
LE DARFOUR
Avant le massacre géographique des colonisateurs avec des frontières arbitraires et géométriques pour se partager le continent (accords de Berlin), les occidentaux distinguaient vaguement 3 « pays »: la Guinée (tout le golf), le Congo (toute l’Afrique centrale), et le Soudan (jusqu’au Mali) + l’Afrique du sud ou australe, ce qui explique que plusieurs d’entre eux portent le même noms. Les guerres entre l’empire britannique et la république française (1885-1898), les 2 plus puissantes armées du monde, y ont été sanglantes mais elles ont cessées pour être remplacées par l’omniprésence des USA. Le Darfour fait partie du Soudan. Observez la toute petite frontière entre le Darfour et la Lybie.
Le Darfour (en arabe :«terre des Four » à l’Ouest du Soudan, s’étend sur le Sahara et le Sahel . Sa population musulmane est de 6 M d’hab. Il est composé d’un plateau aride, couvert au Nord d’un désert de sable et au Sud d’une savane, avec en son centre une chaîne volcanique, le Djebel Marra (3 042 m d’alt), château d’eau de toute la région, qui aurait abrité une culture Tora, semi-légendaire, au XIIe siècle supplantée. par l’islam introduit au XIVe siècle. Sa 1° mosquée daterait de 1200 dans la capitale, Uri. Il est riche en uranium et en cuivre.
Le Darfour fut intégré à la république du Soudan lors de l’indépendance du pays en 1956. Après il servit de base au parti Oumma, dirigé par Sadeq al-Mahdi. Mais la sécheresse prolongée dans le Sahel, avec une baisse des précipitations de 30 % en 40 ans, donc la progression du Sahara, serait à l’origine de 300 000 morts.
Les Fours sont le peuple qui lui a donné son nom : la « maison des Fours » en arabe ; ils représentent 13 % de la population totale du Soudan. Leur langue est nilo-saharienne, dont le nombre de locuteurs est estimé à 500 000.
Les Arabes du Darfour peuvent être séparés en 2 groupes sachant que la distinction entre les communautés Abbala (éleveurs de chameaux) et Baggara (bouviers) est floue, surtout au sud où ils sont éleveurs et agriculteurs. Les Rizeigat Abbala au Nord constituent la colonne vertébrale des milices armées par le gouvernement. Les Arabes Baggaras du Sud ( Beni Halba, Habbaniya, Rizeigat et Taïsha) sont bien organisés autour de structures tribales. Ceux qui proviennent du Tchad (1970), fuyant la sécheresse, en sont.
Les Zaghawa ou Béri sont établis au Nord-Ouest du Soudan et le Nord-Est du Tchad. Ils constituent 14 % de la population du Soudan. Le béria est une langue saharienne parlée par 7 600 000 individus.
Au début 1856, un homme d’affaires de Khartoum, Zubeir Pacha mena des affaires dans le Sud du Darfour. Il installa un réseau de comptoirs commerciaux armés et contrôla un territoire étendu. Cette région, le Bahr al-Ghazal, était depuis longtemps la source de biens (ivoire et esclaves) qu’exportaient ses habitants vers l’Égypte et l’Afrique du Nord ; ils payaient tribut au Darfour.car ils vendaient aux marchands égyptiens le long de la route vers Assiout. Az-Zoubayr (Zubeir Pacha) redirigea ce flux de biens vers Khartoum et le Nil. en 1898, le nouveau gouvernement anglo-égyptien du Soudan le reconnut en 1899.
En 1994, le Darfour fut divisé en 3 États fédérés au sein de la république fédérale du Soudan : Nord (Chamal), Sud (Janoub), et Ouest (Gharb) Darfour. Les capitales sont dans l’ordre : Al-Fachir, Nyala et Al-Djounaïnah
En 2003, un conflit armé débute par la prise de Golo par le Front de libération du Darfour. Ses origines liées aux tensions ethniques qui débouchent sur le 1° conflit entre 1987 et 1989. La cause la plus profonde est la politique agraire du Royaume-Uni durant la colonisation. Toutes les terres furent alors redistribuées selon des critères tribaux dont les nomades furent exclus. Lors de la grande sécheresse des années 1940-1980, le Sahara a progressé de 40 km vers le sud, repoussant les populations non sédentaires, qui prirent la direction du djebel Marra.. S’ensuivit le conflit classique entre paysans et nomades car, qui posséderait la terre la plus productive pouvait survivre à la sécheresse. Dans cette guerre, le gouvernement central n’intervient presque pas ; porutant, de 2003 à 2020, elle a provoqué une grave crise humanitaire.
Le Darfour est une charnière stratégique avec le Tchad. Dans les années 1980, alors qu’il cherchait à renverser le régime tchadien de Hissène Habré, le colonel Mouammar Kadhafi parvint à s’allier avec Sadiq Al-Mahdi : il l’aida à gagner les élections de 1986, en échange de bases militaires au Darfour contre le Tchad. Kadhafi y envoya ses soldats, et arma des tribus arabes, qui adhérèrent à la Légion islamique que Tripoli venait de créer. Or les leaders arabes du Darfour (nomades) avaient créé une Union islamique qui militait pour la domination régionale des tribus arabes ; les armes et l’argent leur servirent plus tard contre les tribus noires sédentaires. Le conflit fit + de 10 000 morts en 16 ans.
Dans le même temps, l’élite de la province centrale du Darfour recruta les habitants ( Arabes et Noirs confondus) pour aller combattre les sudistes chrétiens, au nom de l’islam et de l’arabité. Mais les soldats darfouris se sentirent plus de points communs avec leurs « ennemis » sudistes qu’avec leurs maîtres de Khartoum. Les désertions se multiplièrent et la guérilla s’organisa au Darfour, avec l’aide des rebelles sudistes, qui y virent l’occasion de gagner des alliés musulmans.

Doc. issu de la conférence de Marie-Louise Benoit: « Les grands enjeux de l’eau »
Dans cet environnement aride, la 1° richesse du Soudan est l’eau. L’accès à la mer Rouge est de 1° importance; s’y trouve Port Soudan. Il permet d’emprunter la route (anciennement swahilie jusqu’à Madagascar en passant par Zanzibar). C’est celle de exportations, notamment vers Israël et les Emirats Arabes Unis aujourd’hui.

La capitale du Soudan, Khartoum se trouve à la jonction du Nil Blanc et du Nil Bleu, ce qui constitue un vaste réseau de communications dans toute l’Afrique de l’Est. Si le Nord du pays est plutôt désertique, il arrose les terres fertiles du Sud.
LES BARRAGES AU SOUDAN (source : sciences et avenir n° 783).
Le barrage de Sabaloka, sur la 6° cataracte ferait disparaître un des rares paradis du Nord-Soudan, une zone verte à la flore et la faune luxuriante, enclavée dans des montagnes arides au milieu d’un désert de blocs erratiques. Le barrage de Kajbar, sur la 3 e cataracte, effacerait non seulement le paysage magnifique des rapides du Nil en Moyenne Nubie, mais il engloutirait des sites importants comme le Wadi Sabo, un oued asséché dont les rives escarpées abritent la plus belle collection de gravures rupestres du Soudan. Enfin, le barrage de Dal, entre la 2° et la 3° cataracte, s’il venait à se réaliser, détruirait les principaux sites pharaoniques de Nubie soudanaise : Amara et sa colonie égyptienne de la XIX° dynastie, l’île de Saï et ses vestiges étagés du paléolithique à l’époque ottomane disparaîtraient complètement sous les eaux tandis que les temples d’Aménophis III et de la reine Tiyi à Soleb et à Sedeinga seraient gravement touchés et devraient être déplacés malgré leur fragilité.
Aux destructions infligées au patrimoine archéologique s’ajouteraient le terrible coût humain de populations déracinées, réimplantées forcément loin du Nil où la densité est déjà maximale. Les plus touchés seraient les Rubatab, sur la 5° cataracte et surtout les Nubiens du Mahas et du Sukkot, en aval de la 3°. Ils ont en mémoire la tragédie de leurs cousins nubiens, tant Soudanais qu’Égyptiens, en amont de la 1° cataracte, dont l’habitat millénaire a été rayé de la carte lors de l’érection du barrage d’Assouan. Ils sont tous fortement opposés aux barrages en Nubie. Des heurts dans la région de Kajbar, lors des études de faisabilité il y 4 ans, ont fait plusieurs morts.
Le GERD (Grand barrage de la Renaissance Éthiopien) est un projet important, mais qui doit être replacé dans un contexte géopolitique particulièrement complexe, où l'Éthiopie voit sa souveraineté conditionnée par des alliés, les États-Unis, Israël et les Émirats arabes unis, qui l'utilisent comme un bélier contre les pays de la région, du Soudan à la Somalie, de l'Égypte à l'Érythrée. Plusieurs journaux italiens ont parlé du GERD d’un point de vue technique, en décrivant son potentiel économique et énergétique, et en mentionnant sa construction par WeBuild, anciennement Salini-Impregilo, un géant italien des grandes infrastructures. Aucun article, ne pouvait éviter de mentionner les sérieux compromis géopolitiques que le GERD implique avec d’autres pays de la vallée du Nil, principalement le Soudan et l’Égypte.
En Éthiopie, la situation est « instable », ce qui n’attire pas les investisseurs, dont beaucoup ont suspendu leurs activités ; tandis que le FMI et la Banque mondiale, qui contrôlent une grande partie de sa dette, après avoir favorisé sa déstabilisation financière, s’agitent en criant que c’est insoutenable. Au moment où les travaux du GERD ont commencé en 2011, l’Éthiopie était encore dirigée par le TPLF (Tigray People’s Liberation Front) de Meles Zenawi. Abiy Ahmed, à la tête du PP (Prosperity Party) est arrivé au pouvoir en 2018, remportant le prix Nobel de la paix pour avoir décidé de mettre fin à la situation « ni guerre ni paix » qui opposait son pays à l’Érythrée. En 1998, l’Éthiopie dirigée par le TPLF déclare la guerre à l’Érythrée jusqu’en 2000, quand les 2 pays ont mis fin aux hostilités avec les accords d’Alger. Mais pendant les 18 années qui ont suivi, l’Éthiopie dirigée par le TPLF n’a pas voulu respecter ces accords, continuant à occuper des zones frontalières et se livrant à des affrontements réguliers. L’arrivée d’Abiy a débloqué la situation, ouvrant la voie à un 1° processus d’intégration régionale qui, impliquant l’Érythrée, Djibouti et la Somalie, semblait très prometteur. Le déclenchement de la guerre de sécession en 2020 dans l’État du Tigré, au nord de l’Éthiopie (l’Éthiopie est une république fédérale, basée sur l’ethnicité), gouverné par le TPLF, a interrompu cette voie avec un nouveau conflit qui a duré jusqu’en 2022.
Après ce conflit, tout a changé : les accords de Pretoria qui étaient censés le résoudre n’ont été appliqués ni par le gouvernement fédéral d’Abiy Ahmed ni par le TPLF, et Addis-Abeba a commencé à changer ses positions régionales. D’acteur « montante » du multipolarisme, elle est redevenue un pion du néocolonialisme occidental, et pas seulement : elle est certes membre des BRICS, mais ça ne veut pas dire qu’elle est un acteur géopolitique « à contre-courant », non aligné sur le soi-disant consensus de Washington (on pourrait dire la même chose d’autres acteurs du BRICS)
Les problèmes du GERD ne sont pas tant d’ordre technique parce que dans un cadre d’harmonie régionale, son utilisation pourrait être facilement régulée entre l’Éthiopie et les autres pays en aval, le Soudan et l’Égypte. Après tout, à Khartoum, il y a souvent de graves inondations et une gestion coordonnée du réservoir pourrait permettre au Soudan de mieux y faire face ; mais pour y arriver, il faudrait d’abord que la guerre civile qui déchire le Soudan, et maintenant l’Éthiopie, s’arrête. Pour ça, l’Éthiopie devrait se libérer du contrôle que les États-Unis, Israël et les Émirats arabes unis lui ont imposé, pour qu’ils ne puissent plus l’utiliser comme bélier dans la région: c’est pas facile à imaginer pour l’instant, même si le régime d’Abiy s’effondre jour après jour.
Le GERD a un potentiel pour le développement du pays et, par conséquent pour la région, vu que la vente d’électricité à bas prix serait avantageuse pour l’économie des 2 et du Kenya, etc. ; mais sans se perdre dans une grande rhétorique anticolonialiste, si on veut parler d’« anticolonialisme », et de « panafricanisme », il faut alors accepter que les pays d’un même continent puissent discuter de leurs problèmes et intérêts communs, entre eux et sans ingérence extérieure; donc, sans penser à s’approprier les terres d’autrui comme le fait encore le gouvernement d’Abiy, en s’adressant au Soudan, à la Somalie et à l’Érythrée.
En plus de 10 ans, l’Éthiopie n’a pas été capable de fournir à l’Égypte et au Soudan la moindre documentation sur l’utilisation et l’impact réel du GERD, tout en continuant à élever le niveau du bassin avec l’eau du Nil Bleu. Le Caire et Khartoum ont signé en 1959 un accord sur l’exploitation des eaux du Nil, qui révisait ceui de 1929 ; sa validité est reconnue par la Cour internationale de justice (CIJ) des Nations unies, selon le principe que les traités entre États sur l’eau sont équivalents à ceux sur les frontières. Les 3 pays auraient donc pu en discuter, en s’accordant sur des outils politiques et diplomatiques, selon le principe que toute question concernant la Corne de l’Afrique, la vallée du Nil ou les Grands Lacs doit toujours être traitée uniquement par les pays qui en font partie, entre eux, de manière pacifique, sans ingérence d’autres pays.
Après tout, il existe des autorités intergouvernementales spécifiques pour le faire, dont l’IGAD (Autorité intergouvernementale pour le développement, qui comprend le Soudan, le Soudan du Sud, l’Éthiopie, l’Érythrée, la Somalie, Djibouti, le Kenya et l’Ouganda), qui, a été mise de côté, paralysée par des vetos et des sabotages qui ne sont qu’apparemment internes. Elle aurait aussi pu être internationalisée, mais toujours par la voie diplomatique, en se tournant vers la Cour internationale de justice des Nations unies : c’est ce qui se fait pour discuter des frontières, de l’accès à la mer et pour obtenir d’autres arbitrages politiques et territoriaux.
Rien de tout cela ne s’est jamais produit. Le gouvernement d’Abiy a préféré poursuivre son unilatéralisme habituel, sachant que devant la CIJ, ses revendications ne seraient jamais acceptées ; il a donc préféré continuer à menacer ses voisins. Pour l’utilisation des eaux du Nil Bleu avec le Soudan et l’Égypte, il a attisé les tensions militaires contre eux .
Pourquoi cette situation est-elle bloquée ? Alors que l’inflation continue de grimper, rongeant la valeur du birr, de plus en plus de soldats et d’officiers se mutinent au sein de l’armée fédérale éthiopienne, beaucoup fuyant même vers l’Érythrée. Les gens et même les autorités des États du nord de l’Éthiopie, le Tigré, l’Amhara et l’Afar, continuent à suivre la politique de fraternité et de bon voisinage, Tsimdo, avec l’Érythrée. Les peuples veulent la paix, alors qu’Abiy veut les pousser à la guerre.

La 2° richesse du Soudan est l’or. L’exploitation de l’or au Soudan date de 2012, avec la découverte de gisements situés au Djebel Amir. Il devient le 3° pays producteur d’or d’Afrique, après l’Afrique du Sud et le Ghana, avec 93 tonnes extraites en 2016, + de 100 en 2017 et 76 en 2019.
Plusieurs régions disposent de gisements aurifères: au Kordofan du Sud, qui compte 1/4 des 60 concessions minières légalement autorisées du pays, au Darfour du Nord. La plus grande mine, celle d’Ariab, est située à l’est, dans l’État de la Mer-Rouge.
Cet or arrive alors à point nommé pour remplacer le pétrole du Soudan du Sud récemment déclaré indépendant et fournir à l’État des recettes nécessaires. L’économie du Soudan était jusqu’alors très liée au pétrole, les exportations pétrolières entre 2010 et 2015, passant de près de 10 milliards de dollars annuels à 600 M. En janvier 2007 est voté la loi sur les ressources minérales et le développement minier qui se substitue à celle de 1972. Elle est beaucoup plus favorable aux investisseurs étrangers et à la production industrielle. Elle réaffirme clairement la légitimité exclusive de l’État sur les autorisations de prospection.
Les conditions déplorables de sécurité dans les mines et la très faible rentabilité du secteur (faible qualité du minerai), la corruption et la contrebande sont de mise. Une agence gouvernementale dépendant du ministère des Mines est créée dans le but de superviser l’ensemble du secteur..
Peu avant son départ, El-Bechir fait construire à Khartoum une des plus grandes raffineries d’or d’Afrique. Son but est d’assurer à l’État soudanais, sinon le contrôle de la production, impossible du fait de la prééminence des exploitations traditionnelles, du moins celui de l’exportation. Mais malgré les investissements dans l’outil de raffinage ainsi que les décrets d’interdiction, la contrebande reste très majoritaire ; elle est estimée à 70% du total début 2022. En mars donc, le Soudan durcit sa législation, interdisant tout export d’or sinon par les sociétés concessionnaires.
Travail artisanal
La production est très inégalement répartie entre les « sociétés minières traditionnelles », l’orpaillage artisanal, qui produit 4/5 de l’or soudanais ( les sociétés minières pour le reste), et qui font vivre dès 2016, 1/2 M de personnes.5 ans plus tard, 2 M d’habitants en dépendent ; une proposition d’interdire cette pratique a dû être abandonnée, tant le secteur aurifère dépend massivement de l’exploitation individuelle. Elle a fait place à une mesure de conciliation avec contrôle drastique du commerce.
Les mines artisanales, si elles sont relativement mécanisées, elles restent extrêmement accidentogènes. En 2013, un effondrement au Darfour a fait 100 victimes. et en 2021, 31 mineurs sont ensevelis sous l’effondrement d’une mine. Et bien-sûr, pour éviter les comptes au fisc soudanais, de nombreux prospecteurs travaillent sous l’égide de seigneurs de guerre locaux ou de fonctionnaires corrompus
Faibles rentabilité et thésaurisation
Les 100 T d’or produites en 2017 apportent à l’État soudanais un revenu de 400 M de dollars, selon Hashim Ali Salem, ministre soudanais des minerais ; les observateurs économiques ne manquent pas de souligner qu’aux cours d’alors sa valeur devrait être 10 fois supérieure et expliquent cette distorsion par la nature de la production, la faible qualité du minerai et la contrebande. Ainsi, alors que le Soudan conserve un rôle de 1° plan dans la production et l’exportation d’or en Afrique, les réserves de la banque centrale sont très faibles
Rôle de la Russie
L’embargo contre le Soudan décidé par les États-Unis en 1997 incite Omar el-Béchir à se tourner vers la Russie qui est désireuse d’accroître ses réserves d’or qui quadruplent de 2010 à 2012. Mais une grande partie est le fait de la contrebande, qui s’effectue depuis des petits aérodromes militaires disséminés dans tout le pays. Sur les 30 T annuelles d’or sont expédiées en Russie ; le rôle de Mohamed Hamdan Dogolo dans ce trafic, ainsi que celui du Groupe Wagner serait non néglgeable. Le groupe Wagner est engagé au Soudan et y soutient l’administration gérée par les militaires. Son objectif majeur serait d’assurer l’accès russe à de précieux minéraux bruts (uranium, silicium, or et manganèse). En outre, une entreprise russe, M Invest, avait des liens avec lui.

Et voici la 3° richesse: le pétrole. On constate que les gisements se trouvent au Sud et que les raffineries au Nord conduisent à Port Soudan.
Le secteur pétrolier et gazier du Soudan est marqué par les conséquences profondes de la sécession du Soudan du Sud en 2011 et les conflits internes persistants. Historiquement vital pour l’économie soudanaise, le secteur a transformé le Soudan d’un producteur majeur en un pays de transit essentiel.
Actuellement, les réserves de pétrole brut pour les 2 Soudan s’élèvent à 5 milliards de barils. (Les réserves de gaz naturel sont estimées à 3 billions de pieds cubes, bien que le gaz ne soit ni produit ni consommé). La production a montré une légère baisse, fin 2023. L’infrastructure pétrolière pourtant robuste, souffre d’une sous-utilisation massive et de vulnérabilités accrues par les conflits, comme en témoignent les récentes perturbations de pipelines et les dommages aux raffineries.
Les défis sont multiples et interconnectés : un sous-investissement chronique, des problèmes de gouvernance endémiques, des subventions énergétiques coûteuses, et l’impact dévastateur des conflits armés sur les opérations et les revenus. Ces facteurs ont non seulement entravé la croissance économique, mais ont également eu de graves implications sociales et environnementales ( déplacements forcés de populations et une pollution accrue).
Malgré ces obstacles, des opportunités émergent. La reprise partielle des exportations de pétrole du Soudan du Sud via les pipelines soudanais offre une perspective de stabilisation des revenus de transit.
Parallèlement, le Soudan possède un potentiel considérable en énergies renouvelables, notamment solaire et éolienne, qui attire l’intérêt d’investisseurs et de partenaires internationaux, signalant une voie possible vers la diversification énergétique et une plus grande résilience économique. La réalisation de ces perspectives dépendra crucialement de l’établissement d’une stabilité politique durable et d’une gouvernance transparente.
La 2° guerre civile achevée en 2005 par l’Accord de Paix Global (APG) qui a conduit à la création du Soudan du Sud en 2011, a profondément modifié le paysage énergétique et économique du Soudan.
Le pays est actuellement confronté à des défis macroéconomiques aigus, exacerbés par les conflits internes. L’économie est marquée par une inflation élevée et d’importants déficits budgétaires. Le conflit en cours au Soudan a fortement perturbé les routes commerciales et entraîné un afflux de + 1 M de réfugiés et de rapatriés au Soudan du Sud. Historiquement, le secteur pétrolier a joué un rôle central dans la politique et l’économie du Soudan, façonnant sa trajectoire de développement. Avant la sécession du Sud, il était un exportateur de pétrole important en Afrique mais la perte de ses réserves a transformé son rôle, le pays devenant un corridor de transit. Malgré cette transformation, le secteur reste d’une importance capitale pour les revenus du gouvernement, notamment grâce aux redevances de transit, et pour la sécurité énergétique intérieure, bien que la production nationale ne suffise plus à couvrir la demande. La stabilité du secteur pétrolier est donc intrinsèquement liée à la capacité du Soudan à gérer ses relations avec le Soudan du Sud et à stabiliser sa propre situation interne.
Il est essentiel de comprendre la liaison géographique et opérationnelle entre les secteurs pétroliers des 2 pays. La plupart des actifs de production pétrolière sont situés près de leur frontière commune ou en travers. Le Sud, bien que riche, est enclavé et entièrement dépendant de l’infrastructure du Nord pour l’exportation de son brut vers les marchés mondiaux. Cette dépendance mutuelle a établi une relation symbiotique mais instable. Le Soudan compte sur les frais de transit pour ses revenus , tandis que le Sud dépend des pipelines Nord pour sa survie économique. Cette interdépendance crée une vulnérabilité régionale partagée, constamment mise à l’épreuve par l’instabilité politique et les conflits internes qui affectent les 2 nations.
Pétrole Brut
Début de 2024, le Soudan et le Soudan du Sud détenaient collectivement des réserves prouvées de pétrole brut estimées à 5 milliards de barils, un chiffre inchangé par rapport à l’année précédente, ce qui indique une stagnation des efforts d’exploration et de développement.
En 2023, la baisse atteint 206 052 Mb/j ce qui souligne les défis persistants du sous-investissement et de l’instabilité politique, qui empêchent le pays de maximiser son potentiel de production. malgré les réserves existantes. Sa viabilité à long terme est incertaine.
Les Soudan produisent 3 mélanges de pétrole brut : le Dar, le Nil et le Fula. Le mélange Dar est un pétrole brut lourd qui pose problème pour l’entretien des pipe lines des coûts de maintenance plus élevés, ce qui accentue la fragilité du secteur.
Le mélange Nil est un brut moyen; ses caractéristiques le rendent plus attrayant pour les raffineurs en raison de ses rendements élevés en carburant et en gazole. Le mélange Fula, un brut très acide, traité pour la consommation intérieure.
Gaz Naturel
Le Soudan et le Soudan du Sud détenaient collectivement des réserves prouvées de gaz naturel estimées à 3 billions de pieds cubes au début de 2024. Malgré ces réserves, ni l’un, ni l’autre n’en produisent ou n’en consomment. Cette situation met en évidence une lacune critique dans le développement des infrastructures et l’investissement pour son exploitation. Cela suggère une opportunité manquée pour la diversification énergétique et la consommation intérieure, d’autant plus que le Soudan est confronté à un grave déficit énergétique. Le développement de ces réserves de gaz pourrait offrir une voie viable pour réduire la dépendance aux importations de pétrole, améliorer la sécurité énergétique nationale et potentiellement générer de nouvelles sources de revenus, offrant un avenir plus stable que le secteur pétrolier en déclin.
Le Soudan est doté d’une « infrastructure pétrolière robuste » , bien que son état opérationnel actuel soit fortement affecté par les conflits et le sous-investissement.
Le réseau de pipelines est étendu : 1510 km + 1472 km + 716 km soit 3700 km, avec une capacité combinée de 1,5 M de barils de pétrole par jour, et une capacité totale de stockage des terminaux maritimes de 4,8 M de barils.
Les exportations de pétrole brut se font principalement depuis Port-Soudan sur la mer Rouge, vers les marchés asiatiques via le détroit stratégique de Bab el-Mandeb. Les Forces armées soudanaises (SAF) contrôlent ce terminal d’exportation.
La capacité nominale des infrastructures de pipeline et de traitement du Soudan est supérieure à la production intérieure actuelle et aux volumes d’exportation du Soudan du Sud. Cette disparité met en évidence leur sous-utilisation massive. Si la stabilité revenait, il y aurait une infrastructure existante suffisante pour soutenir une augmentation substantielle du débit, surtout pour le Sud, Cette capacité latente représente un atout significatif pour le futur commerce énergétique régional et la reprise économique.
La situation, combinée aux perturbations des raffineries, entraîne une dépendance croissante aux importations de carburant, avec 50 % de l’essence, + de 60 % du diesel et 50 % du GPL importés en 2019. Cela crée un goulot d’étranglement critique dans la chaîne d’approvisionnement énergétique du Soudan, rendant le pays vulnérable aux chocs des prix mondiaux et aux perturbations de l’approvisionnement.
La dépendance excessive au pétrole et la vulnérabilité des infrastructures de transit créent une vulnérabilité fiscale chronique pour les 2 pays. Les revenus gouvernementaux sont directement liés à la stabilité des flux pétroliers, ce qui rend les budgets nationaux extrêmement sensibles aux chocs de production et aux perturbations des pipelines, ce qui empêche une planification budgétaire stable et entrave la capacité à fournir des services publics essentiels, créant un cercle vicieux d’instabilité économique et sociale.
Historiquement, le géant pétrolier américain Chevron a été la 1° entreprise étrangère à investir à partir de 1974, mais a suspendu ses opérations en 1984 en raison de la 2° guerre civile et s’est retiré en 1992 suite à la pression du gouvernement américain. La détérioration des relations entre Khartoum et Washington (les sanctions américaines), a dissuadé d’autres grandes compagnies pétrolières d’investir. Ce vide a été comblé par des entreprises asiatiques, dont la CNPC, la société d’État malaisienne Petronas et l’ONGC indienne, qui dominent le marché pétrolier soudanais depuis 1995.
La Sudan National Petroleum Corporation est une entité étatique qui gère les ressources pétrolières et les infrastructures nationales, supervisant l’exploration et le développement des ressources. La CNPC est un acteur clé dans l’exploration et la production, avec un accent sur les partenariats stratégiques et des opérations étendues en amont, y compris le développement de pipelines.
L’exploitation pétrolière à grande échelle au Soudan a été inextricablement liée à l’intensification du conflit civil et à de graves violations des droits humains. Le pétrole est devenu un objectif principal et une cause majeure de la guerre, avec les revenus utilisés par le gouvernement pour acquérir des armes et des munitions, intensifiant ainsi le conflit. Le cycle de financement de la guerre par le pétrole, (qui permet de sécuriser les zones pétrolières), crée un environnement où les populations locales sont les principales victimes de l’exploitation des ressources naturelles. On estime qu’en mars 2002, 174 200 civils restaient déplacés en raison du conflit dans les champs pétroliers de l’État du Nil supérieur occidental/Unité.
Source: Petrole Africa by Tanokanpetrol