Le Soudan a connu 2 guerres civiles depuis l’indépendance (1955-1972 puis 19832005) qui s’expliquent par la volonté de la minorité arabe

Sadek Al-Mahdi

Président de l’un des plus anciens partis politiques au Soudan,Al-Oumma,il est le petit-fils de « Mahdi », héros de la révolte de 1880 contre les Britanniques. Il a occupé à 2 reprises le poste de 1° ministre, en 1966 et en 1986.Durant son 2°mandat, il a été destitué par Béchir. Appelant au « djihad civil » contre le régime, Mahdi a été 8 fois incarcéré avant de s’évader en 1996 et devenir chef de l’opposition en exil, appelant les membres de son parti à manifester et « le peuple souda­nais à intensifier les protestations » contre le régime.

« Le changement surviendra au Soudan à travers la mobilisation de notre peuple. C’est la méthode que nous avons choisie, et qui a déjà permis 2 révolutions pacifiques au Soudan », assure Farouk Abou-Issa, président des Forces du consensus national (coalition des partis d’opposition), qui annonce un projet pour renver­ser dans 100 jours, et de façon pacifique, le régime de Béchir. D’origine égyptienne, Abou-Issa est né en 1933 et a choisi d’y faire ses études universitaires Considéré comme l’un des lea­ders du Parti communiste souda­nais dans les années 1950-60, il fut arrêté à plusieurs reprises de 1958 à 1964.

Sa lutte politique n’empê­cha pas sa réussite profession­nelle : Ministre des Affaires étran­gères (1969-1971), observateur à l’Onu en 1971 et à l’Unesco en 1973, et secrétaire général de l’Union des avocats arabes (1983-2003). Il s’est exilé en Egypte avant de revenir au Soudan en 2005 après un accord entre le gouvernement et l’opposition. La défense des droits humains dans le monde arabe, l’indépendance de la magistrature, les droits politiques et sociaux des femmes et des minorités eth­niques et religieuses, et la cause palestinienne faisaient partie de ses préoccupations.

Agé d’une soixantaine d’années, Malik Agar est le chef du Front révolutionnaire soudanais, une coalition de mou­vements rebelles qui vise à renverser le régime de Khartoum. Il rejoint le Mouvement de libération populaire du Soudan du Sud en 1984,et devient l’un des proches adeptes de John Garang, partageant ses principes de laïcité du Soudan. Il fut nommé ministre de l’Investissement en 2006 avant d’être élu gouverneur du Nil Bleu en 2010.

Après la scission en 2011, Malik Agar est devenu président du Mouvement populaire de libération du Soudan (Nord), se transformant par la suite en parti politique « non officiel ». Agar a été limogé de son poste de gouverneur après les combats sanglants qui ont opposé en septembre 2011 l’armée soudanaise aux forces de l’Armée de libération du Soudan du Sud. Il s’est enfui et Khartoum accuse Juba de lui fournir refuge et des camps pour diriger les opérations contre les forces de Béchir dans le Nil Bleu Indépendance et république (1956)

Source :Héba Nasreddine et Aliaa Al-Korachi – 2013-Ahram info

En 2009, la Cour pénale internationale (CPI) lance un mandat d’arrêt contre Omar el-Béchir pour crimes contre l’humanité puis accusation de génocide.

Depuis 15 avril 2023, la guerre entre l’armée soudanaise (SAF) et les FSR d’ Hemetti, a forcé le déplacement de plus de 14 M de personnes et plongé la 1/2 de la population dans l’insécurité alimentaire. Massacres, tortures, viols, pillages… L’état d’urgence alimentaire a été décrété au Tchad voisin, où se sont réfugiés plusieurs centaines de milliers de civils. Selon des sources de l’ONU, la guerre a fait + de 150 000 morts en octobre 2025, sans compter les + de 522 000 enfants morts de faim, et les 24,6 M de personnes qui ont besoin d’une aide humanitaire urgente.

C’est surtout dans des régions comme le Nord-Darfour et les montagnes Nuba que la famine, combinée à la cruauté des combats, sévit de la manière la plus impitoyable. L’ épicentre de la violence se trouve à El Fasher, sa capitale assiégée par le RSF. Rien qu’entre le 5 et le 8 octobre, au moins 20 civils ont été tués dans une mosquée et un hôpital, et on a dénombré + de 53 morts et 60 blessés. À cause de la violence des conflits et de la recherche de nourriture, la population des villes a baissé de 62 % en 2 ½ ans, laissant + de 260 000 personnes dans des conditions catastrophiques.

Le système de santé s’est effondré, l’inflation a grimpé à + de 170 % (au taux de change officiel, il faut 600 livres soudanaises pour un dollar sur le marché noir) et l’économie a reculé de 42 % par rapport à son niveau d’avant-guerre : voilà jusqu’où sont allés certains pays, ceux qui se sont vraiment immiscés au Soudan et y ont déclenché la guerre civile afin de saper le processus de transition politique qui avait commencé après Bashir.

Uriel Araujo-(docteur en anthropologie, spécialisé dans les conflits ethniques et religieux, avec des recherches approfondies sur la dynamique géopolitique et les interactions culturelles)

Le conflit en Ukraine est en grande partie une guerre d’usure par procuration menée par l’Occident contre la Russie, comme l’ admettront même les analystes pro-occidentaux. Kiev, fortement dépendante des armements et des transferts financiers occidentaux, a servi de ligne de front à une confrontation géostratégique plus vaste. De plus en plus d’informations pointent du doigt ses opérations clandestines en Afrique, où elle aurait aidé des séparatistes, voire des groupes terroristes.

Peu médiatisé, Moscou a affirmé que Kiev utilisait ses ambassades pour soutenir des groupes armés au Mali, au Soudan ( affirmation reprise par le ministère soudanais des Affaires étrangères), etc. L’Ukraine rejette ces allégations. Mais même Jenny Mathers (maître de conférences en politique internationale à l’université d’Aberystwyth) note que le pays « peine à défier la Russie » sur le continent africain. En octobre 2024, Le Monde Afrique rapportait que des drones ukrainiens avaient apporté leur soutien au du nord du Mali, aux séparatistes touaregs, contre les forces de Bamako et de Wagner. Kiev elle-même s’ en est vantée après qu’ils ont tendu une embuscade aux forces russes à l’été 2024. Après 2022, Kiev a annoncé ce qu’elle a appelé la politique de « Renaissance ukraino-africaine », visant à contrer l’influence traditionnelle de Moscou. L’année dernière, le diplomate ukrainien Dmytro Kuleba a souligné la « lutte pour réduire l’emprise du Kremlin sur l’Afrique, fondée sur la corruption ».

Moscou entretient des liens étroits avec les pays africains depuis l’époque soviétique, par le biais d’entraînements militaires, de contrats d’armement et d’une solidarité idéologique. Aujourd’hui, ces liens sont renforcés par les développements des BRICS ( Nouvelle Banque de Développement ), par des projets d’infrastructures financés, par de nouveaux partenariats énergétiques et par la coopération Sud-Sud.

L’Ukraine, en revanche, est arrivée tard sur le théâtre africain. Sa stratégie repose sur 3 piliers. : l’initiative « Céréales d’Ukraine »,pour l’ aide alimentaire, la coopération entre militaires (la formation aux opérations spéciales avec les gouvernements de Mauritanie et du Soudan), les transferts de renseignements et d’armes à des forces hostiles à celles soutenues par la Russie. Selon James Horncastle (titulaire de la chaire Edward et Emily McWhinney en relations internationales), ces opérations spéciales sont partie intégrante de son effort de guerre plus large contre la Russie. Les armes seraient utilisées pour la guerre civile au Soudan, et on peut spéculer sur un facteur de contrebande, puisqu’une part importante des armes occidentales envoyées en Ukraine, a fini sur les marchés noirs internationaux, avec un trafic d’armes en hausse .

De telles interventions font planer le spectre d’une Ukraine agissant comme mandataire de l’Occident en Afrique. Le journaliste Tafi Mhaka avertissait déjà en 2024 que le pays « perdait la tête » sur le continent, en sollicitant ses ressources limitées et en risquant un retour de bâton diplomatique au Niger et au Mali qui ont rompu leurs relations diplomatiques avec Kiev. Washington et certaines puissances européennes pourraient juger utile d’encourager ses efforts afin de contrer la présence russe, sans troupes occidentales sur le terrain. Cette logique s’inscrit dans une stratégie familière de la Guerre froide : utiliser des intermédiaires pour déstabiliser les adversaires dans des régions tierces, comme le montre l’histoire de la CIA, sur le continent. Il n’est donc pas étonnant que le rôle de l’Ukraine soit discrètement toléré par Washington.

L’or finance la guerre civile, via les Emirats arabes unis

En février 2024, la Sudan Mineral Resources Company (SMRC), une entreprise publique, a annoncé que 64 T d’or avaient été produites en 2024, contre 42 en 2022, avant la guerre. Si l’or a rapporté 1,57 milliard de dollars aux caisses de l’Etat, selon la Banque centrale « près de la moitié de la production passe en contrebande à travers les frontières »,

A près de 2 000 km de là, à la frontière entre le Soudan, le Soudan du Sud et la République centrafricaine, des mines qui font partie de l’empire aurifère des Forces de soutien rapide sont en pleine expansion. La grande majorité de l’or des 2 camps est acheminée illégalement au Tchad, au Soudan du Sud et en Egypte, avant d’être exportée aux Emirats, selon des sources de l’industrie minière.

Au cœur du territoire contrôlé par les militaires-gouvernement., à mi-chemin entre Port-Soudan et Khartoum, la mine de Kush est le fleuron de l’industrie aurifère Evacuée au début du conflit, elle produit de nouveau des centaines de kilos d’or chaque mois, selon un ingénieur de l’usine. Un porte-parole d’Emiral, propriétaire de la mine, a confirmé à l’AFP que « la production a[vait] repris de manière limitée ». Sur son site Internet, Emiral, basée à Dubaï, mentionne Kush comme l’un de ses actifs par l’intermédiaie de sa filiale Alliance for Mining, qui est, selon elle, « le plus grand producteur d’or au Soudan ». Une source du secteur affirme que cette société, à l’origine russe, a été « rachetée en 2020 par un investisseur émirati ».

Au Darfour, où ses troupes sont accusées de génocide, le chef des FSR, « Hemetti » contrôle des mines d’or très lucratives. Selon l’expert Alex de Waal, il a bâti une « entreprise mercenaire transnationale », avec la société familiale Al Junaid Multi Activities, sanctionnée par les Etats-Unis et l’Union européenne. A la faveur d’un réseau alimenté par l’or comptant jusqu’ à 50 entreprises, il a accumulé une énorme richesse, qui lui a permis d’« acquérir des armes, de payer des salaires, de financer des campagnes médiatiques et de faire pression sur d’autres groupes pour acheter leur soutien », ont expliqué des experts de l’Organisation des Nations unies l’an dernier.

3 anciens ingénieurs d’Al-Junaid ont déclaré à l’AFP que les revenus de la société en temps de guerre s’élevaient à 1 milliard de dollars par an. La seule région frontalière du sud du Darfour produit au moins 150 kg d’or par mois. L’or est acheminé vers un aéroport de Raga, au Soudan du Sud, à 200 km de la frontière, « puis transporté par avion vers l’Ouganda et le Kenya, puis vers les Emirats arabes unis ». Selon M. Ummel, « les Emirats n’appliquent pas vraiment leur réglementation, ils n’effectuent pas tous les contrôles nécessaires, et continuent donc ainsi à financer la guerre ».

Les Émirats arabes unis (EAU), qui fournit des armes, des fonds et un soutien logistique via le Tchad, la Libye, l’Éthiopie a plus d’un intérêt à affaiblir le Soudan, favorisant une fragmentation afin de renforcer son emprise sur le Nil et d’acquérir une zone importante pour son accès, certes indirect, à la mer Rouge. Les intérêts des ÉAU et de l’Éthiopie se sont souvent rejoints sur ce point, tout comme ils se sont mis d’accord, dans la perspective du golfe d’Aden, pour encourager les tendances centrifuges internes en Somalie, en 1° lieu en soutenant les rêves séparatistes de ce qui reste du Somaliland (depuis sa proclamation en 1991, les régions orientale et occidentale se sont à leur tour séparées pour revenir à Mogadiscio, laissant la « capitale » Hargeisa). En Libye, profitant des frontières poreuses du sud-est du Sahara, contrôlées par les tribus, les ÉAU, qui ont de bonnes relations avec Benghazi, fournissent d’importants stocks à la RSF, comme le Tchad. Jusqu’à l’année dernière, quand les Français avaient encore des bases au Tchad, les ÉAU en profitaient pour fournir tout le nécessaire au RSF, mais maintenant , Abu Dhabi compense avec du matériel militaire neuf et plus moderne, livré par avion et acheté sans que les pays producteurs ne le sachent (avec les armes chinoises, ce qui a provoqué une crise diplomatique entre Pékin et Abu Dhabi dès que Pékin a été informé par Khartoum), en plus des avions remplis de mercenaires colombiens et européens. Certains de ces avions ont même été abattus par la défense aérienne des SAF : un coup dur pour les hommes de Hemedti, la RSF connue sous le nom de tristement célèbre Janjaweed de Bashir.

Riyad, pour montrer le climat de paix et de neutralité créé par la paix entre l’Arabie saoudite et l’Iran, (négociée par Pékin au printemps 2023), laisse les avions cargo iraniens passer par son espace aérien pour approvisionner les SAF en armes. L’Arabie saoudite et l’Iran s’accordent à dire que la croissance potentielle de l’influence de leurs principaux adversaires, comme les ÉAU et Israël, au Soudan et en Somalie, entre la vallée du Nil, la mer Rouge et le golfe d’Aden, représente une menace majeure pour leur propre sécurité régionale. La Chine, partenaire économique, infrastructurel et énergétique important de Khartoum, avec une forte vocation diplomatique, espère pouvoir jouer un rôle de médiateur pour résoudre les conflits internes et rétablir la cohésion et la stabilité dans le pays. Enfin, la Russie a rapidement fait savoir qu’il soutenait Khartoum comme seul gouvernement légitime et garant de la stabilité, surtout quand Wagner a été dissous et transféré en grande partie vers le nouveau Corps africain de Russie, contrôlé par l’armée russe.

Dans une Corne de l’Afrique où les tensions montent de tous les côtés, le renforcement des liens entre Asmara et Khartoum est un contre-mouvement positif, qui offre de bonnes perspectives pour une issue au conflit civil dramatique qui ensanglante le Soudan depuis avril 2023.

Le 10 octobre, le1° ministre soudanais, Kamil Idris a été reçu à Asmara par le président érythréen, Isaias Afwerki, pour parler de questions bilatérales : la coopération économique, la sécurité et la stabilité régionale. Cette rencontre a montré que l’Érythrée est de plus en plus active dans son soutien au Soudan, bien plus qu’un « pays frère ». Le général Abdel Fattah al-Burhan, qui a salué la « position courageuse » de l’Érythrée pour l’avoir soutenu pendant « les moments difficiles causés par une guerre imposée ». Le président Afwerki a dit que l’Érythrée soutiendrait toujours l’unité et la dignité du Soudan et que la position d’Asmara était « inchangée ». Les 2 parties ont aussi décidé de bosser plus ensemble dans d’autres domaines, comme la pêche, les raffineries et l’exploitation minière, et de coopérer dans les forums régionaux et internationaux, y compris la campagne pour le retour du Soudan dans l’Union africaine. Idris a rencontré des membres de la communauté soudanaise du pays, dont beaucoup sont arrivés juste après le début du conflit civil et ont été accueillis par Asmara « comme des frères, avec qui on a partagé du pain et un toit ».

L’Érythrée a des liens ethniques et culturels historiques avec le Soudan (le peuple Beja, qui vit entre l’Ouest de l’Érythrée et l’Est du Soudan et a joué un rôle de médiateur dans les conflits par le passé.

Depuis le début de la guerre civile, Asmara a soutenu le gouvernement soudanais en formant des militaires , en jouant le rôle de médiateur , en ouvrant ses aéroports aux avions des SAF menacés par les drones des RSF et, enfin en accueillant des milliers de civils qui auraient été tués. Selon la chaîne Dabanga Sudan, des groupes importants comme le Congrès Beja et le Front populaire uni pour la libération et la justice auraient rejoint les SAF. Au cours des années 90, alors que Khartoum était sous le long règne d’Omar el-Béchir, l’Érythrée a souffert des tentatives de déstabilisation d’un « trio » inhabituel composé des gouvernements soudanais, éthiopien et yéménite. Bashir, Zenawi et Saleh agissaient avec le soutien des États-Unis et de l’Union européenne. L’histoire nous montre que ces mêmes pays, en conflit avec leurs gouvernements centraux, ont fini par demander l’aide diplomatique d’Asmara comme médiateur pour en sortir, ce qui a été accompagné d’un soutien international jamais mis en avant.

Aujourd’hui, le soutien de l’Érythrée au Soudan est dû à des intérêts stratégiques, comme la sécurité aux frontières et la stabilité dans la mer Rouge et la Corne de l’Afrique, mais aussi historiques avec le soutien des gouvernements de Khartoum avant Bashir, (Jaafar Nimeyri) ont apporté à l’EPLF et aux citoyens érythréens pendant la guerre de libération contre l’Éthiopie.

Israël s’intéresse toujours beaucoup à tout ce qui touche aux régions de la mer Rouge à la vallée du Nil, jusqu’aux Grands Lacs et à l’Afrique du Sud ; c’est la stratégie israélienne de l’Alliance de la périphérie.

Le 3 février 2025, le général Abdel Fatah Al-Bourhane, président du Conseil souverain soudanais, et le 1° ministre israélien Benyamin Netanyahou se retrouvaient en Ouganda,, afin d’entamer une coopération pour la « normalisation des relations » entre leurs 2 pays. Pour Israël, déjà engagé dans une entreprise de séduction à destination des pays subsahariens, l’officialisation de ce rapprochement est une victoire diplomatique non négligeable puisqu’elle augmente le nombre de pays arabes qui, comme l’Égypte, la Jordanie ou les pétromonarchies du Golfe, rompent avec son boycottage.

Côté soudanais, la nouvelle a surpris le gouvernement fédéral du 1° ministre Abdallah Hamdok qui a dénoncé le caractère « unilatéral » de cette initiative, jugée comme ayant « dépassé le mandat » du général Al-Bourhane, qui pour se justifier, a avancé un vague motif de « sécurité nationale » qui n’a pas convaincu l’opposition.

En réalité, Al-Bourhane vise 2 objectifs. Le plus important est d’améliorer les relations avec les États-Unis, sans lesquels Khartoum ne peut obtenir le rééchelonnement de sa dette extérieure (150 milliards de dollars, soit l’équivalent de 160 % de son PIB). Or, à Washington, le Soudan est toujours inscrit dans la liste des pays qui soutiennent le terrorisme depuis les années 1990, les autorités soudanaises étant alors accusées d’avoir soutenu Al-Qaida dans la préparation des attentats contre les ambassades des États-Unis au Kenya et en Tanzanie (1998) et de l’attaque contre le navire de guerre USS Cole (2000).

Autre mise en cause, la livraison d’armes au Hamas palestinien, qui fut à l’origine d’un raid aérien israélien en 2009 contre un convoi de camions parti de Port-Soudan, sur les rives de la mer Rouge (119 morts). En acceptant de participer à la coalition saoudienne engagée militairement contre les forces houthistes au Yémen en mars 2015 et en rompant ses relations diplomatiques avec l’Iran en 2016, l’ancien pouvoir soudanais s’était rapproché des monarchies du Golfe, qui ont plaidé sa cause à Washington qui, en 2017, a levé partiellement ses sanctions. Mais elle maintient l’exigence de réparations financières pour les victimes des attentats.

En nouant des relations officielles avec Israël, le Soudan pourra donc bénéficier de l’entregent d’un facilitateur de taille. Et cela lui permettra aussi de se concilier les faveurs des milieux évangéliques américains, qui furent favorables à l’indépendance du Soudan du Sud en 2011 et qui constituent un lobby efficace auprès de l’administration Trump.

Cette quête de soutien international a aussi des implications en matière de politique intérieure. M. Al-Bourhane et ses pairs militaires n’ignorent pas que l’isolement international d’ Al-Bachir a beaucoup joué dans sa chute. Un régime bénéficiant de l’aide financière des monarchies du Golfe et de la neutralité favorable d’une Amérique peu encline à pénaliser un nouvel allié arabe d’Israël, peut compter sur l’indulgence de ces acteurs si la situation se tend entre lui et l’opposition. M. Al-Bourhane sait que président égyptien, Al-Sissi exerce une répression impitoyable contre tout type d’opposition sans que cela émeuve les chancelleries occidentales. Un calcul risqué, car rien ne dit que les officiers supérieurs, sans compter le reste de la troupe, accepteront le rapprochement avec Israël.