il s’agisse du Parti démocrate ou des républicains, est que l’argent doit être créé pour générer de l’argent pour le secteur financier riche, et non pour l’économie.

    La théorie monétaire moderne est que nous devrions créer de la monnaie pour promouvoir une véritable croissance économique et une augmentation du niveau de vie, et non pas simplement créer de la monnaie de manière à générer de l’argent pour le secteur financier et les milliardaires.

    Tous ces arguments politiques sont à l’origine de la restructuration de la politique monétaire à laquelle nous allons assister dans les prochaines années, déclenchée par l’effondrement du cours de l’or.

    BEN NORTON : Très bien dit, Michael. Il y a tellement de choses auxquelles nous pourrions répondre, mais je voudrais revenir un peu sur le marché de l’or.

    Vous avez souligné à quel point le marché de l’or est différent des autres marchés. Vous avez parlé du fait que l’économie fonctionne très différemment de ce qui est enseigné dans les manuels scolaires.

    Vous avez souligné que le marché de l’or en particulier est différent des autres marchés de matières premières. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

    MICHAEL HUDSON : Donc, la clé importante pour comprendre comment tout cela a été accompli est de voir à quel point les bourses financières mondiales de matières premières où sont fixés les prix de l’or sont complexes, et quelle est leur relation avec les véritables négociants en matières premières, c’est-à-dire là où les particuliers vont pour acheter de l’or.

    Les banques centrales peuvent s’acheter de l’or entre elles. Les fonds d’investissement, les fonds spéculatifs, les particuliers, les fabricants de bijoux, etc. achètent de l’or auprès des négociants en lingots.

    Eh bien, il y a une impression générale que lorsque les gens, les banques centrales ou les fonds communs de placement achètent de l’or, ils placent des offres sur un marché, quelque chose comme la Bourse des matières premières, COMEX.

    Mais ce n’est pas vraiment là que les gens achètent et vendent de l’or.

    Dans une bourse de marchandises, il s’agit en réalité d’un lieu de jeu. Vous pariez sur la hausse ou la baisse du prix d’une action, d’une obligation, de l’or ou d’une matière première (cuivre, blé ou toute autre matière première).

    Une bourse de marchandises est donc un endroit où l’on parie sur l’évolution des prix.

    Ces courtiers qui achètent et vendent des options sur les prix des céréales — et sur l’évolution du marché boursier ou du S&P 500 — ne vont pas réellement acheter du blé, de l’or ou des actions ; ils parient sur l’évolution des prix.

    Ce pari est censé refléter ce qui se passe dans le monde réel. Il est censé y avoir une base physique et tangible pour tout cela.

    Je voudrais donc prendre une minute pour expliquer. [Le gestionnaire d’actifs] Vanguard a un site qui parle des options de vente et d’achat, de la vente à découvert et des options, et qui a son propre vocabulaire.

    Je vais citer ce que dit Vanguard :

    Lorsque vous achetez une option d’achat , vous achetez le droit d’acheter un titre spécifique à un prix fixe (le « prix d’exercice ») à un moment donné dans le futur [à une date donnée].

    Si le prix de ce titre augmente, vous pouvez réaliser un bénéfice en l’achetant au prix convenu et en le revendant sur le marché libre [en bourse] au prix du marché plus élevé.

    Lorsque vous achetez une option de vente , vous achetez le droit de vendre à quelqu’un un titre spécifique à un prix d’exercice fixe dans le futur.

    Supposons que le prix de l’or soit de 1 250 dollars. Vous pouvez dire : « Je vais vous le vendre à seulement 1 200 dollars ». Si le prix baisse, vous pouvez en fait réaliser un bénéfice en l’achetant sur le marché libre au prix le plus bas, puis en exerçant votre option de vente au prix le plus élevé. Cela semble compliqué.

    BEN NORTON : Pour simplifier, vous avez fait une bonne description. L’explication est très simple : si vous achetez un call, c’est parce que vous pensez que le prix va augmenter ; si vous achetez un put, c’est parce que vous pensez que le prix va baisser. Donc, le call monte, le put baisse.

    Comme vous l’avez dit, il s’agit essentiellement de paris financiers. Il s’agit de trading d’options.

    MICHAEL HUDSON : La question est de savoir pourquoi, dans les années 2010, alors que tout le monde disait : « Cette tendance ne peut pas continuer, le prix de l’or doit augmenter », quelqu’un a-t-il continué à vendre de l’or à un prix inférieur en disant : « Dans trois mois, nous allons vous vendre de l’or à 50 $ l’once de moins, ou à 25 $ l’once de moins ». Qui faisait ça ?

    Je ne connais aucun investisseur privé qui serait venu faire cela, car ils ont dit : « Nous pensons que le prix va augmenter, au lieu de baisser ; c’est la tendance à long terme de l’or ».

    Eh bien, l’explication est que cette vente d’or à terme a été effectuée par les banques centrales, principalement par la Réserve fédérale américaine et le Trésor, agissant au nom du Trésor, ou de la Banque d’Angleterre.

    Lorsque vous achetez une option de vente ou d’achat, vous devez payer pour ces options. Autrefois, vous regardiez dans les journaux combien coûtait l’achat d’une option sur des obligations du Trésor, sur des actions ou sur de l’or.

    Lorsque vous vendez le droit d’acheter de l’or, disons au même prix, ou un ou deux dollars de moins, les gens vous paieront pour cette option d’achat au même prix dans trois ou six mois. C’est une source de revenus.

    Ainsi, le Trésor américain et la Banque d’Angleterre gagnaient en réalité de l’argent en vendant de l’or à découvert. Et quand vous continuez à promettre, vous avez tellement d’argent et vous êtes un acteur important du marché que vous êtes un peu comme George Soros lorsqu’il a fait tomber la Banque d’Angleterre. Vous pouvez gagner sur le marché en étant aussi important.

    Lorsque vous arrivez et que vous continuez à vendre de l’or à découvert, bien au-delà de la demande, vous submergez le marché, ce qui maintient le prix bas.

    Même si de plus en plus de gens achètent de l’or, les États-Unis et l’Angleterre gagnent de l’argent en s’engageant essentiellement dans cette manipulation du marché comme source de revenus.

    C’est l’un des facteurs qui ont maintenu le prix de l’or à un niveau bas.

    En fait, les banques centrales vendent également de l’or à découvert depuis plusieurs décennies. Et elles en tirent des bénéfices.

    Comme je l’ai dit, pour acheter cette option, il faut acheter de l’or à un prix assez bas quand on se dit : « Le marché de l’or va certainement monter, le prix de l’or doit monter, car tout le monde l’achète. Je vais acheter cette option ».

    Et ça n’a pas marché. Beaucoup de gens, pessimistes, ont essayé de faire ça, et ils ont été dépassés par les ventes des banques centrales.

    La plupart des options ne sont pas exercées, car les banques centrales continuent de vendre à terme, encore et encore. C’est ce qui a maintenu le prix de l’or à un niveau bas pendant de nombreuses décennies. Cela a empêché le prix d’augmenter, car les futurs acheteurs peuvent toujours acheter l’autre extrémité d’une vente à découvert, à un prix inférieur.

    L’offre et la demande n’existaient pas uniquement sur le marché privé, ni uniquement parmi les banques centrales ; c’était un marché manipulé.

    Il semble donc que cette fuite d’or, pour faire face à la récente hausse du prix de l’or de mille dollars l’once, a sérieusement épuisé les réserves d’or. Le Trésor a même dû les vendre.

    C’est un autre aspect du marché : celui des négociants en or.

    Supposons qu’il n’y ait pas de bourse des marchandises pour fixer les prix des contrats.

    La demande d’or physique a dépassé l’offre. Les banques centrales ont donc loué l’or aux négociants en or.

    En d’autres termes, les banques centrales ont ressenti ce que l’on pourrait appeler de l’orgueil. Elles se sont dit : « Nous serons toujours en mesure de maintenir le prix de l’or à un niveau bas. » Les négociants en or achètent donc de l’or et le revendent à leurs clients, qui s’attendent à une hausse des prix.

    Les négociants en or diront alors : « Louez-nous une tonne d’or à ce prix-là. Nous vous paierons pour la louer afin que nous puissions l’envoyer aux clients ».

    Si le prix n’augmente pas, vous savez, à un moment donné, les clients diront : « OK, je n’ai pas réalisé les bénéfices que j’ai réalisés sur le marché boursier ou sur le marché obligataire avec l’or ».

    Rappelez-vous, après la crise bancaire d’Obama en 2008-2009, tout l’assouplissement quantitatif a été mis en place, et les taux d’intérêt étaient si bas qu’ils ont déclenché un énorme boom du marché boursier et le plus grand boom du marché obligataire de l’histoire.

    Pourquoi les gens voudraient-ils acheter de l’or après 2009, alors que les prix de l’or augmentent progressivement, mais que les prix des actions et des obligations augmentent beaucoup plus ?

    Le rival de l’or était donc ce boom artificiel créé par l’assouplissement quantitatif et les taux d’intérêt bas. Cela fait donc partie de l’équation.

    Les banques centrales étaient ravies de louer l’or aux négociants en or. Elles gagnaient de l’argent grâce à ce leasing, comme si vous louiez une voiture. Vous leur donniez l’or, et elles devaient le rendre à une date précise.

    Vous dites : « OK, nous vous prêterons cet or pendant un an, et à la fin de l’année, vous devrez le rendre, mais vous pourrez le garder et faire ce que vous voulez à ce moment-là ».

    Les négociants en or se retournaient alors et vendaient aux investisseurs privés – peut-être aussi aux banques centrales – l’or qu’ils avaient loué. À la fin de l’année, ils disaient : « Nous allons prendre un autre bail, et nous le louerons maintenant pour deux tonnes » ; puis plus tard, vous savez, pour trois tonnes.

    Les banques centrales continueraient donc à louer l’or, tonne après tonne, aux négociants en or.

    Eh bien, cela signifiait que les États-Unis enverraient de l’or, physiquement, de Fort Knox aux négociants en or – en grande partie à Londres, qui était en quelque sorte le centre de négoce de l’or.

    Tout comme le marché de l’or après la Seconde Guerre mondiale, lorsque les États-Unis maintenaient le prix de l’or à un niveau bas sur le marché, c’était à la Bourse de l’or de Londres qu’ils retenaient tout.

    Les États-Unis et l’Angleterre ont donc continué à louer de l’or, gagnant ainsi de l’argent auprès des négociants, et à vendre de l’or à découvert, gagnant ainsi de l’argent grâce aux commissions d’achat. Et cela est devenu une bonne source de financement.

    Si l’on fait les comptes, Fort Knox aurait pu réclamer un paiement aux négociants en or pour la location de cet or. Et c’était une façon pour Fort Knox et le Trésor de gagner de l’argent.

    Mais leur objectif n’était pas simplement de gagner de l’argent ; il s’agissait de maintenir le prix de l’or bas, afin que celui-ci ne réapparaisse pas comme un rival du dollar américain.

    C’est ce qui a motivé tout ce système. Et c’était la motivation des États-Unis. C’était politique.

    BEN NORTON : Michael, au fait, pour ceux qui ne le savent pas, Fort Knox est le dépôt d’or du Département du Trésor. C’est son emplacement physique.

    Son nom officiel est le US Bullion Depository. C’est là que le Trésor conserve ses réserves d’or physique.

    MICHAEL HUDSON : Oui, mais la plupart des gens pensent que c’est Fort Knox. Si vous avez vu le film Goldfinger , vous savez où il se trouve.

    BEN NORTON : Au fait, pour les plus jeunes téléspectateurs, lorsque vous dites Goldfinger , vous faites référence à un film classique de James Bond des années 1960.

    MICHAEL HUDSON : C’est un très bon film aussi. On peut le revoir et c’est toujours nouveau. Sean Connery était encore le James Bond à l’époque.

    La question est donc de savoir comment savoir quelle quantité d’or américain a réellement été envoyée à des négociants étrangers. Il n’existe aucune statistique à ce sujet.

    Il n’existe même pas de statistiques sur la quantité d’or réellement présente à Fort Knox.

    Les États-Unis publient leurs réserves d’or, mais celles-ci considèrent tout l’or qui a été loué à des négociants étrangers comme faisant partie des réserves d’or, car il s’agit de nos réserves d’or. Mais nous ne les détenons pas. Nous les avons louées !

    C’est comme si vous étiez une société automobile, comme Hertz ou Avis, et que vous louiez la voiture, la voiture est votre voiture, ce n’est pas la voiture du locataire. L’or reste votre propriété, il n’appartient pas aux négociants en or qui vous l’ont loué.

    Ainsi, Roberts, un de mes amis qui était l’ancien secrétaire adjoint au Trésor pour les affaires monétaires sous Ronald Reagan, en 1981 et 1982, m’a écrit récemment pour me dire, je cite : « Avant que nous apprenions à faire baisser le prix de l’or avec des ventes à découvert à nu » — c’est-à-dire en vendant de l’or à découvert lorsque vous n’en avez pas — « nous louions l’or à des négociants en lingots qui le vendaient ».

    La situation de ce marché semble s’être accélérée de façon constante. Il n’existe aucune statistique. Et « le représentant Ron Paul, il y a des années, n’a jamais pu obtenir un audit de l’or de Fort Knox. Il n’a même pas été autorisé à entrer pour voir s’il y avait de l’or là-bas ».

    Ron Paul, qui est un libertarien, l’ancien chef du groupe libertarien au Congrès, « a fait du grabuge, mais on lui a répondu qu’il s’agissait d’une question de sécurité nationale ».

    Imaginez donc que même un membre du Congrès ne puisse pas savoir quelle quantité d’or se trouve physiquement sur le territoire. Pourquoi serait-ce une question de sécurité nationale, s’il n’y a aucun problème ?

    Pourquoi les États-Unis ne sont-ils pas contents de dire : « Voici la quantité d’or dont nous disposons. Vous savez, nous sommes parfaitement solvables. Nous avons tout. Aucun problème ».

    Ils ne divulguent aucune statistique.

    Le Trésor a donc travaillé de deux manières, comme je l’ai dit, pour maintenir le prix bas : en louant de l’or, pendant de nombreuses années ; puis en manipulant son prix, pour le maintenir bas via l’étalon de change-or.

    La question est : les négociants en or, qu’ont-ils fait de cet or qu’ils ont loué ?

    Eh bien, lorsque j’étudiais l’histoire de l’argent et de la banque, il y a 60 ans, le principe de la banque à réserves fractionnaires était la première chose dont les professeurs parlaient et expliquaient.

    Cela signifie que si vous vous rendez dans une banque et que vous y avez déposé un dépôt, la banque ne se contente pas de garder tout votre argent. Elle sait que tous les déposants ne voudront pas récupérer tout votre argent en même temps, à moins qu’il y ait une panique bancaire.

    Ainsi, les banques prennent votre argent et doivent conserver, disons, un septième de l’argent qu’elles gardent liquide, vous savez, juste pour le chiffre d’affaires, pour la demande normale des personnes qui veulent réellement émettre des chèques sur leurs comptes et dépenser l’argent.

    Mais fondamentalement, ils gagnent leur argent en prêtant la majeure partie de l’argent que vous placez dans les banques, les hypothèques ou à des courtiers en actions et en obligations, ils le prêtent et ne gardent qu’une partie de leur argent en réserve.

    Les banques ont des exigences spécifiques en matière de réserves, et désormais, elles ont des exigences en matière de fonds propres. Elles sont réglementées quant à la quantité d’argent liquide qu’elles doivent conserver à portée de main.

    Mais aux XVIe et XVIIe siècles, avant l’apparition du système bancaire moderne, ce sont les négociants en or qui jouaient ce rôle.

    Si vous étiez une personne aisée, l’argent que vous possédiez était de l’or et de l’argent. La monnaie papier n’est apparue qu’au XVIIe siècle, et surtout après la création de la Banque d’Angleterre en 1694. Les gens utilisaient et leurs transactions se faisaient en pièces de monnaie et en or.

    Donc, si vous étiez assez riche et que vous aviez des pièces de monnaie en trop, vous les gardiez chez un négociant en lingots, car vous ne vouliez pas les garder chez vous, car vous risquiez d’être volé ou d’avoir un incendie et l’or fondrait. Et les négociants en or vous feraient payer pour garder votre or.

    Mais ils ont réalisé qu’à mesure que de plus en plus de gens vendaient de l’or, ils n’avaient plus besoin de conserver tout cet or dans leurs propres coffres.

    Ils pouvaient prendre cette monnaie et acheter des obligations qui rapportaient beaucoup d’argent, ou bien acheter des biens immobiliers. Ils pouvaient acheter tout ce qu’ils voulaient. Il leur suffisait de garder une partie de cet or en réserve.

    Il va sans dire que lorsqu’il y avait une crise financière ou une guerre, ces déposants venaient et disaient : « OK, nous voulons notre or. Il y a de l’instabilité. Nous voulons garder l’or chez nous maintenant ».

    Et les négociants en or auraient dit : « Nous avons acheté des obligations avec eux. Nous avons prêté l’argent aux négociants pour gagner de l’argent sur les importations et les exportations. L’argent est investi en toute sécurité, mais nous n’avons pas l’or physique pour vous payer ».

    Il y aurait une crise, et les négociants en or feraient faillite s’ils n’avaient vraiment pas assez d’argent pour payer leurs déposants, tout comme les banques feraient faillite en cas de ruée bancaire.

    Certains négociants en or ont prêté trop d’or, et certains négociants prudents ont pris des risques, car il y avait toujours une crise qui survenait à un moment donné, pour des raisons qui ne peuvent généralement pas être anticipées.

    C’est pour cela que vous avez des réserves réglementées. Mais à l’époque des négociants en or, il n’y avait pas d’organisme de réglementation pour s’assurer qu’ils ne prêtaient pas tout leur argent et ne gagnaient pas d’argent non seulement en collectant l’argent des déposants pour garder leur or en sécurité, mais aussi en gagnant de l’argent en prêtant l’or et en investissant, ce qui a conduit à une crise à la fin.

    Eh bien, ce genre de comportement, qui consiste à exploiter ses réserves pour gagner de l’argent, pose un problème évident. Je suppose que vous pouvez imaginer de quoi il s’agit.

    Depuis combien de temps Fort Knox, la Banque d’Angleterre et peut-être d’autres banques louent-elles leur or ? Et sont-elles sur le point d’en manquer ? Et s’il ne restait plus d’or du tout dans leurs coffres ?

    Imaginez Goldfinger essayant de cambrioler Fort Knox, comme dans le film, et découvrant que ses coffres sont vides et qu’il n’y a rien à voler !

    Les négociants en or se trouvent-ils dans une situation similaire à celle de Fort Knox, avec des demandes de paiement pour l’or loué aux États-Unis, mais ils ne sont pas en mesure de le restituer ?

    Les États-Unis diront : « Nous voulons récupérer notre or maintenant ». Et les négociants répondront : « Eh bien, dans le passé, lorsque vous disiez que vous le vouliez récupérer, nous vous payions juste un peu plus pour le louer, et encore un peu plus pour le louer. Combien devons-nous vous payer cette fois pour le louer ? »

    Eh bien, les États-Unis ne peuvent pas dire : « Nous voulons récupérer tout notre or, car les gens se demandent si l’Amérique a vraiment le contrôle de ce stock d’or ».

    Vous savez, c’est comme une voiture Avis qui a un accident et, tout d’un coup, Avis écrit sur son bilan : « Eh bien, nous avons tellement de voitures, et il s’avère que certaines d’entre elles sont en panne, ou certaines sont accidentées, ou certaines ont disparu ».

    C’est le genre de situation que nous avons actuellement. Avis a des auditeurs, les négociants en or et les fonds communs de placement ont des auditeurs, et probablement le Trésor a des auditeurs, mais tout cela est secret. Personne ne peut le voir.

    Tout le monde opère donc dans l’ombre en ce moment. Ils aimeraient opérer dans la lumière en se demandant : « Regardez, quelle est la situation réelle ? Qui possède l’or ? Qui doit l’or ? Quelle est l’offre et la demande ? »

    Si l’on tient compte de toutes ces locations, de toutes ces ventes à découvert, quelle est la demande physique réelle d’or ? D’où vient tout cet or qui a été loué ou vendu à terme ? Où va-t-il ?

    Il se pourrait bien que nous soyons sur le point de voir toute cette mascarade dévoilée. Ce moment viendra quand suffisamment d’investisseurs voudront réellement prendre livraison de leurs titres.

    Il se pourrait que ce soit les bijoutiers indiens. L’Inde était autrefois appelée le « puits d’or », car, alors que la plupart des pays occidentaux et la Chine fonctionnaient selon l’étalon argent, l’Inde a toujours mis l’accent sur l’or. Elle a donc été un acheteur majeur d’or du secteur privé.

    Une grande quantité d’or est détenue par des négociants en or, ou Singapour est un endroit, un pays qui offre un lieu de dépôt aux personnes qui souhaitent y détenir de l’or. Vous aurez donc un droit de créance sur une banque ou un négociant de Singapour, ou sur une banque suisse qui détient de l’or.

    Et vous supposez qu’il possède réellement de l’or et qu’il ne fonctionne pas uniquement sur la base de réserves fractionnaires.

    Ainsi, la semaine dernière, un ancien officier militaire [américain], Douglas Macgregor, a été interrogé par le juge Napolitano, et il a cité Alex Kreiner lui disant qu’il y avait des soupçons selon lesquels la Banque d’Angleterre pourrait ne pas avoir l’or qu’elle est censée avoir.

    Le Trésor américain a suggéré d’envoyer des fonds du Trésor par Londres pour fournir aux banques britanniques un soutien, afin qu’elles puissent dire : « OK, nous ne vous donnerons pas l’or, mais nous vous donnerons l’argent en échange de l’or. N’est-ce pas la même chose ? » Bien sûr, ce n’est pas la même chose.

    Il pense que les investisseurs américains font partie des bénéficiaires de l’or qui a été loué.

    Supposons que le Trésor américain et la Banque d’Angleterre aient loué de l’or à des négociants en or. Ces derniers sont censés détenir l’or.

    En fait, cela devient un système pyramidal. Et cela ne peut pas être résolu simplement en payant de l’argent pour le prix que vous aviez, car les gens veulent de l’or. C’est pourquoi le prix a tellement augmenté.

    Le crédit-bail aurait pu continuer à fonctionner si les États-Unis et leur satellite britannique avaient eu suffisamment d’or pour continuer à le vendre à découvert et à le louer.

    Mais si de plus en plus d’acheteurs achètent le droit d’acheter de l’or sur les contrats à terme du COMEX, le Trésor peut alors simplement leur payer le gain de prix sur lequel ils ont parié. Le problème peut être résolu simplement en imprimant plus de monnaie, ce que la Fed peut créer à l’infini.

    Mais une fois que vous louez de l’or, cela pose un problème plus concret et immédiat. À un moment donné, les gens vont vouloir prendre possession physique de l’or. C’est ce qui se passe. Il y a une ruée sur le marché de l’or, pas une ruée sur les banques, mais une ruée sur le marché de l’or.

    Jusqu’à présent, la plupart des investisseurs individuels ne souhaitaient pas détenir d’or, mais ils commencent à s’inquiéter.

    Alors, que va-t-il se passer ? Et comment va se terminer tout ce système pyramidal ?

    La solution préférée des États-Unis et du gouvernement britannique serait de simplement payer pour sortir du dilemme actuel.

    Mais les investisseurs qui ont acheté des certificats pour détenir de l’or veulent avoir une certaine sécurité quant à la présence réelle de l’or. Et pour la première fois, ils ne font plus vraiment confiance au dollar ou à la livre sterling.

    C’est pourquoi, depuis des milliers d’années, les gens ont voulu détenir des lingots d’or, car c’est un objet tangible et vous savez combien vous en avez.

    Une solution serait que les banques centrales tentent de remplacer les investissements monétaires tangibles en disant simplement : « Bon, nous allons démonétiser l’or. Nous n’avons plus besoin d’or. Nous l’avons démonétisé en 1971. Nous l’avons conservé dans nos comptes. Mais maintenant, nous n’avons plus besoin d’or. Nous sommes désormais un système électronique, basé sur l’intelligence artificielle. Nous allons donc adopter un système de comptabilité basé sur la blockchain et oublier l’or ; il ne compte plus. Pouf ! Nous allons vous payer l’argent que vous avez payé pour obtenir votre or, et l’argent n’est-il pas aussi bon que l’or ? Le crédit papier que nous créons sur nos ordinateurs, le crédit électronique informatique, n’est-il pas aussi bon que l’or ? »

    Voilà l’idéal d’un univers financier fictif basé sur des créances et des passifs qui ont perdu tout lien avec la réalité physique. C’est un type d’avenir qui résoudrait le problème.

    Sinon, comment les États-Unis et la Grande-Bretagne peuvent-ils dissimuler le problème et éviter d’être tenus responsables ?

    La vieille comptine dit qu’il y a un problème à vendre à découvert une marchandise lorsqu’on ne la possède pas : « Celui qui vend ce qui ne lui appartient pas doit le racheter ou aller en prison ».

    C’est ce que les gens ont toujours dit aux vendeurs à découvert. Soyez très prudents si vous vendez le droit à quelqu’un de vous demander cette marchandise, vous savez, lorsque la période est terminée, et que vous dites : « Eh bien, je suis désolé, nous avons simplement spéculé sur une baisse du prix, mais nous n’avons vraiment pas l’or, le blé ou le cuivre à vous vendre ». Dans ce cas, c’est une fraude et vous êtes envoyé en prison.

    Alors, que va-t-il se passer si tout un gouvernement le fait ?

    Eh bien, rappelez-vous ce que le président Nixon a dit : « Quand le président le fait, ce n’est pas un crime ».

    Aujourd’hui, ils diront : « Ce n’est pas un crime de ne pas pouvoir vous donner l’or que vous pensiez avoir acheté. Nous vous avons donné l’argent pour l’or, nous vous avons rendu justice. N’est-ce pas suffisant ? » Parce que nous avons changé toute la nature du système.

    Il leur faut donc un nouveau Goldfinger à blâmer pour les coffres vides de Fort Knox. Mais comment vont-ils trouver ça ? Eh bien, Goldfinger n’aurait pas pu faire tout ce qu’il a fait si simplement dans le film.

    Mais peut-être que quelqu’un peut tout simplement faire exploser la bombe atomique sur Fort Knox, et vous accuserez alors l’ennemi de la semaine de l’Amérique. Ils pourront dire : « Oh, le Hamas a fait exploser Fort Knox avec la bombe atomique que l’Iran leur a donnée. Nous allons attaquer l’Iran. Et c’est vraiment dommage qu’ils aient fait ça, mais il n’y a plus d’or. C’est donc une urgence nationale. Vous n’aurez plus que des dollars électroniques maintenant ». Peut-être qu’il y aura quelque chose de science-fiction, comme ça.

    Eh bien, l’Occident veut démonétiser l’or pour que le problème — pouf ! — disparaisse par accord collectif.

    Le problème sera de convaincre les Européens et les autres pays de prendre les choses en main et de dire : « OK, nous allons démonétiser tout notre or. Vous savez, nous le garderons, mais nous accepterons, à l’avenir, que les États-Unis puissent continuer à mener la nouvelle guerre froide et à investir des dollars dans l’économie, et nous n’achèterons plus d’or, à moins de le payer 4 000, 5 000 ou 6 000 dollars l’once. Mais nous continuerons à laisser le dollar américain être la base de notre propre système monétaire et financier ».

    L’Europe va-t-elle vraiment faire cela ? Ce n’est certainement pas le cas de la Chine, de la Russie, de la plupart des pays d’Asie et des pays du Sud.

    C’est ce qui rend le prix de l’or si politique. Cette idée de la destination de l’or est la clé du fonctionnement du système monétaire mondial et détermine l’évolution de la géopolitique mondiale au cours des prochaines années.

    BEN NORTON : Très bien dit, Michael. Je pense que vous avez soulevé tous les points importants que vous souhaitiez aborder. Y avait-il autre chose ?

    MICHAEL HUDSON : Eh bien, je sais que cela semble ennuyeux pour les gens de passer en revue les mécanismes de la bourse COMEX et des négociants en lingots – ces détails techniques et le fonctionnement du système ne semblent pas très passionnants, mais il s’avère que le diable est dans les détails.

    Une fois que vous comprenez comment fonctionne le système, vous voyez où se trouvent les vulnérabilités et où se trouve l’instabilité — ou, comme nous aimons le dire, les contradictions internes.

    BEN NORTON : Eh bien, je pense que c’est une excellente note pour terminer, Michael.

    Nous avons discuté avec l’économiste primé Michael Hudson. Vous pouvez retrouver l’intégralité de son travail sur son site Internet, Michael-Hudson.com .

    Michael, merci de nous rejoindre aujourd’hui au Geopolitical Economy Report et d’expliquer ces développements très importants et très intéressants.

    C’est toujours un réel plaisir de vous avoir.

    MICHAEL HUDSON : Eh bien, je suis heureux que vous me laissiez aborder tous les détails techniques que nous n’abordons généralement pas dans nos discussions politiques.

    BEN NORTON : Bien sûr, c’est un réel plaisir. On se retrouve la prochaine fois.

  • الطاهر المعز-متابعات – العدد 111 بتاريخ 15 من شباط/فبراير 2025

    الطاهر المعز-متابعات – العدد 111 بتاريخ 15 من شباط/فبراير 2025

    يتضمن العدد الحادي عشر بعد المائة بتاريخ الخامس عشر من شباط/فبراير 2025 فقرة عن علاقة النظام السوري الجديد مع الكيان الصهيوني ومع الفلسطينيين، وفقرة عن ضُعف مستوى احتياطي النّقد الأجنبي لدى المصرف المركزي التونسي وفقرة عن فنزويلا وفقرة عن دور الإستعمار في الفجوة بين الأثرياء والفقراء على مستوى عالمي وفقرة عن الحرب التكنولوجية بين الولايات المتحدة والصّين

    اجتمع ممثلون عن تسع وعشرين حكومة من دول آسيوية وأفريقية في باندونغ بإندونيسيا ( نيسان/ابريل 1955) لمناقشة قضايا السّلْم ودور « العالم الثالث » في الحرب الباردة والتنمية الإقتصادية وإنهاء الإستعمار، وأرْسَى مؤمتر باندونغ وبيانه الختامي أُسُسَ حركة عدم الإنحياز خلال الحرب الباردة بين حُلفاء الإمبريالية الأمريكية من جهة والإتحاد السّوفييتي وحلفائه من أوروبا الشرقية من جهة ثانية، وفي جلسة الإفتتاح، وَرَدَ في خطاب رئيس إندونيسيا أحمد سوكارنو:

    كثيرًا ما يُقال لنا إن الإستعمار قد مات. يجب أَلَّا نُخْدَع بهذه المقولة لأن الإستعمار لم يمُتْ بعْدُ طالما لا تزال مناطق شاسعة من آسيا وإفريقيا غير حُرّة، بل تغيَّرَ شكل الإستعمار الذي ارتدى لباسًا جديدًا يتمثل في السيطرة الإقتصادية والسيطرة الفكرية والسيطرة المادّيّة الفعلية في أجزاء مختلفة من آسيا وإفريقيا بواسطة مجموعة صغيرة غريبة عن جسد الأمّة، كما إن الإستعمار عدو ماكر وحازم، ويظهر في العديد الأشكال وهو لا يتخلَّى بسهولة عن عمليات النهب، لذا أينما ومتى وكيفما ظهر الإستعمار فإنه يبقى شرِّيرًا، ويجب استئصاله من الأرض ».

    بعد ثلاثة أيام فقط على إعلان سقوط النظام ودخول المليشيات الإرهابية إلى دمشق، أنْذَرت هيئة تحرير الشام الفصائل الفلسطينية بأن السّلاح الفلسطيني ممنوع في سوريا، ووجَبَ إخلاء المَقرّات العسكرية ومُعسكرات التّدريب وتسليم السّلاح الثقيل، وصدَر هذا الإنذار بينما كانت قوات العدو الصهيوني تحتل القنيطرة وجبل الشيخ وحوض اليرموك ومناطق عديدة في جنوب سوريا وأصبحت على بعد حوالي عشرين كيلومتر من دمشق، فيما اتجهت مليشيات « هيئة تحرير الشام » (النصرة والقاعدة سابقًا) نحو الحدود السورية اللبنانية للإشتباك مع إحدى الفصائل الفلسطينية وإبعاد مُسلّحيها عن الحدود وعن البقاع الشرقية، وفي الأثناء كانت قوات الاحتلال تحتل المزيد من الأراضي السورية في مناطق القنيطرة ودرعا والسويداء وحتى الحدود العراقية السّورية، لكن سبق وأن صَرَّحَ زعيم الإرهابيين أحمد الشرع ( أبو محمد الجولاني ) « إن إيران هي العدو الرئيسي وليست لنا أي مشكلة مع إسرائيل (… ) إن تقدم القوات الإسرائيلية فعل غير مبرر طالما طردنا إيران وحزب الله من سوريا… »

    تدرّبت هيئة تحرير الشّام على الحكم في في « إدلب » بإشراف تركيا وقَطَر والاستخبارات البريطانية والأوروبية والأمريكية التي قدّمت له مشروع « معالجة مشكلة الفلسطينيين في سوريا »، من خلال منح الجنسية السورية لكل الفلسطينيين المسجّلين كلاجئين في سوريا ( كانت للفلسطينيين في سوريا نفس الحقوق باستثناء الإنتخاب ) ويُعاملون مثل السّوريين شرط التّخلِّي عن مُقاومة الإحتلال الصهيوني، ويترتب عن ذلك أيضًا إزالة المخيمات نهائياً وتوزيع الفلسطينيين على كافة مناطق سوريا في إطار برنامج إعادة الإعمار… 

    من جهته، أعلن دونالد ترامب  » لا عِلْمَ لي بأي قرار بشأن انسحاب قواتنا من سوريا »، وعزّزت قوات الإحتلال الأمريكي وجودها في حقوق النفط والغاز والمناطق الزراعية في سوريا بذريعة « محاربة الإرهاب » ودعم مليشيات العشائر الكُردية شمال شرقي سوريا، حيث عزّزت القوات الأميركية من حضورها في دير الزُّور والحسكة، عبر استقدام تعزيزات كبيرة وغير مسبوقة من القواعد العسكرية الأمريكية في العراق، خلال شهر كانون الثاني/يناير 2025، وتمثلت في العشرات من طائرات الشّحن الضّخمة ومئات الشاحنات المُحَمّلة بآليات ومعدات عسكرية ولوجستية، قادمة من إقليم كردستان العراق، تمّ توزيعها على القواعد المنتشرة في منطقة شمال وشمال شرق سوريا، وفق « المرصد السوري لحقوق الإنسان »، الذي أنْشأتْهُ بريطانيا منذ سنة 2011… 

    كما أعلنت حكومة المليشيات الإرهابية السورية ثُلُثَ عدد الموظفين الحكوميين ( تسريح 400 ألف موظف حكومي، من أصل نحو 1,2 مليون موظف ) باسم تنفيذ « إصلاح شامل » في إطار « اقتصاد السوق الحر التنافسي » ( وفق وزير الإقتصاد) ، ويتضمّن هذا « الإصلاح الشّامل » خصخصة 107 شركات صناعية مملوكة للدولة، وفق وكالة الأنباء السّورية – سانا، بتاريخ 31 كانون الثاني/يناير 2025

    تَضَرَّرَ قطاع الفلاحة من الجفاف المُستمر لعدّة مواسم، وهو يُساهم بنسبة 10,2% من الناتج المحلي الإجمالي، و بنسبة 12% ة من الصادرات و يوفر 14% من « فُرَص العمل »، وفقا لتصريحات وزير الفلاحة والموارد المائية والصيد البحري في الحكومة التونسية، وتعد تونس من أبرز منتجي ومصدري زيت الزيتون في العالم كما تعد ومُصَدِّرًا رئيسيًّا للتمور والقوارص وبعض منتجات الفواكه، وأدّى الجفاف إلى انحسار مخزونات المياه في السدود، وحَظَرَت الحكومة بعض الزراعات السقوية ، فيما يُعاني الفلاّحون من ارتفاع أسعار البُذُور وعلف الحيوانات وارتفاع أسعار الطّاقة، فضلا عن الوضع السّيّء للبُنية التّحتية وصعوبة الحصول على قروض مع ارتفاع نسبة الفائدة، وتتوقع وزارة الفلاحة انتعاش القطاع الزراعي خلال موسم 2024/2025 بفعل نزول الأمطار التي وضعت حدًّا لحالة الجفاف المُستمرة منذ سنة 2019، ورَفَعت من منسوب مياه السُّدُود وخفضت عجْز الإيرادات المائية…

    من جهة أخرى، أعلنت وزيرة المالية خلال شهر تشرين الأول/اكتوبر 2024 إن الحكومة سددت قروضا مستحقة بقيمة 11,6 مليار دينار (3,7 مليارات دولار) من القروض الخارجية خلال النصف الأول من سنة 2024، ثم أعلنت خلال شهر كانون الأول/ديسمبر 2024 إن تونس بحاجة إلى سداد ديون بقيمة 9 مليارات دينار خلال الربع الأول من عام 2025، منها ديون خارجية بقيمة 5,1 مليارات دينار، وأظهرت بيانات المصرف المركزي، يوم الخميس 30 كانون الثاني/يناير 2025 أن احتياطيات البلاد من النقد الأجنبي تراجعت إلى ما يغطي 104 أيام من الواردات – رغم تبجّح الإعلام الرّسْمِي بارتفاع إيرادات السياحة وصادرات الإنتاج الفلاحي – بعد أن سددت الحكومة 1,1 مليار دولار من الديون الخارجية، حيث انخفض حجم احتياطيات المصرف المركزي من النقد الأجنبي من 26,701 مليار دينار ( ما يغطي 119 يوم من الواردات يوم الإربعاء 29/01/2025) إلى 23,325 مليار دينار (7,3 مليارات دولار) يوم الخميس 30/01/2025 أو ما يغطي واردات 104 أيام.

    تُلاقي الدّولة صعوبات كبيرة وأزمة اقتصادية حادّة منذ عدّة سنوات، ومن تداعيات جائحة كورونا، ومن ارتفاع كلفة استيراد الطاقة والمواد الأساسية، منذ شهر شباط/فبراير 2022، إثر اندلاع الحرب في أوكرانيا، وبالأخص بعدَ فشل المفاوضات مع صندوق النّقد الدّولي بشأن قَرض بقيمة 1,9 مليار دولار، واضطرت الحكومة إلى الإقتراض الدّاخلي من المصارف الخاصة التي ارتفعت أرباحها بفضل إقراض الدّولة، ومن المصرف المركزي، ووافق البرلمان التونسي خلال شهر كانون الأول/ديسمبر 2024 على قانون يسمح للمصرف المركزي بتوفير 2,2 مليار دولار لتمويل ميزانية 2025 ولسداد الديون العاجلة، وكانت وثيقة قانون موزانة الدّولة لسنة 2025 قد أشارت إلى ارتفاع حجم القروض الداخلية إلى الضِّعْف من 3,57 مليارات دولارا سنة 2024 إلى 7,08 مليارات دولار سنة 2025، وإلى تراجُعِ حجم القروض الخارجية من 5,32 مليارات دولارا سنة 2024 إلى 1,98 مليار دولار سنة 2025، لكن لجأت الحكومة إلى اقتراض مبالغ بالعملة الأجنبية من المصرف المركزي للمرة الثانية خلال أقل من عام واحد، مما قد يُساهم في تدهور قيمة العُمْلة المحلية (الدّينار التُّونسي) وارتفاع الأسعار ( خصوصًا أسعار السلع والخدمات المُسْتَوْرَدَة) وارتفاع نسبة التّضخّم التي قُدِّرَ متوسطها ب 6,2% بنهاية سنة 2024…

    تعدّدت التّغْيِيرات الوِزارية التي لا تخضع سوى لتقْيِيمات الرئيس قَيْس سعَيِّد، وأقال وزيرة المالية سهام البوغديري التي بقيت في الوزارة منذ 2021، وعين القاضية مشكاة الخالدي خلفا لها، وكانت تَرْأَسُ لجنة الصلح الجزائي، التي أنشأها الرئيس بهدف التوصل إلى اتفاق مع رجال أعمال يواجهون اتهامات بالفساد، مقابل إعادة أموال للدولة، وحصل تغيير الوزيرة وسط أزمة مالية أدت إلى شُحّ المَعْرُوض من السّلع الأساسية كالسكر والأرز والقهوة وغاز الطهي، وحاولت الحكومة زيادة إيراداتها من خلال زيادة الضّرائب على دخل بعض فئات السّكّان، ومن بينهم أصحاب الدخل المُرتفع وحتى المتوسط، فضلا عن الإقتراض من المصرف المركزي لتسديد ديون عاجلة بقيمة 2,2 مليار دولار… 

     كان “خوان بابلو بيريز ألفونسو” (1903 – 1979) وزيرا للنفط في فنزويلا، وهو صاحب فكرة إنشاء منظمة البلدان المصدرة للنفط (أوبك) سنة 1961، للدفاع عن مصالح الدّول المنتجة والمُصدّرَة للمحروقات، وساهم في تأسيسها، ونُسِبَتْ له، خلال نفس السنة، مقولة وجّهَها لزملائه وزراء نفط الدّول المشاركة في تأسيس “أوبك”، ومفادها: “النفط هو براز الشيطان… سوف تَرَوْنَ بعد عشر سنوات أو عشرين سنة من الآن، أن النفط سيجلب لنا الخراب”، ولم يكن يدّعي النبوءة، ولكنه كان وطنيًّا، ودافع عن مصالح بلاده وشعبه، أثناء مُشاركته في أول حكومة ديمقراطية، سنتيْ 1947 و 1948، قبل أن يُطيح الجيش بتلك الحكومة، بدعم من الشركات النّفطية (وغير النّفطية) الأمريكية، وسُجِنَ الوزير، ثم نُفِيَ لفترة عشر سنوات، قبل عودة الديمقراطية، حيث أصبح “خوان بابلو بيريز ألفونسو” وزير للمعادن والمحروقات في عهد الحكومة الديمقراطية الثانية، من 1959 إلى 1964، وعمل على إنفاق إيرادات النفط في مشاريع تَنْمِيَة البلاد…

    بعد قرابة ستة عُقُود من تاريخ هذا التصريح، أصبح النفط وبالاً على فنزويلا والبرازيل والعراق وليبيا وأنغولا ونيجيريا، وغيرها، وأصبح الخليج العربي قاعدة أمريكية ضخمة، ووَكْرًا لللإستخبارات الأمريكية والصّهيونية و »الغربية » عمومًا، وتجمُّعًا للبوارج الحربية ولحاملات الطائرات ومختلف أنواع أسلحة الدمار الشامل التي يمتلكها حلف شمال الأطلسي…

    بقيت ميزانية الدّولة في فنزويلا تعتمد على ريع النّفط، وكُلّما انهارت الأسعار ( كل عشر سنوات تقريبًا) انهار اقتصاد البلاد وساءت حال المواطنين، رغم التغيير السياسي الذي حصل خلال انتخابات ديمقراطية، منذ نهاية القرن العشرين، وأدّى انهيار أسعار النفط سنة 2014، بالإضافة إلى الفساد والحصار الإقتصادي والسياسي الأميركي ليزداد الوضع تردِّيًا.

    حصل هوغو تشافيز على أغلبية الأصوات وأصبح رئيسًا للبلاد، ونصيرًا للفقراء الذين استفادوا من ريع النفط وحصلوا على مساكن جديدة، واستفادوا من برنامج محو الأُمِّية والرّعاية الصحّية والتّعليم المجاني والعديد من الخَدمات، لكن لا يمكن تحقيق العدالة الإجتماعية دون تنويع الإقتصاد والإستثمار في قطاعات منتجة، ودون تأميم المؤسسات المالية والإعلام والتعليم، فقد بقيت الكنيسة والمؤسسات الخاصّة مُهيمنة على التعليم والإعلام وعلى العديد من القطاعات الإقتصادية، ويتمتع رأس المال الخاص بضمانات دستورية استغلتها الرأسمالية المحلية لعرقلة البرنامج التّقدُّمِي لاشتراكية القرن الواحد والعشرين، كما كان يُسميها هوغو تشافيز وخليفته نيكولاس مادورو، وللتّحالف مع الإمبريالية الأمريكية التي تجاوزت صناديق الاقتراع والاستفتاءات الشعبية التي أقرّت استقلالية قرار الدّولة الفنزويلية وشعبها، فحاصرت البلاد اقتصاديًّا وماليا وسياسيا، واختلقت حكومتَيْن موازيَتَيْن لم تنجحا في الحصول على التّأييد الشعبي، لكن الشعب يعيش في حالة فقر (رغم الإحتياطيات النفطية الهائلة) بفعل الخناق الاقتصادي والحرب المالية…

    نشرت منظمة أوكسفام تقريرا يوم العشرين من كانون الثاني/يناير 2025، بمناسبة المنتدى الإقتصادي العالمي الذي ينعقد سنويا في مُنْتَجَع دافوس بسويسرا، وتناول التقرير « الثروة غير المُستحقّة » الناتجة عن النّهب الإستعماري ودَرَسَ التقرير تأثير الاستعمار على التفاوتات داخل كل بلد وعلى المستوى الدّولي، وَوَرَدَ في مقدّمة التقرير: « بعد مرور نحو ستة عقود على نهاية الفترة الاستعمارية الرسمية، لا يزال هيكل الاقتصاد العالمي يعمل بشكل واضح على إدامة نقل الثروة من الجنوب إلى الشمال، وخاصة من الطبقات العاملة في بلدان الجنوب إلى أثْرى أثرياء العالم من بلدان الشمال »، وبَيَّن التقرير – من خلال البيانات – إن معظم الثروات المتراكمة في « الشمال » تم الحصول عليها على حساب شعوب « الجنوب »، وظلت في معظمها في أيدي عدد قليل من العائلات الكبرى، سواء في إنغلترا أو فرنسا أو الولايات المتحدة، ولم تنتقل هذه الثروات إلى الأجيال اللاحقة فحسب، بل استمرت في الازدهار، حتى بعد انتهاء الاستعمار المُباشر: « إن التركيز المذهل للثروة الذي نراه اليوم مرتبط بالمظالم التاريخية التي خلقتها الآليات الاستعمارية الحديثة القائمة على استغلال عمل وثروة المواطنين العاديين في بلدان الجنوب. »

    بقِيَ الإرثُ الاستعماريُّ – والعنصرية والمَيْز – حاضِرًا في كل مكان، داخل المؤسسات الدّولية والإدارات الحكومية المَحلّيّة، وفي الميزانيات السنوية للدّول التي ترزح تحت عبْء الدّيُون الخارجية، ومن بينها دُيُون فرضها الإستعمار « للتعويض عن انتهاء العُبُودية » فقد بقيت « هايتي » تُسدّد الدّين الإستعماري المفروض لمدة 122 سنة، والذي بلغ نحو 21 مليار دولارا، بينما كانت البلاد في حالة استعمار مباشر، فرنسي ثم أمريكي، أو بذريعة تسديد ثمن الطرقات والموانئ التي بناها الإستعمار خِدْمَةً للشركات التي كانت ( ولا تزال ) تنهب  الموارد وتنقلها عبر الطرقات والموانئ إلى دول « المركز » لمعالجتها وإضافة « قيمة زائدة » لها لتُصبح مواد مُصنّعة تُباع بعشرة أضعاف ثمنها كمادّة خام، وقدّرت أوكسفام: « في الفترة ما بين سَنَتَيْ 1970 و2023، اضطرت الحكومات في بلدان الجنوب إلى دفع 3300 مليار دولار أميركي كفوائد لدائنيها الغربيين »…

    في المقابل تضاعفت ثروات المليارديرات سنة 2024 ثلاث مرات مقارنة بسنة 2023، بينما يُعاني الكادحون والفقراء من تراجع القيمة الحقيقية للدّخل التي جعلت عدد الأشخاص الذين يعيشون في فقر مُستقِرًّا تقريبًا منذ سنة 1990، ولم ترتفع ثروة الأثرياء بفضل الكدْح والعمل المُضْنِي بل بفضل انتقال هذه الثروات بالوراثة (الميراث ) والفساد والمحسوبية ومراكمة السلطة الإقتصادية والسياسية بين أيدي نفس الطبقة، مما يُلغِي العدالة وتوزيع الثروات، ومما زاد من انعدام المساواة كاستمرار لفترة العبودية والإستعمار المباشر ومجمل الحقبات التاريخية التي استفاد منها الأثرياء فيما استمر تَعرُّض الكادحين والفقراء لأشكال عديدة من الإستغلال المنهجي والإضطهاد، من قِبَل الحكومات المَحلِّية ومن قِبَل المؤسسات المالية الدّولية ( صندوق النقد الدّولي والبنك العالمي ونادي باريس ومنظمة التجارة العالمية الخ) ومن قِبَل المصارف والشّركات العابرة للقارات التي تمكّن أصحابها بفعل استغلال ثروات « الجنوب » من زيادة ثروة الأثرياء الفاحشين الذين يشكلون 1% من سكان الشمال بمعدل ثلاثين مليون دولار أمريكي في الساعة.

    من العسير أن نفهم طبيعة التفاوتات الحالية دون إدْراك ثِقَل الإرث الذي خلفه الاستعمار، في الماضي والحاضر حيث يعيش ما يقرب من 20% من سكان العالم في بلدان غنية، لكن هذه البلدان هي موطن لـ 68% من المليارديرات الذين يمتلكون 77% من إجمالي الثروة.

    لقد ساهم الاستعمار، والأيديولوجيات التي بُني عليها، في ترسيخ استغلال الطبقة العاملة إلى أقصى حد،  وقد أدت مستويات الوحشية والاستغلال إلى إبادة السكان، فقد نَفَّذَ المُستعمِرُون عمليات إبادة وقاموا بالقضاء على السكان الأصليين لنهب أراضيهم في أمريكا الشمالية (الولايات المتحدة وكندا) ومعظم بلدان أمريكا الجنوبية وأستراليا وإيرلندا والجزائر وجنوب أفريقيا وكاليدونيا ونيوزيلندا وكينيا وفلسطين. لقد ارتكب المستوطنون أعمال إبادة مروعة، ولا تزال عواقب هذه الجرائم، التي تتسم بالعنف الرهيب، حاضرة في مجتمعاتنا حتى يومنا هذا.

    يعتمد النظام الاستعماري على الاضطهاد والإبادة الجماعية واستغلال الشعوب على نطاق عالمي، فهو نظام يعمل على تعميق التفاوت لصالح أقلية متميزة في بلدان الجنوب، وعلى حساب الأغلبية، وتتكون الأقلية في أغلب الأحيان من أحفاد المستعمرين ومالكي العبيد، ليستمر الإرث الإستعماري التاريخي في تأبيد وتعميق الفجوة بين أغنى الناس وبقية المجتمع، سواء بين البلدان الغنية ودول الجنوب أو بين بلدان الجنوب أو داخل كل بلد، وتُعَدُّ هذه التّفاوتات العميقة إِرْثًا استعمارِيًّا تاريخيا جعل الفجوة تتسع بين الأقلية من الأغنياء والأغلبية، أي بقية العالم…

    لما بدأ تجميع البيانات سنة 1820، كان دخل أغنى 10% من سكان العالم أعلى بـ 18 مرة من دخل أفقر 50% من سكان العالم؛ وتعمقت الفجوة سنة 2000 ليصبح دخل نفس النّسبة من الأغنياء أعلى بـ 38 مرة من دخل نصف سكان العالم وتنعكس هذه التفاوتات الاقتصادية في العديد من مقاييس التقدم والرفاهة الأخرى، ولها عواقب وخيمة للغاية على متوسط العمر المتوقع، حيث يظل متوسط العمر ( معدّل الأمل في الحياة، عند الولادة) أفريقيا أقل من متوسط العمر المتوقع في أوروبا بما يزيد على 15 عاماً، وعلى المستوى الوطني أيضاً، يتحمل الاستعمار مسؤولية المعدلات المذهلة من عدم المساواة في بلدان الجنوب، حيث تُشكل جميع البلدان التي يحددها البنك الدولي على أنها ذات مستويات عالية من عدم المساواة، باستثناء بلد واحد، هي بلدان تقع في الجنوب، ويستحوذ أغنى 1% من سكان أفريقيا وآسيا والشرق الأوسط على نحو 20% من إجمالي الدخل في منطقتهم، وهي قيمة أعلى بنحو ضعفي قيمة أغنى 1% من سكان أوروبا في منطقتهم، وفي كثير من الحالات، لا يزال النظام التعليمي الحالي يحمل ندوب الفترة الاستعمارية، كما يتضح من هيمنة المعرفة واللغات الغربية والتفاوت العالمي في تمويل البحث والإبتكار والتّطوير، وكان لهيمنة عدد قليل من الجامعات في الشمال العالمي تأثير على عملية صنع السياسات في الجنوب العالمي، وأظهرت دراسة أجريت سنة 2017 أن 39% من رؤساء الدول في جميع أنحاء العالم تلقوا تعليمهم في جامعات بريطانية أو أمريكية أو فرنسية…

    لا يعني الإستقلال تحقيق المُساواة والعدالة، ففي العديد من البلدان، نجحت النخب المحلية في خلافة السلطات الاستعمارية وحافظت على الأنظمة الاقتصادية والسياسية غير المتكافئة التي مكنتهم من تجميع الثروات غير المشروعة، وفي العديد من البلدان، أدى الإرث الاستعماري، الذي تجسد على وجه الخصوص في الدولة الطبَقِيّة التعسفية والهشة في نفس الوقت، إلى تأجيج الصراعات والحروب وإدامة عدم الاستقرار.

    إذا لم يكن النضال ضد الإستعمار مُرتبطًا ب ( أو مُرافقا ل) النضال الإجتماعي من أجل المُساواة والعدالة فإن الإستعمار وما يُمثّله من استغلال واضطهاد وظُلم يبقى حاضِرًا وإن كان الحاكم من جلدة ولون ودين المحكومين المُستَغَلِّين والمُضْطَهَدِين…

    أطْلقت الشركة الصينية « ديب سيك » مطلع الأسبوع الأخير من كانون الثاني/يناير 2025 نموذج لغة جديدا للذكاء الاصطناعي بإمكانيات تفوق النماذج التي تقدمها الشركات الأميركية الكبرى مثل  » أُوبن إيه آي  » وبتكلفة زهيدة للغاية، ويعتمد نموذج « ديب سيك » على 2000 رقاقة فقط بتكلفة بلغت 5,6 مليون دولار ليحقق نفس النتائج التي تحققها نماذج الشركات الأميركية التي تحتاج إلى 16 ألف رقاقة بتكلفة تتراوح بين 100 و200 مليون دولار، وتجري شركات أمريكية مثل « مايكروسوفت » وشركة « أوبن إيه آي » مالكة تطبيق « تشات جي بي تي » تحقيقًا لمعرفة ما إذا كانت مجموعة قرصنة مرتبطة بشركة « ديب سيك » قد حصلت على بيانات خاصة بتقنيات « أوبن إيه آي » بطرق غير قانونية، وفق وكالة بلومبرغ بتاريخ 31 كانون الثاني/يناير 2025

    أدّى نجاح الشركة الصّينية « ديب سيك » في إطلاق  مساعد الذكاء الاصطناعي الخاص بها إلى تأجيج نار الحرب التكنوجية التي أطْلَقَتْها الولايات المتحدة ضدّ الصين، وأثار هذا النّجاح قلقا في الولايات المتحدة، لأن الشركة الصّينية أَظْهَرت إن الحصار والحَظْر لم يتمكّنا من فلّ عزيمة الشركات الصّينية التي برْهَنَتْ على قُدْرَتها على الإبتكار والتّطوير ومُضاهاة قدرات شركة أوبن إيه.آي الأميركية للذكاء الاصطناعي، بِكفاءة عالية وبتكلفة أقل بكثير من نظيراتها الأمريكية – مثل إنفيذيا ومايكروسوفت – التي أصبحت مُضْطَرّة لتغيير استراتيجياتها وأساليب عملها ومُهدَّدَة بانخفاض هامش أَرْبَاحِهَا، لأن تطبيق « ديب سيك » تجاوز، منذ يوم الإثنين 27 كانون الثاني/يناير 2025، نظيره « تشات جي.بي.تي » التابع لشركة أوبن إيه.آي في عدد التنزيلات على متجر تطبيقات أبل، مما أدى إلى موجة بيع عالمية في أسهم التكنولوجيا وإلى انخفاض قيمة هذه الأسهم وبالتالي انخفاض قيمة الشركات التكنولوجية الأمريكية في الأسواق ( مثل أوبن إيه.آي وغوغل )، وأثار الطّرح المُفاجئ للتطبيق الصيني رُدُودَ فعل سياسية، وذكر موقع أكسيوس الإخباري، يوم الخميس 30 كانون الثاني/يناير 2025، أن إدارة الكونغرس أرسلت تحذيرات إلى جميع مكاتب المَجْلِسَيْن النِّيابِيّيْن ( مجلس النواب  + مجلس الشيوخ = الكونغرس ) بعدم استخدام تطبيق الذكاء الاصطناعي الصيني « ديب سيك »، لأنه  » غَيْرُ مُصَرَّح به للاستخدام الرسمي في مجلس النواب »، كما بدأت الدّول الأوروبية تمنع استخدام تطبيق « ديب سيك »، ومن بينها إيطاليا، بعد أن تم تحميل التطبيق من قِبَل ملايين الأشخاص حول العالم في غضون أيام قليلة فقط، وأعْلَنت هيئة حماية البيانات الإيطالية، يوم الخميس 30 كانون الثاني/يناير 2025، إنها حظرت نموذج الذكاء الاصطناعي الصيني « ديب سيك » بسبب نقص المعلومات حول البيانات الشخصية التي يجمعها، وإن قرار الحَظْر دخل حيز التنفيذ على الفور، بفعل « الغموض بشأن تجميع وتخزين البيانات الشخصية وطريقة إخْطَار المُسْتَخْدِمين » فيما أعلنت الشركة الصّينية إنها لا تعمل في إيطاليا ولا تنطبق عليها التّشريعات الأوروبية، كما ذكرت هيئة حماية البيانات الأيرلندية يوم الأربعاء 29 كانون الثاني/يناير 2025، أنها وجهت خطابا مكتوبا إلى « ديب سيك » تعبّر فيها عن مخاوفها من احتمال انتهاكها لقانون حماية الخصوصية في الإتحاد الأوروبي وطلبت الهيئة معلومات بشأن معالجة البيانات التي جمعتها من المُستخدمين في أيرلندا…

    في تايوان – وهي أرض صينية انفصلت سنة 1949، عند انتصار الثورة في الصين – منعت الحكومةُ العاملين في القطاع العام وفي مرافق البنى التحتية الحيوية من استخدام تطبيق « ديب سيك »، لمجرد « إنه منتج صيني » وبذريعة إنه « يمكن أن يعرض الأمن القومي للخطر »، وفق بيان وزارة الشؤون الرقمية التايوانية، يوم الجمعة 31 كانون الثاني/يناير 2025، ولطالما اتهمت تايوان الصين باستخدام تكتيكات « المنطقة الرمادية »، بما فيها الهجمات الإلكترونية

     أحدث إطلاق برنامج « آر 1 » من « ديب سيك » خلال الأيام الأخيرة من شهر كانون الثاني/يناير 2025، ضجة في قطاع التكنولوجيا وفي الدّول الحليفة للولايات المتحدة، مثل تايوان وكوريا الجنوبية وإيرلندا وفرنسا وأستراليا وإيطاليا، كما احتدّت المنافسة بين شركات تقنيات الإتصالات، وأعلنت شركة علي بابا الصينية، يوم الأربعاء 29 كانون الثاني/يناير 2025، إطلاق إصدار جديد لنموذج للذكاء الاصطناعي الخاص بها (  Qwen 2.5-Max.) وهو يُضاهي أو يفوق برنامج « ديب سيك » وعلى (  GPT-4o  ) ، وفق وكالة رويترز بتاريخ 31/01/2025

    الطاهر المعز 

  • Laure Lemaire- Les Comores: arnaque à la décolonisation

    Laure Lemaire- Les Comores: arnaque à la décolonisation
  • Laure Lemaire- L’archipel des Comores de culture swahilie

    Laure Lemaire- L’archipel des Comores de culture swahilie

    1° millénaire

    XIIIe – XVe siècles

  • L’historien israélien Ilan Pappe : « C’est la dernière phase du sionisme »

    L’historien israélien Ilan Pappe : « C’est la dernière phase du sionisme »

    Pappe parle à Al Jazeera du « néosionisme », des pourparlers de cessez-le-feu, de la seconde venue de Trump et de « l’endoctrinement » en Israël.

    Ilan Pappe photographié à Copenhague avant une conférence visant à renforcer la mise en réseau de l’aide à Gaza[Anealla Safdar/Al Jazeera]

    Par Anealla Safdar

    Publié le 14 janv. 2025

    Copenhague, Danemark – Par un samedi matin glacial à Copenhague, Ilan Pappe s’est réchauffé dans une salle de cinéma, discutant et plaisantant en arabe courant avec l’un des organisateurs d’une conférence à laquelle il allait bientôt prendre la parole entre deux gorgées de café noir dans un gobelet en papier.

    Contrairement à d’autres Israéliens, a déclaré Pappe, il a appris la langue « des colonisés » en passant du temps en Palestine, en s’entourant d’amis palestiniens et en prenant des cours d’arabe.

    Des centaines d’universitaires, de fonctionnaires, de militants internationaux des droits de l’homme et de Danois consternés par le génocide d’Israël contre les Palestiniens à Gaza ont assisté à l’événement dans la capitale danoise, organisé par le Réseau palestinien européen.

    Le groupe a été fondé récemment et compte parmi ses membres des Danois d’origine palestinienne.

    Pappe a ensuite déclaré à l’auditoire que depuis le déclenchement de la dernière guerre d’Israël contre Gaza, il a été choqué par la réponse de l’Europe.

    « Je partage avec beaucoup de gens la surprise de la position européenne », a-t-il déclaré sur scène. « L’Europe, qui se prétend un modèle de civilisation, a ignoré le génocide le plus

    En marge de la rencontre, Al Jazeera a interviewé Pappe, 70 ans, historien, auteur et professeur israélien de premier plan qui a passé une grande partie de sa vie à se battre pour les droits des Palestiniens. Nous l’avons interrogé sur le sionisme, la solidarité et ce qu’il pense qu’un paysage politique américain changeant signifie pour Gaza.

    Al Jazeera : Vous dites depuis longtemps que les outils du sionisme, l’idéologie politique nationaliste qui appelait à la création d’un État juif, comprenaient la capture de terres et les expulsions. Au cours des 15 derniers mois, Gaza a subi des massacres quotidiens. À quelle étape du sionisme assistons-nous ?

    Ilan Pappe : Nous sommes dans un état que l’on peut définir comme néo-sioniste. Les anciennes valeurs du sionisme sont maintenant plus extrêmes, sous une forme beaucoup plus agressive qu’elles ne l’étaient auparavant, essayant de réaliser en peu de temps ce que la génération précédente de sionistes essayait de réaliser d’une manière beaucoup plus longue, plus progressive, progressive.

    Il s’agit d’une tentative d’une nouvelle direction du sionisme d’achever le travail qu’ils ont commencé en 1948, à savoir prendre officiellement le contrôle de l’ensemble de la Palestine historique et se débarrasser d’autant de Palestiniens que possible et dans le même processus, et [c’est] quelque chose de nouveau, créant un nouvel empire israélien qui est soit craint, soit respecté par ses voisins – et peut donc même s’étendre territorialement au-delà des frontières obligatoires ou historiques Palestine.

    Historiquement, je suis prêt à dire avec une certaine prudence qu’il s’agit de la dernière phase du sionisme. Historiquement, de tels développements dans les mouvements idéologiques, qu’ils soient coloniaux ou empires, c’est généralement le dernier chapitre [c’est] le chapitre impitoyable, le plus ambitieux. Et puis c’est trop, puis ils tombent et s’effondrent.

    Al Jazeera : Nous sommes à quelques jours d’un nouveau paysage politique alors que Donald Trump se dirige vers la Maison Blanche pour la deuxième fois. Il a une voix encore plus forte sur les réseaux sociaux avec le milliardaire de la technologie et propriétaire de X, Elon Musk, qui fait l’éloge de la politique israélienne et de son armée, parmi les hauts responsables de son administration. Comment voyez-vous l’influence de la présidence sur Israël ? La guerre contre Gaza va-t-elle continuer ?

    Pappe : Il est très difficile de voir quoi que ce soit de positif pendant le deuxième mandat de Trump et avec ses associations avec Elon Musk.

    L’avenir d’Israël et du sionisme est lié à l’avenir de l’Amérique.

    Je ne pense pas que tous les Américains soient des partisans de Trump. Je ne pense pas que tous les Américains soient des partisans d’Elon Musk.

    [Mais] Je crains qu’il n’y ait pas grand-chose à faire dans les deux ou trois prochaines années.

    La seule bonne nouvelle, c’est que les dirigeants populistes comme [le président élu américain Donald] Trump et les cinglés comme Elon Musk ne sont pas très capables. Ils vont entraîner avec eux l’économie américaine et la position internationale américaine, donc cela se terminera mal pour l’Amérique si ce genre de personnalités vont la diriger.

    À long terme, je pense que cela peut conduire à une moindre implication des États-Unis au Moyen-Orient. Et pour moi, un scénario dans lequel l’implication américaine est minimale est un scénario positif.

    Nous avons besoin d’une intervention internationale non seulement en Palestine mais pour l’ensemble du monde arabe, mais elle doit venir du Sud et non du Nord. Le Nord a laissé un tel héritage que très peu de gens considéreraient quelqu’un du Nord comme un intermédiaire honnête. Je suis très inquiet pour le court terme, je ne veux pas qu’on me méprenne. Je ne vois aucune force arrêter les désastres à court terme qui nous attendent.

    Quand je vois une perspective plus large, je pense que nous sommes à la fin d’un très mauvais chapitre de l’humanité, et non au début d’un mauvais chapitre.

    Al Jazeera : Actuellement, il y a des négociations de cessez-le-feu. Quand pensez-vous que la Palestine connaîtra la paix ?

    Pappe : Je ne sais pas, mais je pense que même un cessez-le-feu à Gaza n’est malheureusement pas la fin, à cause du génocide. Espérons qu’il y aura assez de pouvoir pour, sinon l’arrêter, au moins l’apprivoiser ou le limiter.

    À long terme, je peux voir un processus qui est long. Je parle de 20 ans, mais je pense que nous sommes au début de ce processus.

    C’est un processus de décolonisation d’un projet colonial de peuplement.

    Cela peut aller dans les deux sens. Nous le savons par l’histoire. La décolonisation peut être très violente et ne pas nécessairement produire un meilleur régime ou elle peut être l’occasion de construire quelque chose de bien meilleur, une situation gagnant-gagnant pour toutes les personnes concernées et pour la région dans son ensemble.

    Al Jazeera : Pour les Palestiniens et de nombreux observateurs, c’est comme si le monde restait les bras croisés pendant qu’Israël s’étendait chez ses voisins et perpétrait le génocide en toute impunité.

    Pappe : Eh bien, une dernière étape d’un point de vue historique est un long processus. Ce n’est pas un processus immédiat. La question n’est pas de savoir si cela se produira, mais quand. Et cela pourrait certainement prendre du temps.

    Il y a des développements à l’échelle régionale et mondiale qui permettent à cette phase de se poursuivre. Qu’il s’agisse de la montée des politiciens populistes comme Trump, du pouvoir des multinationales, de la montée du fascisme, du fascisme de la nouvelle droite en Europe, du niveau de corruption dans certains pays arabes, tout cela fonctionne d’une manière qui soutient une alliance mondiale qui permet à Israël de faire ce qu’il fait, mais il existe une autre alliance.

    Elle  n’a pas le même pouvoir, mais elle est répandue et elle est liée à beaucoup d’autres luttes contre l’injustice. Il est tout à fait possible que si ce n’est dans un avenir immédiat, un peu plus tard, ce genre de sentiment mondial qui n’est pas seulement centré sur la Palestine, mais aussi sur le réchauffement climatique, la pauvreté, l’immigration, etc., devienneune force politique plus puissante. Chaque petite victoire de cette autre alliance mondiale rapproche le projet sioniste de la fin.

    Al Jazeera : Qu’est-ce que cette autre alliance a à faire ? Qu’est-ce qui pourrait aider leur cause ?

    Pappe : Il y a deux choses. Premièrement, nous n’avons pas d’organisation qui contient cette bonne volonté, ce soutien, cette solidarité, cette énergie pour lutter contre l’injustice. Il a besoin d’une organisation appropriée et certains des jeunes qui font partie de cette alliance semblent ne pas aimer, pour de bonnes raisons, les organisations, etc. Mais vous avez besoin de cette infrastructure.

    La deuxième chose est d’abandonner l’approche puriste que de tels mouvements avaient dans le passé et de créer des réseaux et des alliances qui tiennent compte du fait que les gens ne sont pas d’accord même sur des questions fondamentales, mais sont capables de travailler ensemble pour arrêter un génocide à Gaza, pour libérer les peuples colonisés.

    Al Jazeera : Pour en revenir à l’alliance la plus puissante qui, selon vous, défend le sionisme, vous avez parlé de la montée de l’extrême droite en Europe. Parmi eux, cependant, il y a encore des souches d’antisémitisme.

    Pappe : Cette alliance contre nature était là dès le début. Si vous y réfléchissez logiquement, les antisémites et les sionistes, quand il s’agit de l’Europe, avaient la même cible, ils ne voulaient pas voir les Juifs en Europe. Les voir en Palestine pourrait être un objectif à la fois du mouvement sioniste et du mouvement antisémite.

    Aujourd’hui, il y a une nouvelle couche d’uniformité des idées entre la néo-droite et Israël, et c’est l’islamophobie.

    La nouvelle droite est maintenant, bien qu’elle ait encore de forts éléments anti-juifs, à savoir antisémites en son sein, elle cible principalement les communautés musulmanes et arabes. Elle  ne cible pas les communautés juives, en particulier.

    Ils voient Israël comme la force anti-islamique et anti-arabe la plus importante dans le monde, donc il y a aussi une identification à ce niveau – mais bien sûr, c’est quelque chose que les Juifs regretteraient en dehors d’Israël s’ils faisaient partie d’une telle alliance. Même les Juifs pro-israéliens en Europe se sentent un peu mal à l’aise à propos de ceux qui s’habillent avec le drapeau israélien, mais en même temps avec le drapeau nazi.

    Espérons que cela les amènera à repenser leur association avec Israël. Nous voyons déjà les signes, en particulier dans la communauté juive américaine parmi la jeune génération, qu’ils comprennent qu’Israël fait maintenant partie d’une alliance politique à laquelle ils ne peuvent pas s’identifier en tant que Juifs américains.

    Comme nous l’avons dit, cela permet à Israël de continuer à cause de Trump et des dirigeants populistes, mais c’est aussi quelque chose qui ne sera pas éternellement dans le futur.

    Al Jazeera : Le génocide a conduit de nombreuses personnes, y compris certains groupes juifs, à étudier la création d’Israël et le nettoyage ethnique historique de la Palestine. Avez-vous vu des familles divisées par leur compréhension du conflit ?

    Pappe : Cela n’arrive pas [en Israël], mais certainement aux familles juives en dehors d’Israël.

    La quantité d’informations qui circule est telle que la jeune génération ne peut pas être aveugle. Même s’ils reçoivent une très bonne éducation juive, alors plus encore, ils peuvent voir l’immoralité de l’action israélienne.

    Il s’agit principalement de conflits intergénérationnels, ce qui est un signe positif car cela signifie que la génération actuelle pourrait être beaucoup plus uniforme dans cette position.

    Al Jazeera : Mais en Israël, les jeunes ont également accès à la documentation du génocide sur les réseaux sociaux, sur des plateformes comme TikTok. Mais beaucoup ignorent encore les souffrances palestiniennes.

    Pappe : Ils n’ont pas reçu la même éducation que les jeunes Juifs en Amérique. Ils ont reçu une éducation d’un pays très endoctriné. Et c’est la clé. Ils ont été produits, si vous voulez, conçus par le système éducatif israélien.

    J’ai écrit un article en 1999 pour avertir que, si l’on regarde les programmes israéliens, les prochains diplômés de ce système seraient des fanatiques racistes, extrêmes et dangereux pour eux-mêmes et pour les autres. Malheureusement, j’avais tout à fait raison.

    C’est le produit d’une société très endoctrinée du berceau à la tombe.

    Vous devez rééduquer ces gens. Vous ne pouvez pas simplement leur montrer des choses et espérer que cela les touchera.

    Ils peuvent voir des bébés palestiniens morts et dire ‘Bien, très bien’. La déshumanisation fait partie de l’ADN israélien et il est très difficile de l’affronter simplement en leur donnant plus d’informations.

    Remarque : Cette interview a été légèrement modifiée pour plus de clarté et de concision.

    Source : Al Jazeera, L’historien israélien Ilan Pappe : « C’est la dernière phase du sionisme » | Conflit israélo-palestinien Actualités | Al Jazeera

  • Prabhat PATNAIK-L’importance théorique de L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme de Lénine

    Prabhat PATNAIK-L’importance théorique de L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme de Lénine

    L’importance de L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme de Lénine réside dans le fait qu’il a totalement révolutionné la perception de la révolution. Marx et Engels avaient déjà envisagé la possibilité que les pays coloniaux et dépendants connaissent leur propre révolution avant même la révolution prolétarienne dans la métropole, mais ces deux séries de révolutions étaient considérées comme disjointes ; la trajectoire de la révolution dans la périphérie et sa relation avec la révolution socialiste dans la métropole restaient floues. L’impérialisme de Lénine a non seulement établi un lien entre les deux séries de révolutions, mais a également fait de la révolution dans les pays périphériques un élément du processus de transition de l’humanité vers le socialisme.

    Il considérait donc le processus révolutionnaire comme un tout intégré ; il imaginait un processus révolutionnaire mondial unique qui, à partir de la rupture du maillon le plus faible de la chaîne, où qu’il se trouve, renverserait l’ensemble du système. Il affirmait également que le temps d’une telle révolution mondiale était venu, car le capitalisme avait atteint un stade où il allait désormais entraîner l’humanité dans des guerres catastrophiques : il avait « recouvert » le monde entier sans laisser d’ »espaces vides », le divisant complètement en sphères d’influence de différentes puissances métropolitaines, de sorte que seul un repartage du monde pouvait désormais avoir lieu ; et ce repartage ne pouvait avoir lieu que par le biais de guerres inter-impérialistes, dont la première guerre mondiale était un exemple classique.

    La position théorique sur laquelle repose l’impérialisme a élargi le marxisme d’au moins cinq manières majeures. Premièrement, elle a fait entrer les « régions périphériques » du monde, des pays que Hegel avait rejetés comme n’ayant pas d’histoire, dans le cadre de la révolution mondiale ; en effet, à mesure que le temps passait et que les espoirs d’une révolution en Europe à la suite de la révolution bolchevique commençaient à s’estomper, ces pays sont passés au centre de la scène de la révolution mondiale. Dans l’un de ses derniers écrits, Lénine a non seulement placé ses espoirs dans une révolution en Chine et en Inde pour succéder à la révolution russe, mais il s’est même réjoui du fait que la Russie, la Chine et l’Inde représentaient ensemble près de la moitié de l’humanité, de sorte que les révolutions dans ces trois pays feraient pencher la balance de manière décisive en faveur du socialisme. Il n’est pas surprenant que l’Internationale communiste qu’il a contribué à mettre en place ait été différente de tout ce que le monde avait connu jusqu’alors, puisque des délégués de l’Inde, de la Chine, du Mexique et de l’Indochine y côtoyaient ceux de la France, de l’Allemagne et des États-Unis.

    Deuxièmement, et parallèlement, il a élargi la portée du marxisme, qui n’était plus une théorie de la révolution prolétarienne dans les pays capitalistes avancés, mais une théorie de la révolution mondiale. Bien entendu, la reconnaissance de la portée beaucoup plus large du marxisme, reflet de la domination mondiale du capital que l’impérialisme avait soulignée, nécessitait encore la réalisation de la tâche spécifique consistant à analyser l’histoire des sociétés non européennes sur la base de la théorie marxiste. Mais l’extension et l’épanouissement du marxisme dans le tiers-monde ont fourni la base de telles analyses, stimulées par le Comintern même lorsque les lectures politiques spécifiques de ce dernier s’avéraient erronées. L’impérialisme de Lénine a ainsi donné au marxisme une vitalité sans précédent.

    Certes Lénine n’était pas le premier à parler d’impérialisme. Avant lui, Rosa Luxemburg avait fourni une analyse remarquablement aiguë et perspicace expliquant pourquoi le capitalisme avait besoin d’empiéter sur les marchés précapitalistes. Mais l’analyse de Luxemburg souffrait du fait qu’elle considérait cet empiétement comme résultant d’une assimilation du segment précapitaliste au capitalisme. Le segment précapitaliste n’est pas resté une entité dévastée, il est devenu une partie du segment capitaliste. Le point central de l’analyse de Luxemburg reste donc une révolution prolétarienne européenne. Malgré quelques remarques contraires, elle ne voyait pas de segmentation permanente du monde créée par le capitalisme métropolitain. L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme de Lénine, en revanche, envisageait un tel monde segmenté en permanence et c’est là que réside sa force.

    Troisièmement, la théorie de Lénine a fourni une interprétation radicalement nouvelle du concept d’ »obsolescence historique » du capitalisme. Jusqu’alors, sur la base des brèves remarques de Marx dans la préface de la Contribution à la critique de l’économie politique, on avait compris qu’un mode de production devenait historiquement obsolète et donc mûr pour un renversement uniquement lorsque les possibilités de développement des forces productives en son sein étaient épuisées ; et cet épuisement était typiquement supposé se manifester sous la forme d’une crise. L’absence d’une telle crise avait en fait incité Eduard Bernstein à demander une « révision » du marxisme, pour substituer une réforme du système à son renversement, en tant que desideratum du prolétariat. Les partisans de la tradition révolutionnaire, contrairement à Bernstein, ont cherché à prouver qu’une telle crise terminale, qui ne s’était peut-être pas encore produite, était néanmoins inévitable.

    La théorie de l’impérialisme de Lénine innove complètement à cet égard. La manifestation de l’obsolescence historique du capitalisme, de sa maturité pour être renversé, n’était pas une quelconque crise économique, mais le fait qu’il était entré dans une phase où il engloutissait l’humanité dans des guerres dévastatrices, des guerres dans lesquelles les travailleurs d’un pays étaient amenés à combattre les travailleurs d’un autre pays à travers des tranchées. Le moment était venu de convertir la guerre impérialiste en guerre civile, de détourner les fusils des compagnons de travail de l’autre côté des tranchées, pour les diriger vers les capitalistes de chaque pays.

    Quatrièmement, le socialisme doit désormais être l’objectif de toutes les révolutions, où qu’elles se produisent. L’idée que la révolution démocratique ne soit pas poursuivie dans les pays arrivés tardivement au capitalisme par la bourgeoisie qui avait historiquement joué le rôle de précurseur, était déjà apparue dans les Deux tactiques de la social-démocratie de Lénine : dans ces sociétés, la tâche de poursuivre la révolution démocratique incombait au prolétariat, qui conclurait une alliance avec la paysannerie, et qui, après avoir mené la révolution démocratique, ne s’arrêterait pas là, mais poursuivrait la construction du socialisme. Mais cette perspective d’une révolution dans une société périphérique, d’abord contre l’impérialisme et basée sur une large alliance de classe avec les ouvriers et les paysans en son sein, pour ensuite passer au stade socialiste, s’est généralisée. La tâche de construire le socialisme n’était plus seulement l’affaire des travailleurs des pays avancés ; c’était une tâche à accomplir à travers des étapes qui étaient à l’ordre du jour de toutes les sociétés.

    Enfin, une question fondamentale s’était posée : pourquoi le « réformisme » s’était-il tellement développé dans le mouvement ouvrier européen que tant de dirigeants de la IIe Internationale avaient adopté des positions opportunistes ou carrément chauvines pendant la guerre ? Lénine a apporté une réponse à cette question, sur la base d’une suggestion antérieure d’Engels, en développant le concept d’une « aristocratie ouvrière » qui avait été « soudoyée » par les superprofits impériaux.

    L’impérialisme était une réalisation théorique stupéfiante. Lénine avait un jour fait remarquer que la force du marxisme résidait dans le fait qu’il était vrai. On peut faire une déclaration similaire à propos de la théorie de l’impérialisme de Lénine. Remarquable tour de force, elle apporte des réponses, presque aveuglantes, à toute une série de questions qui ont surgi dans la nouvelle conjoncture et qui réclamaient des réponses. On peut contester tel ou tel détail de l’argumentation de Lénine, mais son orientation générale est presque majoritairement correcte. Et un indice de sa justesse est la manière presque étrange dont il a anticipé les développements dans le monde entre 1914 et 1939.

    Le monde d’aujourd’hui s’est toutefois éloigné de ce que Lénine avait écrit dans L’impérialisme. L’une des principales caractéristiques de cette différence est que la centralisation du capital est allée beaucoup plus loin qu’à l’époque de Lénine, donnant naissance à un capital financier international, en lieu et place des capitaux financiers nationaux qui régnaient à l’époque. Les rivalités inter-impérialistes se sont donc atténuées, car le capital financier international ne veut pas que le monde soit divisé en différentes sphères d’influence ; il veut au contraire un monde non cloisonné pour pouvoir circuler sans entraves. La question des guerres provoquées par les rivalités inter-impérialistes ne se pose donc plus.

    Cela ne signifie pas pour autant l’avènement d’une ère de paix. L’offensive incessante du capital financier international contre tous les efforts nationaux du tiers monde en faveur de l’indépendance économique et de l’autosuffisance économique (y compris alimentaire) a entraîné une série de conflits locaux, opposant un impérialisme uni à des pays particuliers. Dans le même temps, l’exploitation des travailleurs du tiers monde s’est considérablement intensifiée, alors même que l’oligarchie financière et corporatiste s’intégrait au capital financier international ; il en résulte une croissance massive des inégalités au sein du tiers monde, au point que de vastes segments de la population ont connu une augmentation de la pauvreté absolue en termes nutritionnels. Dans le même temps, la volonté accrue du capital métropolitain de délocaliser ses activités dans le Sud a affaibli les syndicats dans les métropoles et a conduit à une augmentation des inégalités au sein même des métropoles. L’hégémonie du capital financier international, exprimée dans un ordre néo-libéral, a donc entraîné une détérioration significative, en termes relatifs et même absolus, des conditions des travailleurs du monde entier.

    Cela a donné lieu à une crise de surproduction à laquelle il n’y a pas de solution dans le cadre de l’ordre néolibéral mondial. Et cette crise a donné lieu à une montée du fascisme et du néo-fascisme dans le monde entier, les oligarchies financières et corporatistes de divers pays concluant des alliances avec des groupes fascistes pour conserver leur hégémonie. La lutte pour les droits démocratiques, la lutte contre le chômage et la lutte pour les libertés civiles sont donc passées au premier plan, et cette lutte a été liée à la lutte pour le socialisme. L’idée de Lénine de révolutionner la perspective de la révolution mondiale reste valable, mais l’objectif immédiat de la révolution a changé avec le temps.

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    Prabhat Patnaik est un économiste marxiste indien. Il a enseigné au Centre d’études économiques et de planification de l’École des sciences sociales de l’université Jawaharlal Nehru à New Delhi, de 1974 jusqu’à sa retraite en 2010. Il a été vice-président du Conseil de planification de l’État du Kerala de juin 2006 à mai 2011. Prabhat Patnaik est un fervent critique des politiques économiques néolibérales et de l’hindutva, et est connu comme un chercheur en sciences sociales d’obédience marxiste-léniniste. Selon lui, en Inde, l’augmentation de la croissance économique s’est accompagnée d’une augmentation de l’ampleur de la pauvreté absolue. La seule solution consiste à modifier l’orientation de classe de l’État indien.

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